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C?est la panique de nos politiques qui donne l?aust?rit

MICHEL SANTI

Pourquoi?cette politique d?aust?rit? a-t-elle ?t? impos?e aux nations europ?ennes p?riph?riques? Est-ce la d?gradation des fondamentaux ?conomiques qui l?ont rendue in?vitable?? Ou l?aust?rit? n?est-elle que la r?sultante de la panique ayant saisi les march?s qui, ? son tour, a t?tanis? les dirigeants politiques?? A cet ?gard, la corr?lation entre l?envol?e des co?ts de financement de la dette souveraine de ces pays et l?ampleur de l?aust?rit? appliqu?e est ?loquente. C?est effectivement les pays ayant subi les plus hauts ??spreads?? ? c?est-?-dire qui ont progressivement ?t? contraints par les march?s de se financer toujours plus chers -, qui ont aussi mis en place les mesures d?aust?rit? et de privations les plus drastiques.

L?intuition selon laquelle c?est les march?s financiers et leurs menaces de d?bordements qui ont exerc? une pression intense sur l?Union europ?enne et sur ses dirigeants en vue d?intenses ?conomies budg?taires est donc av?r?e. Sachant que, ? l?inverse, nulle aust?rit? n?a ?t? d?cr?t?e parmi les pays dont les spreads sont rest?s stables. D?s lors, que peut-on en d?duire?? Que les march?s n?ont, en finalit?, ?t? ??que?? des messagers, des porteurs de mauvaises nouvelles?? A savoir que la d?gradation de la dette publique et de la comp?titivit? de ces nations se traduisait m?caniquement en une envol?e de leurs frais de financement, lesquels ne pourraient ?tre ma?tris?s que gr?ce ? des ?conomies tous azimuts?? Ou que c?est la peur et les mouvements de panique collectifs qui ont eu un impact d?sastreux sur le creusement de ces?spreads, qui se sont irr?m?diablement ?loign?s des fondamentaux? un peu comme l?envol?e des march?s boursiers se trouve, ? intervalles r?guliers, ?tre totalement incompatible avec l??tat de l??conomie r?elle?? Comme la r?ponse ? ce dilemme n?est pas ?vidente, il est permis de douter et d?opter pour la seconde hypoth?se.

Quoiqu?il en soit, c?est dans ce type de contexte que la pr?sence d?une banque centrale est cruciale. Seule en effet sa d?termination et son action de pourvoir des liquidit?s est ? m?me de calmer le jeu. L?objectif ultime de son intervention ?tant d?apaiser les march?s et autres acteurs afin que les fondamentaux soient analys?s pour ceux qu?ils sont, et non ? travers le prisme de la panique collective. Et, de fait, la d?cision de la Banque centrale europ?enne en 2012 et de son patron Mario Draghi de soutenir l?Euro ??quoi qu?il arrive?? fut spectaculairement d?terminante. En acceptant d?assumer son r?le de pr?teuse en dernier ressort, la BCE a rass?r?n? les march?s et a soulag? les pays sinistr?s qui ont progressivement vu une am?lioration notoire de ces spreads. Loin d?assainir les comptes publics des nations europ?ennes p?riph?riques, la BCE s?est born?e ? manifester sa pr?sence, avec pour r?sultante un effondrement des frais de financement de ces pays.

Ainsi, c?est les pays o? ces spreads s??taient le plus d?grad?s (Gr?ce, Portugal) qui ont b?n?fici? de la plus forte d?crue. Comme les donn?es ?conomiques ne s??taient naturellement pas am?lior?es d?un coup de baguette magique, il est donc ais? d?en d?duire que les frais de financement ont baiss? en m?me temps que le facteur ??peur??. De plus, c?est dans les pays o? cette peur avait ?t? la plus intense que l?intervention de la BCE s?est r?v?l?e la plus efficace, car c?est l? que les spreads avaient le plus baiss?. Il est m?me possible de pousser encore plus loin ce raisonnement. Et d?affirmer que l?envol?e des co?ts de financement de la dette souveraine des pays p?riph?riques n?avait strictement aucune corr?lation avec les fondamentaux ?conomiques?! Sinon?: comment expliquer que ces spreads soient ? des niveaux raisonnables aujourd?hui ? bien loin de leurs records du milieu de l?ann?e 2012 ? alors m?me que les ratios dettes / P.I.B. se sont sensiblement aggrav?s et, ce, dans tous les pays sur la sellette?? La d?gradation des statistiques relatives ? leurs comptes publics et ? leur croissance n?aurait-elle pas d? se traduire ??m?caniquement?? par de nouveaux records sur le financement de leur dette?? Oui, mais entretemps la BCE s??tait manifest?? confirmant du coup l?intuition selon laquelle c?est l?affolement des march?s ? et non les fondamentaux ?conomiques?! ? qui avaient initi?s l?envol?e de ces spreads.

L?aust?rit? n?est donc que l?aboutissement d?une intense panique ayant saisi nos responsables politiques, eux-m?mes mis sous pression par des march?s financiers d?boussol?s, faute de pr?teur en dernier ressort. Poussons une ultime fois ce raisonnement, car il est d?sormais tr?s ais? d?effectuer cette constatation. C?est les pays ayant mis en place les mesures d?aust?rit? les plus extr?mes qui ont aussi ?t? ceux qui subissent aujourd?hui la plus forte chute de leur croissance. En somme, voil? des nations ayant ?t? accul?es ? une aust?rit? sans pr?c?dent par des march?s et par des dirigeants europ?ens pris de panique, sachant que ces sacrifices n?ont nullement produits les effets escompt?s. Ils ont en effet d?t?rior? davantage les fondamentaux de ces pays, ainsi que leur capacit? ? honorer le r?glement de leur dette. La crise de liquidit?s a ainsi d?g?n?r? en une crise de solvabilit??!

Voil? ce qu?il en co?te d??couter religieusement des march?s financiers qui, loin d?avoir ?t? des messagers, se sont born?s tout le long ? envoyer de mauvais signaux. Signaux tr?s mal interpr?t?s par des dirigeants europ?ens totalement ignorants en mati?re financi?re et qui se sont embarqu?s le c?ur l?ger dans une croisade contre les d?ficits publics. Pendant que, pour sa part, la BCE se complaisait dans son splendide isolement jusqu?? ce que la situation devienne authentiquement intenable, alors que son intervention plus pr?coce aurait permis d??viter tellement de souffrances humaines. Pour paraphraser Paul Krugman qui emploie la m?taphore significative des ??cafards??, l?acharnement de nos responsables politiques et de l??lite ?conomique et financi?re ? imposer l?aust?rit? ne va pas sans rappeler la vermine ou la mauvaise haleine?! Elle revient toujours en d?pit de tous les traitements possibles, ? l?instar de la folie rigoriste qui s?acharne ? r?duire des d?ficits publics qu?il est au contraire vital d?user ? bon escient lors d?une r?cession.

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