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Avec Poutine, un sérieux arrière-goût de Guerre Froide (2)

Vladimir en 2018 avait un peu oublié de parler des sous-marins, mettant l’accent sur de nouveaux missiles… terrestres. Car le maître du Kemlin est confronté à une flotte vieillissante qu’il peine à renouveler, ou à moderniser, les submersibles étant sujets à des modes changeantes au fil du temps, comme aujourd’hui le nombre de tubes lance-missiles à bord, puisqu’on peut aujourd’hui lancer tout ce qu’on veut via ceux des torpilles.

Vladimir s’adapte donc, mais pas toujours avec bonheur. L’un des ses fleurons est un sous-marin diesel, c’est dire. Mais il dépense beaucoup d’argent pour tout ça, de l’argent dont on ne connait pas l’usage précis d’ailleurs… 

L’innovation constante… et obligatoire

Les sous-marins ont toujours été des enjeux d’innovations technologiques. De vraies, pas de celles présentées en 3D lors d’une show hollywoodien.

En septembre 2019, le plus vieux de la classe Los Angeles, l’USS Olympia après un tour du monde (dont deux mois passés en Méditerranée pour une mission non divulguée) a été retiré après 35 ans de bons et loyaux services.

Il a été un des premiers à emporter un périscope photonique, à savoir à base de caméra digitale et un laser ne nécessitant pas de puits optique de rentrée à l’intérieur du submersible, facilitant la construction et la rendant plus solide (il ne faut plus percer que le passage de câbles électriques et de fibres optiques dans la coque).

Une révolution dans le genre, avec trois caméras : une couleur, une noir et blanc à plus haute résolution et une infra-rouge. Les mâts sont pilotés par des joysticks, les caméras par des track-balls. Les sous-marins sont ceux qui bénéficient régulièrement d’innovations technologiques qui deviennent vite de nouveaux standards.

Ceux de la classe Viriginia, équipés d’origine en mâts « non-pénétrants », sont des L-3 HARRIS KEO (anciennement Kollmorgen Electro-Optical) de Northampton, dans le Massachusetts. Sur l’USS Colorado SSN 788, les américains ont indiqué avoir sélectionné une manette de Xbox pour mouvoir leurs mats. Cela marche aussi bien que celle fournie au départ et facturée 38 000 dollars !

 

Les russes n’en ont équipé leurs sous-marins qu’à partir de la classe 955 Boreï, commeMonomakh de 170 mètres de long, à partir des recherches de l’Elektropribor Central Research Institute (celui du dessous ici à gauche) le premier exemplaire, le Iouri Dolgorouki (mis en  service en 2013, 17 ans après sa mise sur cale, n’en possédait pas encore, bien sûr, le « Knyaz (Prince) Vladimir » commencé en 2009, mais mis en service en 2017, si) :

L’engin n’a pris la mer pour ses véritables essais que le 13 mai dernier : un délai supplémentaire dû certainement à l’implantation de ses nouveaux mâts, visiblement similaires, implantés par doublets comme les américains. L’engin dissimule comme propulsion un« pump-jet », lui permettant d’évoluer sans bruit d’hélice notable, plus des propulseurs auxiliaires rétractables. Le modèle de la classe Sierra (en titane) en montrait déjà (ici à droite). La gamme des Sierra (Sierra Project 945) devait emporter des torpilles plus grandes, de  650mm (26”) « Type 65-76″, destinées à être lancées contre les porte-avions US.

Le plus silencieux de tous est… conventionnel

Jouer au chat et à la souris Poutine, de la taille de la souris face aux autres, s’en amuse beaucoup visiblement et sans investir dans des engins nécessairement complexes.

A en jouer avec provocation évidente : le 22 juillet dernier, par exemple, la marine française et l’anglaise ont suivi le long passage via le Channel, d’un sous-marin russe resté ostensiblement en surface sous leur yeux pour se ménager (photo ici à gauche), car il n’était pas nucléaire (c’est diesel électrique classique, muni de périscopes traversants d’ancienne facture) : c’était un engin de la classe Kilo, le Krasnodar (B-265, Project 636.3), engin  de 4 000 tonnes qui remontait tranquillement direction St Petersbourg, suivi d’un remorqueur de service le Sergey Balk (ici à droite), dont la base est… Sébastopol en Mer Noire ! On ignore s’il était en difficultés ou non, mais le fait de le voir longuement était assez surprenant car, habituellement, il est… totalement invisible.

