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Bruce Toussaint (BFM TV), l’interview de trop

Outré, je suis outré. Hier soir en rentrant chez moi, j’allume la télé, ce qui arrive rarement à vrai dire. En zappant, je tombe sur le nom de Balkany prononcé sur BFM. Oh certes je savais déjà qu’il avait été libéré, mais je n’imaginais même pas qu’il serait dès le soir même devant un micro et une caméra pour faire avaler le premier à son interlocuteur, ce Bruce Toussaint qui a changé de crèmerie au désespoir de ceux qui, comme moi, appréciaient sa jovialité, voire sa gouaille matinale, et sa bienveillance tranquille sur France Info, au milieu de sa bande de confrères plutôt  drôles. Non, là, ce soir, j’ai eu envie dans un premier réflexe de rédiger quelque chose et de le titrer « l’interview putassier de Patrick Balkany sus BFM » car franchement je ne voyais pas d’autre expression me venir à l’esprit après l’avoir vue et subie. Avec mon grand âge, j’en ai déjà vu des serveurs de louche, (1) mais ce soir le Bruce a fait fort et à offert la marmite entière à dévorer à un homme qui ne mérite en rien l’honneur qui lui est fait d’apparaître sur nos écrans…

Il se trouve que j’ai suivi les aventures du bougre incarcéré, en bon lecteur fidèle du Canard Enchaîné qui se respecte, journal qui a fait ses choux gras du couple infernal de la Ve république, j’ai nommé les Ternardiers du XXIe siècle (et des Hauts de Seine), à savoir les Balkany. Je suis donc au courant de leur nombreuses avanies, étalées sur le temps. Mais malgré cela, cet interview – de trop- me reste en travers. Ce n’était d’ailleurs  pas fait une vraie interview, mais plutôt une tribune offerte gratuitement, un long monologue brièvement interrompu par des questions visiblement discutées à l’avance et à la va-vite (le Bruce n’avait visiblement rien préparé) et un montage au couteau en trois grandes parties, qui se termine par un mouvement révélateur de l’interviewer, tentant de poser la main sur l’avant-bras de l’interviewé, acte qui ressemble bien plus à du copinage qu’au respect des règles de la plus élémentaire déontologie. Oh, certes, il a bien le droit de le toucher, le scrofulé de Levallois, mais Toussaint n’est pas thaumaturge, à ce que je sache, et il ne va pas en un seul geste nous faire disparaître la peste qui ronge l’homme politique devant lui. Son cas est bien trop avancé, à s’être vautré pendant des lustres dans tout ce qui pouvait l’enrichir, lui, son épouse et sa famille, au détriment de ses concitoyens et des français (quand il était envoyé spécial sarkozien en Afrique notamment). Ce geste de la main, je n’ai pas rêvé, je l’ai bien vu ! A droite ici le mouvement inverse au milieu de l’interview (je n’ai pas pu vous retrouver celui de la main de Toussaint vers Balkany, car ça s’est produit dans les dernière secondes de la diffusion TV, qui ont sauté au montage sur le net !!  Mais cette façon de faire, inadmissible, a bien été observée, croyez- moi !

