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Aux origines du paysage politique actuel au Moyen orient: retour sur les n?gociations de Camp David

Source: Alter Info

Je ne vais pas ?tre long dans la pr?sentation de ce texte int?ressant que publie l?indispensable Philip Weiss. Il est question ici d?une vision de l?int?rieur des discussions de camp David qui ont d?bouch? sur l?accord de paix entre l?Egypte et l?entit? sioniste et qui ouvrira la voie ? un accord du m?me type avec la Jordanie.
Deux points me semblent importants ? relever. Le premier c?est une bonne volont? semble-t-il ind?niable des autorit?s US, disposition d?esprit contrecarr?e cependant par l?action du lobby sioniste. C?est dans ce contexte qu?il faut comprendre l?apparente habilet? de Begin qui a en r?alit? la partie facile car, ? la diff?rence de Jimmy Carter et du ra?s Egyptien il n?est absolument pas demandeur d?un accord de paix global et il n?est donc pas du tout press? de conclure quoi que ce soit qui ne l?arrangerait pas.
Le deuxi?me point est que l?histoire du Mashrek, du moins celle qui a pr?c?d? la d?position du pr?sident Moubarak, est le r?sultat direct des accords de paix s?par?s sign?s par l?Egypte et la Jordanie et il faut y inclure les agressions contre le Liban, la poursuite de la colonisation de la Cisjordanie, le blocus de Gaza, l?agression occidentale contre l?Irak?

L?histoire des accords de Camp David r?v?le que m?me un pr?sident sympathique ne pouvait pas prendre position en faveur des palestiniens

par Scott McConnell, MondoWeiss 6 mars 2011 traduit de l?anglais par Djaza?ri
En pleine r?volution ?gyptienne, un Benjamin Netanyahou soucieux avait d?clar? ? son cabinet que la paix isra?lo-?gyptienne de 1979 ?tait ??la pierre angulaire de la paix et de la stabilit?, pas seulement entre les deux pays mais aussi dans l?ensemble du Moyen Orient?? ? des propos qui s??taient vite fray? un chemin vers la une du New York Times. Dans le m?me temps, les populations du Liban, de l?Irak, de Gaza et de Cisjordanie auraient pu se demander quel genre de paix et de stabilit? elles ont retir? de l?accord. Camp David a en fait marqu? le d?but d?un ?ge d?or pour Isra?l qui a ?t? libre de poursuivre des politiques d?agression sans avoir ? se pr?occuper de la plus grande arm?e du monde arabe.
Comment est-ce arriv?? Un Etat d?Isra?l strat?giquement dominant n??tait pas un des objectifs recherch?s par Jimmy Carter et les autres Am?ricains qui n?gociaient les accords de Camp David. Washington avait ?t? effray?e par la guerre de 1973 et touch?e par l?embargo p?trolier arabe?; les strat?ges ?taient inquiets de voir l?instabilit? persistante dans la r?gion permettre ? l?Union Sovi?tique de mettre en p?ril l?approvisionnement de l?occident en ?nergie. Pendant la d?cennie qui avait pr?c?d?, le consensus dans les cercles dirigeants ?tait qu?Isra?l devait rendre le territoire qu?elle avait conquis pendant la guerre de 1967 en ?change d?une paix globale avec ses voisins et de garanties en mati?re de s?curit?. Les dirigeants Palestiniens continuaient ? ?voluer vers l?acceptation d?une solution ? deux Etats. Washington cherchait depuis l??poque d?Eisenhower, une solution au probl?me des r?fugi?s Palestiniens, amplifi? par l?occupation isra?lienne de la Cisjordanie.
