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Canayens, paresseux et menteurs!!!


ANDRE LEFEBVRE

La Susquehanna.

On peut s?interroger sur la d?cision du jeune Pierre Lefebvre, fils d?Alexis, d?envisager s?installer ailleurs sur le continent, plut?t que de demeurer dans sa r?gion, celle du St-Laurent. Comment un jeune Canayen peut-il avoir l?id?e de s?expatrier dans l?inconnu de la brousse ??sauvage???

La r?ponse est que cette ??brousse?? n??tait pas aussi ??sauvage??, ni inconnue, qu?on le pr?tend aujourd?hui.

?videmment, la Nouvelle Angleterre ?tait tr?s peupl?e depuis longtemps. Mais les ??Bostonnais?? ?taient les seuls ? croire que le reste du continent ?tait une immense ??terra incognita??. Les Canayens, quant ? eux, consid?raient le continent nord-am?ricain comme ??leur patrie??; ils le parcouraient et l?habitaient comme tel, depuis d?j? pr?s d’une centaine d’ann?es. ?videmment si on ?limine les coureurs de bois de la nation « Canayenne », il ne nous reste plus de territoire autre que celui des bords du fleuve St-Laurent pour p?cher des anguilles dans des nasses. Mais l? n’est vraiment pas la vraie « nature » du « Canayen ».

Il ne faut jamais oublier le caract?re fondamental des ??Canayens??. On peut en percevoir une description partielle dans l?opinion de Bougainville sur le sujet?:

C’est donc tout ? fait clair: Pour avoir une soci?t? compos?e de citoyens de « bonne ?toffe », il faut, simplement, ne plus payer d’imp?t, pouvoir chasser et p?cher et devenir ind?pendant. Difficile de ne pas ?tre d’accord ? moins de vouloir vivre au d?pend des autres. Ce qui ne donne pas des citoyens de tellement « bonne ?toffe ».

Bon! Disons que ? paresseux pour la culture des terres??, serait ? ?tre pris en ligne de compte, si Bougainville avait d?j? tent? de couper un seul gros arbre et d?en extirper la souche du sol avec les moyens de l??poque; quant ? ??menteur??, il n?est peut-?tre pas le plus apte ? juger. Par contre, pour le reste, il n?a pas tord, c?est ?vident.

Ajoutons qu’en comparant la « pauvret? » de l’?poque ? celle d’aujourd’hui, cette derni?re s’attaque ? la survie m?me de l’individu. Survie qui, pour les premiers Canayens n’?tait jamais menac?e, puisqu’on la trouvait dans la rivi?re devant, ou dans ?la for?t derri?re, la maison et que les taxes n’existaient pas. La survie actuelle de l’individu, devient donc, sans contredit, une « dette » sans conditions du syst?me social envers chacun de ses individus, du simple fait que ce syst?me a ?limin?, avec ses lois, ?ces sources de survie. D’o? la l?gitimit? indiscutable ?d’un « salaire du Citoyen ».

Mais revenons au caract?re du « Canayen ».?On pourrait m?me dire que les Am?ricains d’aujourd’hui ont imagin? leur « Rambo » en prenant un Canayen d’antan comme mod?le, ? qui ils ont enlev? l’esprit, l’?ducation et l’ind?pendance. Sauf qu’un Rambo sans esprit, sans ?ducation (je ne parle pas d’instruction) incapable d’assumer ?son ind?pendance, ?devient un « tueur » psychopathe. Nuance importante existant chez nos Canayens qui recevaient l’?ducation parentale n?cessaire pour pouvoir assumer leur ind?pendance. L? est toute la diff?rence entre les hommes de l’?poque et ceux d’aujourd’hui. Cela n’emp?chait, ?videmment, pas de faire des erreurs, mais ?vitait ?norm?ment d’horreurs immorales comme celles qui apparaissent actuellement, de plus en plus.