Un Supo et au lit

Balkany est venu répéter devant le camées ce qu’on a entend alors de ses procès : en gros que l’argent liquide qui débordait de partout chez lui (il en avait jusque dans sa salle de bain et son peignoir avait-on appris) était légitime, ce qui paraît impensable, comme l’était son train fastueux de vie journalier (masqué au Fisc, c’est bien là tout le problème). « Au pressing, on avait un jour retrouvé sept billets de 500 euros dans un costume du maire. Au supermarché, la responsable se demandait ce qu’Isabelle Balkany « faisait dans la vie » pour venir échanger d’autres coupures de 500. À l’agence de voyages, les vols en classe Business étaient souvent réglés en liquide » a écrit Le Point. Toute une vie en coupures de 500 !!! A ce propos, ce soir, on a oublié tout cet argent dans ce service à la louche tendue, on a notamment éludé la question de l’origine des fonds des Balkany dont la thèse de l’héritage seul pour expliquer leur phénoménal train de vie ne tient pas la route deux minutes. D’ailleurs c’est un de leurs anciens ami et collègue du RPR (à droite la réunion des vieux amis) qui a vendu la mèche à un juge. Didier Schuller, ex fugitif en République dominicaine qui avait ramené avec lui des papiers fort intéressants de ce qui s’appelle l’affaire « Supo » (lors de son procès Balkany avait été… relaxé !) :  « Ces documents permettent d’en apprendre plus sur la possible fortune, cachée dans des paradis fiscaux, de Patrick Balkany. Le premier est un rapport de police, datant de 1998, relatant un transfert de 31,5 millions d’euros sur le compte parisien du maire de Levallois-Perret, entre 1989 et 1991, par une compagnie suisse. Baptisée Supo, elle aurait acheté la moitié de l’entreprise de textile familiale des Balkany alors qu’elle connaissait de graves ennuis financiers. Un possible moyen de cacher des versements de fonds illégaux à Patrick Balkany. Déjà mis en cause pour cette vente, ce dernier avait affirmé sur Twitter que la vente de son entreprise s’était effectuée « en toute légalité ». Le second document inédit est la preuve d’un versement de 1,7 million d’euros par la société Lecaya, basée au Liechtenstein, à la société Supo, laquelle versera cette somme à Patrick Balkany pour racheter son entreprise textile. Or, le principal ayant-droit de Lecaya se nomme… Patrick Balkany, selon Didier Schuller. Le document appuie donc la thèse du blanchiment d’argent (2). »  Quand on leur parle de ça, les Balakany lèvent depuis toujours les bras au ciel…

Des biens à la valeur sciemment et volontairement sous-estimée

Cela fait 30 ans aujourd’hui qu’a eu lieu ce premier tour de passe-passe ! Pas un mot, bien entendu dans la bouche de Toussaint qui, tel une Salamé restée fixée sur une malle japonaise n’a pu que citer les « 13 millions » chiffre assez flou pour devenir la perche tendue sur laquelle le roué ex-mourant de la Santé a sauté immédiatement, avec des arguments fallacieux. Le principal étant la revente de sa villa Pamplemousse de Saint-Martin au tarif de 1,8 millions seulement (3) alors que le fisc l’avait évaluée à plus de sept. C’est outrancier, car tout le monde sait qu’un bien aussi « marqué » médiatiquement est atteint d’une forte décote immédiate, le public hésitant à emménager dans un lieu ayant eu mauvaise presse (ou situé dans un coin ravagé parfois par des ouragans, comme ça a été le cas !). Un Balkany qui efface d’un revers de main la notion de propriété pour celle du Maroc (elle était louée, clame-t-il à nouveau (4) , avec un argument à tomber debout, comme quoi ce n’est pas parce qu’on y a trouvé dedans du linge à ses initiales que c’est la sienne, car selon lui des gens qui louent ce genre de lieu de vacances ramènent leur propre linge… Vous vous voyez vous, amener dans vos affaires de voyage des peignoirs siglés PB ??? Même si vous vous appelez Patrick Benichou (c’est le président de Météo France au fait !)… le peignoir à gauche a été retrouvé à Marrakech…

Les noms des enfants constitue celui de la maison, mais non, c’est pas la leur…

Et s’il n’y avait eu que les peignoirs: « Selon les enquêteurs, les propriétaires de la villa de Marrakech sont bien les Balkany. En témoignent les auditions des agents immobiliers qui la leur ont fait visiter, de l’ancien propriétaire avec qui ils en ont négocié le prix, du majordome qui n’y a jamais vu personne d’autre qu’eux. En témoigne encore une perquisition de 2015 ayant permis de découvrir des caisses de vin annotées « Balkany », des livres dédicacés « à Isabelle et Patrick Balkany », du linge et des peignoirs « portant les initiales PB ». En témoigne enfin le nom de la société détenant la villa : Dar Gyucy, contraction de Gyula et Lucie, prénoms des deux premiers petits-enfants du couple » (cf ici à gauche). Jusqu’au nom même de la villa !!!! A moins que Mohamed Al-Jaber, présenté par le couple comme étant le proprio, avait lui aussi des enfants, appelés Leval et Loïs, tiens, pourquoi pas, ça le fait aussi ! A droite les vins (chez Toussaint il s’est présenté sobre comme un chameau de Marrakech), et ci-dessous à droite les cigares qu’affectionne tant Patrick Balkany : la petite lampe à souder à droite pour les allumer. « En examinant les dépenses du couple, les enquêteurs du fisc ont retrouvé une facture de 1 572 euros réglée par Patrick à la boutique Gérard Père et Fils, à Genève, l’une des meilleures caves à cigares du monde. » En somme, selon ce qu’il a raconté à BFM, ses expéditions devaient être fastidieuses à Marrakech, car comme il aurait été le locataire seulement, et non selon lui le propriétaire (selon ses dires), comme pour les peignoirs, il aurait dû emporter tout ça à chaque voyage, donc… Mais à qui veut-il tenter de vendre cette idée-là ? Il prend à ce point les gens pour des imbéciles ? Et Bruce Toussaint par la même occasion qui reste coi ?

