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	<title>CentPapiers &#187; lahsen oulhadj</title>
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	<description>Plateforme québécoise de journalisme citoyen</description>
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		<title>Jacques Vergès : l&#8217;avocat de tous les mystères</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Jan 2008 21:40:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Quant à la présente &#339;uvre de ce cinéaste atypique, elle pose en réalité plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;apporte de réponses. Pour preuve, celui-ci n&#8217;a pas pu nous dire qui est réellement Vergès. Peut-être que ce n&#8217;était même pas son intention. Toujours est-il que cet avocat on ne peut plus controversé est loin d&#8217;être n&#8217;importe qui. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton2894.jpg" border="0" />
<p>Quant à la présente &#339;uvre de ce cinéaste atypique, elle pose en réalité  plus de questions qu&#8217;elle n&#8217;apporte de réponses. Pour preuve, celui-ci n&#8217;a pas pu nous dire qui est réellement Vergès. Peut-être que ce n&#8217;était même pas son  intention. Toujours est-il que cet avocat on ne peut plus controversé est loin d&#8217;être n&#8217;importe qui. Et c&#8217;est le moins que l&#8217;on puisse dire. Orateur redoutable bouillonnant d&#8217;intelligence, il  a toujours su utiliser ou se jouer- pour ne pas dire manipuler- des médias pour servir ses causes ou ses procès  du moment. Là encore, dans ce film, un imposant cigare constamment entre les doigts,  il a réussi l&#8217;impossible gageure de ne  jamais piper mot sur ce qu&#8217;il est réellement même s&#8217;il a été, comme à son habitude, loquace et même, par moment, très bavard.</p>
<p>Mais une chose est sûre, ce digne fils d&#8217;un couple vietnamo-réunionnais a eu et a toujours une aversion on ne peut plus forte contre tous les colonialismes et toutes les dominations. Sa vie entière est marquée ad vitam aeternam par ce sentiment. C&#8217;est même le fil d&#8217;Ariane qui traverse dans tous les sens sa très longue existence- il a 82 ans. Même si ces dernières années, certains de ses engagements ont fini par sérieusement ternir cette image. Qui aurait imaginé qu&#8217;il plaiderait un jour pour un collaborateur nazi de le trempe de Claus Babrie&nbsp;? Absolument personne.  Autant dire que les principes d&#8217;hier sont rangés au rang des accessoires. Le temps a eu sans doute raison de ses idéaux de jeunesse, pourrait-on dire. Qu&#8217;il se rassure, il n&#8217;est ni le premier ni certainement le dernier à  changer  ainsi de veste.</p>
<p>Par ailleurs, il faut bien que l&#8217;on apprenne quelque chose pendant les deux heures et quart que dure le film, n&#8217;est-ce pas&nbsp;? À titre personnel, je n&#8217;ai retenu que deux points&nbsp;: primo, Vergès a un faible pour les prisonnières. C&#8217;est carrément un trait de sa personnalité -même si cela confine parfois au burlesque. Décidément, que des amours &#8211; parfois très platoniques- dans l&#8217;adversité&nbsp;! Pendant la guerre d&#8217;Algérie c&#8217;était Djamila Bouhired, la pasionnaria de la lutte pour l&#8217;indépendance de son pays, avec laquelle il a fini- quand même- par convoler en justes noces et par la suite c&#8217;était l&#8217;ancienne compagne du fameux terroriste Carlos,  Magdalena Kopp. Secundo,  Vergès fricotait allègrement et sans aucun scrupule avec les génocidaires et  les tenants du terrorisme et du banditisme internationaux.</p>
