Accueil / T H E M E S / CULTURE / BEETHOVEN: Le pass? compos

BEETHOVEN: Le pass? compos

Ludwig van Beethoven n? le 17 d?cembre 1770

J. Haydn disait de lui qu’il avait plusieurs t?tes, plusieurs coeurs, plusieurs ?mes.

Bien qu’afflig? de surdit? tr?s t?t durant sa vie, il eut le g?nie de cr?er des oeuvres remarquables, ?ternelles, empreintes de force, de volont? et d’une grande libert?.

Il semble que rien ne pouvait brimer sa libert?, fallait-il que pour qu’elle s’exprime il r?ussisse ? ?tre le prolongement puissant de lui-m?me et franchisse l’impossible d?fi d’entendre, ce qu’il a r?alis? malgr? la surdit? qui l’emmurait. Il entendait les anges comme d’autres entendent les silences. Il puisait l’expression de lui-m?me dans l’inspiration et l’?l?vation, pr?s du coeur et de l’?me. On peut d’ailleurs l’entendre.

Sonate ? la lune (3e mouvement)
http://www.youtube.com/watch?v=352qLWqKN-U

Apr?s sa mort on trouva son testament, ainsi qu’une lettre ? l’immortelle bien-aim?e:

? Le Testament de Heiligenstadt (Heiligenst?dter Testament en allemand) est une lettre manuscrite de Ludwig van Beethoven (1) ? ses fr?res Kaspar et Johann, ?crite le 6 octobre 1802 ? Heiligenstadt (en) dans la p?riph?rie de Vienne, o? le compositeur avait alors ses quartiers. Il s’agit d’un document historique, t?moignage inestimable dans la vie de Beethoven puisque le musicien y exprimait son d?sespoir devant sa surdit? d?butante et la n?cessit? qui en d?coulait de s’isoler peu ? peu des hommes. Mais Beethoven sortit victorieux de cette crise, r?solu ? affronter son destin plut?t que de s’abattre : c’?tait le d?but de la p?riode ? H?ro?que ? qui allait durer jusqu’en 1808 et l’apoth?ose de la Cinqui?me symphonie.
?crite dans une p?riode de profonde crise morale de Beethoven, alors que le compositeur achevait sa Deuxi?me Symphonie, cette lettre ne fut jamais envoy?e et fut retrouv?e par Anton Schindler et Stephan von Breuning dans un tiroir secret de l’armoire de Beethoven quelques jours apr?s sa mort en mars 1827, aux c?t?s de la Lettre ? l’immortelle Bien-aim?e. (2) ?

TESTAMENT DE HEILIGENSTADT
(Das Heiligenst?dter Testament)
TestamentHeiligenstadt_Debut - CP