L’homme avec qui Patrick avait conclu un marché en tant que maire pour élever deux tours bien voyantes dans sa ville : « comme l’a rappelé mercredi le président Benjamin Blanchet dans son rapport, cette villa a été acquise le 8 janvier 2010 par la société civile immobilière (SCI) marocaine Dar Gyucy, elle-même détenue par une société offshore panaméenne, Hayridge SA. Celle-ci a été créée le 2 juillet 2009 par une fiduciaire suisse, Getrust, à la demande de Jean-Pierre Aubry. Associée à cette structure, une autre offshore panaméenne, Himola, qui, elle, gérait un compte à Singapour. L’ayant droit économique de ces deux sociétés est M. Aubry. Il était à l’époque directeur de la Société d’économie mixte d’aménagement et de rénovation de Levallois-Perret (Semarelp). Une société sans qui rien ne se construit à Levallois-Perret. Cette SCI Dar Gyucy a loué à compter de 2011 la villa à Alexandre Balkany, le fils cadet d’Isabelle et Patrick Balkany. Paisible demeure où se rendaient quatre à cinq fois par an ses parents. Une maison que va meubler sa mère, avant qu’elle ne soit officiellement achetée.  Le 27 juillet 2009, elle va dépenser pour 51 000 € de mobilier à Marrakech. L’une des boutiques sera réglée par virement du compte Himola ». 

Vous en connaissez beaucoup, vous des gens qui achètent pour plus de 50 000 euros de meubles (ici à droite)  pour mettre dans une maison qui ne leur appartient pas ?  Les meubles aussi il les emmenait à chacun de ses voyages de « locataire » ? Louée à un fiston, fils à papa véritable, qui lui aussi a connu la prison (la faute à son père !) et qui pouvait se payer le luxe de venir au Maroc dans un jet, mais pas n’importe lequel : le F-GMMC, de Saint-Ex Aero, (photographié au Bourget en juin 2009), piloté par un certain Alain Castany, qui ne nous vous est pas étranger, je suppose à vous comme à… Bruce Toussaint (ou à BFM TV, plutôt… qui a diffusé l’interview du pilote Pascal Fauret, clamant lui aussi son innocence : il a été condamné depuis à 6 ans de prison ferme ). Pour d’autres fonds, je vous remets à ce que j’ai pu vous écrire à propos des 3,9 millions baladeurs venus de Belgique, de la poche même de Georges Forrest. Une simple commission, selon Balkany. « Versée à Jean-Pierre Aubry, un proche (mis lui aussi en examen depuis) qui lui a transmis (on suppose en mains propres). En fait, elle a été versée sur le compte d’une société écran, Himola Company Corp, basée au Panama…  » Pas sûr que le petit Cessna Ciation 525 puisse contenir meubles, caisses à vin, cigares… et peignoirs, ce n’est pas un 747 Cargo !

Je te refile une villa, mi tu me laisses construire deux tours

Ah, ce cher Aubry, postier à temps plein pour porter les enveloppes de liquide au couple : « toujours dans son rappel des faits, le président a précisé qu’une partie du prix de la villa, 2,5 millions d’euros, a été versé sur un compte au Liban. À la demande de l’avocat qui accompagnait M. Aubry, a expliqué le pharmacien retraité aux enquêteurs. Cet avocat, Maitre Arnaud Claude, est le conseil de la Semarelp et l’ancien associé de Nicolas Sarkozy. Il est à la retraite depuis janvier 2019. Le prix officiel, 2,75 millions d’euros est versé en trois virements par deux sociétés proches de Mohamed Al Jaber (ici à gauche), un milliardaire saoudien. Ce dernier envisageait d’acheter pour 250 millions de droit à construire dans l’opération des Tours de Levallois, conduite par une filiale de la Semarelp ». Ah tiens, des tours de passe-passe, alors, mais en dur cette fois ?