<p>Mais il n&#8217;était pas le seul dans ce cas. Le régime algérien avec lequel il est resté très lié n&#8217;était pas mieux. Si étonnant que cela puisse paraître, l&#8217;on voyait à un moment des images rares de Bouteflika sur le tarmac de  l&#8217;aéroport d&#8217;Alger,  fringant, étincelant, ivre de bonheur,  au milieu d&#8217;une bande de dangereux terroristes qu&#8217;il a accueillis, personnellement. Ce qui en dit long sur la nature des détenteurs du pouvoir  en Algérie, un pays qui n&#8217;a que trop souffert de leurs errements grotesques&nbsp;!</p>
<p>Eu égard donc à ce qui précède, est-ce que l&#8217;Avocat de la terreur vaut vraiment le détour&nbsp;? Assurément. Indiscutablement. Histoire au moins de découvrir- si vous ne le connaissez pas encore-  ou de revenir sur le parcours nébuleux de Vergès, plus que jamais le symbole d&#8217;une époque qui n&#8217;est déjà plus, et voir surtout un travail cinématographique d&#8217;une grande valeur esthétique et technique.  Ne faut-il pas qu&#8217;il y ait au moins une raison, si petite soit-elle, qui justifie le déplacement en cette période de froid, par moment, plus que polaire&nbsp;?</p>
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		<title>Un trouvère kabyle au &#171; pays du soleil froid &#187;</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Nov 2007 07:16:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Il faut savoir que dans la culture berbère, les croyances populaires, encore très vivaces, les assimilent encore et toujours à des êtres surnaturels ou du moins en contact, permanent ou épisodique, avec toutes sortes de génies du verbe et de la rime. Sans vouloir être excessif, ils ne sont pas seulement que révérés, mais carrément [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton2344.jpg" border="0" />
<p>Il faut savoir que dans la culture berbère, les croyances populaires, encore très vivaces, les assimilent encore et toujours à des êtres surnaturels ou du moins en contact, permanent ou épisodique,  avec toutes sortes de génies du verbe et de la rime. Sans vouloir être excessif, ils ne sont pas seulement que révérés, mais carrément craints. Il ne faut même pas penser les offusquer. On ne sait jamais&nbsp;!</p>
<p>Même si je ne l&#8217;avais jamais rencontré auparavant, le courant passe immédiatement entre nous.  Pour être tout à fait sincère, j&#8217;avais l&#8217;étrange impression que l&#8217;on se connaît depuis des lustres. Tellement sa manière d&#8217;être m&#8217;est familière. Un peu comme de vieux amis qui se retrouvent après des années de séparation. S&#8217;exprimant, indifféremment,  en français et en berbère, notre discussion part sur les chapeaux de roue.  Et c&#8217;est vraiment le cas de le dire. Car, par moment, afin de ne pas trop s&#8217;éparpiller en vaines digressions, je me battais les flancs, autant que faire se peut, pour cadrer notre échange. Sans forcément incommoder mon interlocuteur. L&#8217;appréhension du poète peut-être&nbsp;!</p>
<p>Sans affectation aucune et sans jamais se départir de ce bagout propre aux Méditerranéens, nous n&#8217;avons de cesse de discuter, des heures durant, de son cheminement créatif. Même si vraiment rien, de son propre aveu, ne le prédisposait à devenir un versificateur verveux et prolixe. Il se surprend lui-même, sincèrement, encore aujourd&#8217;hui, de tous les échos positifs qu&#8217;a rencontrés son &#339;uvre ici et là. En tous les cas, pour lui, devenir poète &#171;&nbsp;<i>n&#8217;était dû qu&#8217;au hasard</i>&nbsp;&#187;. Un peu comme toutes les bonnes choses de la vie &#171;&nbsp;<i>ça n&#8217;a jamais été une entreprise mûrement  réfléchie, c&#8217;est venu comme ça,  tout naturellement</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p><strong>Guerre et &#171;&nbsp;vie&nbsp;&#187;</strong></p>