A mes fr?res Carl et (3) Beethoven A lire et ? ex?cuter apr?s ma mort
Oh ! Vous autres qui me croyez hostile, r?barbatif ou misanthrope, ou me d?clarez tel, comme vous me faites tort, car vous ne savez rien de la cause secr?te de ce qui vous semble tel. D?s l’enfance mon c?ur et mes sens ?taient faits pour les tendres sentiments de bienveillance ; j’?tais m?me toujours pr?t ? faire de grandes actions. Consid?rez donc que, depuis six ans, je suis dans un ?tat d?sastreux, empir? par des m?decins stupides, d’ann?e en ann?e, tromp? par l’espoir d’aller mieux et, finalement, forc? d’envisager un mal interminable, dont la gu?rison durerait des ann?es ou serait m?me impossible. N? avec un temp?rament fougueux, sensible m?me aux plaisirs de la soci?t?, je dus tr?s vite m’isoler, passer ma vie dans la solitude. Si, de temps en temps, je voulais ?chapper ? tout cela, comme j’?tais durement repouss? par la triste exp?rience, doubl?e de mon ou?e si mauvaise. Il ne m’?tait cependant pas possible de dire aux gens : parlez plus haut, criez, car je suis sourd. Comment me serait-il possible d’admettre la faiblesse d’un sens qui chez moi devrait ?tre d’un degr? plus parfait que chez les autres, un sens que je poss?dais autrefois ? un tel degr? de perfection que peu de gens de ma profession l’ont, ou l’ont eu. – Oh ! Je ne le puis, c’est pourquoi vous devrez me pardonner, lorsque vous verrez que je me retire quand j’aimerais tant me m?ler ? vous. Mon malheur me fait doublement mal, car ? cause de lui, je suis m?connu. Pour moi il n’y a ni r?cr?ation en soci?t?, ni fines conversations, ni ?panchements mutuels. Il ne m’est permis de me m?ler ? la soci?t? que lorsque la plus haute n?cessit? l’exige. Il me faut vivre comme un proscrit – quand je m’approche d’une soci?t?, une peur poignante d’?tre oblig? de laisser voir mon ?tat me saisit. Il en fut ainsi pendant les six mois que je passai ? la campagne, ayant suivi le conseil de mon raisonnable m?decin, de m?nager, autant que possible, mon ou?e, qui d?j? correspondait presque ? mon actuelle disposition naturelle. Quelquefois, pouss? par mon besoin de compagnie, je me laissais tout de m?me tenter ; mais quelle humiliation quand quelqu’un, ? c?t? de moi, entendait une fl?te, et que moi je n’entendais rien ; ou que quelqu’un entendait chanter le berger et que je n’entendais rien non plus. De tels incidents me portaient presque au d?sespoir et il s’en fallut de peu que je ne misse fin ? ma vie, mais seul, lui, l’art m’en retint. Oh ! Il me semblait impossible de quitter ce monde avant d’avoir accompli ce ? quoi je me sentais dispos? et, ainsi je prolongeai cette vie mis?rable, vraiment mis?rable, cette nature si fragile qu’un assez rapide changement me fit passer du meilleur ?tat dans le pire.Patience, c?est vous que d?sormais je dois choisir comme guide, comme on me le dit ; c’est fait – j’esp?re que ma d?cision de pers?v?rer sera durable, jusqu’? ce qu’il plaise aux inexorables Parques de rompre le fil. Peut-?tre les choses iront-elles mieux, peut-?tre que non, je suis pr?t ? subir mon sort, forc? que je fus, d?s ma vingt-huiti?me ann?e, ? ?tre philosophe. Ce n’est pas facile, et pour un artiste c’est plus difficile que pour tout autre. Divinit?, du haut tu vois sur mon ?me, tu la connais, tu sais que l’amour du prochain et le besoin de faire le bien l’habitent. Oh ! Humains, quand vous lirez ceci, pensez que vous m’avez fait du tort, que les malheureux se consolent d’avoir trouv? un de leurs semblables qui, malgr? tous les obstacles de la nature, a fait tout ce qui ?tait en son pouvoir pour ?tre recueilli dans le rang des artistes et des hommes dignes. Vous, mes fr?res, Carl et (3) , d?s que je serai mort, si le professeur Schmidt vit encore, priez-le, en mon nom, de faire une description de ma maladie et ajoutez cette feuille ? l’histoire de ma maladie, afin qu’au moins, apr?s ma mort, le monde se r?concilie avec moi autant que possible. En m?me temps, je vous d?clare ici, tous deux, h?ritiers de ma petite fortune (si l’on peut dire ainsi). Partagez-l? honn?tement, entendez-vous , et aidez-vous mutuellement. Ce que vous m’avez fait de mal, vous le savez, vous est depuis longtemps pardonn?. Toi, cher fr?re Carl, je te remercie en particulier de l’attachement que tu m’as prouv? ces derniers temps. Mon v?u est que vous ayez une vie meilleure que la mienne, exempte de soucis. Recommandez la vertu ? vos enfants, elle seule, et non l’argent, peut les rendre heureux. J’en parle par exp?rience, c’est elle qui m’a soutenu, m?me dans le malheur, c’est ? elle ainsi qu’? mon art que je dois de n’avoir pas mis fin ? mes jours par un suicide. Adieu, aimez-vous ! Je remercie tous mes amis, en particulier le prince Lichnowski et le professeur Schmidt. Je d?sirerais que les instruments du prince L. soient gard?s chez l’un de vous deux, mais qu’aucune dispute ne s’?l?ve entre vous ? cause d’eux. D?s qu’ils pourront vous ?tre d’un plus grand profit, vendez-les. Combien je serai heureux, si m?me sous la tombe, je puis vous ?tre encore utile. Alors, ce serait fini, joyeux, je cours ? la rencontre de la mort. Si elle vient avant que je n’aie eu l’occasion de d?velopper toutes mes capacit?s artistiques, elle viendra trop t?t, malgr? mon triste sort et, j’aimerais bien qu’elle vienne plus tard. Mais alors je serai aussi content ; ne me lib?rera-t-elle pas d’un ?tat de souffrances sans fin ? Viens quand tu voudras, je vais ? ta rencontre avec courage. Adieu, ne m’oubliez pas apr?s ma mort, je ne l’ai pas m?rit? ayant dans ma vie souvent pens? ? vous rendre heureux, soyez-le.
Ludwig van Beethowen
Heiglnstadt
le 6 octobre 1802

