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Bachar el-Assad, ou mille façons d’exterminer (III)

Après avoir déjà évoqué ailleurs les techniques de Bachar el Assad pour massacrer sa population (1), aujourd’hui, je vous révèle (ou tente de vous révéler) une autre facette de l’horreur entretenue par un personnage tant admiré des zélateurs sur l’internet que sont Thierry Meyssan, Michel Collomb ou Allain Jules (tous amis de Dieudonné, quel hasard !). Comme pour les précédents articles, des photos prises au péril de leur vie par les opposants au régime démontrent les incroyables procécés mis en place par le dictateur Assad pour réduire en cendres immeubles et habitants. Depuis octobre 2013 (2), Bachar el Assad bombarde en effet les villes d’opposants à grand coups de simples fûts remplis de TNT (ou d’autres produits explosifs), largués d’hélicoptères, lui évitant ainsi l’achat d’armes sophistiquées coûteuses (à ses amis russes) ou d’être accusé de jouer au petit chimiste de film d’horreur. Un bricolage de la terreur, en quelque sorte, que les ineffables pseudo-journalistes déjà cités dissimulent aux yeux de leurs lecteurs, comme ils vous ont sciemment dissimulé ceci… un autre bricolage (d’envergure, la charge envoyée étant thermobarique !), un procédé lui aussi signé par les troupes d’Assad. Privé d’armes chimiques, El Assad a inventé la guerre des barils !

helicopter-carrying-barrel-bombs-d2523L’image fondamentale (ici à droite) est apparue retaillée au départ : elle montre à fort basse altitude un hélicoptère de type Mi-8 aux couleurs de l’armée syrienne transportant ce qui semble être deux simples bidons. Accrochés de chaque côté, non pas sous le fuselage, mais à l’emplacement des deux supports de lances-roquettes dont est muni par défaut l’appareil. Ce qui signifie que ces drôles de fûts peuvent donc être largués mécaniquement, leurs cordages les suspendant étant eux-mêmes reliés aux rails déclencheurs. Très vite, on découvre l’original de la photo, qui dévoile les circonstances de sa prise de vue : ce sont des opposants cachés dans des ruines déjà bombardées d’Alep, qui ont pris, manifestement, le cliché :

 

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Des gens se réclamant d’une des nombreuses brigades anti-assad déclarées (on peut s’en faire une idée ici). Une fois l’hélicoptère passé et ses fûts largués, le résultat se fait vite ressentir :

alep_bombarde-1da9a

sequence_bombardement-04fa5Ce type nouveau de bombardement est apparu en octobre 2012 semble-t-il. Encore une fois, comme je vous l’avais expliqué ailleurs (et sans que cela ne paraisse !) ; l’excellent site de Brown Moses avait enquêté sur cette technique de guerre « bas de gamme », pour découvrir que si l’armement en lui-même était simple, des techniques particulières avaient été mises en place pour les rendre plus efficaces, notamment l’installation de déclencheurs à distance ou d’altitude, de manière à mieux contrôler les impacts, selon ce que les militaires syriens ciblaient. De même, dans son imposante étude, le bloggeur avait découvert que le TNT n’était pas la seule source d’explosifs employée. Il avait retrouvé ce qu’il avait déjà décrit lors d’une précédente enquête sur l’énorme lance-roquette employé, à savoir les mêmes fûts alors employés comme charge de roquette à procédé thermobarique, aux effets, on le sait dévastateurs (j’avais décrit ici-même en détail l’engin dans un article que vous avez pu lire ici sur Cent Papiers). « Le gouvernement syrien cours de l’année dernière (2012 donc) a complété sa campagne aérienne classique traditionnelle avec des armes bon marché qui ont été appelées des « bombes barils » (BB). Ces armes « Do It Yourself » (faites les vous-mêmes) sont dérivées de cylindres à faible coût qui sont remplis d’ explosifs, de carburant et de fragments irréguliers en acier. Ces bombes de bricolage sont déployées manuellement par des soldats à partir d’hélicoptères HIP russes. L’idée est que ces hélicoptères peuvent se déplacer dans les quartiers syriens et déposer ces armes avec plus de précision que les tirs de roquettes d’avion.helico_bomb-72f50«  L’article s’étend ensuite sur la mise au point de des engins de terreurs, lancés d’abord de basse altitude, puis de beaucoup plus haut quand les rebelles ont déployé des lances missiles individuels (« manpad ») et du calcul délicat de leur longueur de mèche s’ils étaient allumés traditionnellement : le site relate (en photos) un bon nombre d’erreurs de manipulation dans le genre, avec des photos d’engins explosant en l’air et non au sol. Finalement, les militaires syriens se sont résolus à un autre bricolage encore : celui de scotcher en tête de charge un détecteur d’impact. Certaines charges recevant même soudées à l’arrière des dérives, pour leur éviter de présenter une autre face à l’impact que celle portant le détecteur ! Les engins étant alors directement jetés par la trappe arrière du MIL MI-17 MD) version plus récente à porte arrière unique droite (et non à ouverture en coquille), comme ceux qu’utilisent les Etats-Unis en Afghanistan (c’est acheté aux russes) ! Le plus souvent, en fait, c’est à partir de MI-8 classiques, dont les deux portes « clamshell » ont été tout simplement retirées pour permettre les largages rapides.

