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Biathlon : le périlleux défi de Martin Fourcade

Le grand champion de biathlon Martin Fourcade a annoncé lundi, lors d’une conférence de presse, qu’il serait bien présent au rendez-vous de la saison 2019-2020 dès la reprise des compétitions à Östersund le 1er décembre, et cela a minima jusqu’aux Mondiaux italiens d’Antholz (Anterselva) en février 2020. Ce faisant, le Catalan prend un très gros risque après la succession d’échecs, parfois cuisants, qu’il a subis durant la saison qui vient de s’achever à Oslo-Holmenkollen sur le triomphe du Norvégien Johannes Boe

C’est un fait, durant toute la saison 2018-2019 Martin Fourcade est allé de déceptions en déconvenues, sans oublier ses étonnantes déroutes lors des récents Championnats du monde suédois d’Östersund. Tout avait pourtant très bien commencé le 6 décembre avec une victoire en Slovénie lors de l’individuelle de Pokljuka, première course du circuit. Et malgré des prestations en retrait par rapport aux années précédentes, le Catalan ajoutait une seconde victoire le 15 décembre lors de la poursuite sur les pistes autrichiennes d’Hochfilzen.

Malheureusement pour lui, Martin Fourcade n’a cessé de décliner par la suite en étant relégué à des places d’honneur au pied du podium. Des performances indignes à ses yeux de son statut et des capacités intrinsèques sur lesquelles il espérait s’appuyer pour conquérir de nouvelles victoires et étoffer le plus prestigieux des palmarès* de cette discipline sportive si spectaculaire après celui de l’immense champion norvégien Ole Einar Bjoerndalen.

Le pire restait malgré tout à venir : en dépit d’un break de plusieurs semaines en février durant la tournée nord-américaine à laquelle il n’a pas participé pour se resourcer en famille et recharger ses accus en vue des Mondiaux, force est de reconnaître que le plus grand champion français de l’histoire du biathlon a échoué dans sa tentative de reconquête de son rang antérieur. Au grand dam de l’encadrement technique, il a même complètement sombré en Suède, avec une catastrophique 39e place lors de l’individuelle et une tout aussi calamiteuse 24e place lors de la mass-start (sur 30 participants), très loin des places d’honneur obtenues lors du sprint (6e) et de la poursuite (5e), pourtant elles-mêmes en deça des espoirs de médaille du Catalan. Comble de la désillusion : lui qui, des années durant, avait été le pilier des relais, a complètement fait naufrage durant l’épreuve masculine, en condamnant de facto le quatuor français à une très médiocre 8e place alors que les bleus s’étaient élancés avec le statut de favori au côté des Norvégiens.

« Pauvre Martin, pauvre misère », chantait Brassens. Tel est le refrain auquel le public s’est progressivement habitué durant cet hiver de galères au cours duquel Martin Fourcade a d’autant plus multiplié les frustrations qu’aucun élément rationnel n’est venu expliquer les causes de cette régression des capacités du biathlète. Tout semblait d’ailleurs aller pour le mieux en début de saison après de bonnes performances lors de l’entraînement automnal, tant sur les skis que lors des séances de tir. Et pourtant, presque rien ne s’est déroulé comme prévu pour le Catalan.

Consultés, les médecins ont procédé à des analyses de contrôle qui n’ont pas décelé la moindre anomalie. Comment et pourquoi Martin Fourcade a-t-il perdu tout à la fois sa redoutable supériorité sur les skis et sa précision au tir, au point d’être largement distancé par Johannes Boe et désormais dépassé par des athlètes qu’il dominait nettement jusque-là ? À ce jour, nul ne sait s’il s’agit d’une baisse irréversible de son potentiel ou d’un simple problème mental susceptible d’être surmonté dans les prochains mois.

Martin Fourcade semble persuadé de pouvoir recouvrer la totalité de ses moyens pour disputer le leadership du biathlon à son nouveau patron, Johannes Boe. Hélas ! notre champion avait affiché le même type de confiance en s’épargnant les épreuves nord-américaines pour préparer dans les meilleures conditions les Mondiaux d’Östersund. Avec les résultats que l’on connaît. Dès lors se pose inévitablement la question de la fin de carrière de ce biathlète surdoué dont rien n’indique qu’il pourra renouer en 2019-2020 avec ses succès et son insolente domination du passé. Nombre d’observateurs pensent qu’une retraite bien méritée serait la solution de sagesse. Ce n’est pas l’avis du Catalan.

Sauf coup de théâtre, nous le verrons donc avec plaisir se confronter à nouveau à ses adversaires au mois de décembre. Non sans une sincère inquiétude à son sujet : contrairement à Ole Einar Bjoerndalen qui a continué à skier très longtemps pour le plaisir malgré des podiums de plus en plus rares – le Norvégien a arrêté à… 44 ans ! –, Martin Fourcade vit très mal les contre-performances et en ressent à chaque fois une frustration qu’il ne cherche pas à dissimuler. Nul doute que la pression sur lui sera terrible lors du rendez-vous d’Antholz. Avec inévitablement en tête la crainte de s’engager dans la saison de trop !

7 gros globes de cristal, 76 victoires dont 5 titres olympiques et 10 titres individuels de champion du monde.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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