Des propos indécents

L’indécence financière des Balkany n’a eu aucune limite ce que j’avais déjà remarqué « Comment peut-on déclarer ne pas être assujetti à l’impôt sur la fortune en dépensant autant ? Comment l’épouse du Thenardier de Levallois a-t-elle pu recevoir des impôts 6 000 euros en 2012, en qualité de « personne isolée » alors qu’elle effectuait le tour du monde de ses villas avec son mari (de Giverny à Giverny (ici à droite et à gauche) à Marrakeche, allant jusque Saint-Martin). Ce soir l’indécence aura été… hospitalière, l’interview s’étendant longtemps sur l’état et la condition physique du « prévenu » (Patrick Balkany tenant à chipoter sur le terme « condamné » puisqu’il a engagé une procédure d’appel, qui en fait à nouveau un simple… accusé !). A noter que selon toute vraisemblance l’interview a été faite à l’endroit où il doit fixer désormais sa résidence, au moulin de Cossy lui-même, car c’est le seul endroit où Patrick Balkany a encore le droit de résider, selon la décision de justice l’ayant libéré. Ce qui donne une drôle de situation, car ce manoir ne lui appartient plus (décidément il n’habite jamais chez lui !), la justice l’ayant saisi !!! Ce que les Balkany contestent car ce serait (selon eux) un… héritage parental « transmis par leurs parents en donation-partage en 1997, les époux Balkany en gardant cependant l’usufruit »... Les Balkany, éternels gens du voyage, avouez que ça fait sourire et que la situation et… grotesque ! Une immense propriété dont ils minimisent encore une fois la valeur auprès du fisc : « Au cœur du procès : le patrimoine immobilier de 13 millions d’euros que le couple était soupçonné d’avoir dissimulé à l’administration fiscale. Parmi les propriétés au centre de l’affaire se trouve donc le moulin de Cossy, acheté par Patrick et Isabelle Balkany en 1986. Ses 1 300 mètres carrés habitables, datant du XIXe siècle, s’élèvent sur 4 niveaux et 4 hectares. Le moulin comprend deux piscines, un hammam, mais aussi un parcours de golf, rappelle France 3 Île-de-France. Selon le site Les Jours, le tout aurait été acheté à l’époque à un prix très avantageux par les époux Balkany et transformé depuis en un véritable palace, faisant prendre au moulin de la valeur. Or, en septembre dernier, le couple a notamment été condamné pour avoir sous-évalué la valeur de la propriété auprès de l’administration fiscale, ce que les époux Balkany réfutent »… Tout le monde a noté la phrase du Point évoquant un ACHAT, et non une donation… mieux encore quand on apprend comment ce moulin a été retapé pour « prendre de la valeur »  : « Heureusement, des amis entrepreneurs du bâtiment, très actifs sur Levallois, ont donné un coup de main aux propriétaires. » Il n’en ont pas raté une, décidément ! Didier Schuller a une autre version semblable à vrai dire  : dès 1995, Schuller a été témoin de beaucoup de choses, notamment sur leur résidence principale, le moulin de Giverny, que les époux Balkany ont légué via une donation à leurs enfants et dont ils ne sont qu’usufruitiers », confie un proche de l’ancien patron des HLM des Hauts-de-Seine (c’est exactement la version des Balkany, on ignore qui est le « proche » qui a glissé ça dans l’interview !!!!!) . Schuller, lui, a dit AUTRE chose : « Acheté 2,7 millions de francs au début des années 1980, juste après son élection à la mairie de Levallois, le moulin a été, selon plusieurs témoins, le théâtre de travaux « pharaoniques ». « La SAE, un gros fournisseur des HLM, a notamment construit la première piscine », se souvient un ancien de l’office. « On parlait à l’époque, pour la seule piscine, de plus de trois millions de francs de travaux », dit-il. Selon ces sources, une vingtaine de millions de francs de travaux auraient été effectués dans le moulin dès les années 1980… »

