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Beno?t XVI ? Paris

La venue d’un pape en France est toujours un ?v?nement important, et on se demande toujours pourquoi elle suscite autant de commentaires. Apr?s tout, si Beno?t XVI est le principal responsable d’une religion qui compte pr?s de 1,1 milliard de fid?les, il est aussi le chef d’un micro-?tat qui a droit aux m?mes ?gards et honneurs que n’importe quel chef d’?tat, y compris des personnages peu recommandables comme Mouammar Kadhafi ou Bachar el-Assad.

Sur la question de la « France, fille a?n?e de l’?glise », son pr?d?cesseur, Jean-Paul II, avait d?samorc? une fois pour toutes les critiques lors de sa venue ? Reims en 1996 o? il avait reconnu que la France ?tait une r?publique la?que et que chacun pouvait croire ? ce qu’il voulait, tant qu’on laissait aux catholiques le droit de croire et de pratiquer leur foi, reconnaissant lui-m?me que la date anniversaire du bapt?me de Clovis ?tait arbitraire et assez incertaine d’un point de vue historique.

Autre personnalit?

Succ?dant ? un pape d’une grande long?vit? (26 ans et demi), jeune (58 ans ? son ?lection) et tr?s charismatique, Beno?t XVI est, ? 81 ans, d’une toute autre personnalit?. Visiblement, il n’appr?cie pas les foules et ne cherche pas beaucoup les bains de foule. Entendre en plein cœur de Paris, ? deux pas de la Concorde et des Champs-?lys?es, le l?ger accent allemand du tr?s bon fran?ais parl? par le pape pourrait surprendre.

Je suis all? aux Invalides le samedi 13 septembre 2008 o? le pape a ?t? accueilli par le cardinal Andr? Vingt-Trois (archev?que de Paris, pr?cisons que Vingt-Trois s’?crit en toutes lettres, c’est son patronyme et pas un num?ro !) et j’ai pu comparer avec la venue de Jean-Paul II ? Reims. Dans sa papamobile, Beno?t XVI est all? directement vers la haute tribune en bois, au fond de l’esplanade, saluant un peu discr?tement la foule qui l’applaudissait. Cela a pris une dizaine de minutes.

Tandis qu’en 1996 ? Reims, o? j’?tais ?galement pr?sent (ce genre de manifestation me fait toujours peur, une si grande foule donne le vertige, mais je ne suis pas un habitu? des stades non plus), Jean-Paul II ?tait pass? consciencieusement dans toutes les all?es avec sa papamobile, afin de saluer tout le monde, y compris ceux qui ?taient mal plac?s. Cela avait dur? entre une demi-heure et une heure, ce n’?tait pas tr?s utile d’un point de vue liturgique, mais cela avait permis ? tous les participants d’approcher vraiment le pape, de ne pas le voir que sur un ?cran g?ant.

Est-ce un manque de consid?ration de la part du pape actuel ? ?videmment non, c’est simplement que son esprit est ailleurs. Il n’?tait sans doute pas destin? ? ?tre ?lu pape, et s’il l’a ?t?, c’?tait simplement pour succ?der ? Jean-Paul II. C’?tait son exp?rience (il ?tait le seul cardinal survivant ? avoir ?t? nomm? avant l’?lection de Jean-Paul II) et sa grande proximit? avec Jean-Paul II sur les questions de la foi et de th?ologie qui ont permis un rapide consensus sur son nom. Son ?ge en ferait un pape de transition, mais rappelons-nous aussi que Jean XXIII qui initia le Concile Vatican II ?tait aussi consid?r? comme un pape de transition ? son ?lection.

Un chercheur et un intello avant tout

L’esprit est ailleurs, car Joseph Ratzinger est d’abord un intellectuel, un th?ologien, un « savant », un chercheur, et un admirable adorateur de la raison. Si on peut d’ailleurs regretter la faible densit? intellectuelle de son hom?lie ce 13 septembre 2008, assez passe-partout et qui aurait pu ?tre prononc?e par un pr?tre lambda, c’est peut-?tre parce qu’il n’a pas os? en faire trop sur le sujet et qu’il avait d?j? excell? la veille aupr?s des artistes et intellectuels r?unis au Coll?ge (restaur?) des Bernardins.