Les accords de Camp David sont donc un casse-t?te en forme de puzzle, parce que leurs r?sultats ? qui ont model? le Moyen Orient une g?n?ration durant ? ont ?t? tr?s diff?rents de ceux que leurs parrains Am?ricains recherchaient. Rassembler les morceaux du puzzle r?v?le les contraintes qui p?sent sur un pr?sident Am?ricain quand il traite avec Isra?l. En fait, une le?on fondamentale ? tirer de Power and Principle, les m?moires de Zbigniew Brezinski sur ses fonctions en tant que conseiller ? la s?curit? nationale de Carter, et des m?moires de son principal assistant pour le Moyen Orient William Quandt (In Peace Process) est que les Arabes devraient cesser de se leurrer avec l?id?e que les Etats Unis utiliseront leur influence sur Isra?l pour parvenir ? une paix juste.
La cadre fix? par Camp David a pr?valu dans le Moyen Orient pendant trente ann?es. Les Palestiniens n?avaient pas d?Etat en 1979, et n?en ont toujours pas. Le lobby isra?lien avait montr? sa capacit? ? fixer les limites des objectifs qu?un pr?sident Am?ricain pourrait vraisemblablement atteindre Cela s??tait produit avec une administration dont les responsables de la politique ?trang?re consid?raient que la solution du probl?me palestinien avait une importance strat?gique et morale, sous un pr?sident qui ressentait une chaleureuse proximit? personnelle avec Anouar Sadate qu?il n??prouvait pas ? l??gard des dirigeants Isra?liens.
On peut voir pourquoi les gens intelligents croyaient que la situation ?tait plus fluide. Dans le r?cit de Brzezinski, des cadres de l?administration centrale avaient ? plusieurs reprises avanc? l?id?e de rompre ouvertement avec Isra?l puis d?expliquer ? l?opinion am?ricaine leur frustration devant l?intransigeance isra?lienne. Et pourtant, on sent bien que ce ne fut jamais vraiment une option s?rieuse. Le premier ministre Isra?lien Menahem Begin semblait le savoir, tout comme Netanyahou et son ?quipe aujourd?hui. A la fin, Begin a parfaitement jou? avec l?administration US ? exploitant son vif d?sir pour un ??succ?s?? diplomatique, man?uvrant en direction d?une paix s?par?e qui ?carterait l?Egypte de la question palestinienne, laissant ? Isra?l les mains libres pour coloniser la Cisjordanie, annexer le plateau du Golan et lancer plusieurs guerres contre le Liban.
Personne ne peut imputer les cons?quences de Camp David ? un manqu? d?engagement de la part de Jimmy Carter et de son ?quipe de politique ?trang?re. Le secr?taire d?Etat Cy Vance et Brzezinski diff?raient sur la mani?re de traiter avec l?Union Sovi?tique, mais tous deux consid?raient qu?un r?glement global au Moyen Orient, comprenant une patrie pour les Palestiniens?; ?tait d?un int?r?t vital pour les Etats Unis. Chr?tien fervent, Carter ressentait un certain lien ?motionnel avec Isra?l en tant que ??terre de la Bible?? et n?appr?ciait pas le m?pris qu??prouvaient certains dirigeants dans le monde, comme le pr?sident Fran?ais Giscard d?Estaing, ? l??gard de l?Etat d?Isra?l. Mais il ressentait avec force que les palestiniens avaient ?t? victimes d?une injustice.
Au d?but de sa pr?sidence, dans une r?union en mars 1977, Carter avait d?clar?, ??il doit y avoir une patrie pour les r?fugi?s palestiniens qui ont souffert pendant de nombreuses ann?es.?? Brzezinski avait tout se suite compris que ces propos d?clencheraient une temp?te politique et il se souvient que ??Vance et moi nous sommes concert?s sur la meilleure fa?on de g?rer ce nouveau d?veloppement, mais nous avons re?u des instructions? directement d?Air Force One selon lesquelles aucune ?laboration ou clarification ne devait ?tre faite sur ce sujet.?? (pr?s de tente ans apr?s ce jour o? Carter avait ?voqu? la souffrance palestinienne, Barack Obama, lors de sa venue en Iowa pour sa campagne, avait utilis? le m?me mot pour parler de la d?tresse des Palestiniens. Comme Carter, il a subi des attaques virulentes de la part des partisans d?Isra?l. Si certains diraient que les choses ne changent jamais, il a cependant une diff?rence significative. Contrairement ? Carter, Obama a par la suite ??clarifi? ses propos, affirmant qu?il voulait dire que les palestiniens souffraient ? cause des erreurs de leurs dirigeants).
