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Balades en Bretagne : Bréhat, « l’île aux fleurs »

Situé non loin de Paimpol, à quelques kilomètres au nord de la pointe de l’Arcouest, l’archipel de Bréhat compte 86 îles et îlots. Les deux plus grandes îles ont donné leur nom à ce magnifique archipel et lui ont conféré, à juste titre, une notoriété qui dépasse très largement nos frontières…

C’est à Vauban que la commune dénommée Île-de-Bréhat (Enez Vriad en breton) doit sa configuration actuelle : avant que ses hommes n’interviennent pour construire la chaussée (Pont ar Prat) qui relie les terres du Sud à celles du Nord, Bréhat était en effet constituée de deux îles distinctes. Deux îles très contrastées à tous égards :

Côte sauvage près du Paon

L’île Sud, vallonnée, offre de nombreux espaces protégés où s’est implanté l’habitat. Non seulement aux abords du port et du charmant petit bourg, mais également en différents lieux dispersés pour profiter des abris naturels ou des vues superbes sur l’archipel. C’est là, dans les jardins des maisons ou sur les espaces municipaux que Bréhat a mérité son surnom d’« île aux fleurs », tant le climat favorable est propice au développement des plantes décoratives : agapanthes, cistes, echiums, euryops, ficoïdes, géraniums de Madère, hortensias, jasmins, lavandes, marguerites du Cap, millepertuis, mimosas ou sauges de Jérusalem, toutes, à l’image des nombreux rosiers, y connaissent une remarquable plénitude. L’île Sud, c’est également la présence de nombreux arbres exotiques – cordylines, figuiers, palmiers ou phœnix – qui ajoutent aux allures méridionales du lieu.

L’île Nord, si proche et si différente de sa voisine, est beaucoup plus austère, si l’on excepte, dans sa partie sud, les abords de la chaussée Vauban et de l’anse de la Corderie où sont implantées quelques maisons de pierre joliment fleuries et arborées. Ailleurs, c’est avant tout un espace sauvage de landes parsemées de chaos granitiques qui prédomine. C’est notamment le cas de la partie nord-ouest de l’île Nord, battue par les vents dominants et exposée aux redoutables tempêtes hivernales, sous la surveillance permanente du sémaphore et la protection des phares du Rosedo et du Paon.

Occupées par les hommes dès le paléolithique, comme en témoignent divers vestiges, les îles de l’archipel l’ont également été à l’époque romaine avant d’être ensuite évangélisées par des moines irlandais ou gallois, tels saint Budoc ou saint Maudez, ce dernier fondateur d’un monastère sur l’île éponyme. L’histoire de Bréhat est racontée de manière très détaillée sur le site Info-Bretagne.

Il est impossible de découvrir l’ensemble des sites de Bréhat en une seule journée, même en y accédant par le premier bateau matinal et en repartant avec la dernière navette du soir. Le mieux est donc – lorsque c’est possible –, soit d’y passer au moins une nuit à l’hôtel ou en chambre d’hôtes, soit d’y revenir pour varier la découverte de l’île en modifiant l’itinéraire de visite. On peut néanmoins, en une journée, prendre le temps d’en admirer les plus séduisants sites en effectuant une balade d’environ 13 kilomètres laissant le temps de s’attarder ici et là dans les lieux les plus attractifs. C’est cette balade que je vous propose ici.

Des panoramas exceptionnels

L’arrivée en provenance de la pointe de l’Arcouest se fait dans l’anse de Port-Clos. Mais le lieu d’atterrissage des bateaux change selon les marées : mieux vaut en tenir compte pour prévoir son programme de visite, la cale 3 (la plus basse) étant située à plus de… 700 m de la cale 1 (la plus haute) via une chaussée submersible.

Une fois débarqué dans l’île Sud au pied de l’hôtel-restaurant Bellevue le bien nommé, direction le Bourg, distant de 800 m environ. Il s’agit là du chemin le plus fréquenté, celui qui compte l’essentiel des commerces et des services de l’Île-de-Bréhat. Chemin faisant, l’on découvre la Poste et la Mairie avant de parvenir sur une charmante place ombragée en forme de demi-lune, partiellement occupée par les terrasses des cafés-restaurants. À deux pas de là, derrière une maison ancienne qui abrite l’Office du tourisme, la vieille église Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle mérite une visite, ne serait-ce que pour l’élégance de son clocher de granit.

Direction l’emblématique moulin à mer du Birlot. Situé à l’ouest de l’île sur le chenal du Kerpont, ce moulin classé du 17e siècle, désormais entièrement restauré, est alimenté à marée descendante par les eaux d’une réserve d’eau de 2 hectares séparée du chenal par une digue de 140 m. Le lieu, plein de charme, est particulièrement prisé des visiteurs.

Non loin de là, se dresse la croix de Maudez. Tourné vers l’île éponyme sur une portion de lande proche de la pointe de Birlot en surplomb de la mer, cette très belle croix de granit, érigée en 1788 et ornée d’un cœur, porte le nom de l’un de ces moines plus ou moins mythiques venus autrefois d’Irlande ou du Pays de Galles évangéliser la Bretagne. Superbe vue sur l’ouest de l’archipel.