C’est en effet un des plus silencieux qui soient (les spécialistes de l’Otan l’ont surnommé le « black hole« , et, issu d’une technique traditionnelle éprouvée, conçue en 1980, c’est un de ceux qui coûte le moins cher à fabriquer. A l’origine de sa faible signature sonore, outre sa forme ramassée,  le design de ses hélices en lames de sabre à 7 pales, grâce à des fraiseuses cinq axes venues de… France (du Japon, à l’origine, voir notre épisode précédent). Poutine en a ajouté 8 à sa flotte depuis 2010, dont trois lancés en 2014 comme le Krasnodar (commissionné le 5 novembre 2015. L’engin de 74 mètres et 52 membres d’équipage possède des tubes lance-torpilles capables de lancer des missiles Kakibr, comme il l’a fait récemment vers la Syrie (c’était le Project 636.3 Rostov-on-Don basé à Sénastopol ici à son retour à bonne vitesse). Ici, la vedette féminine de RT Russia vous le présente façon show TV à l’américaine (« avec du caviar chaque jour pour l’équipage pour leur bien être » dit-elle !!).

En 2019 déjà les anglais avaient dénoncé la présence de ces engins dans leurs eaux.  Il sont vendus à un prix imbattable : le prix unitaire est de 200 à 250 millions de dollars à peine, (la Chine a payé en effet environ 1,5 à 2 milliards de dollars pour 8 sous-marins de classe Kilo Project 636). (A droite ici le Stary Oskol – B-262- dans son dock flottant, il vient d’être remis à neuf après avoir été mis en chantier en 2012, et lancé le 28 août 2014). Annoncés à un excellent rapport qualité-prix, donc, c’est un bon moyen (économique) pour Poutine de redorer son blason : « le succès des nouveaux «super-kilos» représente une participation remarquable pour le président russe Vladimir Poutine, dont le premier mandat a été entaché par la perte très médiatisée du Koursk, un sous-marin nucléaire de classe Antey, lors d’un exercice de 2000. 
Le Koursk n’avait que six ans au moment de sa perte, et Poutine et la marine russe ont été critiqués pour s’être montrés maladroits et avoir dissimulé la tentative de récupération du bateau. Les 118 marins à bord ont péri, y compris les 23 au moins qui ont survécu à l’explosion initiale et au naufrage » écrivait The Observer le 19 août 2019 . L’engin est devenu depuis  le « Varshavyanka/Improved Kilo ». A droite le degré de finition irréprochable  du revêtement anéchoïque refait du Stary Osakol; visiblement supérieur à la moyenne des engins russes. Le silence est aussi à ce prix (à comparer ici à l’ancien monstre Typhoon). On note ici son peu de sillage.

Le successeur Lada Class (Project 677) imaginé en 1997 avec son kiosque à ailerons façon US, et sa simple coque peine à prendre sa place avec deux de construits seulement (le second – B-858 – est le Kronshtadtle premier (Sankt Peterburg, B-585) n’ayant pas donné satisfaction. Le B-587 Sevastopol de 2006 abandonné puis reconstruit à partir de 2015 et devenu Velikie Luki n’est pas encore terminé (en 2019 il l’était à 55% seulement encore). La classe fait place aux deux futurs Amour 950 et Amour 1650. Le second est destiné à l’exportation… où le Kilo a fait un malheur. Sur les douze exemplaires prévus, trois sont donc terminés mais un seul est opérationnel : le bilan est donc mauvais pour la série.