A son arriv?e aux affaires, le plan de l?administration Carter ?tait de pr?parer le terrain pour une conf?rence internationale ? Gen?ve sous la copr?sidence de Washington et de l?Union Sovi?tique. L?administration savait qu?Isra?l r?sisterait, mais pensait que ses objections pouvaient ?tre surmont?es. Brzezinski se souvient avoir dit souvent ? Carter qu?Isra?l aurait besoin de ??persuasion?? en ajoutant que ??compte tenu de la centralit? de l?aide am?ricaine pour la survie d?Isra?l, la plupart des Isra?liens ?viteraient d?instinct de d?fier ouvertement les Etats Unis sous r?serve qu?ils soient convaincus qu?Etats Unis signifie business.?? (en italique dans le texte original).
Mais la fen?tre au cours de laquelle une telle persuasion pouvait ?tre tent?e ?tait ?troite. Dans un bref r?sum? de la force du lobby isra?lien, Brzezinski observe, ??La configuration politique interne aux Etats Unis ?tait telle que le pr?sident avait la plus grande marge d?action pendant sa premi?re ann?e de mandat, moins pendant la deuxi?me et ainsi de suite.?? Plus il avait de temps pour persuader et pour que les avanc?es subs?quentes vers la paix soient manifestes, plus il avait l?occasion d?agir. Les frictions avec Isra?l n??taient gu?re de mise pendant la troisi?me et quatri?me ann?e de pr?sidence, parce que ce genre de conflits aurait eu des r?percussions d?favorables dans les mass media et pour le soutien financier au parti D?mocrate.??
Les chances pour l?administration d?utiliser efficacement la premi?re ann?e de pr?sidence s??taient sensiblement r?duites apr?s la d?faite ?lectorale en mais 1977 des travaillistes Isra?liens devant la coalition emmen?e par le Likoud dirig? par Menahem Begin. Washington s?attendait ? une ?preuve de force avec le faucon Begin. Brzezinski poussait pour que davantage de voix dans l?administration s?expriment sur e Moyen Orient, et un vice-pr?sident Mondale initialement r?ticent fit un discours appelant Isra?l ? se retirer sue les lignes [d’avant 1967] et ? la mise en place d?une ??entit? palestinienne. Le leader de la Chambre des Repr?sentants Tip O?neill avait dit ? Brzezinski que ??si le choix devait se faire entre le pr?sident et le lobby pro-isra?lien, le pays choisirait clairement le pr?sident ? mais seulement si le chois ?tait clairement pos?.?? Le s?nateur Abraham Ribicoff, un Juif lib?ral qui se m?fiait de Begin, avait fait savoir par Mondale que Carter devait rester ferme. Cy Vance avait fait passer des ?chos transmis par Sol Linowitz, un vieux routier des arcanes de Washington, selon lesquels la communaut? juive ?tait arriv?e ? la conclusion que ??s?ils faisaient suffisamment pression, le pr?sident r?ussirait.?? C?est apparemment ce qui s??tait d?gag? d?une r?union que Carter avait eue avec des dirigeants Juifs, au cours de laquelle il avait assur? de son engagement pour Isra?l tout en exposant ses projets de pressions sur Tel Aviv dans le sens d?un accord de paix.
En ao?t, selon les notes du journal de Brzezinski, Carter ??avait fait conna?tre son insatisfaction croissante devant la position isra?lienne et son refus de continuer une politique par laquelle nous finan?ons de fait leurs conqu?tes tandis qu?ils nous ignorent tout simplement par leur intransigeance et se moquent g?n?ralement de notre avis et de nos pr?f?rences. Il ?tait extr?mement dur sur ce sujet et Vance lui faisait ?cho en sugg?rant que, en cas de lancement d?une seule nouvelle colonie par les Isra?liens? nous devrions initier des discussions avec l?OLP.??