<p>Ouidja Boussad, de son vrai nom, est né un 11 juillet 1956 à Guendoul, un petit village, au fin fond de la Kabylie. Connue pour être extrêmement jalouse de son identité et de sa liberté, cette région du Nord de l&#8217;Algérie, désespérément et rageusement berbère, en a fait voir des vertes et des pas mûres à tous les colonisateurs qui osaient s&#8217;en approcher et a fortiori l&#8217;assujettir. Encore au jour d&#8217;aujourd&#8217;hui, elle continue à donner du fil à retordre au  pouvoir central algérien. Bien que celui-ci use et abuse, tantôt, de la politique du bâton et, tantôt, de  l&#8217;achat tous azimuts des consciences et des âmes. En fait,  aussi loin que l&#8217;on remonte dans le temps, la Kabylie a sans cesse eu des rapports conflictuels avec toutes les forces qui voulaient lui mettre le grappin dessus. Et ce n&#8217;est pas près de changer.</p>
<p>D&#8217;ailleurs, la naissance de notre habitant du Pinde a coïncidé avec un autre conflit, autrement plus cruel. Il s&#8217;agit de celui qui a été lancé contre la France, la puissance occupante d&#8217;alors. Un véritable casse-pipe où se sont engagés les meilleurs enfants de la Kabylie. Sans aucune hésitation, massivement, corps et âme. &#171;&nbsp;<i>Ce n&#8217;est pourtant pas du fait de cette guerre que j&#8217;ai perdu mon père</i>&nbsp;&#187;, m&#8217;avoue-t-il sans aucun trémolo dans la voix. &#171;&nbsp;<i>Je ne l&#8217;ai jamais connu, car il est décédé alors que je n&#8217;avais en tout et pour tout  que 40 jours</i>&nbsp;&#187;, ajoute-t-il. Placidement. Froidement. Sans que cela soit vécu comme un drame. C&#8217;est du moins l&#8217;impression qu&#8217;il donne.</p>
<p>À quelque chose malheur est bon, le petit Belkacem, en &#171;&nbsp;sa qualité&nbsp;&#187; d&#8217;orphelin et  grâce -il faut quand même le préciser- au coup de piston salutaire d&#8217;un cousin éloigné, a été inscrit en 1962 à l&#8217;école primaire d&#8217;Imzizou, non loin de son village natal. Dans une Kabylie, appauvrie et saignée à blanc par huit longues années de guerre. Ce qui était à l&#8217;époque, comme on peut bien l&#8217;imaginer, un privilège que peu d&#8217;enfants de son âge pouvaient s&#8217;offrir. &#171;&nbsp;<i>Si je n&#8217;étais pas entré à l&#8217;école, en ce moment où je vous parle, j&#8217;aurais déjà une longue &#8216;&#8217;carrière&#8217;&#8217; de berger derrière moi</i>&nbsp;&#187;, reconnaît-il, ironiquement. &#171;&nbsp;<i>Ce qui n&#8217;aurait pas été  vraiment grave. Qui sait&nbsp;? Mon destin aurait peut-être été mieux</i>&nbsp;&#187;, continue-t-il  en esquissant un sourire fugace.</p>
<p><strong>À la bonne école</strong></p>
<p>Même s&#8217;il était scolarisé, il avait eu malgré tout sa part dans le &#171;&nbsp;dur&nbsp;&#187; métier de berger. Puisqu&#8217;il était le plus jeune de la fratrie, il devait donc garder les animaux domestiques de la famille. Comme tous les petits campagnards berbères de son âge.  Mais rassurez-vous, ce n&#8217;était nullement une perte du temps. Loin s&#8217;en faut.  Car, tout en gardant ses moutons, il a eu l&#8217;occasion de découvrir en même temps, grâce notamment aux bergers plus âgés, le patrimoine poétique kabyle.</p>
<p>Un précieux trésor charriant, depuis des temps immémoriaux, le génie créateur du peuple berbère et célébrant, dans toute sa splendeur, sa geste immensément riche. Dont bien évidemment les poèmes de l&#8217;aède légendaire Ssi Mhend Ou Mhend. D&#8217;ailleurs, à y regarder de plus près, la patte de ce dernier est on ne peut plus patente dans la poésie de notre amant des Muses. &#171;&nbsp;<i>Être berger était une petite école où j&#8217;ai appris énormément</i>&nbsp;&#187;, résume-t-il, laconiquement, en assumant pleinement ce qu&#8217;il était.</p>