Des sous-marins longs à émerger

Chez les sous-marins lanceurs d’engins, c’est une autre histoire, plus complexe on s’en doute. Remplacer le monstre qu’était le Typhoon (projet 941 «Akoula» ) n’a pas été chose aisée on s’en doute aussi. Découvert amarré à quai en 1982, grâce à un passage de satellite espion KH-9 au dessus de Severodvinsk son lieu de construction (ici le détail du cliché qui montre l’ombre du kiosque) rentabilisant presque l’investissement phénoménal mis dans cette technologie spatiale, l’engin dessiné à partir de 1973 par le Bureau central d’étude Rubin est mis à flots en 1981; voici bientot 40 ans. Intérieurement c’est une sorte de catamaran géant de 33 800 tonnes (?) emportant 24 missiles.  Il n’a été construit qu’à 6 exemplaires, tant il était onéreux. Un seul survit encore, le Dmitry Donskoy: or c’est le premier jamais construit (et celui donc sur la photo de 1982 !. Il sert aux essais de nouveaux missiles avec un seul tube en état de marche désormais. Pendant le règne du monstre, l’URSS a aussi lancé des engins plus conventionnels, ceux de la classe Delta (en photo ici à gauche en  deux exemplaires), qui lui servaient en réalité de doublure. Ce ne sont pas pourtant des bâtiments au rabais : un seul de ces Delta IV (Project 667 BDRM Delfin) de 18 200 t contient 64 ogives nucléaires dans 16 missiles (qui peuvent être lancés tous en même temps). « Doublures » reconnaissables à leur longue bosse de chameau sur le dos, ils sont donc aussi au nombre de six : le K-18 Karelia, le K-51 Verkhotourié, le K-84 Iekaterinbourg (endommagé en 2011 par un terrible incendie dans son dock, le K-114 Toula, le K-117 Briansk et le K-407 Novomoskovsk (« rajeuni « en 201o, cf ci-dessous, c’est lui qui a réalisé la salve de 16 missiles d’un coup le 6 août 1991 !). Tous fonctionnent encore… tel le Tula, entré en chantier à Zvezdochka en 2014 et ressorti comme neuf en 2017.

Celui-là c’est du costaud, et un chanceux surtout:  le 19 mars 1993,  en train de jouer au chat et à la souris sous l’eau, au large de la péninsule de Kola et commandé par Andreï Boulgarkov, il a été tamponné à 74 mètres de profondeur par l’USS Grayling. Perte de freinage avec un engin lancé de 4 640 tonnes ce n’est pas évident, se dit-on côté américain. L’USS Grayling, (lancé en 1967) plus abîmé que visiblement, plus tout jeune non plus, sera retiré du service quatre ans plus tard. Son état de service officiel ne mentionne pas l’événement…  officiellement, il était à nouveau « au Pôle », en effet… à droite l’état du Novomoskovsk après le tamponnage… ce genre de rencontre a eu lieu plus souvent qu’on ne l’a su à l’époque, secret oblige des missions. Le reste du Grawling parti à la ferraille, on a gardé son kiosque pour en faire un monument (ici à gauche).

Des sous-marins, ça coute cher. Très cher.

Le premier vraiment à reprendre sa place de maître des océans côté russe est le Iouri Dolgorouki de 170 m de long et 24 000 tonnes (pareil que que le Typhoon comme longueur mais les 2/3 en poids), un Projekt 935  devenu Projekt 955 de forme plus traditionnelle, c’est le premier SNLE développé par la Russie depuis la chute de l’Union soviétique à partir de 1996 date de mise en cale. Ce sera la tête de la nouvelle classe Boreï.

Ce sera un accouchement difficile, entravé par la chute de l’URSS en 1989 : l’engin est alors construit à moitié, et il n’y pas plus un rouble dans les caisses pour le terminer (il coûte bien plus que 23 milliards de roubles comme indiqué ici : il revient plutôt à 750 millions de dollars, soit le double et environ 50 milliards de roubles : au départ le coût d’un seul avait été évalué à 1,4 milliard de dollars, ce qui semble plus sérieux, à se demander si le chiffre officiel annoncé est vrai !). Il attendra près de 10 ans pour qu’il soit terminé et lancé en 2008 alors qu’il n’est encore qu’à 87% de sa réalisation finale et qu’il entre en service en 2013, soit… 17 ans après le début de sa construction.

Voici enfin un sous-marin de l’ère Poutine (enfin, commencé sans lui !!). Aujourd’hui il n’a toujours que trois frères : l’ Alexandre Nevski, le Vladimir Monomaque (depuis 2013) et le Prince Vladimir commissionné récemment en juin dernier. Le Knyaz (Prince) Oleg, commencé en 2014, a été interrompu, un des sous traitants, Kolomensky Zavod, ne réussissant pas à fournir un élément fondamental et il est repris en 2018 pour finir par être lancé le 16 juin dernier. C’est le cinquième donc de la série. Les Generalissimus Suvorov, Emperor Alexander III et le Knyaz Pozharsky sont encore en chantier ou annoncés.

