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Avec Poutine, un sérieux arrière-goût de Guerre Froide (1)

En ce moment, l’appellation Guerre Froide a resurgi. Sylvie Kauffman dans le Monde pense que c’est la Chine la nouvelle URSS, pour les USA. C’est Mitt Romney qui, pour décrire ce que fait en  ce moment Trump en détruisant l’image de la démocratie US, a utilisé l’image : « c’est l’équivalent moderne de bombardiers presque russes qui auraient survolé tout le pays sans être détectés » a-t-il dit.

Bref, l’idée est en l’air, pour sûr, et les gesticulations du maître du Kremlin, qui se croît toujours l’un des maîtres du monde, y est pour beaucoup. Pas un jour qu’il ne fasse son petit Brejnev. Pas un jour sans qu’il ne menace ou ne montre une nouvelle arme menaçante.

Si Trump était complètement fêlé, Poutine a aussi un grain. La façon sardonique avec laquelle il a ri lorsqu’on lui a parlé de son opposant empoisonné est révélatrice (1). Aussi, il serait temps de revenir sur ce qu’il prétend posséder et la menace véritable que cela présente. Comme Donald, Vlad est en effet aussi le roi de la fake news…

Le propos m’avait paru étrange et ma foi fort prétentieux ou carrément surréaliste.

Lors de sa présentation de mars 2018, Poutine s’était un moment cru le maître du monde ou le double de Darth Vader : il possédait selon lui des armes terrifiantes, imbattables, jamais vues, inarrêtables, et c’est simple, on n’avait donc plus qu’à bien se tenir, non mais !

Ce sont ses présentations en images 3D qui m’avaient surtout inquiétées : comment donc pouvait-on essayer de faire peur au monde entier avec ça ? Avec des dessins animés plutôt simplets (et plutôt mal réalisés, aux mouvements bien trop saccadés !) montrant en image de synthèse des missiles évitant des secteurs entiers comme des toreros effaçant le taureau d’un coup de rein ?

Des missiles hypersoniques tournant à droite et à gauche dans des canyons ou des vallées comme un  apprenti automobiliste à bord de sa Clio sur un parking ? (ou Mario Kart sans ses bananes !).

Cela paraissait plus grotesque qu’effrayant . Car en fait d’armes réelles, rien n’avait été montré en fait. Réellement.

Poutine, roi du fake, ce jour-là  ?

Il est vrai que sa prestation ou plutôt son show faisait plutôt penser à l’avion d’Ahmadinejad, vous vous rappelez, ce tapis-volant disparu depuis en emportant avec lui cet apprenti-dictateur ….

La photo ci-contre avait été adroitement détournée ci-dessous pour devenir hilarante, je ne résiste pas au plaisir de vous la montrer :

 

La phase finale de la prestation  » de Poutine, « ce n’est pas du bluff, croyez-moi »,  me laissant plus que dubitatif…  Aux USA, en  revanche, la frange « dure », proche des milieux de l’armée, était… ravie. Elle pouvait à nouveau se plaindre et réclamer davantage de crédits !!! Ce que je vous ai dit déjà, ici.

A bien y repenser, il fut un temps où oui, certes, les russes avaient des armes extraordinaires. Des vraies. Des sous-marins surtout, et des satellites. Mais ça c’était avant. Avant Poutine !

A rendre malade

Quelques mois auparavant, on avait plutôt eu l’impression de l’usage de toutes autres technologies. Des plus anciennes, et des moins onéreuses, ressemblant plutôt à du bricolage. On apprendra quatre ans après lesquelles.. bien éloignées des dessins animés présentés en grande pompe… Car c’était donc bien ça, ça y est on l’avait découvert  !! Ça avait duré pendant deux ans, de fin 2016 à août 2017, 24 fonctionnaires de l’ambassade US à la Havane s’étaient faits porter pâle à l’infirmerie. Oh, pas de crise aigüe d’absentéisme, mais des symptômes bizarres et confus, alternant maux de tête, nausées, vertiges, ou des problèmes d’auditions  à répétition. On était alors dans l’incompréhension la plus complète : l’immeuble venait de réouvrir après être resté vide 54 ans !!

Le 22 mars 2016, Barack Obama avait en effet brisé l’omerta en venant faire un discours remarqué à la Havane même, en venant de rétablir les relations diplomatiques avec les cubains. Une vraie révolution, après plus de cinquante ans de guéguerre, commerciale économique et politique. Un Barack rappelant le côté un peu idiot de cette ignorance mutuelle : “La Havane ne se trouve qu’à 145 km de la Floride, mais pour arriver ici nous avons dû traverser une grande distance au-dessus de barrières d’histoire et d’idéologie, des barrières de douleur et de séparation », a déclaré M. Obama devant la foule rassemblée dans l’historique El Gran Teatro de Havana (Grand Théâtre de la Havane) » . Ajoutant « Je suis venu ici pour enterrer les dernières séquelles de la Guerre froide dans les Amériques. Je suis venu ici pour tendre la main de l’amitié au people cubain”. En fait Obama, de son côté, n’était pas en mesure de lever l’embargo : c’est une décision du Congrès qui ne lui était pas favorable et a beaucoup freiné sa politique extérieure. En fait de main tendue, ça a donc été l’enfer pour les premiers diplomates revenus sur place avec cette étrange maladie qui les avait poursuivis durant leur séjour. Visiblement, il y a des gens qui n’étaient pas heureux de les voir de retour… Obama avait dit vouloir mettre fin à la Guerre Froide, d’aucuns voulaient la continuer, mais qui exactement ? Les cubains ? Ou le nouvel occupant de la Maison Blanche (qui en remis une couche récemment pour faire plaisir à son électorat émigré de Floride) ? Comme on voyait mal Trump vouloir se faire du mal (il est certes fou, mais pas à ce point quand même) tous les regards se tournaient donc vers… le Kremlin.