Il a cependant rappel? l’une de ses logiques qui ne peut ?tre que sens?e : en substance, Dieu a dot? l’homme d’un cerveau et d’une intelligence, alors, il faut qu’il s’en serve et que la raison triomphe. La raison a sans doute ?t? souvent vaincue dans le pass? par la religion. Mais la raison n’est pas l’ennemie de la foi, elle la compl?te. Quand le pape rappelle la primaut? de la raison sur l’obscurantisme, cela rassure toujours.

Dans la m?me logique, Beno?t XVI a demand? ?galement ? renoncer ? adorer les idoles. Des propos qui pourraient s’?largir en politique sur le concept d’homme (ou de femme) providentiel. Vous pourrez retrouver en fin d’article la vid?o sur cette hom?lie et une autre r?alis?e par la Conf?rence des ?v?ques de France qui apportent les commentaires de plusieurs ?v?ques fran?ais.

Autre exemple o? le sens de la logique et la rigueur de la pr?cision se sont illustr?s. Samedi matin, Beno?t XVI avait demand? que les fid?les, au credo, ne r?pondent pas ? ses questions sur la foi par un « Oui, nous croyons. » (comme d’ailleurs indiqu? dans les livrets distribu?s) mais par un « Oui, je crois. » car la relation avec la foi ne peut ?tre qu’individuelle et en parlant au pluriel, on impliquerait les autres de fa?on peu pertinente.

Sa premi?re encyclique Deus Caritas Est (Dieu est Amour) est non seulement un succ?s ?ditorial (plus de 1,5 millions d’exemplaires vendus), mais montre la profondeur et la complexit? de la r?flexion de Beno?t XVI (voir le texte en entier en fin d’article). Il reprend le mot assez galvaud? de « charit? » pour traduire le mot ‘amour’ dans le sens « amour de Dieu » ou « amour du prochain ». Rien ? voir avec l’amiti? ou l’amour-?ros ?videmment. Cela signifie avant tout que Dieu est le contraire de la violence ou de la vengeance qui lui sont ?trang?res.

Ferveur populaire

Avec cette absence de charisme, tant de ferveur au passage de Beno?t XVI est ?tonnante de la part d’un pays qui se d?christianise de plus en plus (51% seulement des Fran?ais se consid?rent catholiques contre 80% en 1990). 260 000 participants ?taient pr?sents sur l’esplanade des Invalides. La foule retardataire a ?t? bloqu?e sur le pont Alexandre III et m?me du c?t? du Grand Palais, sur l’autre rive de la Seine. Des dizaines de milliers de personnes ont m?me dormi sur place pour ?tre au meilleur endroit pour apercevoir le pape. Il y avait beaucoup de familles, d’enfants, et ?videmment, de religieux : 50 ?v?ques et 900 pr?tres ?taient pr?sents, provenant de plusieurs pays.

La personnalit? de Beno?t XVI pr?te toujours ? controverse. Mais c’est d’abord lui qui, ? Vatican II, avait bouscul? les vieux cardinaux pour amener le catholicisme dans le monde moderne. D’un point de vue th?ologique, pas beaucoup de diff?rence avec Jean-Paul II sur les questions de la vie : il condamne l’avortement tout comme il condamne la peine de mort, deux logiques qui vont ? l’encontre de la vie.

Il n’en a pas parl? samedi, et il a surtout insist? ? encourager les vocations. En France, la situation est dramatique et de nombreuses paroisses ferment en raison du manque de pr?tres dont le nombre est pass? 37 555 en 1970 ? 15 440 aujourd’hui (1 400 de moins qu’il y a quatre ans). C’est certainement une r?currence dans les grandes manifestations papales : enrayer la crise des vocations, et ce public y est particuli?rement sensible.