Une autre croix de granit, tout aussi belle, se dresse à 500 m de là : celle de la chapelle Saint-Michel, dédiée comme le lieu de culte à l’archange, et non à Saint Maudez comme il est souvent affirmé de manière erronée. Construite au sommet d’une butte rocheuse de 33 mètres à l’emplacement d’un ancien sémaphore détruit par la foudre en 1820, la chapelle date de 1852. Outre sa fonction religieuse, elle sert d’amer aux navires avec ses murs blancs et sa toiture de tuiles rouges. De ses abords, l’on découvre le plus beau panorama de l’île sud, notamment en direction de l’île Beniguet et des nombreux îlots qui parsèment les abords du chenal du Kerpont ; sans oublier, en contrebas, l’étang du moulin et le séduisant hameau du Birlot.

Le temps est venu de se rendre vers l’île Nord. Direction le mal nommé Pont ar Prat. Si la prairie existe bel et bien, cette fameuse chaussée Vauban n’a rien d’un pont, aucun écoulement d’eau n’étant possible entre l’anse de la Corderie – autrefois port des corsaires bréhatins, puis des Terre-Neuvas – et la côte est depuis que l’ouvrage a été édifié.

Le sang du Comte Mériadek

Le pont franchi, c’est en longeant la paisible anse de la Corderie (très jolies vues sur celle-ci), puis en passant près du sémaphore de Keranguillis, que l’on se rend sur la côte ouest, et plus précisément à la Tour blanche de Rosédo, entièrement recouverte de chaux pour servir d’amer. On est là sur la côte sauvage, la plus exposée aux coups de boutoir de la mer lors des jours de houle, pour le plus grand plaisir des visiteurs

Dès lors, et pendant environ trois kilomètres en comptant les échancrures de la côte, se succèdent, dans un austère paysage de landes, de magnifiques chaos de granit rose, souvent spectaculaires, et des petites grèves jusqu’aux abords du phare du Paon. À mi-chemin, la digue naturelle du Lenn offre, entre mer et étang d’eau saumâtre, une transition intéressante avec ses innombrables galets et ses choux de mer.

Le phare du Paon, doit son nom au promontoire rocheux sur lequel il a été érigé. Il est considéré par beaucoup comme le clou de toute visite de l’île de Bréhat, à la fois pour son aspect, la beauté de son environnement, et sa position à la pointe septentrionale de l’île. Et de fait, cet ouvrage de forme semi-circulaire, a fière allure dans son écrin de granit rose où se détachent les murs blanchis à la chaux du côté nord. L’ouvrage actuel est récent : tout comme le phare du Rosédo, il a été mis en service en 1949 à l’emplacement d’un ancien phare de 1860, les deux ouvrages, construits à la même époque, ayant été dynamités par les troupes allemandes en 1944. Le feu du Paon, croisé avec celui du Rosédo, sécurise utilement les conditions de navigation dans les dangereux parages de l’archipel. Si l’on en croit la légende, la couleur rouge de la roche en ce lieu superbe est celle du sang du Comte Mériadek de Goëllo, poursuivi par ses deux fils, puis assassiné là pour s’emparer des biens du père. Mal en a pris aux parricides : tandis que le sang du père se répandait, les deux fils étaient transformés en pierre. Ils sont aujourd’hui dénommés « Les pétrifiés du Paon ».

Le retour vers Pont ar Prat (un peu plus de deux kilomètres) s’effectue par le chemin principal. Chemin faisant, l’on peut découvrir les ruines de la chapelle Saint-Riom dont on dit qu’elle servit, au Moyen Âge, de lieu de culte à une léproserie du voisinage avant de devenir magasin militaire durant la période révolutionnaire. Peu avant la chaussée Vauban, c’est la chapelle Notre-Dame de Keranroux qui peut être vue un peu à l’écart sur la droite du chemin. Reconstruite eu 19e siècle en style néo-gothique, elle abrite des ex-voto de marins et une plaque commémorative de sauvetages effectués par les Bréhatins.

Retour ensuite vers le bourg, distant d’environ 500 m de la chaussée Vauban. L’occasion de se désaltérer à l’ombre des arbres de la place. Délaissant le chemin principal, on gagne la toute proche grève de l’église en contournant le cimetière pour profiter d’une très belle vue sur l’île Lavrec. Cap ensuite au sud en direction du centre nautique Les Albatros et de la plage de Guerzido. Chemin faisant, très jolies vues sur l’île Logodec et le détroit de La Chambre.

Difficile, dans la chaleur de l’été, de résister à une baignade dans le cadre charmeur de l’anse du Guerzido. Pourquoi s’en priver ? D’autant plus que Port-Clos n’est situé qu’à 10 ou 15 minutes de marche si le bateau du retour est amarré à la cale 1 ou à la cale 2. Une fois embarqué pour retourner vers l’Arcouest, l’on comprend mieux pourquoi, le 13 juillet 1907, Bréhat a été le premier site naturel à être classé au titre des « sites et monuments remarquables ». Dès lors, une évidence s’impose : il faudra y revenir, et le plus tôt sera le mieux.

Dans la série « Balades en Bretagne » :

Au pays du granit rose

Arzon : entre océan et « petite mer »

Tour du Cap d’Erquy

Circuit Camaret – Pen Hir

 

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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