Montrer sa fermet? dans une r?union o? les gens sont d?accord sur l?essentiel avec vous est une chose. Carter pourrait avoir surv?cu ? une ?preuve de force avec les dirigeants Juifs Am?ricains au sujet de l?intransigeance d?Isra?l ? nous ne le saurons jamais. Il est certain que de nombreux Juifs consid?raient l?attitude de Begin comme irresponsable. Mais il est difficile d?imaginer n?importe quel pr?sident Am?ricain, particuli?rement un D?mocrate, avoir assez de cran pour une telle ?preuve de force.
En novembre 1977, le pr?sident Egyptien Anouar Sadate, par un geste spectaculaire, tenta de faire sauter le blocage en allant ? J?rusalem. Dans son discours ? la Knesset, Sadate avait dit clairement qu?en ?change d el paix, Isra?l devrait effectuer un retrait complet et permettre aux palestiniens de b?tir un Etat ? Gaza et en Cisjordanie. Il se peut que Sadate, dont le souci premier ?tait la r?cup?ration par l?Egypte de son propre territoire, avait d?j? d?cid? de signer une paix s?par?e, un accord de moindre ampleur. Dans la foul?e du discours de Sadate ? J?rusalem, Begin s??tait rendu ? Washington o? Carter insista aupr?s de lui sur la question palestinienne. Begin ?voqua une notion floue ??d?autonomie?? ? une formule vague que Brzezinski, pensant qu?elle pouvait receler des possibilit?s, chercha ? d?grossir. L?autonomie, disait Brzezinski, pouvait dire un peu tout?; depuis un ??Basutoland sous contr?le isra?lien?? ? une ?tape sur le chemin d?une v?ritable construction ?tatique.
Le printemps 1978 avait ?t? occup? par un conflit sur des ventes d?armes am?ricaines ? l?Arabie Saoudite et ? la Jordanie auxquelles Isra?l ?tait oppos?e. Brzezinski ?crivait, ??durant cette p?riode, nous avons tous fait l?objet de rudes attaques de la part du lobby juif, et beaucoup de temps a ?t? consacr? ? des r?unions et des explications. Elles ?taient rarement agr?ables, m?me si les hauts responsables Juifs ?taient plus compr?hensifs de notre besoin de d?velopper des liens avec des Etats arabes plus mod?r?s??. Lors d?un d?ner, Brzezinski s??tait plaint vivement ? Moshe Dayan des efforts isra?liens pour emp?cher les ventes d?armes, assurant que le pr?sident gagnerait ? une confrontation et mena?ant d??voquer publiquement l?arsenal nucl?aire d?Isra?l. A la fin, les contrats d?armement purent ?tre sign?s moyennant des avions suppl?mentaires pour Isra?l
A l?arriv?e de l??t?, quel que soit l??lan qu?avait cr?? le geste de Sadate, il s??tait ?vapor?. L??quipe de Carter esp?rait d?voiler une proposition rapprochant les positions isra?liennes et ?gyptiennes ant?rieures, une confirmation de la r?solution 242 de l?ONU (qui appelait Isra?l ? se retirer des territoires conquis et les Arabes ? faire la paix avec Isra?l ? les territoires contre la paix) par le retrait isra?lien du Sina? et une avanc?e sur le chemin de l?auto-d?termination pour les Palestiniens. ??A quel point sommes-nous pr?ts ? faire face ? un refus isra?lien???? demandait Brzezinski ? Carter dans un m?mo de juillet. ??Avons-nous la force politique pour g?rer une tension prolong?e dans les relations entre Isra?l et les Etats Unis?? Quel genre de forces pouvons-nous mobiliser et de quelle mani?re pour faire valoir nos vues?? Ce sont des questions centrales qui touchent ? des sensibilit?s aussi bien ? l?international que sur la sc?ne politique domestique. Par-dessus tout, vous devez d?cider si vous ?tes pr?t ? traiter cette affaire jusqu?au bout? si nous agissons publiquement et ne parvenons pas ? nous imposer, notre politique pour le Moyen Orient sera en panne? si nous agissons ?publiquement?, nous devons imposer nos vues.??
