• Brian Mulroney – Pourquoi je ne lirai pas ce pavé de 1 000 pages

    7 septembre 2007 | 6 commentaire(s) | 182 affichage(s)

    Brian Mulroney publie ses mémoires. Sentant très probablement
    qu’il a marqué l’histoire canadienne, il décide de donner sa version
    personnelle de quelques faits, sous sa gouverne, qui auraient, par leur
    importance, le mérite du « souvenir
    pour la postérité
     ». La version française de Brian Mulroney :
    Mémoires 1939-1993
    est une autobiographie de 1 200 pages. Je ne l’ai pas
    encore lu. Mes commentaires seront donc puisés à même ceux des médias qui nous
    en tracent quelques traits.

    En 1993, Brian Mulroney quitte la
    scène politique avec la douloureuse réalité qu’il est l’un des premiers
    ministres les plus honnis de l’histoire canadienne. En 1984, Pierre-Elliot
    Trudeau quitte la scène politique en étant marqué du respect et de l’admiration
    de la part des Canadiens. L’un était conservateur. L’autre libéral. L’un
    s’alignait sur les ascendances irlandaises du président américain. L’autre
    provoquait son voisin, l’hyper puissance, en s’éloignant de ses stratégies et
    en adoptant des politiques propres au Canada.

    Monsieur Mulroney creuse dans les
    cimetières pour redonner vie à sa propre mort politique : il remonte 60
    ans dans le temps pour reprocher à Pierre Elliot-Trudeau son militantisme
    anti-guerre à l’époque où ce dernier était étudiant, en disant que son refus de
    participer à la Deuxième Guerre mondiale le rendait inapte à exercer un
    leadership moral. Que M. Mulroney reproche à M. Trudeau d’avoir sabordé
    l’Accord du lac Meech auquel il tenait tant, le pacte
    de 1990 qui devait convaincre le Québec de signer la Constitution, est une
    chose. Qu’il fasse renaître de ses cendres, tel le Phoenix, un passé peu
    glorieux de Pierre Elliot-Trudeau en est une autre.

    Mulroney s’attarde longuement sur
    des révélations d’un livre écrit par Max et Monique Nemni,
    qui soulignent, qu’au début des années 40, Trudeau « avait écrit une pièce antisémite et y avait joué, s’était exprimé
    fermement en faveur du fascisme, avait soutenu que l’Angleterre et l’Allemagne
    étaient également responsables de la guerre et avait exhorté les Québécois à
    résister à la conscription et au nettoyage ethnique, au besoin, pour assurer la
    création d’un État purement français et catholique
     », selon le résumé
    qu’en fait l’ex-premier ministre.

    Fort de ce qu’il croit être une
    révélation profonde qui bouleversera les canadiens, monsieur Mulroney se
    comporte en archéologue des comportements
    et ramène à la surface des faits qui le convainquent, lui, personnellement, de
    la qualité douteuse d’un homme qui ne peut plus assurer sa défense : « (M. Trudeau) est loin d’être quelqu’un de
    parfait, affirme M. Mulroney. C’est un homme qui a contesté les Alliés alors
    que les Juifs étaient sacrifiés, et pendant que le grand programme
    d’extermination se poursuivait, il manifestait dans Outremont (Montréal) en
    défendant le point de vue contraire (aux Alliés) sur cette question
     ».

    Sur cette même lancée, puisque
    l’encre n’est pas encore sèche, pourquoi ne pas en remettre : « Un million de jeunes Canadiens ont choisi de
    combattre les nazis, parce que c’était « la machine la plus diabolique jamais
    connue de mémoire d’homme, visant à exterminer les Juifs, tout le monde savait
    cela
     ». « Pierre Trudeau ne faisait
    pas partie du nombre. C’est une décision qu’il a prise. Il avait le droit de
    prendre ce genre de décision. Mais cela ne le qualifie pas pour exercer quelque
    leadership moral que ce soit dans notre société
     ».

    Gilbert Lavoie, du Soleil,
    connaît bien Brian Mulroney pour avoir œuvré au sein de son cabinet. Il
    écrit : « Brian Mulroney a
    toujours sur le cœur la « trahison » de Lucien Bouchard, qui l’a laissé tomber
    pour fonder le Bloc québécois, dans les semaines précédant l’échec de l’Accord
    du lac Meech. Il n’a jamais digéré l’intervention de
    Pierre Trudeau contre Meech devant le Sénat. Et il a
    encore en mémoire le coup bas de Clyde Wells, qui a bloqué Meech
    dans son assemblée législative, après l’avoir reçu à souper à la maison et lui
    avoir promis son amitié
     ».

    Brian Mulroney rappelle effectivement,
    dans ses Mémoires, « l’attaque
    personnelle hargneuse [...] remplie d’insultes odieuses et d’arguments spéciaux
     » menée par Trudeau dans des médias canadiens le 27 mai 1987, et notamment à la
    une du Toronto Star. Trudeau y accusait notamment Mulroney d’être un « pleutre » pour avoir proposé l’Accord du
    lac Meech, « qui
    rendra l’État canadien tout à fait impuissant
     » et qui serait « éventuellement gouverné par des eunuques
     ».