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barril_bombe_liquide-6e26cCertaine explosions, plus fortes que les autres, remarquées par les habitants, on laissé entendre qu’il n’y avait pas que du TNT à bord. On a évoqué des traces d’essence, pour des bombes qui seraient donc des Fuel Air Explosives (FAE, j’y reviendrai je pense). L’essence utilisée proviendrait du kérosène de réservoirs auxiliaires montés à bord de certains hélicoptères, ou bien les bombes seraient chargées d’un produit bien plus dangereux encore, comme lors d’une explosion décrite par Brown. « Cette explosion a entraîné des dommages importants à tous les bâtiments dans un diamètre 600 pieds (un peu moins de 200 m). L’analyse suppose que le carburant utilisé est de l’oxyde d’éthylène qui a une teneur en énergie de 28000 J / g tandis que le TNT est d’environ 4180 J / g. Cette grande augmentation de l’énergie est une autre raison pour laquelle l’armée syrienne peut être en quête de militariser des réservoirs de carburant auxiliaires en armes FAE. Il est connu que la Syrie possède des ODAB 500, des armes FAE, qui ont un rendement équivalent TNT de seulement une tonne ». bombe_larguee-bac2bDans un manuel sur l’utilisation de l’oxyde d’éthylène, on retrouve beaucoup de similitudes avec les effets constatés sur les populations syriennes, lors de ce qui avait été appelé des « bombardements chimiques » :  « l’exposition à des vapeurs d’oxyde d’éthylène entraînera de graves irritations de la peau, des yeux et du nez, et peut causer un oedème pulmonaire grave. Des concentrations élevées (supérieures à 1000 ppm) occasionnent des maux de tête, des nausées, des vomissements et des essoufflements. L’exposition à des concentrations élevées de vapeurs peut également entraîner une dépression nerveuse centrale ». Le boucher Assad ne se contente pas de bombarder sa propre population : il l’intoxique et la tue en l’asphyxiant par les dégagements gazeux de ces bombes de fortune ! L’oxyde d’éthylène étant en prime cancérigène !

 

roulement_barres-4ae98

contenu_bombe-1496aL’analyse des débris de bombes explosées ou partois intactes et désamorcées rappelle une autre horreur : à savoir de découvrir dedans, l’inclusion de pièces métalliques destinées à devenir de mortels shrapnels : « il est évident à partir des observations visuelles qu’il y a eu peu ou pas de contrôle de la qualité sur ces modèles en raison des nombreuses formes et tailles qui ont été observées. Il semble y avoir des tendances de conception qui montrent clairement que le personnel syrien n’a pas de conception préétablie de l’arme et de formation sur ces effets. La plupart des « bombes barils » syriennes contiennent de nombreux composants de grande taille en acier, tels que les barres d’armature de coupe ou de gros morceaux de machines métalliques, ainsi que des grands roulements industriels. Ces gros morceaux de métal sont insérés à l’intérieur et mélangé avec l’explosif (du TNT) ». L’horreur, démultipliée : ce sont bien les personnes qui sont visées par ces bombes à fragmentation artisanales, et non plus les immeubles ! Des roulements à billes complets, des boulons, des vis, et des morceaux de fer rouillés projetés par des explosions, imaginez les dégâts… au milieu d’un marché, au milieu des femmes et des enfants, comme ça a été le cas le ….18 décembre dernier encore à Alep. Les bombes larguées de haut ne peuvent choisir un objectif précis et tombent au hasard. Car le problème de ces engins largués d’altitude en raison des tirs de missiles, c’est leur manque total de précision, leur chute étant loin d’être verticale, avec des fûts qui ne cessent de tourner sur eux-mêmes. Ici, un largage filmé de bout en bout à Bizabur, Idlib, le 28 octobre 2013. On distingue la chute du baril, complètement incontrôlée. Ça tombe n’importe où !!!? Il n’y a aucun but militaire derri?re cette pratique immonde !!! Aucun !!! Bachar ne fait pas une guerre : il anéantit des civils !