Brzezinski posait tout simplement trop de questions ? l?administration Carter ? leur apporter une r?ponse exigeait d??chafauder une strat?gie sur la mani?re de neutraliser un segment importante de l?establishment am?ricain et une partie importante de la coalition d?mocrate. De toutes fa?ons, on n?a aucune trace d?une tentative ?ventuelle de les explorer par l?administration Carter. Carter avait r?pondu en sugg?rant la tenue d?une rencontre au sommet avec Begin et Sadate, une rencontre historique o? Carter lui-m?me pourrait d?bloquer l?impasse. Brzezinski avait conseill? ? l?administration de se pr?parer ? l??chec, de bien faire comprendre que le ??refus d?accepter nos propositions pourrait remettre en cause les relations entre Isra?l et les Etats Unis.??
Les invitations pour Camp David furent envoy?es en ao?t 1978. Ces 13 journ?es de septembre furent une premi?re dans les annales de la diplomatie?: trois chefs d?Etat et de gouvernement avec leurs ?quipes charg?es de la s?curit? nationale isol?s dans un site des collines du Maryland, ? l?abri des journalistes. Carter travaillait comme un poss?d?, r?digeant les documents de base et tenant en continu des r?unions avec les responsables Egyptiens et Isra?liens pour chercher des formulations mutuellement acceptables En mati?re de divertissement, les Am?ricains jou?rent beaucoup au tennis?; Brzezinski joua trois parties d??checs avec Menahem Begin.
Isra?l allait au sommet avec un seul objectif. Avant m?me le geste de paix de Sadate, le minist?re isra?lien des affaires ?trang?res travaillait ? une sortie de l?Egypte du conflit en ?laborant l?id?e d?une paix s?par?e. Un accord de ce genre ?tait compl?tement conforme aux int?r?ts d?Isra?l ? ce que Begin et son gouvernement reconnaissaient alors m?me qu?ils chicanaient sur chaque colline, chaque colonie et sur le calendrier d?application du retrait. Mais le marchandage servait des fins bien plus larges, ainsi que William Quandt, l?adjoint de Brzezinski, le souligne dans son analyse de Camp David?:
??Begin, plus que tout autre n?gociateur, semblait ?tre dou? pour utiliser le temps de mani?re strat?gique, amenant les n?gociations au bord de la rupture sur des questions secondaires pour ?viter de subir des pressions sur les questions clefs. Sadate, ? l?oppos?, refusait de n?gocier sur les questions qui lui importaient le plus?: la souverainet? et le territoire ?gyptiens ? tout en laissant ? ses assistants la t?che ingrate d?essayer de tenir t?te ? Begin sur la question palestinienne. La position e Begin ?tait aussi renforc?e par sa disposition ? accepter un ?chec des discussions. Sadate et Carter tenaient beaucoup plus ? une issue positive, et Begin pouvait utiliser de mani?re cr?dible la menace de quitter la n?gociation, comme il le fit, pour extorquer des concessions.??
A un moment, alors que les n?gociations ?taient avanc?es, Sadate, irrit? par le refus de Begin de c?der du terrain sur la Cisjordanie avait fait ses valises et se pr?parait ? partir. Carter s??tait pr?cipit? vers le chalet de Sadate pour lui expliquer que son d?part pourrait signifier la fin des relations ?gypto-am?ricaines ? que la responsabilit? de l??chec des n?gociations serait imput?e ? Sadate. Ce moment ?tait tr?s parlant?: en d?pit du fait que les positions de Sadate ?taient bien plus proches des propres positions de la Maison Blanche que ne l??taient celles d?Isra?l, au moment o? il fallait s?imposer, un pr?sident Am?ricain pouvait menacer l?Egypte et n?avait pas h?sit? ? le faire. La m?me chose n??tait pas vraie pour Isra?l.