Drôles d’armoires

Depuis hier, on sait en tout cas ce qui s’est passé et d’où ça venait. « Après, compte tenu des informations dont il dispose et d’un ensemble de mécanismes possibles, le comité a estimé que bon nombre des signes distinctifs et aigus, des symptômes et des observations rapportés par les employés du DOS [Département d’État] sont compatibles avec les effets de l’énergie radiofréquence pulsée (RF) », indique le rapport, soulignant que des études supplémentaires sont nécessaires« . Bref, on avait bien eu affaire à une… attaque insidieuse des personnes en place, via un matériel sophistiqué… d’espionnage, d’un genre nouveau !!! Et un matériel qui n’était pas cubain, pas plus que ceux qui le manipulaient : « En octobre, le New York Times et le GQ avaient rapporté que les autorités américaines soupçonnaient que les incidents de santé faisaient partie d’une attaque coordonnée d’un adversaire américain. Bien que la CIA n’ait pas précisé si le Kremlin était à l’origine des attaques, une enquête de l’agence utilisant des données de localisation de téléphones portables a révélé que des personnes liées aux services de sécurité russes se trouvaient à proximité de responsables américains avant de commencer à ressentir des symptômes, a rapporté GQ ». Les engins permettant ce genre de chose sont connus. Les générateurs se trouvent dans le commerce ! Et des applications thérapeutiques sont vendues de la même façon car ces engins à base de puces savantes (ici à droite) soignent aussi les douleurs... avant d’en provoquer, quand on les règle… autrement !! A Brest, on soigne grâce à ça « le zona, des migraines, des céphalées de tension, des neuropathies (lésions du système nerveux sensoriel), des pathologies musculo-squelettiques qui touchent les bras, les jambes, le dos » selon ici Ouest-France.

«Le comité a estimé que bon nombre des signes, symptômes et observations distinctifs et aigus signalés par les employés (du gouvernement) sont compatibles avec les effets de l’énergie radiofréquence (RF) pulsée et dirigée», indique le rapport. «Les études publiées dans la littérature ouverte il y a plus d’un demi-siècle et au cours des décennies suivantes par des sources occidentales et soviétiques apportent un soutien circonstancié à ce mécanisme possible. Bien que d’importantes questions demeurent, «la simple considération d’un tel scénario soulève de graves inquiétudes quant à un monde avec des acteurs malveillants désinhibés et de nouveaux outils pour nuire à autrui, comme si le gouvernement américain n’avait pas déjà les mains pleines de menaces naturelles», dit le rapport, édité par le Dr David Relman, professeur en médecine, microbiologie et immunologie à Stanford, et Julie Pavlin, médecin qui dirige la division de la santé mondiale des National Academies of Sciences à Washington. » A droite un des boîtiers commerciaux fonctionnant par radiofréquence pulsée.

Ces douleurs ressenties avaient été provoqués par des engins que l’on trouve dans le commerce (ou l’éventail en armoires est illustré ci-dessus) : Poutine avait eu recours à une attaque « sur l’étagère », « on the shelf », qui lui avait donc coûté fort peu. Une attaque de pingre en quelque sorte ! On était fort loin de milliards de roubles d’un nouvel avion ou d’une nouvelle arme promise. C’était à la portée de son économie qui n’est pas si florissante qu’il le prétend, avec sa petite place dans l’économie mondiale, voisine du rang de… l’Itlalie, on le répète. C’est comme sa ferme de hackers, qui ne nécessite que quels ordinateurs courants et non pas des supercalculateurs. Elle vient tout juste de réattaquer… le Homeland Security sens, au fait (3) De façon assez phénoménale, il semble bien, en profitant de la période des élections US  !! Ce sont des attaques à l’économie… une guérilla de ménagère, pour être méchant. Bref, tout l’inverse du show époustouflant de frime guerrière de mars 2018 !

Bien sûr, du côté de Poutine on avait fait le dos rond : « Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, a précédemment nié que la Russie ait joué un rôle dans les incidents et a décrit toute insinuation comme «absolument absurde et bizarre». Pas plus absurde ou plus bizarre que d’aller empoisonner en Angleterre un ancien espion (Sergueï Skripal et sa fille sur Ioulia) devant leur porte de maison, d’assassiner un tchétchène dans un parc en Allemagne, d’en tuer un autre dans un hôtel à Lille, ou de s’en prendre à un opposant connu (Alexeï Navalny)… en l’empoisonnant lui aussi. Chez Poutine, tout est bon pour servir son bon vouloir… dictatorial !!!  Remarquez, chez certains, on appelle à « sa patience contrôlée« …  Si, si, on ose le faire… à côté de la plaque, complètement !!! Poutine serait-il un nostalgique de la Guerre Froide (et de la splendeur passée du colosse aux pieds d’argile qu’était l’URSS) ? Sans nul doute, peut-on dire. Exemples récents à l’appui ! C’est parti pour la démonstration !