C’est alors que l’on a pu entendre le pire:  un Balkany sorti malade de la prison de la Santé (joli paradoxe) s’étendant sur ses 29 kilos perdus durant son (court) emprisonnement, faisant ainsi pleurer les chaumières sur les risques encourus par cette baisse de poids (AVC, crise cardiaque ont été cités par Balkany en personne) pour finir par avouer que non, « il ne voulait pas mourir en prison »… mais pour mieux aussitôt rebondir sur l’idée en affirmant à la fin de l’interview qu’il comptait bien sur l’indulgence des prochains juges pour que ça ne se fasse pas, s’il devait y retourner. Ça porte un nom, ça en jurisprudence, ce genre de recherche d’apitoiement, pour influencer un magistrat… et son jugement. L’apitoyer sur le sort de ce pauvre homme sorti si décharné de cet enfermement devenu depuis hier provisoire, qui venait de réussir à convaincre un médecin que son statut de prisonnier le conduisait  obligatoirement à sa perte. « Ne me re-jetez pas en prison, je vais y mourir », nous a dit et supplié, en gros, Balkany, sans que son interlocuteur devenu compatissant ne bronche. Et ne s’aperçoive qu’il vient de participer sans s’en rendre compte à un acte… condamnable. Victor Hugo dans les Châtiments l’avait en effet écrit  : « la subornation des juges est un crime »…  

Ce soir, j’ai pu en voir une tentative… médiatisée par un présentateur indéfendable lui-même, à en désespérer un ténor du barreau, ayant choisi un camp, celui du scoop, au lieu du respect du bon fonctionnement d’une société et d’une justice qui se veut impartiale, quand on ne vient pas la polluer avec ces tentatives abjectes pour l’influencer. Influencer, faire peser la balance, cela s’avère dangereux, pour la démocratie et l’exercice de la Justice … on le sait, on en a déjà eu plusieurs exemples historiques, dont celle d’une tête coupée qui n’aurait pas dû l’être…. 

Influencer l’opinion est un jeu dangereux, en effet

Cela me rappelle en effet  une sombre histoire, ou plutôt deux, celle d’une chanson qui a conduit un homme qui n’avait pas tué à l’échafaud, et celle d’un autre individu qui l’a évité de justesse. Celle de l’influence des médias sur sur une affaire de justice (je vous évite le cas du petit Gregory, l’enfant assassiné de la Vologne). C’est dans le livre admirable et dont il faut conseiller la lecture, signé Robert Badinter, « L’exécution » que Bruce Toussaint, c’est sûr n’a pas lu. Car sinon il aurait refusé d’interviewer Balkany !  On y raconte l’histoire d’une manipulation médiatique menant à l’échafaud, tout simplement.  Celle de Bontens, collègue de cavale ratée de Claude Buffet, qui était le seul assassin de l’affaire : leur tentative le , de s’échapper de la prison de Clairvaux (l’ancienne abbaye, et oui !) s’était soldée en effet par l’égorgement d’une jeune infirmière et d’un gardien (Nicole Comte, mère de deux enfants, et Guy Girardot, tués tous deux par Buffet). Ils ont été tous les deux condamnés à mort et ont été guillotinés. Mais avant cela, le président Pompidou avait été sollicité pour gracier Bontens, qui n’avait pas tué, lui, mais il avait cédé… aux sondages alors largement favorables à la peine de mort. Robert Badinter décrit dans son livre les derniers moments atroces de Bontens, dont il était l’avocat, et qui crie son innocence jusque sous la guillotine, dressée pour l’occasion dans l’enceinte de la prison de la Santé, obturée par un dais noir tendu au-dessus de la guillotine, surmonte par une ampoule nue. Dernière vision du monde pour les deux condamnés, horrible ! Les français sont en effet alors toujours favorables en majorité à la peine de mort.