Heiglnstadt, le 10 octobre 1802
Ainsi je prends cong? de vous – et avec tristesse en v?rit? – cher espoir – espoir que je portais en moi, en venant ici, d’obtenir du moins jusqu’? un certain point ma gu?rison – cet espoir doit ? pr?sent m’abandonner compl?tement. Comme tombent les feuilles d’automne qui sont fan?es – cet espoir lui aussi pour moi s’est atrophi?. A peu pr?s tel que je suis venu ici – je m’en retourne – Le grand courage – qui m’inspira souvent au cours de ces belles journ?es d’?t? – a disparu – ? Providence -fais appara?tre une seule fois ? mes yeux un jour de joie sans m?lange – Depuis si longtemps l’?cho de la vraie joie est absent de mon c?ur -Quand donc – ? Dieu -pourrai-je de nouveau le sentir dans le temple de la Nature et dans le contact avec l’humanit? – Jamais plus ? Non ! – Oh ! Ce serait trop dur.

 

LETTRE A L’IMMORTELLE BIEN-AIMEE
Brief an die unsterbliche Geliebte

lettrealimmortelle - CP

Le 6 juillet au matin
Mon ange, mon tout, mon moi. Quelques mots seulement aujourd’hui, et au crayon (le tien). Ce n’est pas avant demain que je saurai d?finitivement o? j’habiterai. Quelle mis?rable perte de temps pour de telles choses. Pourquoi ce profond chagrin alors que la n?cessit? parle? Notre amour peut-il exister autrement que par des sacrifices, par l’obligation de ne pas tout demander ? Peux-tu faire autrement que tu ne soit pas toute ? moi et moi ? toi? Ah! Dieu, contemple la belle nature et accepte d’un c?ur paisible ce qui doit ?tre. L’amour exige tout, et de pleins droits, ainsi en est-il de moi avec toi, de toi avec moi. Mais tu oublies si facilement que je dois vivre pour moi et pour toi : si nous ?tions compl?tement r?unis, tu ?prouverais aussi peu que moi cette souffrance. Mon voyage a ?t? terrible, je ne suis arriv? qu’hier ? quatre heures du matin; comme on manquait de chevaux, la poste a pris un autre itin?raire, mais quelle route ?pouvantable ! A l’avant-dernier relais, on m’a conseill? de ne pas voyager de nuit. On m’a parle d’une for?t ?pouvantable, mais cela n’a fait que m’exciter, et j’ai eu tort, la voiture aurait d? se briser dans ce terrible chemin, simple chemin de terre d?fonc?. Avec d’autres postillons que ceux que j’avais, je serais rest? en route. Esterhazy, par l’autre chemin, le chemin habituel, a subi le m?me sort, avec huit chevaux, que moi avec quatre. Pourtant, j’ai ?prouv? un certain plaisir, comme toujours quand j’ai heureusement surmont? un obstacle. A pr?sent passons vite de choses ext?rieures ? des choses int?rieures ! Nous nous reverrons sans doute bient?t ; de plus, aujourd’hui, je ne peux te faire part des consid?rations que j’ai faites sur ma vie pendant ces quelques jours. Si nos c?urs ?taient toujours serr?s l’un contre l’autre, je n’en ferais pas de semblables. Le c?ur est plein de tant de choses ? te dire. Ah! il y a des moments o? je trouve que la parole n’est encore rien du tout. Courage ! Reste mon fid?le. mon unique tr?sor, mon tout, comme moi pour toi. Quant au reste, les dieux d?cideront de ce qui doit ?tre et de ce qu’il adviendra de nous.
Ton fid?le Ludwig.