Jeux de chats et de souris en Alaska

Le 22 octobre dernier, on a eu droit à une image bien plus classique en effet de la Guerre Froide d’antan : deux avions de cette époque, à savoir deux bons vieux Tupolev Tu-95 Bear à hélices, aussi anciens que le B-52 (le Tu-95 est né en 1952, le bombardier US trois ans plus tard), se faire pister par deux F-22 venus de leur base d’Elmendorf-Richardson pour voir ce qu’il venaient faire dans le ciel alaskan. Ce jour-là, les deux vieux monstres n’étaient pas seuls.  Ils étaient accompagnés de plusieurs copains : deux Su-35 (sorti en 2008) et un gros Iliouchine A-50 Schmel-Mainstay (ici à droite), muni d’un radôme radar pour devenir un « Airborne Warning and Control aircraft » (depuis il y a eu le Beriev A-100 montré en 2017)… Les américains ayant eux fait décoller en support à leur intervention un E-3 AWACS et un KC-135 de ravitaillement (au cas où la poursuite durerait, ou pour encore une fois montrer que leur merveille de F-22 est bien « court » question carburant ?). Les russes prétendant tranquillement qu’il s’agissait pour eux « d’une mission de routine », « prévue pour 11 heures de vol et longer les mers de Tchouktches, Béring et d’Okhotsk, ainsi que la partie nord de l’océan Pacifique ». Le 1er novembre, au même endroi , deux F-22 redécollaient à nouveau pour intercepter deux autres avions espions : des Ill-38 à hélices, bardés d’antennes d’écoutes et de surveillance. Au Norad, on s’apprêtait à mettre en place la traditionnelle poursuite du traîneau du Père Noël… (depuis 1955 !!!):  à la place on a eu deux gros engins gris souris crachant de la fumée sortie de leurs 4 Ivchencko-Progress AI-20M et portant un drôle de chapeau angulaire sur la tête…  On se serait crû à nouveau dans les années soixante (l‘Ill-38 a effectué son premier vol en 1961) !

Les vieux machins volants, Vladimir s’en sert… souvent

Je vous l’avais dit en octobre 2016 déjà : si ce n’est par mer, c’est par air. Les russes ont aussi aidé le régime de Bachar en allant chercher un avion fort particulier et en l’expédiant pas loin des combats, toutes « oreilles » ouvertes. Deux fois de suite, comme le note ici Aviatonist, le rare Tu-124R du Russian ISR (Intelligence Surveillance Reconnaissance) immatriculé RA-64511, !N°42305011), est allé faire des ronds au-dessus au dessus de la Syrie en partant de Kazan, sa base en Russie. Selon les russes, c’est l’autre exemplaire (RA-64514, N°42305014, qui a fait le trajet en février 2016. Là, on était plus sur le « reniflage » de l’Internet (quoi qu’il puisse « écouter » aussi les téléphones, comme le font les équivalents américains), mais sur les écoutes des appareils turcs ou américains qui s’aventureraient à proximité. Un vieillissant Il-20M Coots a aussi été vu dans les cieux en septembre 2015, au-dessus d’Idlib (photo ci-contre). Il avait aussi été filmé le 6 octobre.  Il était arrivé en même temps que les Su-34 semble-t-il. L’aide de Poutine à Bachar el Assad se fait sous différentes manières comme on peut le voir. Et comme toute guerre sert aussi à tester ce qu’on est capable de découvrir de l’adversaire, tout en maintenant la pression sur lui. En l’occurrence, en déployant sa vitrine technologique, Vladimir fait encore de la rodomontade, car ce qu’il montre le dessert en fait. Des Tu-124R (ici à droite), il n’en possède que deux exemplaires, que manifestement il cajole.
Tant il a eu de mal pour les produire, indiquent les sites pro-russes eux-mêmes (ici c’est le site « jouet occidental » de la Rossiyskaya Gazeta qui parle) :« pendant la construction du Tu-214R, (à gauche le Tu-214R RA-64514 sortant d’usine non encore peint) celui-ci a passé beaucoup de temps sur le plancher de l’usine et a fait l’objet d’un certain nombre de procédures judiciaires entre le ministère de la Défense et le fabricant, en raison de l’échec répété de respecter la date de livraison. Le conflit en Syrie a accéléré la réalisation de ces super-espions ailés. Le rapport annuel a déclaré que les caractéristiques de performance du système d’ingénierie radio ont été améliorés pour détecter efficacement des objets cachés, la base de données d’images radar a été refaite, et un algorithme de traitement spécial pour le décodage et la transmission de données à bord de l’avion a été développé ». En somme, ils le disent facilement eux-mêmes, l’avion est encore loin d’être au point, et a pris un retard fou pour sortir du hangar ! L’arrivée du vieux Il-20M Coot, bien plus présent dans les cieux que le Tu-124R, encore en phase de tests, en dit davantage sur ses forces aériennes et sur lui qu’autre chose. En résumé, Vladimir Poutine, industriellement, n’a pas vraiment les moyens, mais il ne peut s’empêcher de gonfler les biceps ! A gauche, le RA-64514 le 29 juillet 2016 rentrant à Moscou. Le 6 juillet, il était parti renifler ailleurs : aux alentours de la  Finlande, de l’Estonie et de la Letonnie, puis de Kazan à la Crimée et retour, en suivant la frontière entre l’Ukraine et la Russie). Sans qu’on sache sa réelle efficacité.

Le poste de commandement squatté

La différence entre prétentions et réalité chez Vlad, prend parfois des dimensions grotesques. La dernière en date est un vol. Pas l’envol d’un nouvel avion, mais un vol à l’intérieur d’un vieil avion encore, enfin pas en l’air, cette fois. C’est confus et je m’en explique. Un vol à la roulotte, pourrait-on dire plutôt, en affublant une autre merveille volante du statut de carriole volante. L’appareil est un des quatre modèles existant d’Ilyushin-80, construit sur le modèle de l’E-4B américain, un poste de  commandement volant dont la Russie semble assez fière car elle l‘exhibe à chaque parade aérienne commémorative de la victoire des russes en 1945. C’est le rare moment où on le voit voler, semble-t-il… (on ne le voit pas souvent de sortie en effet). L’engin est censé embarquer le président en cas de conflit nucléaire, pour qu’il puisse continuer à donner ses ordres du ciel d’où son surnom comme aux USA de Doomsday Aircraft, l’Avion de la Fin du Monde (celui qui a rôdé durant les événements du 11 Septembre aux USA au dessus du Pentagone, ajoutant à la confusion régnante rappelez-vous !).  L’engin est plutôt poussif car il est lourd, chargé de kérosène, et peine à décoller au point que les russes en ont dit que « si l’IL-86 est en mesure de décoller, c’est grâce à la courbure de la terre« … Très drôle !