Les n?gociations sur Gaza et la Cisjordanie ne sont vraiment intervenues que vers la fin de la deuxi?me semaine. Avant cela, les Isra?liens persistaient ? soutenir que la guerre de 1967 leur avait donn? le droit de modifier les fronti?res. Begin refusait d?accepter l?applicabilit? de la r?solution 242 de l?ONU pour la Cisjordanie. Quand l?Isra?lien a pr?sent? sa vision des choses pour la Cisjordanie, en insistant sur tous les contr?les, droits de veto et privil?ges qui resteraient ? Isra?l, Carter avait explos? ??Ce que vous voulez, d?est faire de la Cisjordanie une partie d?Isra?l.?? Vance avait appuy? le pr?sident. Brzezinski avait ajout? ??C?est profond?ment affligeant ? vous voulez r?ellement garder un contr?le politique, un droit de veto, un gouverneur militaire, le maintien de l?ordre public d?fini au sens large. Nous pensions que vous accepteriez d?accorder une v?ritable autonomie.?? Moshe Dayan, toujours diplomate, avait r?pondu ??professeur Brzezinski, nous ne cherchons pas un contr?le politique. Si ?a en a l?air pour vous, alors nous allons r?examiner les choses.?? La rupture avait ?t? ?vit?e. Carter s??tait remis ? l?ouvrage, en se concentrant sur l?id?e que la proposition isra?lienne d?autonomie interne pourrait ?tre mise en ?uvre pendant une p?riode de transition de cinq ans. Au septi?me jour des n?gociations, les isra?liens objectaient encore ? toute proposition qui insistait sur les mots ? la non acceptabilit? de l?acquisition de territoires par la guerre.?? Dayan avait dit ? Vance que le sommet allait se terminer par un ?chec et qu?on en ferait porter la faute ? l?intransigeance de Carter.
Mais le 16 septembre, au onzi?me jour sur les collines de Camp David, survint le compromis d?cisif, en fait une concession am?ricaine. Selon le r?cit de Bill Quandt, c?est alors que le projet de texte am?ricain concernant Gaza et la Cisjordanie a ?t? fondamentalement transform?. ??Les ?l?ments de la 242 qui ?taient auparavant inclus, dont le retrait, avaient ?t? effac?s. Le texte avait ?t? modifi? de sorte ? rendre clair que les n?gociations, mais pas forc?ment les r?sultats des n?gociations, devraient ?tre bas?es sur les principes de la 242. Et les n?gociations sur Gaza et la Cisjordanie furent astucieusement renvoy?es aux calendes grecques en cr?ant deux modalit?s, une impliquant des n?gociations pour un trait? de paix entre Isra?l et la Jordanie et l?autre impliquant des discussions entre Isra?l et des repr?sentants des Palestiniens. Quandt concluait, ??Il faudrait peut-?tre un avocat pour expliquer comment, mais Begin avait d?fendu avec succ?s sa position sur le caract?re non applicable de la 242 pour les n?gociations sur l?avenir de la Cisjordanie, les Am?ricains se satisfaisaient de l?ambig?it?, et Sadate se demandait sans doute quel ?tait l?objet de toute cette gymnastique verbale.??
Le moins que l?on puisse dire est que l?ambig?it? ne sautait pas aux yeux apr?s une simple lecture des accords de Camp David. Le document semble effectivement faire appara?tre que les n?gociations sur la Cisjordanie sont bas?es sur la 242 et ouvrent la voie d?une certaine mani?re ? l?autod?termination des Palestiniens. Mais ? la diff?rence des clauses sp?cifiques ? un retrait isra?lien du Sina?, il n?y a aucun engagement explicite pour que des n?gociations aboutissent r?ellement quelque part. Carter pensait tout au moins parvenir ? obtenir le r?sultat qui avait sa pr?f?rence en stoppant le plan de colonisation de la Cisjordanie que Begin avait lanc? r?cemment. Carter avait soutir? ? Begin, du moins le croyait-il, la promesse de geler la construction de nouvelles colonies pendant les cinq ann?es durant lesquelles devaient se tenir les n?gociations pour une autonomie palestinienne.
