• Ben Laden, le retour IV : en fait un western spaghetti italien cette fois

    6 novembre 2009 | 1 commentaire(s) | 613 affichage(s)

    3512393101365Et voilà !! la voici !!! la énième vidéo de Ben Laden, destinée comme les précédentes, à nous faire croire qu’il est encore en vie ! Et comme les précédentes, nous incite à croire plutôt que notre homme est bien passé de vie à trépas, et qu’on essaie de nous fourguer est bien une fable de plus. Car cette fois, franchement, c’est encore pire que les fois précédentes ! Ou plutôt la fois précédente, vu qu’on a pas vu son spectre bouger depuis 2007, dans ce qui semblait déjà une vidéo montée de toute pièces. Non, franchement, on nous prend pour des cons, et les « preuves » de vie de Ben Laden sont désormais purement et simplement grotesques. La dernière en date, en prime, démontre une étrange filière de désinformation. Nous avons pris l’initiative de vouloir la détricoter, pour nous apercevoir assez vite que cette fois, on tirait sur une nouille italienne et non sur les grosses ficelles habituelles dénoncées en détail à cette adresse. Séance de décorticage de ce qu’est une propagande désormais grotesque et ridicule.

    Souvenons nous tout d’abord de la précédente, de vidéo : celle de « barbe noire ». Un montage vidéo évident, où la faiblesse des images avait été lourdement renforcée par la lourdeur du texte, où Ben Laden citait des événements contemporains pour accréditer le fait qu’il était en vie : encore un peu, et il nous aurait cité l’intégrale de Gala ou la vie amoureuse de Johnny Hallyday et ses aveux d’infidélité pour se situer dans l’actualité. Ce jour-là, barbe noire avait même cité Chomsky, c’est dire. Dire à quel point ceux qui écrivent ses discours sont… américains. Dans la vidéo précédente, ils avaient cité la Bible sans trop le faire exprès : pour des musulmans supposés, ça la foutait mal. De même que la teinture de la barbe du spectre le plus connu au monde. Nous vos retrouvé un texte assez significatif sur la question : il y aurait bien un « hadith » du « prophète » (dans ce coran véritable auberge espagnole on trouve de tout en effet) évoquant la couleur réglementaire de la barbe : « ces derniers temps dans ce monde, certaines personnes teignent leur barbe en noir, ces personnes ne connaîtrons pas l’odeur du paradis ». On ne peut pas être plus clair…. ce qui n’avait pas empêché la célèbre Rita Katz, à la tête du SITE Institute, par laquelle la vidéo était apparue d’annoncer sans sourire que Ben Laden « utilisait une fausse barbe ou bien la teintait ». Rita Katz, qui n’est pas à une approximation près et encore moins à un mensonge près. La barbe, selon Slate lui-même est en effet « optionnelle » !

    Cette fois, ce serait au détour d’une vidéo d’un prêche d’Abu Yahya al-Libi que l’on apercevrait Ben Laden, parait-il. Apercevoir est bien le nom : la tâche floue, là, ce serait lui, parait-il. Information tout de suite corroborée par… Rita Katz, le site et le MEMRI mais cette fois en plus grâce aussi au Corriere Della Sera, célèbre journal italien, via un journaliste, Bill Roggio. Ben tiens. On filmerait un épouvantail ou un spectre d’Halloween qu’on obtiendrait le même résultat, avec cette mise au point ratée. Un flou même pas artistique, un flou grossier, un flou ridicule. Ce même Roggio qui affirmait en août dernier qu’un leader d’Al Quaida, Sheikh Issa al Masri, avait quitté le Pakistan pour aller diriger son mouvement de Syrie. Protégé par le Mukhabarat, les services secrets syriens. Roggio semble avoir une certaine prédilection pour al Masri… évoquant régulièrement son « armée de l’ombre » et la conversion des talibans au wahhabisme, qui est loin d’être prouvée bien au contraire (*1).

    slide_3398_48143_large-1L’information « cruciale » sur Ben Laden proviendrait donc »des italiens » donc, cette fois, via le Corriere Della Sera ? Histoire de lui donner une crédibilité » autre que les purs fantasmes de madame Katz ? Pas du tout. Car Bill Roggio n’est pas italien, mais bien américain, c’est même un ancien soldat de l’armée US (dans les années 90) qui dirige son site personnel, « The Long War Journal« , où il prend des positions pro-bushiennes et neocons depuis toujours. Car Bill Roggio est un journaliste plus que spécial, à vrai dire.

    De fortes suspicions idéologiques planent sur Bill Roggio en effet. L’homme avait été très actif dans un mouvement de droite dure pour faire exclure de CNN un journaliste, Eason Jordon, qui avait accusé les militaires de s’en prendre… aux journalistes. Avec des méthodes… fascisantes de désinformation. Jordon avait très bien perçu que les médias manipulés attisaient les violences, et que Roggio y participait activement. Même les congressmen avaient remarqué la charge de Roggio, malgré les dires terribles de Jordon. Pour ce faire, Roggio s’était fait aider de Michael Leeden, qui comme par hasard avait lui aussi vécu à Rome, où il avait étudié le fascisme en 1974, avant de rejoindre les services secrets italiens. Leeden avait eu des mentors, dont George Mosse, spécialiste incontesté du nazisme, mais aussi Renzo de Felice, historien bien plus contestable ayant écrit de véritables apologies… du fascisme. L’homme qui avait insisté sur une séparation complète entre fascisme italien et fascisme allemand : on le comprend, pour rendre Mussolini présentable, il fallait bien ça, et ne pas aboutir par exemple à la solution finale. en 1972, Leeden écrivait « Universal Fascism : The Theory and Practice of the Fascist International, 1928-1936″ qui suivait entièrement la thèse de de Felice. Un Leeden engagé, donc, qu’on retrouve obligatoirement dans la loge P2, alors qu’il est devenu le conseiller politique d’Alexander Haig, le conseiller militaire de Kissinger et de Reagan. L’homme, un faucon parmi les faucons, qui avait tenté d’évincer le vice-président …Bush (senior) lors de l’hospitalisation de Reagan…