C’est un gros quadriréacteur Il-22M11 appelé là-bas Aimak, ou Eimak (version modifiée de l’avion de ligne comercial Iliouchine Il-86) muni d’une grosse bosse (en canoë retourné) sur la tête dissimulant tout un lot d’antennes de communication (il déroule aussi derrière lui dans le ciel une longue antenne de 4 km -et 7,5 mm de diamètre-, terminée par un contrôle stabilisateur visible une fois rentré sur le côté de l’avion – cf ici à droite- , comme le font les sous-marins avec leur sonar !). Il devait être remis à jour bientôt, avait-on annoncé en 2019 (par le service du Polyot Research and Production Center) : ce genre d’équipements, coûteux, nécessite en effet un suivi régulier si on ne veut pas se faire brouiller par l’adversaire. Il a été annoncé que Poutine disposerait d’équipements équivalents à bord d’un hélicoptère Mi-38 plus récent (ici sa version civile sortie en  2020). Et lui aussi n’échappe pas au principe car c’est aussi un cas d’école typique de ce qui se fait en Russie : « aussi séduisant que soit le programme de ce Mil Mi-38, il accumule tout de même les «casseroles». Avec en tout premier lieu un développement d’une longueur phénoménale puisque le programme initial date de 1983, c’est donc à l’origine un hélicoptère soviétique« . Une maquette grandeur nature avait été exposée en effet au salon du Bourget de 1989, l’année où le Mig-29 avait foncé vers le sol !!! Encore un revenant, donc ! Les modifications des avions se faisant sur la base aérienne de Chkalovsky, située à 30 km au nord-est de Moscou, là où sont stockés les quatre appareils. C’est de là que le Big-15 du pauvre Gagarine avait décollé le jour de sa mort (le 27 mars 1968).

A noter que les Il-86 commerciaux ont 4 escaliers incorporés façon Boeing présidentiel US qui passent par la soute inférieure (ici à gauche : un d’un côté, et trois de l’autre. Le « Doomsday » n’en garde qu’un seul, à l’avant côté pilote comme celui montré ici (et il possède aussi une simple trappe d’accès à l’arrière). L’un des quatre appareils (cf ci-dessus), le RA-86146 a été mis hors-service vers 2011, ses réacteurs ont été enlevés). Il y en a deux en service seulement, le troisième étant en mise à jour par rotation.  Le 9 décembre dernier, on apprenait que lors d’une visite d’inspection à Taganrog-Yuzhny (au Taganrog Aviation Scientific and Technical Complex ou TASTC)),  les militaires russes avaient découvert que l’on avait forcé une des écoutilles d’un des exemplaires (celle à l’arrière il semble), et subtilisé des équipements radios divers à bord (39 en tout !) d’une valeur de plus d’un million de roubles (13 600 dollars). Tangarog n’est qu’à 1000 km au sud de Moscou, c’est là où est installé le constructeur Beriev, chargé des modifications. Evidemment ce que l’on craint c’est que des codes secrets aient été ainsi volés par la même occasion, ce qui transforme le simple vol en une autre opération possible.. d’espionnage !!! Pour l’instant on privilégie le simple vol de squatters venus se faire de l’argent de poche…

L’avion sans client de Vlad et l’hydravion réservé

Ce vol nous a aussi mis l’accent sur ce qui devait arriver logiquement en réalité : ces avions n’auraient pas dû être mis à jour, car leur remplaçant logique devait arriver. Il avait été annoncé dès 2016 ! Or, comme on va le voir, ça a encore été un fiasco signé… Poutine, ce remplacement non effectué !!! En 2016, Sputnik nous avait bien dit qu’un autre engin basé sur un modèle Ill-96-400 était prêt à devenir le nouvel engin de « Doomsday », qui devait sortir de la Voronezh Aircraft Factory située à à 107 km au sud-sud-ouest de Lipetsk, et à 205 km à l’est de Koursk. Or l’Ill-96-400 n’est pas lui non plus un avion neuf : il a volé pour la première fois en 1988 ! Voici donc encore un autre revenant !! L’avion se présentait différemment des quatre précédents. On parlait alors de « troisième génération » d’appareil spécialisé. Car la Russie a aussi fabriqué deux autres engins de commandement précédents, sur la base de l’Ill-76.  Ils ont été baptisés Ill-82 VKP (pour « ‘Vozdushnyy Kommandnyy Punkt »), et ont été remisés avec les quatre autres à Chkalovsky, comme on peut le voir ici au fond de l’image. On ignore leur sort actuel. On en profite pour remarquer l’absence visible de barbelés autour des 7 avions présents…

Commercialement, le 96-400 avait été abandonné car il consommait trop (avec ces Aviadvigatel PS-90A), et on tablait sur de nouveaux réacteurs moins gourmands pour relancer sa chaîne de production (le modèle 300 prototype été même passé – sacrilège – sous quatre turboréacteurs à double-flux Pratt & Whitney PW2337 et Iliouchine avait aussi songé à les équiper de Rolls-Royce ou de Trent avant de se rabattre sur des Aviadvigatel PS-90A1, chacun avec une poussée énorme de 17, 4 tonnes). Une série nouvelle, donc, dont la vitrine aurait été le fameux « Doomsday aircraft » nouvelle version de Poutine !!! Or en octobre 2020, on pouvait toujours admirer la carasse terminée du 96-400 N°0001… (ici gauche), car l’avion ne s’était toujours pas vendu… un « avion de passagers à 400 places mais sans clients » annonçait ici carrément Simple Flying. « AIN Online rapporte qu’en 2017, le Kremlin a investi 3,6 milliards de roubles dans le Il-96-400M d’Iliouchine pour lancer le projet. Pourquoi le constructeur russe pense-t-il qu’il existe un marché pour son quadriréacteur alors que les compagnies du monde entier essaient de se débarrasser des leurs le plus vite possible ? »… Les caractéristiques du Il-96-400M ne semblent pas très logiques face à celles des plus vastes gros-porteurs du marché. Il est plus petit, ne vole pas aussi loin et n’a pas la capacité passagers de ses concurrents. Son efficacité en carburant n’est pas encore publique, mais avec quatre moteurs à alimenter, ses performances seront probablement en-dessous de celles des biréacteurs modernes ». Et maintenant que les compagnies ont presque toutes retiré leurs Airbus A380 du service, on ne donne pas lourd du projet russe…