Le recyclage de vieux concepts : des détournements d’argent à la clé

La Russie de Poutine n’est plus aussi riche, ou tente-t-elle de moins se ruiner à fabriquer des engins de guerre que sous Brejnev (quoique le lascar y engloutit une bonne partie de son budget !) : le coût de ces engins est exorbitant en effet comme on vient de le voir ! Et Poutine pas très direct sur la question : il ne dit en effet pas tout sur le sujet confirme le JDD : « huitième économie du monde et 3e budget militaire derrière les États-Unis et la Chine, la Russie de Vladimir Poutine continue d’investir massivement dans son armée. Mais le plus troublant n’est pas là. Des experts moscovites de l’Institut Gaïdar ont révélé, au début du mois, que, sur les 75 milliards d’euros qui seront consacrés par le Kremlin à la défense en 2015, 51 milliards d’euros sont classifiés « secret défense », soit 70% des dépenses. C’est le double de ce qui était classifié en 2010″. C’est passablement gonflé en fait : « le budget dépasse largement les capacités de l’industrie et cet argent repose actuellement sur des comptes bancaires », estime Vassili Zatzepine, expert des questions militaires à l’Institut Gaïdar. Pour lui, l’industrie militaire russe est frappée par une corruption endémique couplée à une faible productivité ».

Visiblement, Vlad ment, donc ! Et l’argent n’est pas totalement utilisé, ce qui explique aussi certains retards !!! Le but étant bien sûr politique : « mais pourquoi une telle inflation des dépenses militaires, alors que le pays est frappé par la pire crise économique en 15 ans ? De nombreux experts voient dans le réarmement une composante propagandiste. « Un grand nombre de gens ressentent de la fierté patriotique pour cette nouvelle puissance militaire. Et on leur explique que c’est grâce à Vladimir Poutine », analyse Alexandre Golts, un journaliste spécialisé dans les questions militaires. Les médias pro-Kremlin font une propagande incessante sur les prouesses technologiques russes. Le vice-Premier ministre, Dmitri Rogozine, vient encore d’annoncer, le 8 juin, la création de super-brise-glace atomiques en 2017, dans le cadre d’une militarisation accrue de l’Arctique. » Nous y voici en effet !! Retour au Pôle, sujet de toutes les attentions de Vladimir !!! Avec cette idée en tête : même si Vlad dépense beaucoup, il ne peut plus se permettre au bout une implosion de son pays, donc il rabote ici et là pour faire bonne figure : « le niveau des dépenses reste encore très loin de l’URSS qui consacrait au moins 30 % du PIB à la défense ». Mais cela reste conséquent : « la Russie dépense quatre fois plus que la moyenne des pays de l’Otan (1 % du PIB) ». Et encore, il s’est calmé, le Vlad : à son avènement, de 2000 à  2007 les dépenses militaires avaient connu une augmentation substantielle, passant de 12 à 64 milliards de dollars pour atteindre 14 % du budget de l’Etat, presque la moitié du temps de la Guerre Froide !!!  Autant d’HLM et d’hôpitaux en moins, on s’en doute. Poutine n’a pas demandé l’avis de ses concitoyens, ce n’est pas son genre… juste après son show de nouvelles armes sur papier… il annonçait une baisse générale de son budget militaire….  Premier visé, le « superchar » tombé en 2015 en panne, rappelez-vous… en pleine Place Rouge !

Or un petit retour en arrière nous rappelle ce à quoi il avait servi celui-là: « le programme de réarmement est vanté par le vice-Premier ministre Dmitri Rogozine (ici à gauche), chargé de l’espace et de l’industrie militaire. Il ne se passe pas un jour sans qu’il annonce la création ou les prouesses d’une nouvelle arme secrète dont l’évocation fait trembler de Berlin à Washington. Lors de la récente célébration du 70e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Russes ont pu admirer – entre autres – pour la première fois le nouveau tank d’assaut « Armata ». Pour divertir les Moscovites, le ministère de la Défense construit en toute vitesse un grand parc d’attractions où les spectateurs pourront admirer des manœuvres militaires grandeur nature. Le coût provisoire du parc « Patriote » (318 millions d’euros) a été dévoilé jeudi, et a fait grincer les dents. »  On retiendra le mot « divertir », que l’on traduira ici par « diversion » !!! (à laquelle a bien participé notre habitué de l’armement et des trafics Constantin Vasilescu…). Ah, un Putin’s Park, parlez d’un idée !!!  A 7,85 euros l’entrée sur Trip Advisor !!! Si, si, ,je ne rigole pas (cf ici à droite !).