D?troit en 1760

Officiellement, cette colonisation g?n?rale avait d?but? avec Lamothe Cadillac le 5 juin 1701, o? celui-ci partit de Montr?al avec 50 soldats et autant de colons. Avec la permission des Autochtones, ils construisent le fort Pontchartrain? ? leur arriv?e ? D?troit, le 24 juillet de la m?me ann?e. Il semble bien que d?j?, des Canayens y sont install?s. Ce qui est assez normal puisque d?autres sont install?s, au m?me moment, jusque dans le pays des Illinois, toujours avec la permission des Am?rindiens. Les 50 ann?es suivantes servent au d?veloppement de toutes ces petites colonies. Par contre, D?troit est celle qui est pr?f?r?e par les autorit?s de Qu?bec et Montr?al.

Au printemps de 1749, le comte de la Galissonni?re, gouverneur du Canada, fait publier la proclamation suivante dans toutes les paroisses?:

?? Chaque hommes qui s??tablit au D?troit recevra gratuitement une pioche, une vache, un soc de charrue, une grosse et une petite tari?re. On leur fera l?avance des autres outils pour ?tre pay?es dans les deux ans seulement; il leur sera d?livr? une vache qu?ils rendront sur le croit. De m?me une truie; on leur avancera la semence de la premi?re ann?e, ? rendre ? la troisi?me r?colte. Seront priv?s des lib?ralit?s du roi, ceux qui, au lieu de cultiver, se livreront ? la traite.??

M. de la Jonqui?re refait la m?me proclamation un an plus tard, en y ajoutant?: un fusil, deux faux et une faucille, une truie, ?six poules, un coq, six livres de poudre et douze livres de plombs. On avan?ait, en plus, un b?uf. Le tout, sans payer le ??cens?? avant la quatri?me ann?e. Pour une deuxi?me ann?e de suite, la population de D?troit augmente, venant principalement de Montr?al. En 1751 il n?y avait pas moins de 600 habitants ? D?troit. D?autres ?taient install?s ? Michilimakinac (Wisconsin), et d?autres encore, s??taient install?s le long du Missouri et du Mississippi, jusqu?? la Nouvelle-Orl?ans.

Le syst?me actuel n’accepte plus d’?liminer la pauvret? de cette fa?on efficace. Il pr?f?re subventionner les grosses entreprises super riches pour que celles-ci procurent, si cela leur convient, des emplois aux individus. C’est l? l’hyper complexification ?volutive de la « logique » ?conomique afin de parvenir ? l’hypoth?tique « plein emploi ». La logique toute simple n’a plus sa place. On va m?me jusqu’? faire de la « philosophie sociale », d?montrant une « Sagesse » superficielle, en expliquant que pour aider un pauvre affam?, vaut mieux lui enseigner ??p?cher?que de lui donner un poisson. Nos anc?tres, moins hypocrites, se montraient encore plus « Sages »; ils fournissait la « canne ? p?che ».

En 1757, D?troit produisait 2,500 minots de bl?, plus une bonne quantit? d?avoine et encore plus de ma?s. Lors de la prise de possession de D?troit par Robert Rogers le 19 novembre 1760, la population de la r?gion se chiffrait ??officiellement?? entre 1,500 ? 2,500 Canayens. Le ??D?troit?canayen?? ?tait bien une ville ?quivalente ? celles du bord du fleuve St-Laurent. Apr?s la conqu?te, encore d?autres canayens iront s??tablir ? D?troit, ainsi qu?? tous les autres endroits d?j? occup?s en Am?rique du nord.

Pendant ce temps, les Anglais de Nouvelle Angleterre n?osent toujours? pas, s?aventurer au-del? des Alleghanys. Le premier ??grand d?couvreur?? des USA fut Daniel Boone qui traversa, selon l’histoire officielle, ces montagnes en 1767 pour la premi?re fois. Ce qui est compl?tement faux, puisqu’il avait re?u une racl?e?par des Canayens, 11 ans auparavant, avec Braddock et Washington, ?en 1755, ? la bataille de la Monongahela.?Il les repassa en 1769 mais ne viendra pas s?y installer avant 1773. Le nom que les indiens lui avait donn? est « Grosse Tortue ». C’est tout dire.