cluster_alep-8e173Et comme cela ne semble pas lui suffire, notre dictateur sans retenue a eu aussi recours à des bombes « cluster », celles qui larguent d’autres petites bombes qui ne se déclenchent pas toutes tout de suite, et peuvent surtout tuer ou blesser bien après les bombardements. Des bombes interdites depuis 2008 par la Convention sur les armes à sous-munitions. Les enfants d’Alep en ont ramassé des centaines, comme ici dans les bras de l’un d’entre eux, des débris explosés éjectés par son conteneur russe. Parfois, on retrouve ce même conteneur non explosé fichu en pleine ville, en plein trottoir : image surréaliste d’une boucherie sans nom que certains sur le net continuent à applaudir…. comme ils applaudissent l’ex-comique Dieudonné : le fascisme rampant forme un tout en effet, et plus tard, quand on étudiera historiquement la période, on condamnera pour sûr ces individus, pour avoir soutenu pareilles exactions et pareils meurtres à la chaîne de civils. Ceux qui aujourd’hui continuent à défendre Bachar el Assad, devront bien un jour être jugés sur leur attitude irresponsable consistant à fermer les yeux sur les massacres d’enfants commis par leur héros. Cluster bomb attack on AleppoLeurs paroles inacceptables (3) et leur soutien avéré à ce massacreur devront être l’objet un jour d’une analyse suivie d’un jugement de leurs congénères. On ne peut raisonnablement admettre sans broncher ces techniques de guerre innommables qui visent essentiellement à anéantir des populations civiles, tuées selon le bon vouloir de bombes tombant de façon aléatoire ! Et pas davantage ne pas condamner ceux qui viennent encenser sur le net leur auteur, entraînant avec eux de jeunes esprits malléables !!! Soutenir dans un fauteuil des dictatures (souvent, ils n’ont pas encensé qu’Assad, ont aussi passablement désinformé sur leurs exactions (4) ou ont même parfois annoncé faussement telle la mort d’un chef d’Etat), certains finiront bien par le regretter un jour d’avoir agi avec autant de légèreté sur des sujets aussi graves. Dieudonné lui-même étant en train de s’en apercevoir. L’impunité face aux dérives malsaines est en train de tomber semble-t-il. Certains, sur le net, devraient y songer et cesser de confondre journalisme et propagande.

(1) Chez Agoravox, où on m’a interdit de parution plusieurs articles sur la guerre en Syrie. Tous avaient comme dénominateur commun de dénoncer les massacres perpétrés par l’armée de Bachar El Assad. J’y avais aussi décrit le rôle sordide joué par la soeur Agnès Myriam, suppôt du renseignement syrien à la vie plus que floklorique (ancienne hippie, elle semble en avoir gardé des habitudes bien éloignées de ce que prône son église !). Verdict : refusé !

(2) cet article a été rédigé en décembre dernier, proposé ailleurs, il n’est pas paru.

(3) Texte d’Allain Jules : « Sincèrement, s’il fallait attribuer un prix Nobel de la Paix à un Syrien, ce serait au président Bachar al-Assad, le dernier des Mohicans. L’homme qui fait face à la plus grosse organisation terroriste mondiale. Jamais, de mémoire d’homme, on a vu un pays ainsi attaqué.  Putain, 49 nationalités ! Même l’Allemagne nazie n’a pas eu autant d’adversaires, alors même que son plan macabre était vraiment diabolique. La Syrie, quant à elle, sous l’impulsion de Bachar al-Assad, fait un travail remarquable pour le monde entier : la destruction de la vermine terroriste. S’il y avait encore dans ce bas monde des gens honnêtes, pas celui des bas-fonds de l’intellectualisme d’ingérence à but lucratif -miroiter le gaz syrien-, comme un seul homme, le monde entier devait se lever pour empêcher que la Syrie devienne le sanctuaire du terrorisme international qui nous menace tous » (juillet 2013).

(4) on notera parmi les désinformateurs sur la Syrie Marie-Ange Patrizio, « psychologue clinicienne », grande amie de Soeur Agnès Mariam (ici avec sa copine), venue raconter que tout ce passait bien en Syrie en novembre 2011. Un voyage organisé par le réseau Voltaire, où écrit-elle, et auquel avait assisté Marc George…. le « coach » politique de Dieudonné ! Son compte-rendu démarre par une photo des supporters d’Assad….brandissant le bras droit dans une pose qui ne peut être équivoque. Pour rester dans la lignée, à ses heures, elle traduit l’italien pour le réseau Voltaire, dont les textes de Filippo Fortunato Pilato, venus de son site TerraSantaLibera. Pilatio étant un néo-fasciste, membre du parti italien d’extrême droite Forza Nuova ! Sur son site, antisémite, on tombe sur les « Protocoles des sages de Sion » !!! On ne quitte jamais le sordide avec cette bande-là !!!

Momo

Les différents types de « barrels bombs » trouvées :

http://brown-moses.blogspot.fr/2012…

http://brown-moses.blogspot.fr/2013…

http://brown-moses.blogspot.fr/2013…

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