L’idée étant simple : celle de recycler de vieilles recettes en effet et de goinfrer l’argent qui aurait vraiment pu servir à faire du neuf, du vrai : « et si le « secret défense » avait surtout pour fonction de masquer un gigantesque gaspillage de deniers publics ? « Poutine est manipulé par les (avocats) du complexe militaro-industriel. Plutôt que d’admettre une erreur, ce qui est culturellement impensable, mieux vaut tout mettre sous le tapis, explique Vassili Zatsepin, expert des questions militaires à l’Institut Gaïdar. Le budget dépasse largement les capacités de l’industrie et cet argent repose actuellement sur des comptes bancaires ». Le vrai problème, c’est que le Kremlin ne sait comment relancer l’économie. « Ils n’ont pas beaucoup d’idées, c’est pourquoi ils reviennent aux vieilles recettes soviétiques », conclut l’expert. » En voilà une bonne explication de la chaotique industrie d’armements russe !!! Ça, ou la distribution de l’argent public à ce qui devient une véritable dynastie, avec la nomination d’enfants de personnes proches à des postes clé de l’Etat. Des emplois fort rémunérateurs, bien sûr. L’argent disparaît, en Russie, mais ne part pas dans toutes les poches…  Le système est tout simplement… mafieux.

Un missile récalcitrant

Le 14 décembre dernier, c’est Popular Mechanics, magazine de vulgarisation US qui fait peur en titrant « regardez un missile nucléaire russe tiré d’un sous-marin dans un aperçu de la fin de la civilisation« … Un titre exagéré, heureusement : il s’agissait de l’envoi de quatre missiles Boulava (ou Bulava), du large des côtes du Japon… partis du Vladimir Monomakh et de la mer d’Okhotsk, pour s’élancer au-dessus de la Russie et pour qu’ils aillent s’écraser sur la zone d’essais de Chizha (dans la région d’Arkhangelsk.dans la région d’Arkhangelsk) dans la péninsule de Kanin, en mer de Barents. Un parcours de 5 000 km devenu… fort démonstratif : en 2018, un autre sous-marin, le Yury Dolgoruky, avait fait de même… dans l’autre sens !!! On rappelle pour l’occasion que le 14 novembre 2015, l’équipage du sous-marin nucléaire avait déjà tiré « deux missiles balistiques Bulava depuis la mer Blanche sur le terrain d’entraînement de Kura au Kamtchatka depuis une position submergée« . Sans plus de détail… on va comprendre plus loin pourquoi.

L’engin lancé a lui aussi une histoire ancienne et fort mouvementée : c’est le descendant et le remplaçant du R-39 Rif, (SS-N-20 Sturgeon pour l’OTAN) un  SLBM à carburant solide datant de… 1990, utilisé de 1983 à 1991, et même jusque 2004 (ixi à gauche et à droite montrant ses 10 têtes de rentrée). Les russes en ont fabriqué 120 exemplaires contenant au total 1 200 têtes nucléaires. Son remplaçant, le Boulava, lancé pour la première fois en 2004, a connu de 2004 à 2009 six échecs sur 13 lancements, tous effectués à terre, pourtant.

Il faudra attendre le 7 octobre 2010 pour que le Typhoon de tests  Dmitri Donskoi alors en Mer Blanche (et submergé, ici à gauche) réussisse à en lancer un missile de ce type vers le site de tests de Kura pour qu’on puisse commencer à y croire côté Kremlin, après de belles colères de l’hôte de la maison et une série de têtes coupées chez les ingénieurs. Poutine pardonne rarement qu’on nuise à sa réputation, ici celle de chef de guerre à la topette d’une armée… efficace. Le Bulava est un des engins qui aura donné le plus de fil à retordre; car il conditionnait toute la gamme de sous-marins qui devaient l’embarquer et le lancer : l’échec n’était pas permis !!! Sans lui, les gros lanceurs d’engins ne servaient à rien !