    Vingt ans plus tard, que fait
    donc Brian Mulroney si ce n’est un retour sur le même ton contre une
    personnalité politique, décédée, qui a marqué le Canada : « Trudeau possédait des vertus personnelles
    impressionnantes et fut l’auteur de réalisations importantes, mais aucune
    d’entre elles ne le qualifiait pour donner des leçons de morale et prétendre
    que sa vision du Canada, et elle seule, méritait de prévaloir
     », affirme M.
    Mulroney. Que reste-t-il de la vision de Brian Mulroney ?

    Monsieur Mulroney a la mémoire
    courte : le 17 septembre 1984, il prête serment en tant que 18e premier
    ministre du Canada et les deux premières années de son gouvernement sont
    marquées par l’indécision et les scandales de son Cabinet. Neuf ans plus tard,
    non sans avoir tergiversé, Mulroney annonce sa décision de quitter la politique
    en février 1993. Selon les sondages, sa popularité, à ce moment-là, est la plus
    faible dans toute l’histoire des premiers ministres du Canada. Pour le
    leadership moral, monsieur Mulroney repassera.

    Lorsqu’il cède la direction du
    pays à Kim Campbell, le 25 juin 1993, la coalition des conservateurs se
    désagrège aux élections de la même année. Seulement deux conservateurs sont
    élus dans tout le Canada et le parti perd son statut de parti officiellement
    reconnu à la Chambre des communes. C’est un désastre sans précédent dans
    l’histoire politique du Canada. Beaucoup l’attribuent aux erreurs de Mulroney
    et à son impopularité.

    Selon l’historien Stephen Clarkson, auteur d’un livre sur Pierre Elliot-Trudeau, ce dernier a « hanté » M. Mulroney au cours de ses années comme premier ministre : « M. Mulroney a toujours eu l’air de chercher à prouver qu’il pouvait faire mieux que Pierre Trudeau dans les dossiers de l’unité nationale et constitutionnel, en économie et en relations étrangères ». Monsieur Trudeau peut reposer en paix. Brian Mulroney vient de démontrer qu’il n’en avait pas l’étoffe.

    Monsieur Mulroney semble avoir
    oublié ce proverbe irlandais : mieux vaut d’anciennes dettes que de vieilles
    rancunes. Pourquoi ces mémoires n’ont-elles
    pas été publiées du vivant de Pierre Elliot-Trudeau ? Et que reste-t-il du bilan politique de Brian Mulroney, au-delà des règlements de compte. Voilà un rendez-vous manqué. Voilà pourquoi je ne
    lirai pas ce livre.

    (Sources : La Presse, Le Soleil, Matinternet, Presse Canadienne)

  • 6 commentaires

    • Renart L’éveillé

    Je ne lirai pas non plus son livre, mais j’ai bien apprécié votre texte.

    Je comprends très bien votre gros bémol par rapport à l’idée de ce livre post-mortem mais je peux vous avouer que de savoir que PET était un fasciste est quand même important à savoir, historiquement. Et ce n’est pas des choses que je savais.

    Il y a quand même quelque chose d’assez discutable à brasser un vieux paquet d’os et encore plus si ça se fait pendant 1200 pages…

    • Pierre R.

    Bonjour Renart

    Je ne nie pas le droit à Brian Mulroney d’expliquer sa version de l’histoire d’un échec : celui du Lac Meech. Je ne nie pas à Brian Mulroney le droit de donner sa version des faits et les réussites de son gouvernement de 1984-1993. Je m’interroge seulement sur le marketing de son opération : pourquoi sent-il le besoin de régler ses comptes en lieu et place de parler de ses réussites ? Le livre se vendrait-il s’il n’avait parlé que de ces dernières ? Je n’ai aucun commentaire à formuler sur ses règlements de compte relativement à Lucien Bouchard et Jean Chrétien. Ils pourront bien se défendre. Mais la bassesse ne prouve en rien que l’éthique de Brian Mulroney soit supérieure à celle de Pierre Elliot-Trudeau.

    Brian Mulroney aurait, à mon avis, été plus avisé s’il n’avait circonscrit son propos qu’aux seuls événements qui ont entouré la chute de Meech et les interventions malheureuses de Pierre Elliot-Trudeau dans ce seul cadre. La vengeance est incompatible avec la liberté, écrivait Gilbert Choquette dans La Mort au verger.

    Pierre R.

    • Renart L’éveillé

    Oui, et il faut bien aussi un peu de l’odeur du scandale pour vendre…

    • bourdieu

    Votre point de vue sur les memoires de Brian Mulroney est excellent.
    Comme vous, je ne l’ai pas achete, car ayant vecu les politiques desastreuses de cet individu quand il fut premier ministre m’ont suffit.
    Cepandent je vais relire le livre de l’ecrivaine Stevie Cameron sur ce sujet.
    (dommage que les editeurs quebecois
    n’ont pas encore fait la traduction francaise……)

    J’ai lu le livre de Brian, je ne suis pas concervateur, mais plutôt indépendantiste. Le récit de ce livre est réaliste, car 90% des écrits proviennent de différantes personnes et j’ai personnellement vérifié ces faits.
    Ils avait raison à 100%.

    • Pierre R.

    Monsieur Jacob

    Je vous remercie de me communiquer votre appréciation du livre de monsieur Mulroney. Heureux de vous savoir satisfait à sa lecture.

    Pierre R.

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