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Baloutchistan, une guerre dont on entend peu parler

Baloutchistan, la guerre sanglante dont vous n’avez jamais entendu parler

Googlez « Pakistan » et vous serez inondés d’images d’attentats terroristes, de photos de Malala ou de trailers du prochain épisode de la série Homeland. Mais vous pouvez être sûrs qu’aucune occurrence n’apparaître dans la première douzaine de pages de résultats avec « Baloutchistan », le nom d’une région de ce pays.

Un groupe de combattants de l’Armée de libération baloutche posent avec leurs armes autour d’un feu de camp. Photo Marc Watterlot

À peu près de la taille de l’Allemagne, c’ est la province la plus grande et la plus pauvre du Pakistan. Et elle est également le foyer d’une guerre civile longue et sanglante qui dure depuis des décennies. D’un côté, le gouvernement central pakistanais. De  l’autre les nationalistes baloutches qui ont combattu pour l’indépendance depuis l’année qui a suivi la naissance du Pakistan 1947. Ils sont organisés en groupes d’insurgés avec des noms comme Armée de libération du Baloutchistan ou Front uni de libération du Baloutchistan. Et tandis que le gouvernement qualifie les Baloutches de «terroristes», ceux-ci accusent l’armée de nettoyage ethnique. Selon l’Institut international d’études stratégiques:

Depuis le début de ce conflit négligé,
11 375
personnes sont mortes et des milliers d’autres ont disparu.

Le Baloutches sont une minorité ethnique avec ses propres langue, traditions et culture. Ils sont également présents en Iran, au Pakistan et en Afghanistan, mais se sentent fortement dépossédés et exclus par le gouvernement d’Islamabad. L’intensité du conflit a connu des flux et des reflux au fil des décennies. Il s’est atténué après l’imposition de la loi martiale dans le pays en 1977, mais il a éclaté de nouveau en 2005, après qu’un médecin baloutche, le Dr Shazia Khalid, avait été violée, supposément par un officier de l’armée. Cela a déclenché une vague de violence, avec des attaques et des représailles des deux côtés, y compris deux tentatives d’assassinat contre le président d’alors, Pervez Musharraf, lors de visites au Baloutchistan.


Membres de la milice tribal pro-gouvernementale Aman Lashkar, qui combattent à la fois les Talibans et les insurgés baloutches

Les Balouches n’éprouvent aucune loyauté envers le gouvernement central. « Le Pakistan a déjà perdu du Baloutchistan, mais il ne va pas le laisser aller », dit Burzine Waghmar du Centre pour l’étude du Pakistan à l’École des études orientales et africaines de Londres. C’est que, tout en étant la région la plus pauvre et la moins peuplée du pays, il est également riche en ressources naturelles comme le pétrole, le gaz et les minéraux et stratégiquement précieux, avec trois frontières, l’accès à la côte de la mer d’Arabie et un port en eau profonde.

Comme dans toutes les guerres, les deux parties s’accusent mutuellement d’actes inhumains. Human Rights Watch a rapporté un nombre croissant d’enlèvements ciblant des militants baloutches. Les cadavres sont souvent abandonnés sur des terrains ou dans des ruelles vides – 116 en 2013 – et il y a eu des accusations généralisées contre les organes militaires et de sécurité pakistanais d’exécutions extrajudiciaires, de torture, de déplacements forcés et d’usage excessif de la force contre des manifestants. En janvier 2014, trois fosses communes ont été trouvées dans le Baloutchistan. La Commission asiatique des droits humains affirme que les centaines de corps retrouvés appartenaient à des membres d’organisations pro-baloutches qui avaient été enlevés par les forces pakistanaises. Mais une commission judiciaire a absous l’armée et les agences de renseignement de toute responsabilité.


Le Dr Allah Nazar, commandant du Front de libération baloutche

Il faut dire que les groupes militants armés (accusés par Islamabad d’être financés par New Delhi) ne sont pas non plus étrangers à la violence aveugle. Alors que les USA n’incluent pas les insurgés du Baloutchistan dans leurs listes de terroristes, ceux-ci ont aussi été accusés d’innombrables violations des droits humains, comme le meurtre de « colons » civils pachtounes – des médecins aux travailleurs du bâtiment – et d’intimidations et même de meurtres de journalistes. Mais, la plupart des accusations sont difficiles à corroborer précisément à cause du caractère dangereux de l’activité journalistique dans cette région.

L’armée pakistanaise ne permet à aucun journaliste étranger de se rendre au Baloutchistan. Depuis 2006, plusieurs correspondants, dont les reporters du New York Times Declan Walsh et Carlotta Gall, ont été chassés du pays pour être allés secrètement au Baloutchistan afin de rapporter ce qui s’y passait. Et les journalistes locaux ont également trop peur pour essayer : « Il y a un accord tacite pour considérer que les auteurs de reportages sur le Baloutchistan vont à l’encontre de « l’intérêt national », qui a la primauté », explique Malik Siraj Akbar, un journaliste pakistanais exilé aux USA après avoir été rédacteur en chef d’un journal au Baloutchistan.


Oratrices à un rassemblement baloutche devant le Club de la Presse de Karachi, Février 2013

Mais qu’il fasse ou non la une des journaux, le décompte des morts continue à s’allonger. Comme le souligne Waghmar, une approche de paix exigerait une volonté politique des deux côtés, et après plus de six décennies de conflit, personne ne se précipite à la table de négociation.

 

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