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Canada : le flop de Pegida au Québec

Samedi 28 mars, vers 16h, je me retrouve coin Jean-Talon et Pie-IX, en cette belle, mais froide journée de ce printemps montréalais, qui n’en finit plus de se laisser désirer.

Pegida_mtl

 

C’était l’endroit et l’heure que les manifestants du groupe Pégida-Québec (une « franchise » du mouvement islamophobe allemand de même nom) avaient choisis pour leur première sortie publique, à quelques encablures du quartier «Le Petit Maghreb», histoire de pousser la provocation à son paroxysme.
«Depuis quand existe-t-il un quartier maghrébin à Montréal ? Avons-nous déjà des quartiers islamisés au Québec ? », se demandaient sur Facebook les militants de ce groupe.
«Le Petit Maghreb» est un de ces quartiers à dénomination «ethnique» de Montréal, qui en compte d’autres, comme «Le Quartier Chinois» ou «La Petite Italie».
Immigration récente oblige, il est un des derniers, mais non des moindres. Sa création avait été fortement appuyée par les élus municipaux de l’époque et, naguère, sa fête annuelle drainait une foule dense et bigarrée ainsi que le gratin de la vie politique locale et de la diplomatie maghrébine.
Mais où étaient les militants de Pégida ? Un attroupement était bien visible à quelques dizaines de mètres de l’intersection et des drapeaux rouges s’agitaient allègrement dans un ciel fallacieusement bleu. Mais à mesure que l’on s’en approchait, des sonorités familières se faisaient entendre. En tendant bien l’oreille, on en percevait quelques notes.
« Ya rayeh, win msafer, trouh taaya outwalli… » (Toi le partant, vers où voyages-tu ? Tu pars mais, fatigué, tu reviendras…). Quoi ? Une chanson arabe dans une manifestation antimusulmane ? Et laquelle ! Celle de l’immigré qui devra un jour ou l’autre rentrer au bled ! Pegida-Québec aurait-il décidé de se mettre à la propagande musicale ou a-t-il simplement compris que le quart de ton ne participait pas à l’islamisation du Québec ?
Dans une page Facebook truffée de fautes de français, ce mouvement arborant la fleur de lyse se définit comme le «Regroupement des Québécois(es) contre l’islamisation de l’Occident et des Amériques».
«Les musulmans doivent soit changer, soit quitter le Québec», a déclaré Jean-François Asgard, le leader proclamé de Pegida-Québec.
Agé de 33 ans, cet islamophobe-en-chef suit de très près l’actualité française et se dit «proche des idées du Front national». De mère québécoise et de père serbe, il se dit aussi très sensible à la cause… des Serbes du Kosovo.
Pegida, Kosovo, FN ? Quel rapport avec «Le Petit Maghreb» et la réalité québécoise ?
Aucune autre information n’a filtré au sujet du parcours du Serbo-Québécois qui, apparemment, évite de trop s’exposer. Aurait-il quelque chose à se reprocher comme son mentor, le fondateur de Pegida-Allemagne, Lutz Bachmann ? En effet, ce dernier n’est qu’un vulgaire repris de justice récidiviste, condamné pour divers vols et trafic de drogue.
Sur les médias sociaux, Pegida-Québec s’en prend aussi au gouvernement du Québec.
«Ils ne s’occupent pas de nous et nous trahissent en acceptant l’immigration massive qui contribue à former des soldats d’Allah déjà infiltrés sur le sol québécois afin d’imposer une seule religion et une seule loi, la charia.»
Les «soldats d’Allah» ? N’aurais-je pas déjà entendu cette expression ? Mais bien sûr ! Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident, le livre de Djemila Benhabib, le «brûlot catastrophiste sur l’Islam», «un bazar de sophisme», selon le journaliste québécois Marc Cassidi. Ecoutons Patrick Lagacé, un autre journaliste montréalais, au sujet de ce «livre».
«Les soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident se lit comme l’œuvre d’un hystérique du péril rouge des années 1950 recyclé, au XXIe siècle, dans le péril barbu… »
Pegida-Québec aurait-il comme leader un Serbo-Québécois et comme égérie une Algéro-Chypriote ? Alors, vive le multiculturalisme à la québécoise !
Mais au fait, on n’a pas entendu Djemila Benhabib se prononcer au sujet de Pegida. Etonnant pour une personne qui dégaine plus vite que son ombre dès que l’odeur d’un mot suggère une quelconque relation avec l’Islam.
Ni d’ailleurs ses acolytes, les « chauffeurs de foule » anti-islam, comme Benoît Dutrizac, Richard Martineau, les Jeannettes… Peut-être les verrais-je tous à la manifestation puisque leurs discours haineux ont inexorablement contribué à l’édification de Pegida-Québec ?
«Ya rayeh, win msafer, trouh taaya outwalli… »
Arrivé à hauteur du rassemblement, la surprise. Une ambiance festive et bon enfant, des pancartes bariolées et explicites et des personnes distribuant des roses rouges.
«Pas de fachos dans nos quartiers», «Notre classe unie contre le racisme», «Pegida, fachos, racistes, décalisse», «Québec libre du fascisme !», etc.
J’avais finalement compris. C’était la manifestation anti-Pegida organisée par le groupe Action antifasciste Montréal. Parmi ces centaines de personnes, il y avait des communistes, des étudiants, des membres de la communauté maghrébine et musulmane dont des femmes arborant hidjab, des membres du Parti Vert du Québec ainsi que diverses organisations de gauche. Point de Pegida à l’horizon ? Ni même de Benhabib ou de ses compères médiatiques ? Il a fallu pas mal d’efforts pour trouver trois « Pegida», dont un téméraire qui a osé affronter la foule. Rapidement protégé par un cordon policier, il est reparti avec, dans la main, une… rose rouge.
Le chef de la police a finalement annoncé à l’aide de son mégaphone que Pegida-Québec avait annulé sa manifestation. Le message a été suivi par des applaudissements et des slogans joyeusement scandés.

La contre-manifestation s’est transformée en une courte et joyeuse marche pacifique dans « Le Petit Maghreb ». Il ne manquait que le méchoui. Et une température plus clémente, bien sûr…

De Montréal, Ahmed Bensaada

Mondialisation.ca

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