Allez donc comprendre la politique de Vlad !! Et que penser d’un aérodrome où les avions présidentiels ou censés le devenir n’ont pas assez d’argent pour entretenir la sécurité (barrières, rondes de nuit, etc…) des appareils qu’on lui a confié ? Voire Beriev, entreprise qui se retrouve aujourd’hui coincée à l’export par l’administration Poutine, car son fleuron, l’efficace hydravion Be-200, devait être doté de réacteurs Power Jet SaM146 du groupe formé par Safran Aircraft Engines (anciennement Snecma) et NPO Saturn !!! L’avion au départ étant équipé de turboréacteur D-436 développé par Ivchenko-Progress et fabriqué par Motor-Sich, tous deux Ukrainiens !! Interdit à la vente à l’étranger, alors que la Marine russe de Vlad a reçu le sien le 14 février dernier (à gauche c’est celui de l’Azerbaïdjan) : on croît rêver là, bienvenue en absurdie !!! L’absurde qui persiste et signe et qui consiste aussi à commander des exemplaires pour finalement n’en retenir qu’un « pour essais » : « le ministère russe de la Défense a signé un contrat pour six appareils en 2013, pour l’annuler quatre ans plus tard par une décision de justice concernant le différend du client avec l’industrie. Il n’y a aucune information concernant une autre commande. Il semble que cet exemplaire pourrait être utilisé comme démonstrateur de technologie dans le but de remporter des commandes nationales et étrangères pour une version militaire du Be-200. La marine russe semble vouloir utiliser l’unique exemplaire actuelle pour des essais. » Pas de vente civile et uniquement des ventes militaires ? Ou plutôt une seule ? C’est … absurde. On se croirait chez… Trump ! L’avion avait été testé aux USA par IES, International Emergency Services, géré par des vétérans US, qui en avait tellement été satisfaite qu’elle avait proposé d’en construire sous licence de production, une vingtaine d’exemplaires !!! Ou quand l’intransigeance d’un Poutine bloque le développement des entreprises de son pays. Qui a dit qu’il était psycho-rigide ? Voire pire encore ?

L’emploi du pôle

Revenons au pôle. De quoi inquiéter, ces visites « polaires », par leur répétition surtout : « les chasseurs à réaction américains ont décollé au moins une douzaine de fois cette année pour intercepter des avions militaires russes qui volent dans l’espace aérien au large des côtes de l’Alaska. Le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord affirme que c’est le plus grand nombre d’interceptions auquel le NORAD a répondu ces dernières années. Et le sénateur Dan Sullivan (de l’Alaska, c’est un ancien militaire, un commandant du Marine Corps reserve corp) dit que cela fait partie de la politique de la Russie d’étendre son influence et sa présence militaire dans l’Arctique. L’US Air Force a joué pendant des décennies à un jeu aérien de chat et de souris avec des pilotes russes qui pilotent des avions militaires près des côtes de l’Alaska. Mais le commandant du NORAD, le général Glen VanHerck, affirme que l’augmentation du nombre d’interceptions d’aéronefs russes cette année après des années de renforcement militaire de leur côté de la mer de Béring suggère qu’ils essaient de sonder la faiblesse des défenses américaines ». « Sullivan dit qu’un grand exercice naval russe qui se déroulait dans l’ouest de la mer de Béring au même moment de la triple interception d’aéronefs démontre que l’Arctique est devenu un point d’éclair où deux grandes puissances militaires se heurtent. « Les Russes sont très ouverts et transparents sur ce qu’ils considèrent comme cette sphère d’influence pour eux, à voir comment ils la perçoivent (comme) critique non seulement pour leur sécurité nationale mais aussi pour leur sécurité économique », a-t-il déclaré lundi dans un forum en ligne parrainé par Institut polaire du Wilson Center ». Pourquoi cette agitation ? Pour entretenir l’idée d’une menace, pardi. On n’a pas les moyens de mener une guerre complète, mais on fait comme si on pouvait la faire !!!

Sous  l’eau aussi, les mêmes amusements

Lors de ces manœuvres, les américains avait eu la surprise de voir émerger un sous-marin russe (on parle alors de l’Omsk, un gros engin de la classe des Oscar-II ci-dessus), au milieu de chalutiers et de palangriers de lieu noir ou colin (le « goberge » au Canada) et du lieu jaune (« pollock » ou « saithe ») à environ 80 milles marins à l’ouest de l’île Saint-Matthew, du côté américain de la frontière. Parmi eux le Vesteraalen et le Commodore (ici à droite). Les russes, par radio, via une de leurs corvette de classe Grisha-V (Albatros), leur avait intimé auparavant l’ordre de déguerpir au plus vite par radio. En plein milieu des navires d’American Seafoods et de Trident Seafoods (embarrassés par d’autres galères ceux-là) !! Des navires approchés par les éternels chalutiers russes, toujours mi-pêcheurs et mi-espions, selon Ed Page, un ancien officier de la Garde côtière qui dirige maintenant le Marine Exchange of Alaska, le service de suivi des navires, qui s’y connait en visiteurs russes (ci-dessous deux navires russes vus d’un des chalutiers).

