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Banques centrales: le bouc émissaire facile

Les taux d’intérêt nuls n’ont pas produit les effets dévastateurs annoncés par une multitude d’économistes et d’analystes. Ils n’ont pas dégénéré en hyperinflation et n’ont pas précipité le défaut de paiement des pays les ayant mis en place. De même, où sont les mauvaises augures et catastrophistes qui faisaient il y a encore peu leur beurre sur l’implosion de la «bulle obligataire» qui n’aura très probablement pas lieu ?

Pour autant, une autre préoccupation en relation avec le niveau actuel des taux semble pour sa part légitime et intuitivement compréhensible. L’instabilité financière et la prise de risques excessive parmi les intervenants financiers et des affaires en général est-elle induite par un loyer de l’argent infime, voire négatif ? Autrement dit, les océans de liquidités généreusement prodigués -et qui inondent les rouages de l’économie- génèrent-ils une sorte d’anesthésie des investisseurs qui deviennent moins sélectifs ? Ces taux d’intérêt nuls peuvent-ils avoir en même temps sur d’autres acteurs un effet inverse, à savoir une sorte d’électrochoc qui leur ferait prendre des risques supplémentaires dans un souci de gonfler une rentabilité sévèrement affectée par le niveau des taux ? N’est-il pas logique dans ces hypothèses d’établir une corrélation entre taux d’intérêt nuls et cracks boursiers, bulles immobilières, donc avec récession ?

Il est, en réalité, une question plus fondamentale à se poser, à savoir la raison profonde des taux bas. Il va de soi que de banques centrales qui useraient de leur force de frappe afin de maintenir artificiellement sous pression leurs taux d’intérêt, en dépit des forces vives de l’économie et des marchés, seraient manifestement responsables et coupables de favoriser toutes sortes de comportements à risque. Pour autant, nul investisseur dans l’économie réelle ne serait enclin au risque si les taux sont bas à cause d’une économie anémique, comme on le constate aujourd’hui. Dans ce cas de figure, les banques centrales subissent des taux d’intérêt «naturels» bas bien plus qu’elles ne les imposent.

Voilà pourquoi il est crucial de comprendre que les taux d’intérêt –qui sont un prix– nous indiquent la valeur future de l’argent. En résumé, si les banques centrales peuvent opérer des distorsions qui induisent des bulles spéculatives, et accessoirement l’hyperinflation, dans des conditions usuelles de marché, les taux d’intérêt long sont surtout conditionnés par la croissance économique. A cet égard, le loyer de l’argent du jour est une anticipation de l’évolution du P.I.B. de demain, et sera mécaniquement amené à monter si la croissance progresse, et vice-versa bien-sûr. Les banques centrales peuvent tout au plus lisser et atténuer les récessions, mais elles ne seront que rarement en mesure de relancer la croissance par la seule activation du levier de leurs taux.

En conséquence, elles ne créent aujourd’hui nulle distorsion en maintenant leurs taux aux niveaux actuels, mais ne font que répondre à une situation qui les dépasse. Car la stagnation séculaire de nos économies est la résultante de tendances très lourdes marquant nos sociétés comme la baisse de la productivité, le vieillissement des populations, le départ à la retraite des «baby boomers» et le niveau général dégradé de l’éducation au sein des pays occidentaux.

Michel Santi

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