Il n?y a donc pas tellement ? se surprendre, qu?un jeune Canayen de Batiscan, en 1768, pense ? se trouver un endroit pour vivre ? son go?t, quelque part sur le continent am?ricain. Ce qui lui fait opter pour les rives de la Susquehanna est la proximit? pour ?couler ses fourrures ? tr?s bons prix, tout en ?tant assez rapproch? des privil?ges de la civilisation. Plus ?g?, il ne consid?rera plus ces ??atouts?? comme ?tant un avantage pr?cieux.

Arriv? ? Yamachiche en 1778, pour fuir les abus des r?volutionnaires r?publicains, il rend visite ? l?ancienne terre de son p?re, ? Batiscan. L?, il d?couvre sa cousine Suzanne Lefebvre et le nouveau propri?taire de la terre ancestrale, Fran?ois Trudel, son ?poux.

Ceux-ci lui racontent les ?v?nements survenus depuis sont d?part avant 1769. Peut-?tre connaissent-ils l?histoire de l?h?ritage l?s?e mais je doute qu’ils lui en parlent pour ne pas remettre en cause la vente de la terre. Ils ne fournissent que les informations relatives ? ce qui est advenu de sa famille au cours des ann?es. La majorit? de celle-ci est d?c?d?e et le peu qu?il en reste est d?j? tr?s ?g?. Il apprend que Fran?ois Trudel est ??reconnu?? socialement comme un ??amis des Bostonnais??? depuis l?invasion am?ricaine de 75 et que le gouverneur Haldimand se r?v?le assez ??soup?onneux?? envers ceux qui ont ??c?toy? les am?ricains. Plusieurs ??d?nonciateurs?? du gouverneur se prom?nent dans les villages pour d?busquer les ??espions?? am?ricains.

Ayant pass? quelques jours chez ??l?ami des Bostonnais??, il se rend compte que les habitants du village le consid?rent curieusement, ? cause de cet accent anglais qu?il a d?velopp? suite ? son s?jour assez long sur la Susquehanna. Il d?cide de retourner au plus t?t chez Fran?ois Collard, ? Yamachiche, o? tous savent qu?il est un r?fugi? canayen sinon, loyaliste.

-Salut Fran?ois.? J?arrive de Batiscan et j?n?ai pas appris grand-chose sur les all?es et venues de ma famille.? Les habitants commen?aient ? me prendre pour un espion des ?tats. Vaudrait mieux que j?reste avec ceux qui me connaissent.

-Haldimand a une peur bleu des r?publicains. Y croit que nous sommes int?ress?s ? nous s?parer de l?Angleterre. Y comprend pas que nous voulons surtout prendre en main notre commerce et notre survie.

-En tous les cas, il faut qu?on fasse attention pour ne pas se trouver dans une condition sociale mal d?finie. Je me demande ce que je vais faire si la situation continue de cette fa?on.

-C?est assez simple. Si ?a t?int?resse je peux te prendre comme ??homme engag? et nous pourrons trapper et faire la traite sans trop de probl?mes. D?autant plus qu?une paire de bras additionnels ne nuira certainement pas ? ma terre. D’ailleurs mon plus vieux, Joseph, se marie dans quelques mois et je vais perdre deux bons bras. ??

-?a me va. Je te remercie.

Et c?est ainsi que Pierre Lefebvre fait son entr?e dans la famille Collard de Yamachiche. Du moins c?est ce qui d?coule des informations que nous pouvons recueillir et qui pr?c?dent ses 25 derni?res ann?es v?cues avant son d?c?s ? Florissant Missouri, en 1815. Pour faire le lien, il nous faudra partir de ce d?c?s, pour reculer dans le temps jusqu?aux derniers ?v?nements que nous venons de voir.

? suivre

Andr? Lefebvre

 

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