Or, peu de temps après, pour rappeler à nouveau les bisbilles de la Guerre Froide, on avait appris que ce fameux sous-marin farceur était peut-être bien plutôt américain, de la classe Los-Angeles, de taille inférieure à l’Omsk et au profil submergé bien différent (cf ici à droite). Comme au bon vieux temps , les deux camps jouaient à nouveau à cache-cache sous la surface !!! La photo révélée (ci-dessous à gauche) était en effet sans équivoque : c’était bien un engin de la classe Los Angeles, avec ses ailerons de barres de plongée fixées au kiosque (ici à gauche) !  Pour ce qui est des candidats à l’apparition, il n’y en a que trois de ce type à rechercher : l’US Navy est au plus bas en ce moment avec seulement 6 sous-marins nucléaires d’actifs et trois déployés dans le Pacifique : l‘USS Chicago (SSN-721), basé à Pearl Harbor, l’USS Key West (SSN-722) et l’USS Oklahoma City (SSN-723) résidant à Guam. Dans le secteur, outre l’Omsk, il y avait aussi un sous-marin de type Kilo qui rôdait. Mais même si ce dernier est difficile à localiser une fois sous l’eau, ce que les américains craignaient plutôt, c’était la présence d’un autre prédateur des mers, resté invisible, celui-là…  et retour donc au bon vieux temps de la Guerre Froide !

La (vieille) bête des fonds de mer

Ce prédateur-roi étant le modèle Akula. Chez les russes, sur la quinzaine d’Akulas lancés, il en restait en 2016 entre 10 et 11 , mais seulement deux ou trois en service aujourd’hui, les autres étant tous en réparations ou en réfections après des années d’usage intensif : l’un d’entre eux avait nargué en 2012 pendant 14 jours la Navy US en s’amusant à naviguer dans le Golfe de Mexico sans jamais être détecté. Ci-dessus c’est le K-157 Vepr (en 2008: premier Akula II à être modifié pour emporter des missiles Kalibr, il vient de reprendre du service en mars dernier; il avait été mis en construction le 16 juin 1990 et commissionné en juin 1995 : c’était alors avec son hélice nouvelle à 7 pales le plus silencieux au monde). Trois ans plus tôt, deux autres s’étaient approchés de la même façon des côtes américaines. Selon les registres russes, l’un des bateaux était  le K-335 Gepard (deux vues ici à droite on peut voir qu’il n’a pas encore le pod fuselé du sonar déroulé à l’arrière) placé sous le commandement du capitaine Alexey Vyacheslavovich Dmitrov, qui a reçu pour cela le titre de héros de la fédération de Russie le 15 février 2012, preuve de l’importance de sa mission, le second étant certainement le K-154 Tigr, un modèle « Improved » sous le commandement du capitaine E. A. Petrov, en patrouille à cette époque entre mars et novembre 2009. A gauche on peut l’apercevoir ici en cale sèche avec son sonar avant cylindrique, le jour où il a explosé son dôme avant de fibre de verre. Notez son aileron de barre de plongée sorti, il coulisse alors, que sur les modèles Sierra il se repliait en s‘orientant longitudinalement vers l’arrière.

Vraie ou fausse ?

L’histoire de 2012 avait en fait grandement été « poussée » par Bill Gertz du Washington Free Beacon, un magazine à hoaxes. Il était semble-t-il parti de l’histoire de 2009 pour rédiger son article. L’homme fait toujours autorité en matière de défense, même s’il a tendance à broder comme sur le transfert d’armes de destruction massive d’Irak en Syrie en 2004. En fait c’est plutôt l’absence de réaction de la Navy US (qui avait catégoriquement nié l’événement pour ne pas se rendre ridicule) qui avait laissé entendre que ça pouvait être vrai, cette fois encore… tant l’engin russe arrivé sur scène bien avant Poutine était redoutable. Et redouté !

Il n’empêche, vrai ou pas, la gamme Akula (2), sous-marins d’attaque (et donc sans missiles verticaux mais 8 tubes lance-torpilles) demeure toujours, et aujourd’hui encore, la terreur du Pentagone, car il est toujours en effet difficilement détectable. Le 6 mars 2020, c’est ce que répétait encore le National Interest. « le grand Akula, qui a déplace près de 13 000 tonnes submergées, comportait une double coque en acier typique des sous-marins soviétiques, permettant au navire de prendre plus d’eau de ballast et de survivre à plus de dégâts (4). Le moteur de propulsion du sous-marin d’attaque a été montée sur silent blocs pour atténuer le bruit et des carreaux anéchoïques ont recouvert sa surface extérieure et intérieure. Même les trous qui permettaient à l’eau de passer à l’intérieur de la coque extérieure de l’Akula ont des couvercles rétractables pour minimiser les retours acoustiques ».

« L’engin de 111 mètres de long se distingue par son élégante tour de commandement aquadynamique et sa nacelle en forme de larme au sommet de la nageoire caudale qui pouvait déployer un réseau de sonars passifs remorqués. Un équipage d’environ soixante-dix marins peut exploiter le navire pendant cent jours en mer. Propulsé par un seul réacteur nucléaire à eau pressurisée de 190 mégawatts avec un cœur à haute densité, l’Akula peut avancer à une vitesse de trente-trois nœuds (trente-huit miles par heure, 61 km/h !) et fonctionner à 480 mètres de profondeur, soit deux cents mètres plus profond que ses contemporains de la classe Los Angeles. Plus troublant pour la marine américaine, cependant, l’Akula est presque aussi furtif que la classe Los Angeles. Les sous-mariniers américains ne peuvent plus prendre leur supériorité acoustique pour acquise (5). D’un autre côté, les propres capteurs de l’Akula étaient considérés comme inférieurs ». A droite, les excroissances bizarres sur un Akula (voir plus loin ici dans les épisodes).