Sept lancements suivant réussis le consacreront enfin, dont un le 28 juin 2011, à partir du premier Boreï, le Yury Dolgorukiy. On pense alors les problèmes résolus mais en 2013 rebelote avec des échecs qui continuent : en novembre; il n’est donc toujours pas opérationnel et Vladimir s’impatiente encore plus… finalement il le devient en 2015 avec les deux lancements cités…
mais pas totalement réussis : un des deux engins a explosé en vol et le second a oublié de larguer ses têtes (nucléaires, normalement mais pas ce jour-là heureusement). Verdict implacable en 2015 : le missile est donc toujours défectueux, 11 ans après ses débuts !! On replanche dessus, et le 27 septembre 2016, sur deux missiles lancés, le second dévie de sa trajectoire et se fait exploser en l’air automatiquement  (ici à droite). Le 22 mai 2018, ouf, la salve de quatre engins fonctionne enfin… (ici à gauche). On comprend pourquoi aujourd’hui chaque lancement réussi de Bulava est autant célébré, côté russe !

Et comme Vlad adore provoquer, le 27 août dernier,  le commandement militaire de l’US Nothern Command sort un communiqué étonnant indiquant qu’un sous-marin russe avait fait surface, la veille, dans les eaux internationales au large de l’Alaska… après avoir tiré un missile, laissant tout le monde pantois, indique Zone Militaire.  « Nous avons été informés par plusieurs navires de pêche qui opéraient dans la mer de Béring qu’ils étaient tombés sur des navires [russes]. Étant inquiets, ils nous ont donc contactés », a expliqué Kip Wadlow, le porte-parole de l’US Coast Guard, le 27 aoûtLes gardes-côtes ont ensuite contacté le commandement de l’Alaska, installé sur la base d’Elmendorf-Richardson. Ce dernier, a rapporté Kip Wadlow, a confirmé que ces « navires russes se trouvaient dans le secteur dans le cadre d’une exercice militaire qui était prévu et connu de certains responsables militaires américains ». Le ministère russe de la Défense a fini par livrer quelques détails par la suite, affirmant que le sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière K-186 Omsk venait de tirer un missile de crosière anti-navire P-700 « Granit » (code Otan : SS-N-19 « Shipwreck »), depuis une position située dans les eaux internationales au large de l’Alaska. Une vidéo, censée montrer une partie de la séquence de ce tir, a été diffusée sur les réseaux sociaux…«  »L’état-major russe a en outre indiqué que, dans le même temps, le croiseur Variag avait aussi tiré un missile – un P-1000 « Vulkan » en l’occurrence – en direction de la mer de Barents. Et cela dans le cadre de l’exercice « Bouclier de l’océan 2020 » » ZM commentant : « Quant à la raison pour laquelle K-186 Omsk a fait surface, Moscou n’a donné aucune explication, si ce n’est qu’il « n’y avait pas de situation d’urgence à bord. » En tout cas, l’apparition de ce sous-marin au large de l’Alaska a fait parler… Ce qui était sans doute l’un des  buts recherchés ». De la provocation, le grand art de Vlad ! Car le missile est loin d’être une nouveauté : le P-700 Granit a été  conçu dans les années 1970 !!! Un dérivé du missile P-500 Bazalt ! C’est celui à base de turboréacteur qu’emportait dans ses flans le Koursk !   Ou comment faire peur avec du vieux encore une fois !!!

C’est dans les vieux pots…

D’autres sous-marins en forme de vieille recette, tiens, quel hasard, remontent à la surface dans ce budget militarisé conséquent. Le Projekt 885 Yasen (ou Iassen) est lui un gros sous-marin d’attaque (SNA) équivalent des SeaWolf US. Il est dérivé des Akula, en une sorte de version allongée (ils font 119 de long), destinés à remplacer les Viktor III. Lui aussi est une sorte de revenant… conçu en 1990 par le Malakhit Marine Engineering Bureau de St Petersbourg. Le premier du genre le Severodvinsk (K-560) a été mis en chantier en 1992, mais faute d’argent là encore on a interrompu sa construction durant trois ans, de 1996 à 1999, il était alors avancé à 10 % seulement.