Carter s??tait empress? de transmettre cette promesse orale ? Sadate au cours de ses all?es et venues entre les chalets des deux hommes. Les Isra?liens lui avaient promis une lettre de confirmation de leur promesse pour le lendemain. Mais la lettre que transmirent les Isra?liens ne contenait rien de tel. Au contraire, elle liait le gel de la colonisation ? la dur?e des n?gociations sur le Sina? qui devaient ?tre boucl?es dans les trois mois. Carter refusa d?accepter la lettre et en demanda une autre. Quandt ?crit ??la sonnette d?alarme avait ?t? tir?e, mais il y avait tant d?autres probl?mes sur l?agenda ce jour l?, en particulier un argument dilatoire sur J?rusalem qui avait ?t? mis sur la table dans l?apr?s-midi, que Carter et Vance continu?rent ? agir comme s?il y avait eu un simple quiproquo qui serait ?clairci d?s que Begin aurait envoy? une nouvelle version de la lettre.??
Les Am?ricains n?ont jamais re?u la lettre confirmant ce que Carter croyait que Begin avait promis. Mais pour le reste du monde, (sauf, c?est significatif, pour le monde arabe) Carter semblait avoir obtenu ce qu?il voulait. Comme le sommet tirait ? sa fin, Brzezinski fit un topo pour la presse. ??L?embarras ?tait palpable quand j?ai annonc? les conditions de l?accord isra?lo-?gyptien, particuli?rement sur le point selon lequel le trait? de paix serait sign? dans les trois mois. Les journalistes avaient du mal ? y croire. Un sentiment d?excitation montait pendant le d?roulement du briefing et j?avais du mal ? m?en d?gager moi-m?me?. A 10h30, le pr?sident qui venait juste d?arriver par h?licopt?re est entr? avec Sadate et Begin. Il y eut un tonnerre d?applaudissements lorsqu?il annon?a le succ?s???
Moins d?une semaine avec ce moment de triomphe, Carter et Brzezinski s?inqui?taient ouvertement de ce qu?ils avaient fait. Begin avait entam? imm?diatement une tourn?e des media aux Etats Unis, affirmant le droit d?Isra?l ? rester ind?finiment en Cisjordanie et ? poursuivre la construction de colonies. Brzezinski notait dans son journal que Begin ??tente de cr?er l?impression que le seul accord qui compte vraiment est l?accord isra?lo-?gyptien. S?il peut s?en tirer comme ?a, il obtiendra un trait? de paix s?par?, puis l?ensemble de l??difice pour la paix au Moyen orient s??croulera.?? Mais il s?en est tir? comme ?a. Bien s?r, l??difice de la paix ne s?est pas compl?tement ?croul?. Isra?l a prosp?r?. Begin et Ariel Sharon ont lanc? une exp?dition sanglante au Liban afin d??liminer l?OLP et le nationalisme arabe une fois pour toutes. L?occupation de la Cisjordanie a ?t? renforc?e par des centaines de milliers de colons, avec les r?seaux de check points et de routes qui leur sont associ?s. L?extr?misme islamique, dont l?Am?rique a go?t? le fruit amer le 11 septembre, a commenc? ? se d?velopper dans les espaces souterrains de la dictature de Moubarak, le seul genre de r?gime ?gyptien qui pouvait accepter Camp David comme ligne directrice de sa strat?gie r?gionale.
Moins de deux mois apr?s l?adoption du cadre fix? ? Camp David, (mais avant la signature du trait? d?finitif) Carter et son ?quipe de politique ?trang?re discutaient du c?ble de Samuel Lewis, l?ambassadeur en Isra?l, qui parlait de demandes d?argent isra?liennes de plus en plus insistantes et de l?ent?tement isra?lien sur la Cisjordanie. Brzezinski se souvient avoir soulev? la question de savoir ??si nous devions vraiment pousser si fort pour un trait? isra?lo-?gyptien si notre intention est aussi de r?soudre le probl?me de la Cisjordanie. Une fois un tel trait? sign?, nous aurons moins d?influence.?? Carter disait que les isra?liens ne voulaient pas c?der sur la Cisjordanie et que Dayan avait pris l?initiative en mati?re de relations publiques pour donner son interpr?tation ? l?opinion. Brzezinski ?crit??Quand je disais que je pensais que les Isra?liens voulaient avant tout une paix s?par?e, puis l?argent des Etats Unis et enfin avoir les mains libres en Cisjordanie, le pr?sident disait que mes propos ?taient d?une franchise brutale et peut-?tre ?nonc?s de fa?on beaucoup trop simpliste. Quand je lui avais r?pondu sarcastiquement ?Merci?, il m?avait regard? avec beaucoup de s?rieux et avait dit ?Oui, mais je suis d?accord avec vous.???