Certains modèles de ce type reviennent de loin : tel le K-331 Magadan, construit dans les années 80 sous l’appellation commune Project 971 Shchuka-B et mis en service en 1990 sous le nom de Narval (en 1993), puis sous son nom actuel en 2001. Il a attendu plus de 15 ans d’être mis à jour, ce qui a commencé en 2019 seulement. Son retour en activité est prévu en 2022 (il devait l’être en 2023 au départ… pour une fois Poutine a de l’avance avec ses sous-marins !). Dans la liste des modèles Akula, on s’y perd un peu il est vrai : il y en a eu 15 au total, dont 7 au départ, (des Akula I donc), entrés en service entre 1984 et  1990; puis 6 « améliorés » (Improved Akulas), entrés en service entre 1991 et 2009; un seul modèle du type Project 971U (Akula II), de 1995; et un seul aussi de type 971M (Akula III), arrivé sur la scène en 2001. Tous possèdent 4 lance torpilles de 533 mm (ou des missiles) et 4 tubes de 650 mm de diamètre (pour des torpilles et des missiles RPK-7 Veter, appelés  « Stallion » par l ‘Otan, comme ici à droite), similaires au RPK-6 « Waterfall ». Il possède aussi des pods d’hélices rétractables pour avancer silencieusement en-dessous de 5 nœuds (9,3 km/h): l’un d’entre eux est visible ici à gauche.

Toute cette technologie efficace, Poutine n’y est donc pour rien :  elle a été mise en place dans les années 80, et aujourd’hui elle représente toujours la composante majeure de la menace russe… qui peine à se renouveler, faute d’argent, car construire un sous-marin neuf prend du temps… et coûte beaucoup d’argent comme on s’en doute. Si bien que des sous-marins, justement, Poutine n’en a pas tant que ça. Ce qu’il a bien oublié de nous dire, bien sûr il y a deux ans déjà…

Le détail de ses dépenses et de ses folies de l’après Guerre Froide, ce sera pour demain si vous le voulez bien. Poutine, en mars 2018, avait visiblement mis la charrue avant les bœufs avec ses dessins animés, il serait temps d’aller vérifier les vraies charrues qu’il traîne derrière lui. Là, on vient d’en rappeler une vieille, déjà (ou plutôt deux avec le « Doomsday aircraft » saccagé) . A nous de vérifier les plus récentes, qui, à vrai dire, tardent beaucoup à venir…

(1) il est visiblement parti se réfugier à Sotchi, dans sa datcha, lançant toute série de conspirations sur un « double bureau » possible.

(2) « Les Etats-Unis ont-ils été victimes de l’opération d’espionnage informatique la plus importante de ces vingt dernières années ? Depuis dimanche 13 décembre et la découverte d’un logiciel espion dissimulé au cœur d’un outil informatique utilisé par des dizaines d’administrations et d’entreprises américains, un vent de panique souffle sur Washington (..).) . Après les départements du Trésor et du commerce, ce sont en effet le ministère de l’intérieur américain, le ministère de la santé et certaines parties du Pentagone qui auraient été visités par les pirates, selon des informations de la presse américaine. Dans certains cas, des courriels auraient été exfiltrés. Le FBI, l’agence américaine de cybersécurité et le directeur du renseignement ont reconnu mercredi 16 décembre, dans un communiqué conjoint et minimaliste, une « compromission ayant affecté des réseaux au sein du gouvernement fédéral ». Pour pénétrer dans ces réseaux, les pirates ont avancé masqués. Ils sont notamment parvenus à insérer Sunburst, un logiciel malveillant de leur cru, dans certaines versions de la plate-forme Orion, un outil de supervision des réseaux informatiques commercialisé par l’entreprise américaine SolarWinds (ici deux illustrations du soft dont celé du contrôle des IPs, clé de voûte de tout réseau). « La manœuvre, difficile à détecter, est d’une efficacité redoutable : depuis mars, les entreprises installant certaines versions d’Orion dans leurs réseaux informatiques ouvraient sans le savoir une porte d’entrée aux pirates ». Le Monde, 17 décembre 2020. « Le fait que des ministères et agences de premier plan aux Etats-Unis ont été visés fait craindre, aux Etats-Unis, un camouflet de premier ordre en matière de renseignement. Les pirates semblent en effet avoir opéré sous le nez des autorités américaines, peut-être trop accaparées par la protection des élections. Dans leur communiqué, le FBI, l’agence de cybersécurité et le directeur du renseignement confirment entre les lignes n’avoir détecté l’opération d’espionnage que ces derniers jours. »

(3) l’engin est né dans la douleur : c’est à l’origine le projet Viktor I et II de 1967 (16 engins construits, Yorsh (Grémille) et Syomga (Saumon atlantique) qui inaugure lors de sa série III appelée RTM (Shchuka ou Brochet) le sonar tiré par câble logé dans un bulbe niché sur le gouvernail, puis devient ensuite le projet 705 « Lyra appelé Alfa en occident qui a été conçu pour la vitesse (30 nœuds, soit 56 km/h !) et était entièrement en titane. Le métal s’avérant très difficile à utiliser, ses « tuiles » ne tenant pas dessus, et son réacteur au plomb-bismuth chaotique (il ne peut-être arrêté à moins de se solidifier !),  Il n’y en a eu que six exemplaires de construits. La ligne hydrodynamique fort réussie de toute la série à été reprise par les modèles Sierra I et II à partir de 1979 (Project 945 Barrakuda et Project 945A Kondor), le kiosque profilé en moins (f ici à droite), avec un réacteur plus classique à eau pressurisée. Quatre exemplaires seulement ont été construits. A droite ici c’est le Pskov (K336), dernier des Sierra II commissionné en 1993. On constate qu’il a hérité de la maladie de l’Alfa : il perd ses tuiles anéchoïques par dizaines.  Cela s’explique un peu plus davantage que chez les autres, il est vrai chez lui:  le 5 mars 2003, alors qu’il était en révision dans sa cale sèche de Roslyakovo, l‘échafaudage en bois entourant la coque s’est enflammé à cause de travaux de soudure effectués sur le navire, déclenchant un incendie à bord. Après 90 minutes seulement, le feu a été maîtrisé, mais son revêtement extérieur en caoutchouc en a pris un coup et a dû être refait par pans entiers. Il ne redeviendra opérationnel qu’au début 2007.

