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Beaumarchais ou Marivaux ?

Un de mes lointains parents vient de d?couvrir dans des papiers de famille trois feuillets manuscrits visiblement anciens. Des ?rudits locaux les attribuent ? quelque dramaturge du XVIIIe si?cle ; malgr? les imperfections de ce qui semble ?tre un premier jet, ils les jugent d’assez bonne tenue pour que leur auteur soit un des grands du si?cle, peut-?tre m?me Beaumarchais ou Marivaux.

Le premier feuillet porte seulement la mention suivante en son milieu, ce qui semble ?tre un titre :

Nicolas ou le valet enrichi

Voici le texte des deux autres feuillets.

SCENE 2

(Charlotte, le Comte de Bouygues)

CHARLOTTE ah , Monsieur le Comte, je suis bien aise de vous voir.
LE COMTE voyez-vous bien l’impertinente. Sache donc, ma fille, qu’une servante n’a pas d’aise, mais seulement des devoirs. Chanter des berceuses d’un frais minois en caressant une guitare ne fait pas de toi une dame de compagnie. Mes bottes.
CHARLOTTE oui, Monsieur.
LE COMTE tu veilleras ? les cirer avec soin.
CHARLOTTE comme ? l’habitude, Monsieur.
LE COMTE dis-moi, on m’a rapport? que Nicolas donnait des f?tes avec des paysans ?
CHARLOTTE cela est possible, Monsieur.
LE COMTE que sais-tu de ces f?tes ?
CHARLOTTE peu de chose, assur?ment.
LE COMTE (agac?) vas-tu bien parler ?
CHARLOTTE Monsieur, je ne fus pas ? toutes, loin de l?.
LE COMTE dis-moi donc ce que tu en sais.
CHARLOTTE on dit qu’il en fut de tr?s belles. Celles o? j’?tais furent charmantes.
LE COMTE ha. Tu as bien d? faire ta Madame.
CHARLOTTE oh, Monsieur le Comte, devant les paysans !
LE COMTE les paysans ne sont point si stupides ; et ils parlent beaucoup entre eux, n’h?sitant pas ? m?dire. Je veux que tu n’y paraisses plus.
CHARLOTTE oh, Monsieur !
LE COMTE c’est ainsi. O? ?taient-elles tenues ?
CHARLOTTE tant?t dans nos appartements, tant?t dans des tavernes.
LE COMTE des tavernes ? Soit. Et y avait-il de nos gens ?
CHARLOTTE Fran?ois, mais pas toujours, Claude, Jean-Fran?ois, et d’autres.
LE COMTE ont-elles ?t? au moins de bonne tenue ?
CHARLOTTE oh oui, Monsieur, tout le monde ?tait bien habill?, avec des bijoux, des r?v?rences, des ?l?gances.
LE COMTE des bijoux, tiens donc. Nicolas aussi ?
CHARLOTTE oh, surtout Nicolas, Monsieur le Comte, des gourmettes, et puis des bagues, et beaucoup de belles choses.
LE COMTE ah, tu finis par le dire. J’ai appris qu’il ?tait tout bonnement couvert d’or et de pierreries, ton Nicolas. Quel aplomb ! Va-t-il se prendre pour un Monsieur, ? cette heure ?
CHARLOTTE Monsieur le Comte, il faut que je vous dise.
LE COMTE quoi donc ?
CHARLOTTE de vilaines gens cherchent ? lui nuire. Toutes sortes de rumeurs m?chantes courent la campagne. Et Nicolas a interdit les placards dans toute la Comt?.
LE COMTE (songeur) le sot ! Il apprendra que les murmures sont mieux ? prendre que les cris.
CHARLOTTE s’il vous pla?t, Monsieur le Comte ?
LE COMTE rien. (Plus fort) Ces bijoux ont un tr?s mauvais effet sur les paysans, et Nicolas devra s’en d?faire.
CHARLOTTE (rembrunie) comme il plaira ? Monsieur le Comte.

SCENE 3

(Nicolas entre c?t? jardin)

LE COMTE ah, te voici.
NICOLAS pour vous servir, mon ma?tre.
(Charlotte, derri?re le comte, fait des signes ? Nicolas, qui ne comprend pas)
LE COMTE enl?ve donc ton bonnet.
NICOLAS c’est qu’il fait bien froid, Monsieur.
LE COMTE on se d?couvre devant son ma?tre, effront?.
NICOLAS mille pardons, Monsieur le Comte, je suis ?tourdi.
LE COMTE plut?t qu’?tourdi, tu es bel et bien enivr? de ton succ?s, Nicolas, et les laquais qui te flattent te grisent davantage encore. N’oublie jamais, Nicolas, que tu n’es r?gisseur que par mon bon vouloir, et que tu n’as cette fortune que pour me servir, ainsi que nos amis seigneurs des comt?s voisins.
NICOLAS oui, mon ma?tre.
LE COMTE on m’a rapport? que tu t’es pris de querelle avec un p?cheur, est-ce vrai ?
NICOLAS encore oui, mon ma?tre.
LE COMTE de m?me, que tu as fort vilainement trait? un paysan ? la foire, avec des mots de palefrenier.
NICOLAS h?las oui, mon ma?tre.
LE COMTE de plus, que tu donnes des f?tes bien brillantes, tout empes? de brocart et scintillant autant de bijoux que de souci de l’apparence ?
NICOLAS c’est un peu vrai, mon ma?tre.
LE COMTE tu cesseras tout cela, Nicolas, sous peine de rester ? jamais le petit serviteur ne commandant qu’? un hameau recul?. Entends-tu bien ?
NICOLAS sans doute, mon ma?tre.

Le manuscrit s’ach?ve ici. Souhaitons que l’auteur en soit identifi? et que le reste de la pi?ce soit un jour retrouv?.

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  1. avatar

    […] ils les jugent d’assez bonne tenue pour que leur auteur soit un des grands du siècle, peut-être même Beaumarchais ou Marivaux.

    Une analyse graphologique pourrait résoudre la question, je pense. Voici un exemple de l’écriture de Beaumarchais, et de celle de Marivaux (difficile à lire, mais on peut observer la disposition et la forme).

    Je ne sais pas si Beaumarchais et Marivaux écrivaient eux-mêmes ou dictaient leurs premiers jets ; une « analyse de contenu » pourrait aussi donner une piste. Mais je suppose que les érudits dont vous parlez ont pensé à cette possibilité…

    Quoi qu’il en soit, vous avez là un petit trésor bien charmant.