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Brexit: les conséquences sur le marché de l’art

Brexit et marché de l’art

Le divorce britannique et l’abandon par Londres du foyer européen nuiront forcément aux finances publiques de ce pays. Inévitablement, les impôts et les taxes seront majorés, contraignant ainsi les collectionneurs d’art importants à quitter la Grande Bretagne afin de ne pas être pris dans cette tempête fiscale. Du coup, la Grande Bretagne subira une saignée d’œuvres d’art y trouvant actuellement refuge, accentuée par un départ de certains trésors depuis même les musées nationaux qui en seraient réduits à faire payer leurs visiteurs pour assumer leurs coûts grandissants. En effet, la quasi-totalité des prêteurs d’œuvres aux musées exigent la gratuité des visites.

En conséquence, la Grande Bretagne subirait un double exode d’œuvres d’art : de la part de collectionneurs peu désireux d’être surtaxés, et de la part de musées sinistrés par des finances publiques déficitaires qui perdraient ainsi nombre de leurs œuvres en prêt. Le Brexit signifierait en outre une interruption unilatérale de toutes les subventions aux milieux artistiques, et aura naturellement des effets pervers sur la créativité comme sur l’indépendance artistiques de cette nation.

 

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Comme l’Ecosse saisira cette balle au bond pour précipiter un nouveau référendum – à n’en pas douter réussi ! – pour quitter le Royaume, le Gouvernement de Londres se retrouvera du coup totalement isolé hors d’Europe et coupé de l’Ecosse, avec un impact évidemment dévastateur sur ses finances publiques, sur les infrastructures déjà déficientes de ce qui resterait de Grande Bretagne, et sur l’investissement en général. Autant de phénomènes conjugués qui exerceraient des dommages irrémédiables sur le tourisme, sur la culture et sur l’art britanniques.

Il v de soi que le taux de la T.V.A. sera augmenté car l’Etat misera principalement sur cette recette supplémentaire facile à lever afin de tenter de combler partiellement cette saignée. En conséquence, les acquéreurs potentiels d’art en Grande Bretagne seront incontestablement pénalisés car le pays subira l’effondrement de toute sa capacité d’attraction et de compétitivité fiscales ayant fait les beaux jours de Londres comme une des principales places pour les transactions en matière d’art. De plus, comme les barrières douanières avec l’Europe seront immédiatement rétablies, les acheteurs européens opteront en toute logique de passer outre tout achat potentiel réalisé en Grande Bretagne du fait de taxes à l’importation prélevées par leur pays de domicile du fait de la sortie britannique de l’Union.

Par ailleurs, Londres – ville ayant bénéficié ces dernières années d’un foisonnement de foires et donc d’acheteurs venus de tout le continent européen- sera livrée à elle-même. Last but not least, les grandes maisons de ventes aux enchères -dont le personnel opère très régulièrement et très librement et des voyages et des transactions entre Londres et le continent-, seront conduites immédiatement à revoir l’ensemble de leur stratégie avec la Grande Bretagne. Les galeries, marchands d’art ainsi que tous les métiers gravitant autour de l’art seront également sinistrés par l’effondrement de la Livre Sterling, qui rendra mécaniquement leurs achats à l’étranger nettement plus onéreux et qui déroulera donc un impact négatif sur leurs marges. Ce qui, combiné à l’augmentation de la T.V.A. britannique, forcera nombre de ces intervenants – grands et petits – à fermer leurs portes, ou à se délocaliser sur le continent.

Il va de soi que cette liquéfaction du marché de l’art en Grande Bretagne – en cas de Brexit – profitera notamment à la France et à la place de Paris qui avaient connu une désaffection de la part des professionnels et des collectionneurs depuis une vingtaine d’années. En réalité, la France a tout à gagner du Brexit, et pas seulement pour retrouver sa place jadis prépondérante sur le marché de l’art européen. A condition qu’elle le fasse avec tact et sans triomphalisme.

Michel Santi

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