Bizarrement, c’est à nouveau dans le même chantier de Roslyakovo qu’un incendie se déclarera le 30 décembre 2011 sur le Yekaterinburg (K-84) de taille plus imposante (c’est un DeltaIV de 167 m de long ! Ses torpilles (conventionnelles et non nucléaires) avaient dû être évacuées à la main, le système hydraulique pour les extraire étant hors d’usage. On avait frôlé la catastrophe ! L’engin avait été fortement abîmé, il avait fallu refaire une bonne partie de son revêtement et changer son cône avant composé de résine et de fibre de verre, l’occasion d’entrevoir son sonar sphérique :

Pire encore : « le , le journal Vlast rapporte que le sous-marin emportait 16 missiles R-29RM Shtil (code OTAN SS-N-23 Skiff), armés de quatre ogives nucléaires chacun, au moment de l’incendie, malgré les affirmations des porte-paroles de la Marine affirmant qu’aucune arme nucléaire n’était à bord et qu’elle avait été déchargées avant que l’incendie ne se déclenche D’après Vlast, la présence de ces armes nucléaires à bord du bâtiment en feu signifie que la « Russie était passée, le temps d’une journée, non loin de la plus grande catastrophe depuis Tchernobyl ». Les autorités avaient nié la présence de ces missiles à bord. La même année déjà, il avait explosé son carénage de fibre de verre avant en tamponnant un quai. Les réparations sur l’incendie avaient 400 millions de roubles et il est à nouveau en service depuis le 14 novembre 2014 (une prouesse par rapport aux dégâts subis).

(4) parmi ceux-ci les tamponnages au fond de l’eau, plus fréquents qu’on ne le croit. Le K-276 de type Sierra (« Barracuda », à l’avant peint d’une gueule de.. requin) a emplafonné un sous-marin US, l’USS Baton Rouge (SSN-689) le 11 février 1992, au au large de Severomorsk. « Ivan le fou » avait encore frappé semble-t-il, lors d’une énième manœuvre d’évasion sous l’eau. Le sous-marin US poursuivait le russe, qui a fini par tourner et le tamponner en passant… dessous. Les dégâts sur le kiosque du russe sont visibles ici à droite. Impressionnant !

(5) Les russes n’avaient réussi à éliminer le bruit induit par leurs hélices qu’en se munissant de fraiseuses neuf axes japonaises, seules capables de le faire pour fabriquer des pales élaborées en forme de sabres courbés. Les machines étaient des Toshiba, distribuées par Kongsberg Vaapenfabrik et le français Forest-Liné. Via une opération d’espionnage révélée lors de la découverte de l’espion Farewell, à l’avènement au pouvoir de Mitterrand, qui avait alors averti Reagan, ce dernier ne s’y attendant pas du tout… « Le 9 septembre 1987, le New-York Times nomme la société française plus précisément (la presse US embrayant): « la participation de Forest-Liné, filiale de Machines Francaises Lourdes (MFL), basée à Paris, France, ajoute à la liste des pays soupçonnés d’expédition des biens de haute technologie à l’Union soviétique qui ont aidé la marine soviétique pour construire des sous-marins silencieux. Jusqu’à présent, seuls le Japon et la Norvège étaient soupçonnés.  L’envoi de Forest-Liné, qui date de la fin des années pourrait aussi résoudre un mystère qui entoure encore le scandale Toshiba: Pourquoi les Russes ont-ils  montré des signes de succès dans la fabrication d’hélices silencieuses de sous-marins avant même l’installation d’équipements de fraisage plus sophistiqués de Toshiba ? », note le journal, qui a effectivement trouvé ». J’ai expliqué longuement ce dossier, découvert fortuitement via un site de fake news, qui ignorait le rôle exact de la personne principalement visée et décédée semble-t-il au Québec le 14 juin 2020. Elle entretenait un site antisémite, aujourd’hui clos. Ci-dessous le tour à fraiser serait le MBP-110 de Toshiba Machine Corporation à neuf axes actionné par boîtier de commandes NC2000 de Kongsberg Våpenfabrikk via l’intercession française. C’est sur le chantier de OJSC Baltic Shipyard. Parmi ces réalisations celle à droite est reconnaissable.

Le (long) dossier sur l’espionnage russe permettant d’aboutir aux hélices à plus « sabre » ne faisant pas de bruit est lisible ici :

L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (a)

L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (b)

L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (c)

L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (d)

L’été de la désinformation (11) : courtage, espionnage et antisémitisme (e)

Sur l’iL-80 :

[Dossier] L’Ilyushin IL-80 Eimak, « l’avion du jugement dernier » russe

Sur les Akula Shchuka B :

[Actu] Les SNA Shchuka-B (Izd.971)

Sur les SNLE russes :

[Actu] Les SNLE de la classe Delfin (Izd.667BDRM)

 

Le journal citoyen est une tribune. Les opinions qu’on y retrouve sont propres à leurs auteurs.

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