Crainte d’un retour du traditionalisme

Une des accusations port?es ? l’encontre de Beno?t XVI, c’est le retour de la messe en latin et une tentative de se raccommoder avec les traditionnistes (qui s’?taient plac?s en dehors de l’?glise catholique en ordonnant quatre ?v?ques non reconnus par Rome). Personnellement, je trouve le latin (que j’appr?cie par ailleurs) non seulement d?mod?, mais peu apte ? ?tre en osmose avec la soci?t? d’aujourd’hui. Mais sans doute que Beno?t XVI est d’une autre g?n?ration, que le latin, pour lui, repr?sente quelque chose. Cela dit, seulement 0,1% fid?les auraient ?t? touch?s, en France, par ce motus proprio papal de juillet 2007 permettant l’ancien rite en latin. Henri Tincq a fait une analyse tr?s int?ressante de ce sujet au d?but de l’?t? (voir en fin d’article).

Le risque, c’est que ceux qui s’engagent dans la foi, dans la vocation religieuse, dans la jeunesse, ne soient que ces proches de la tradition et que tous les progressistes, un peu d?go?t?s par ce retour en arri?re, renoncent ? la vocation sacerdotale, renfor?ant alors l’emprise du traditionalisme sur un clerg? de plus en plus pass?iste.

Et c’est certainement la plus grande critique que l’on peut adresser ? l’?glise catholique : celle de ne pas adapter mieux les parties non intangibles du dogme ? la r?alit? sociale et ?conomique d’aujourd’hui.

Gageons que ce sera le d?fi du prochain pape.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 septembre 2008)

Pour aller plus loin :

Hom?lie de Beno?t XVI aux Invalides (13 septembre 2008).

L’encyclique Deus Caritas Est du 25 d?cembre 2005 (premi?re de Beno?t XVI).

Le pape Beno?t XVI et ses int?gristes (Henri Tincq, Le Monde, 3 juillet 2008).

Vid?o de l’hom?lie du pape aux Invalides (13 septembre 2008).

Vid?o sur les commentaires des ?v?ques fran?ais ? propos de la venue du pape.

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  1. avatar

    bonjour Sylvain ..

    dans la conclusion de votre article ,vous avez tout dit ..

    l’église n’est pas en phase avec le monde actuel ,d’où un manque de vocation à la prêtrise ( même les âmes les plus pures et les plus fortes sont sensibles aux formes féminines ! )une certaine hypocrisie également à ce sujet ,le reniement de l’avortement et de la contraception ( on est resté au 19eme siècle ,ou la femme devait être la ménagère vertueuse ,pondeuse d’enfants ,tandis que l’époux fréquentait le bordel pour trouver un peu de fantaisie ..)…..

    vu d’un autre angle ,la France est un pays de tradition Judéo Chétienne ,et notre conception de base de la vie calquée sur les 10 commandements ,quelques soient nos idées ,et nos parcours ,nous sommes tous imprègnès de cette culture ,de ces valeurs qui sont dans la majorité celles du monde Occidental ,était ce celà que le Pape a t’il voulù rappeler à tous ?

    personnellement ,en tant qu’agnostique ,que le Pape ,qui a statut de chef d’état ,doit être reçu comme tel ,mais ce qui me gêne un peu ,c’est cette grande Kermesse médiatique ,comme si un messie débarquait ,délivrait ses messages ou sa propagande ,donnait des leçons ,alors que nul autre chef d’état étranger ne se permettrait un tel comportement ….

    et bien qu’étant engagé à droite personnellement ,je trouve que notre président aurait dû observer plus de distances vis à vis du Pape ,nous sommes en République ,il y a eu en 1905 la séparation de l’Eglise et de l’Etat ,le président est le gardien de la constitution ,faut il le rappeler ….

    en votant pour un programme ,je n’avais pas lu qu’il y était question d’y introduire de la religiosité ,or ,j’ai l’impression qu’il y a une amorce de dérive à ce sujet ,

    nous sommes un état laïque ,nous devons le demeurer ,il y a assez de divisions et de tensions sans encore en rajouter avec de la bondieuserie !