C’est donc Dmitri Rogozin, premier ministre, qui le lancera en… 2010, 18 ans après, sous les flocons de neige (ici la procédure suivie), alors qu’il n’était encore qu’à 80% de son projet d’origine. Une routine pour le chantier : c’est le 131 ème engin nucléaire construit par l’usine Sevmash pour la Marine russe !!! Mais le maître du Kremlin voulait ainsi frapper les esprits, en laissant croire que ça y était, il en tenait un, de nouveau sous-marin à montrer !!! Il rentrera en service finalement en 2013, 21 ans après la première soudure effectuée !!! Deux frères de sang l’ont rejoint depuis, comme le Kazan (K-561), qui a été mis à l’eau en 2017, après avoir été commencé en 2009, et le Novossibirsk, devenu Yasen M, ‘ »modernisé ») qui a été lancé le 25 décembre 2019 mais qui est toujours en cours de finition… car selon Alexei Rakhmanov, le responsable du chantier, le Kazan est « confronté à des difficultés de réalisation« . Bref, ce n’est pas un long fleuve tranquille et ça prend du retard. Faute d’argent, de personnel qualifié et de retards administratifs hérités de l’ère soviétique : les mentalités changent moins vite que les matériels !!! Et les rodomontades nucléaires de Vladimir bien mal fondées, il semble, vu l’ampleur des retards de construction ! Même les vieilles recettes ne marchent plus !

Un retard à combler sur les USA

Résultat des courses, Poutine le frimeur qui nous annonce monts et merveilles côté nucléaire, est à la tête d’une flotte vieillissante qui peine donc à se renouveler, avec 7 vieux sous-marins (dont le dernier Typhoon et son seul tube de lancement, et tous ne sont pas au top, la moitié circule, pas plus, et de 5 sous-marins SNLE, plus un gros d’attaque, cinq ou six actifs sur une dizaine d’Oscar de départ (type Koursk conçus au milieu des années 70 comme le Tomsk ici à droite), plus 2 ou 3 Akula en service seulement sur le lot existant, et une petite meute de diesels Kilo (un demi-douzaine disons).  Soient moins d’une trentaine d’engins au total (on oublie pour l’instant les espions comme l’Oscar K-329 Belgorod que l’on  verra ici plus tard). Le site maps.southfront.org ne retient lui aussi que 24 engins nucléaires russes, dont 10 SNLE, 4 lanceurs de missiles de croisière et 7 lanceurs de missiles via les lance-torpilles. Si on y ajoute la poignée de modèles diesels Kilo effectifs, on est bien aux alentours d’une trentaine seulement. Les russes pour qui tous ceux cités sont en état de marche, en comptent officiellement 68, dont 20 diesels… (ici on  en recense même 72 !), ce qui semble fort exagéré, donc. Car ils exagèrent en effet !!!

En face en  2018, les Etats-Unis alignaient en sous-marins tous confondus (attaque, lance-engins, et là espions) pas moins de 71 engins : « the biggest fleet in the world »se vantent-ils eux aussi. La classe Ohio étant le modèle le plus grand chez eux (170 m de long) et ils en alignent 18, dont 14 ayant gardé leur fonction d’origine. Parmi eux 12 sont opérationnels (deux étant en maintenance, par rotation). Ils ont certes eux aussi des appareils en maintenance mais l’attrition est moindre qu’en Russie malgré leur âge (le premier Ohio date des années 80, le dernier a été lancé il y a 23 ans). Leurs remplaçants eux aussi tardent : la classe Coumbia vient juste d’être mise sur cale : l’engin est annoncé à 6,2 milliards de dollars pour le premier exemplaire (4,9 au final soit 5 fois plus, largement, qu’un Boreï !). Les USA fabriquent plutôt en priorité leur nouveaux géants (d’attaque) de classe Virginia, 115 m de long, 7 900 tonnes (ci dessous le SSN-774 celui de tête de la lignée) au rythme de deux nouveaux par an, au tarif de 2,7 milliards de dollars pièce (et entièrement dessinés désormais par le logiciel CATIA de chez Dassault). Bref, la balance de la terreur sous l’eau, ou des investissements dans le genre, est plutôt en défaveur de Vladimir (c’est net question SNLE, avec 7 vieux Delta IV notamment et seulement 4 neufs, cf ici à droite sur le schéma) et en SNA) !!!