    En fait, Michael Leeden, fasciné par Mussolini, est aussi le spécialiste de la désinformation depuis longtemps. C’est lui qui va étayer toute la théorie de la piste bulgare pour la tentative d’assassinat sur le pape, perpétrée par Mehmet Ali Ağca (*2) . A l’époque, avec l’arrivée de Reagan au pouvoir, les USA ont trouvé dans Leeden leur meilleur propagandiste de la période de la guerre froide. Et la carrière de Leeden ne s’arrête pas là : on le retrouve au milieu de l’affaire des contras, mêlé au marchand d’armes iranien Manucher Ghorbanifar. Dans un de ses livres, « Perilous Statecraft », il racontera ses entretiens entre les iraniens et Shimon Peres, en présence de la CIA qui gérait les transferts d’armes à partir de l’Iran. Leeden, ce Machiavel actuel, sera aussi plus tard à l’origine des racontars sur le « yellow cake » nigérien de Saddam Hussein, ce faux grossier, ce montage complet servant à édifier la thèse d’un Saddam détenteur d’armes nucléaires. Au royaume de la désinformation, Leeden occupe un rang élevé.

    Un ancien de la CIA, er Philip Giraldi, avait même affirmé que pour arriver à convaincre Washington, Leeden s’était fait aider par un membre de la CIA de Rome… ne cherchez pas plus loin. Bill Roggio, disciple de Leeden était bien cet individu. Et donc lui aussi de la CIA. Leeden est un extrémiste dangereux, fasciné par le fascisme italien, qui souhaite entretenir la haine partout, pour arriver à ses fins : celle d’un état fascisant aux Etats-Unis. Pour cela, en 2003, il écrivait aussi que le terrorisme islamique provenait aussi de l’Europe, et qu’il fallait y étendre la « guerre au terrorisme » (*3).

    Conseiller écouté de Karl Rove et de G.W.Bush, Leeden, ce néo-fasciste, avait donc forgé l’état d’esprit de l’individu qui aujourd’hui est à l’origine de la « certification » de la présence de Ben Laden sur une vidéo plus que floue, où le ne distinguerait pas une barbe noire d’un ours des Carpates. Les neo-cons continuent donc invariablement ce qu’ils ont commencé il y a bien longtemps : à agiter encore et encore l’épouvantail Ben Laden, si pratique. Mais leurs méthodes et leurs aides sont aujourd’hui connus : Rita Katz, le Memri et le fameux studio As-Sahab, dont on vous a déjà parlé ici et là, avec nos deux phénomènes médiatiques que sont Jack Idema et surtout ici notre étudiant attardé faisant semblant de lire l’arabe à l’envers, j’ai nommé Adam Gadahn, le « taliban américain », la marionnette du FBI et de la CIA depuis ses célèbres débuts télévisés. Au fil du temps c’est devenu grotesque : on a toute la filière, elle produit toujours la même chose (attiser la haine) et tourne autour des mêmes individus à l’idéologie plus que droitière. Derrière le MEMRI trône un ancien haut responsable du Mossad, Rita Katz annonce mensonge sur mensonge sans discontinuer, le studio d’As-Sahab censé être celui d’Al-Quaida ressemble comme deux gouttes d’eau à l’arrière court du bistrot de Jack Idema... et aujourd’hui voilà qu »on nous ressort un « document » dont la teneur est risible, estampillé et certifié par un individu dont toute l’existence a été influencée par celui qui a prôné le mussolinisme à Washington, et qui a été le conseiller privilégié de Karl Rove…

    Non, franchement, pour la énième fois, ils nous prennent vraiment pour des cons.

    (1) « The Taliban have begun an ideological conversion to Wahhabism, the radical form of Sunni Islam practiced by al Qaeda, further cementing ties between the two groups. « The radicalization of the Taliban and their conversion away from Deobandism to Wahhabism under Sheikh Issa al Masri and other al Qaeda leaders is a clear sign of the al Qaeda’s preeminence, » the official noted ».

    (2) « With Ronald Reagan newly installed in the White House, the so-called Bulgarian Connection made perfect Cold War propaganda. Michael Ledeen was one of its most vocal proponents, promoting it on TV and in newspapers all over the world. »[7]

    (3) « In a 2003 column entitled « A Theory, » Ledeen outlined a possibility that France and Germany, both NATO allies of the United States, « struck a deal with radical Islam and with radical Arabs » to use « extremism and terrorism as the weapon of choice » to bring down a potential American Empire. He stated, « It sounds fanciful, to be sure, » but that, « If this is correct, we will have to pursue the war against terror far beyond the boundaries of the Middle East, into the heart of Western Europe. And there, as in the Middle East, our greatest weapons are political : the demonstrated desire for freedom of the peoples of the countries that oppose us. »[26] See also : Eurabia « 

  • Un commentaire

    • TZ

    Merci Morice pour cet article bien documenté.

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