Mais bien s?r, une fois engag? dans Camp David, Carter n?avait pas vraiment d?autre choix que d?aller jusqu?au bout. L?honn?tet? quant aux relations entre Isra?l et les Etats Unis devait rester ? l?abri de portes closes. Une fois l?accord finalement sign? en mars suivant, Isra?l proc?da ? un retrait du Sina?. De mani?re assez pr?visible, les discussions sur l?autonomie palestinienne n?all?rent nulle part. Begin avait nomm? son ministre de l?int?rieur, Yosef Burg, su parti nationaliste religieux, pour les conduire. Burg croyait que le droit d?Isra?l sur la Cisjordanie ?tait inscrit dans les ?critures sacr?es. La construction de colonies s?acc?l?ra. Moshe Dayan, qui devait avoir une vision plus ouverte de que pouvait signifier l?autonomie pour les Palestiniens, d?missionna du gouvernement en signe de protestation. D?s lors, le cabinet isra?lien se trouvait entre les mains des colons. En pleine campagne ?lectorale de 1980?; Carter n?a bien entendu rien fait.
Rappeler cette histoire, c?est reconna?tre que tant que le lobby isra?lien sera plus puissant que celui de la justice, les Etats Unis sont par essence incapables d?assurer une m?diation honn?te au Moyen Orient. Cette r?alit? dure ? avaler s?est confirm?e ? plusieurs reprises, avec Carter, Brzezinski et Vance, avec George H.W. Bush et James Baker, et avec les pr?sidents Clinton et Obama. Si une tendance doit ?tre observ?e, c?est que les ann?es passant, les Etats Unis sont devenus de moins en moins capables de tenir t?te ? Isra?l. Et pourtant, consid?r?e sous un autre angle, la situation semble comme jamais fluide et propice ? l?intervention des hommes. Si l?influence d?Isra?l sur l?Etat am?ricain (cf. les capitulations r?p?t?es d?Obama devant Netanyahou) semble actuellement d?cisive, son emprise sur les repr?sentations sociales aux Etats Unis est bien plus t?nue qu?au moment de l?accession de Jimmy Carter ? la maison Blanche. La connaissance du crime commis contre le peuple palestinien s?est consid?rablement d?velopp?e ces trente derni?res ann?es. A un moment donn?, in y aura un r??quilibrage quand le gouvernement am?ricain commencera ? prendre en compte cette ?volution. Le tumulte du mois dernier dans le monde arabe a valeur d?un rappel, si tant est qu?il soit n?cessaire, qu?aucune injustice ne peut durer ?ternellement.
??Les relations Brzezinski ? Begin touchent ? la relation historique complexe entre la communaut? juive polonaise et les ?lites catholiques Polonaises. Pendant la premi?re visite de Begin aux Etats Unis en qualit? de premier ministre, devant une rang?e de cam?ras, il s??tait rapproch? de Brzezinski et lui avait pr?sent? des documents, trouv?s dans une archive de J?rusalem, qui traitaient de l?activit? de son p?re, diplomate Polonais en poste en Allemagne dans les ann?es 1930, qui s?impliquait dans le sauvetage de vies juives. Brzezinski avait ?t? profond?ment touch? par ce geste de sensibilit? humaine, particuli?rement du fait qu?il intervenait au lendemain d?attaques personnelles sur moi et sur mon r?le dans la promotion de la recherche d?un r?glement pacifique au Moyen Orient.??

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