Cinq ans plus tard, le 30 janvier 1976, Patrick Henry, un petit délinquant enlève Philippe Bertrand, le fils d’un industriel, alors âgé de sept ans. Il espère soutirer à ses parents une rançon d’1 million de francs. Les gendarmes le ratent de peu près de Troyes alors qu’il était dans une cabine téléphonique avec au bout du fil les parents (ils sont arrivés toute sirène hurlante et il a aussi vite détalé). On ignore alors s’il a alors déjà tué l’enfant.  Ce qui hélas va se produire. Une course poursuite quelque temps plus tard avec les policiers finit par coincer le ravisseur. Il nie tout, jusqu’à ce que l’on découvre le corps de l’enfant décédé sous le lit d’une chambre d’hôte qu’il avait louée. La France entière est horrifiée et le mouvement des partisans de la peine de mort reprend de plus belle. La télé s’y met, question psychose avec un présentateur qui clame le soir même que « la France a peur » en ouvrant son journal du soir avec en fond l’image terrible du petit garçon (il n’y a que deux chaînes à l’époque, l’impact est énorme !). Le poids des mots, le choc de la télé ce soi-là !!! Le Bruce Toussaint de l’époque ameute ce soir-là toute la France ! Les mots employés sont ce soir-là une vraie condamnation par procuration : « Bonsoir. La France a peur. Je crois qu’on peut le dire aussi nettement. (…) Oui, la France a peur et nous avons peur, et c’est un sentiment qu’il faut déjà que nous combattions je crois. Parce qu’on voit bien qu’il débouche sur des envies folles de justice expéditive, de vengeance immédiate et directe, et comme c’est difficile de ne pas céder à cette tentation quand on imagine la mort atroce de cet enfant ». Et fait sans s’en rendre compte, cela pencher l’opinion… dans le sens qu’on imagine : la France veut alors la tête de l’assassin de l’enfant !

La politique s’en mêle : Giscard d’Estaing, détenteur du droit de grâce présidentiel, devenu entre-temps président, hésite lui aussi comme son prédécesseur, mais soucieux d’être réélu, il laisse entendre qu’il y demeure favorable (puisque la majorité des français l’est elle aussi !). Il la refusera à Ranucci, une autre affaire de mort d’enfant devenu le Pull-over rouge de Gilles Perrault comme livre (c’est le meurtre en 1974 de la petite Marie-Dolorès Rambla, âgée de huit ans, et à propos de laquelle je suis plus circonspect, car je ne partage pas l’opinion du livre et suis plutôt l’avis de Frédéric Pottecher sur l’immaturité totale de Ranucci, qu’il décrit comme « fou »- ainsi que sa mère d’ailleurs !). Dans  un entretien, diffusé après un documentaire sur son septennat (« L’homme qui voulait être aimé »), Giscard d’Estaing, précise à nouveau qu’il aurait « probablement « maintenu la peine de mort s’il avait été réélu en 1981... » Tout le monde se dit qu’au procès, Henry n’aura donc aucune chance d’éviter la guillotine…

C’est alors qu’un chanteur inconséquent (ici à droite) entonne une rengaine intitulée « Je suis pour » (sous-entendu la peine de mort), une chanson signée à deux mains : celle de Jacques Abel Jules Revaud et celle de…. Michel Sardou. Revaux est un compositeur connu, dont  « Comme d’habitude » (devenu MyWay à l’étranger, succès planétaire chanté par Sinatra). Le chanteur émet depuis des années déjà des idées d’extrême-droite et il ne s’en cache même pas. Aujourd’hui, il raconte que « c’était de la connerie d’avoir chanté ça« , ce qui est un peu facile, car Henry a bien failli être guillotiné, avec une opinion chauffée à blanc par la chanson, qui évoque le meurtre d’un enfant, autrement dit directement le sort de l’infortuné petit Bertrand.

Mais c’était sans compter la verve et la force de persuasion d’un admirable avocat, Robert Badinter (futur ministre de la Justice et artisan passionné de l’abolition de la peine de mort – écoutez donc ce discours, ce chef d’œuvre oratoire -)  qui, en racontant aux jurés la mort atroce de Bontens criant jusqu’à la dernière seconde qu’il est innocent des deux meurtres qu’on lui a reprochés, va réussir à ne pas obtenir l’assentiment de la totalité des voix du jury signifiant alors la peine de mort pour son client. Ce qui condamnait donc aussi de facto Patrick Henry à la réclusion à la perpétuité (il est sorti de prison le 15 mai 2001, après plus de 25 ans de prison, pour aussitôt refaire un larcin -du haschich ramené d’Espagne- et retourner en prison jusqu’au 15 d’où il alors été libéré pour raison médicale : il meurt d’un cancer deux mois et demi plus tard, le 3 décembre 2017 – à Lille). Pour le cas de Ranucci, Badinter donnera aussi après coup son opinion, en affirmant que des zones d’ombre « nombreuses » (il y en a en effet) devaient l’envoyer en prison et non le faire exécuter. C’est le bénéfice du doute, indispensable en droit, mais peut-on enfermer quelqu’un dont on doute de la culpabilité ? Pour Balkany, il n’y a pas de doute, en revanche !

