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Blogs, réseaux sociaux : un grand marché de dupes pour la découverte

Mais où sont donc passés les blogueurs d’antan ?

Dans une époque pas si reculée, il était possible pour le public de se construire une culture originale, décalée, faisant la part belle à l’underground. La consultation de blogs et d’informations échangées permettait aux esprits curieux, et à tous ceux qui voulaient consommer de la culture différemment, d’élargir leurs horizons.

bloggers

Une proximité avec les créateurs de toute sorte était possible. On était peut-être cinq dans cette salle de théâtre, pas assez nombreux pour que la pièce se joue. Mais on allait boire un verre avec les acteurs et c’était fort sympathique. On pouvait leur poser plein de questions en direct, sans être modéré. On était deux à avoir lu le livre de cet écrivain qui publiait en autoédition. Pas grave et aucun besoin d’informer la Terre entière. On avait adoré son livre et on remerciait chaleureusement le petit post du blog qui nous avait permis d’échanger avec l’auteur. On était dans un autre rapport à l’autre, à l’information, à l’art.

Combien d’expositions, d’événements passés sous silence par les médias traditionnels étaient relayés sur la Toile ? Sufisamment pour qu’on soit content d’être au courant. Hélas, aucun phénomène n’échappe à l’entropie (pardon, je parle comme les blogueurs branchés, je veux dire : c’était le début de la fin).

Désormais, harmonisation des informations : on retrouve partout la même chose, la même information (doit-on dire publicité ?), déjà relayée, précédemment médiatisée. A l’écran, rien de nouveau.

Pire, sur des sites qui ont vocation de mettre en avant l’échange autour des goûts du public il n’y a que des disques de majors, des films de grands studios, des livres de maison d’édition ayant pignon sur rue. Aujourd’hui, pour un artiste underground, il est même parfois plus dur d’être chroniqué sur un réseau social que dans la presse traditionnelle.

J’aime à me rappeler l’ère bénie. Quand le bloggeur n’avait pas encore chopé le melon, qu’il n’était pas persuadé d’avoir la science infuse. Quand il n’était pas obsédé par ses sponsors, son audience et ses partenariats. Quand il avait compris que son rôle était l’échange, le partage, la découverte de l’information. De tout type d’information. Quand il n’avait pas l’indécence de se poser en prescripteur.

En 2015, est-il encore possible de consommer de la culture différemment ? Mieux : de la vivre, d’en vivre, de la partager sur Internet sans arrière-pensée pécuniaire ou égotique ?

C’est faux de dire que le public n’est pas curieux, qu’il suit comme un mouton toutes les tendances. Le public comme notre époque est prisonnier du manque d’audace, de l’absence déprimante de prises de risque, du manque de défricheurs, et surtout de fraternité et de bienveillance.

Pour mener à bien cette mission, cela suppose d’être humble et de proposer du contenu original qu’on ne trouve pas ailleurs. Cela induit donc un état d’esprit et du travail, de ne pas s’ériger en censeur, d’aller vers l’autre, de ravaler son égo.

La récupération commerciale des réseaux sociaux n’est pas nouvelle, cela fait belle lurette que la mutation a eu lieu. Mais parfois il est bon de rappeler qu’il n’y a pas de honte, au contraire, à être simple passeur d’assiettes.

Plummetis

Source:  Agoravox.fr

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