Lundi soir, 6 juillet
Tu souffres. toi, mon ?tre le plus cher. A l’instant j’apprends que les lettres doivent ?tre post?es tr?s t?t le matin. Lundi, jeudi, les seuls jours o? la poste part d’ici pour K.[arlsbad]. Tu soufres. Ah ! la ou je suis, tu es aussi avec moi, je parle avec moi et toi. Je ferai en sorte que je puisse vivre avec toi, quelle vie ! ! ! ainsi ! ! ! sans toi. Poursuivi ici et la par la bont? des hommes que je ne d?sire pas plus m?riter que je ne la m?rite, humilit? de l’homme devant l’homme, elle me peine, et quand je me consid?re en relation avec l’univers, que suis-je et qu’est-il, lui qu’on appelle le plus Grand? Et pourtant, l? encore est la divinit? de l’homme. Je pleure, quand je pense que tu ne recevras vraisemblablement que samedi la premi?re nouvelle de moi. Quel que soit ton amour pour moi, je t’aime encore plus fort, mais ne te cache jamais de moi. Bonne nuit. En bon curiste, il faut que j’aille dormir. Ah ! Dieu. si pr?s! si loin! Notre amour n’est-il pas un v?ritable ?difice c?leste et aussi solide que la vo?te du ciel ?

Bon matin, le 7 juillet
Encore au lit mes pens?es se pressent vers toi, mon Immortelle bien-aim?e, parfois joyeuses, puis de nouveau tristes. Le Destin nous exaucera-t-il ? Vivre, je ne le peux enti?rement qu’avec toi ou pas du tout, j’ai m?me d?cid? d’errer au loin jusqu’au jour ou je pourrai voler dans tes bras, ou je pourrai me dire pleinement dans ma patrie aupr?s de toi. Puisque, tout entour? par toi, je pourrai plonger mon ?me dans le royaume des esprits. Oui, h?las ! il le faut. Tu te ma?triseras d’autant mieux que tu connais ma fid?lit? envers toi, jamais aucune autre ne peut poss?der mon c?ur, jamais, jamais. O Dieu, pourquoi faut-il s’?loigner de ce qu’on aime ainsi, et pourtant ma vie ? Vienne telle qu’elle est maintenant est une vie mis?rable. Ton amour a fait de moi ? la fois le plus heureux et le plus malheureux des hommes. A mon ?ge j’aurais besoin d’une existence en quelque sorte uniforme, ?gale. Peut-il en ?tre ainsi ?tant donn? nos relations ? Mon ange, je viens d’apprendre que la poste part tous les jours, et il faut donc que je m’arr?te afin que tu re?oives cette lettre tout de suite. Sois calme, ce n’est que par une contemplation d?tendue de notre existence que nous pouvons atteindre notre but, qui est de vivre ensemble. Sois calme. Aime-moi. Aujourd’hui, hier, quelle aspiration baign?e de larmes vers toi, toi, toi, ma vie, mon tout! Adieu. Oh ! continue ? m’aimer. Ne m?connais jamais le c?ur tr?s fid?le de ton aim? L.

?ternellement ? toi,
?ternellement ? moi.
?ternellement ? nous.

______________________________________

Electric Light Orchestra
http://www.youtube.com/watch?v=CWEkHL4DmVU

Yngwie Malmsteen
http://www.wat.tv/audio/yngwie-malmsteen-beethoven-1tryn_2jsmr_.html

Chuck Berry
http://www.youtube.com/watch?v=kT3kCVFFLNg

Documentaire BBC (anglais seulement)
The genius of Beethoven (3 parties)
http://www.youtube.com/watch?v=YueD9vB51hk
http://www.youtube.com/watch?v=5XsgaBl7KMI
http://www.youtube.com/watch?v=UUJW0AdFqlY

______________________________________
(3) Note: ?Le nom du fr?re de Ludwig, Johann, ne figure pas sur le manuscrit (l?espace est au contraire laiss? vide)
Voir aussi: ?http://fr.wikipedia.org/wiki/Ludwig_van_Beethoven

 

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

L’étonnant destin du chevalier de Saint-George

Compositeur de génie, violoniste de talent, redoutable escrimeur, bourreau des cœurs, cavalier accompli, nageur téméraire, ...