Influencer le jugement

Ces deux histoires terribles sont là pour nous dire que d’intervenir dans les médias (télévision, et ici aussi par la chanson) est fort dangereux quand il s’agit de rendre sereinement la justice : l’opinion n’a pas a être orientée ou manipulée dans un sens ou l’autre et encore moins les magistrats qui la rendent.  Seuls des dictateurs se le permettent : Donald Trump vient d’en être accusé, et il vient tout juste de récidiver avec des déclarations envers son ami Roger Stone. On peut effectuer des reportages, pour montrer que parfois aussi hélas, la justice s’égare, mais on n’a pas à offrir le micro à des gens qui en font aussitôt une remise en cause ouverte de la justice elle-même (Balkany ici reniant ouvertement toute décision de première instance, pourtant lourde à son égard !). Comme pour l’affaire Ghosn et le désastre Salamé, on n’a pas, en qualité de journaliste digne de ce nom à jouer aux influenceurs sans cervelle.  Je sais que l’on regarde de plus en plus la télé de cette façon, mais ce n’est pas une raison : sinon à quand un Norman ou un Cyprien – pour les moins pires – en robe noire ou à mortier sur le Web ? Imaginez les dégâts avec une YouTubeuse vous vendant la veille un nouveau maquillage ou du vernis à ongles et le lendemain défendant le cas d’un psychopathe assassin ! La TV, même si elle perd des points en audience, demeure un média de masse, au contraire de ce que l’on vient de citer (même si ces derniers progressent à vitesse phénoménale). C’est pour ça qu’on ne doit pas non plus jouer avec (n’est ce pas l’autre imbécile, là !).

Ce que vient hélas de faire Bruce Toussaint. Bruce, autrefois tout puissant, a tout simplement et éthiquement … fauté ! 

PS : Heureusement, il y a Twitter pour remettre un peu les choses à leur place, telle « Adia », qui commente ainsi   « Bfm est limite en train de nous présenter #Balkany comme un héros qui a survécu à 5 mois de prison. La dernière fois que j’ai vu cela c’était quand Thomas Pasquet était revenu de l’espace » ou bien  « Klaire » qui ironise :  « A ce stade mon projet de « Patrick Balkany, la comédie musicale » est financé par BFM dans quinze jours », ce qui reprend l’idée du dessin du Canard voyant le feuilleton Balkany devenir le nouveau Narcos de NetFlix !

(1) Les plus tragiques ayant été Poivre d’Arvor avec sa fausse interview de Fidel Castro (la première fake totale en réalité, PPDA n’étant même pas sur place !), ou bien l’ineffable, celle de Davis Pujadas avec Bachar el Assad, ou plus récemment celle, désastreuse, de Léa Salamé, avec Carl Ghosn et ses questions stupides (le coup de la malle !), une Salamé chez qui le melon semble avoir passé le plus vite ses dernières années (je ne parle même pas de celle de Marine LePen, à qui elle a offert un boulevard complet en confondant tout, notamment juifs et israéliens, à la manière d’un… Dieudonné). Habiter avec un philosophe ça ronge les neurones, ce doit être ça la raison. Sans oublier celle de Paul Amar et de son flop mémorable (bravo la pub Décathlon au passage) avec Tapie et LePen et leurs gants de boxe (même Tapie, qui en a vu, pourtant, est atterré ce soir-là !!!). Nelson Monfort est lui hors-catégorie, bien sûr.