Mais Vladimir n’est pas dénué d’imagination, on l’a vu en 2018 avec ses dessins animés belliqueux. Et sa soif d’argent à dépenser inutilement pour faire croire que son pays avance. Il est bien dans la même idée que celle qui prévalait lors de la Guerre Froide, auréolée d’une large part de secret, qui permettait de minimiser les échecs ou carrément de ne jamais les divulguer, et de satisfaire un lobby de l’armement qui sert de piédestal à la propre statue de chef de guerre de Poutine, qui se montre omniprésent sur tous les fronts, ou presque. Sans en avoir nécessairement les moyens : il a fait bombarder Daesh en  Syrie avec des bombes conventionnelles de l’après guerre et aucune bombe guidée, larguées de  bombardier vieux de 50 ans… (ici à gauche). Rappelez-vous : en 1969, les russes claironnaient ne pas du tout être intéressés à envoyer un homme poser le pied sur la Lune, car Kennedy avait déclaré vouloir le faire et il était en train de le réussir. Ils n’avaient aucun programme pour ça, nous disaient-ils. Jusqu’au jour où on avait découvert la gigantesque N1, partie quatre fois en fumée, entre février 1969 à novembre 1972 et le petit vaisseau à pattes que devait piloter Leonov, décédé récemment. Il y avaient englouti des dizaines de milliards de roubles. Poutine, aujourd’hui, fait de même, et il a d’autres cartes à faire valoir, on s’en doute, ce que l’on verra dans le prochain épisode, si vous le voulez bien…

Nota : pour le porte-avions russe, Project 11435 , l’Amiral Kuznetsov, vieille passoire fumante, déjà décrit ici, je n’y reviens pas trop longtemps… pour ne rien améliorer, le 29 , à l’usine de réparation navale N°82 (à Rosliakovo, région de Mourmansk) le dock flottant 50 (PD-50) dédié (c’est surtout l’un des rares de de cette taille, il vient de Göteborg en Suède !) a sombré en partie et a entraîné avec lui une grue de 70 tonnes qui s’est écrasée sur le pont du porte-avions, à l’arrière, occasionnant un trou de 19 mètres carrés (il y a eu un mort). Depuis la Russie a annoncé un nouveau dock de remplacement (en 2019, mais elle possède aussi le PD-41 à Fokino, près de Vladivostok. (d’origine japonaise celui-là). Pour ajouter à son malheur, alors qu’il était toujours sur place pour… réparations, à Mourmansk, dans son dock flottant, il a été victime d’un incendie le 12 décembre 2019. Il l’avait déjà été en mer en 2009 !!! Ce navire est décidément maudit ! On n’est pas prêt de le revoir à l’œuvre avec son large panache de fumée noire, sa maladie de jeunesse :

Ce qui n’empêchait pas le Kremlin d’annoncer en juin 2020 qu’il allait recevoir un « nouvelle chaudière » (au fuel, il n’est pas nucléaire) qui lui permettra de faire « moins de fue«  et qu’il « sera prêt pour 2022. »

Après avoir dépensé 250 millions de roubles (3,4 millions de dollars) pour le tas de ferraille. L’un de ses anciennes chaudières, déposée sur un quai, ne respirait pas la confiance d’après son aspect. C’est ça qui propulsait le fleuron de la Marine russe ??? Il était plus que temps d’en changer après… 25 années de fonctionnement (ici neuve avec une toute autre allure).

La Russie en avait un second, pourtant, de porte-avions : le Varyag, qui lui aussi a subi l’effondrement du pays en 1991 : construit en Ukraine dès 1985 et achevé à 70 % en 1993, vendu pour devenir un casino flottant (une affaire : il avait été racheté aux enchères pour seulement 20 millions de dollars !), il s’est retrouvé à Dalian une Chine le après avoir navigué remorqué sur 15 200 milles pendant… deux ans, pour effectuer le trajet.  Refait à neuf en 2005 il est devenu en 2012 provisoirement le Shi Lang (qui ne fume pas, lui !) puis le Liaoning. Les russes avaient pourtant interdit aux chois de l’armer: c’était raté !!! Ils ont été bernés par businessman Xu Zengping l’acheteur chinois, et sa fausse histoire de casino !

 

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