(2) dans le livre « Balkany l’impuni: Secrets, mensonges et trahisons » (à recommander !) de Jean-Charles Deniau, on peut lire à propos de Supo qu’une partie de l’argent fait partie des détournement de l’Office d’HLM du 92, officine connue d’approvisionnement du RPR de l’époque : « Nous sommes en 1998 et Bruno Guillon qui rédige le rapport lance une piste qui va s’avérer gagnante sur le long terme : « À ce stade de l’enquête on peut remarquer que cette vente d’actions peut avoir servi à masquer le versement de fonds à Monsieur Balkany alors président de l’office HLM 92. » L’officier de police remarque également que Patrick Balkany possède un compte à l’ABN Amro Bank à Zurich où se trouve le siège de Supo Holding. Les deux pages se terminent ainsi : « En conséquence il pourrait être utile de faire procéder à des investigations en Suisse afin de déterminer l’identité des dirigeants de la société Supo Holding et l’origine des sommes versées à Monsieur Balkany. » Interrogé par la police, à cette époque, le directeur du service juridique de la Banque générale du commerce dont le président, rappelons-le, est Jean-Marc Smadja (nota : c’est le conseiller – fortuné- de Balakany !), a reconnu que les résultats financiers de la société Réty étaient sous la ligne de flottaison depuis plusieurs années et que ses actifs se réduisaient à son droit au bail. À la question de savoir pourquoi une société endettée à hauteur de 27 millions avait pu être vendue 31 millions, le banquier a tout simplement répondu : «Je ne sais pas. » Tous ces éléments du dossier des HLM du 92 sont restés lettre morte durant des années ». Le nom de Rety, c’est le père de Patrick, Gyula, qui l’avait inventé  : il avait fait fortune en lançant les Laine et Soie Réty, une chaîne de magasins de vêtements de luxe dans le « triangle d’or » parisien… l’argument de Patric Ballany pour la provenance de son argent étant d’avoir dilapidé la fortune de son père… On ne la savait pas aussi immense !

(3) Les Balkany ont TOUJOURS minoré la valeur de cette somptueuse villa, Toussaint aurait dû le savoir… et le contrer aussitôt : « concernant l’achat de Pamplemousse » écrit ici Marianne,  « Isabelle Balkany se serait rendue en Suisse pour lui donner ses consignes. Jörin transmet des instructions à une première société écran qui elle-même gère la société du Liechtenstein qui est propriétaire de la villa achetée 3,5 millions de francs. Officiellement les époux Balkany, qui s’envolent sur l’ile de Saint-Martin deux fois par an, ne sont que « locataires » de la villa. Le montage, parfait paravent fiscal, va durer 17 ans. Si la société du Liechtenstein Real Estate, propriétaire officiel, paye effectivement des impôts, ils sont copieusement « minorés » d’année en année, comme le fait remarquer le procureur Arnaud de Laguiche. « La maison est déclarée six fois moins que son prix », observe-t-il. Patrick Balkany hausse les épaules, renvoyant sur l’agence Carimo ou son conseiller fiscal parisien. « Je doute que les services fiscaux de la Guadeloupe laissent perdurer une erreur pareille ou alors ils ne font par leur travail, ce qui m’étonnerait puisqu’en ce qui me concerne, ils s’acharnent », ironise le maire de Levallois. « Pour qu’il y ait des paradis fiscaux, il faut qu’il y ait un enfer fiscal », s’amuse-t-il aussi à la barre. La salle sourit. Le président toujours pas. »

(4) ils en avaient une deuxième à Saint-Martin (selon ici Business Insider) : « la villa Serena, à Saint-Martin, dans la mer des Caraïbes, se trouve au bord de la plage de sable blanc de Baie Rouge. Outre sa piscine avec vue sur la mer, elle comprend une salle multimédia avec écran géant, cinq chambres et autant de salles de bain. Elle est proposée à 34 650 dollars la semaine en période de haute saison, sur le site St.Martin Blue.  Les enquêteurs ont obtenu la preuve que Patrick Balkany avait fait l’acquisition de cette villa en 1989, par l’intermédiaire de plusieurs sociétés immatriculées dans des paradis fiscaux comme le Liechtenstein, précise France Info. Sa revente en 2002 pour un montant de 3,5 millions de dollars (3,1 millions d’euros) aurait pu servir à rénover une autre villa achetée par le couple Balkany, toujours à Saint-Martin… »

 

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