<p>Qui plus est, &#171;&nbsp;<i>les Kabyles sont tous quelque part des poètes</i>&nbsp;&#187;, énonce-t-il très affirmatif. En fait, il n&#8217;a pas vraiment tort. Comme dans toutes les sociétés traditionnelles de par le monde, la poésie a eu et a de tout temps une place prépondérante dans toute production symbolique. Et les Kabyles, dans ce cas précis, ne dérogent pas vraiment à la règle.  La poésie balise systématiquement tous les moments tristes ou heureux de  leur vie. Pour les sceptiques, qu&#8217;ils testent le premier kabyle qu&#8217;ils croisent. Ils seront vraiment surpris&nbsp;!</p>
<p>Il ne faut pas non plus omettre le rôle de la radio dans cette initiation poético-musicale. Pour la télévision, elle n&#8217;était pas encore en vogue à cette époque-là. En tous les cas, même lorsqu&#8217;elle a été créée des années plus tard, les Kabyles n&#8217;y avaient tout simplement pas accès. En raison de l&#8217;idéologie intrinsèquement et ouvertement anti-berbère (feu Boumediène par exemple avait interdit l&#8217;usage en public du berbère) du régime algérien. La situation a-t-elle évolué depuis&nbsp;? Oh que non&nbsp;!  Hélas, elle n&#8217;a  pas bougé d&#8217;un iota. Nonobstant les discours pléthoriques et les promesses sans lendemain.</p>
<p>Reste que les premières années de l&#8217;indépendance, la radio publique algérienne- la chaîne 2 plus exactement- passait la musique berbère à des moments où justement le petit Belkacem gardait, tranquillement, ses moutons dans les hauteurs spacieuses de la Kabylie. &#171;&nbsp;<i>C&#8217;est-à-dire entre 6 heures et 9 heures du matin&nbsp;; 15 heures et 21 heures. On écoutait Cheikh Nourdine, Chérif Khaddam, Nouara, Mohamed Saïd Ou Saïd&#8230; Mais Aït Mengelluet, malgré les reproches que l&#8217;on peut faire à l&#8217;homme, reste le poète qui m&#8217;a le plus marqué, car c&#8217;était et c&#8217;est toujours, à mon propre avis,  un très fin connaisseur de l&#8217;âme berbère</i>&nbsp;&#187;, explique-t-il  admiratif.</p>
<p>Plus que fasciné par toute cette génération de chanteurs plus doués les uns que les autres,  Belkacem, en autodidacte qui en veut,  a décidé, en 1968, de fabriquer, tout seul, son instrument à cordes -une petite mandoline pour être plus précis- avec des matériaux de récupération. &#171;&nbsp;<i>C&#8217;était suffisant pour jouer mes premières notes</i>&nbsp;&#187;,  se rappelle-t-il les traits subitement rieurs. Et comme le hasard arrange bien les choses, son frère aîné a réussi, par on ne sait quel miracle, à se procurer une guitare qu&#8217;il cachait, indiquons-le, dans un galetas en dehors de la maison familiale. &#171;&nbsp;<i>Car il est hors de question de jouer de la musique en famille et encore moins en public. À cause de l&#8217;image dépréciative, voire péjorative, qu&#8217;ont les chanteurs dans l&#8217;imaginaire populaire. En fait, ce n&#8217;est pas les enfants bien nés qui deviennent des chanteurs. À telle enseigne que c&#8217;est quasiment assimilé à un déshonneur ineffaçable</i>&nbsp;&#187;, précise-t-il sans épouser le moins du monde cette vision éculée des choses.</p>
<p>&#171;&nbsp;<i>Je n&#8217;avais pas trop le choix&nbsp;: si je voulais continuer ma passion,  il fallait donc faire les choses, systématiquement, en cachette et me méfier de tous ceux qui pouvaient me dénoncer à la famille, se souvient-il amusé. Un jeu du chat et de la souris s&#8217;engagea alors avec mon entourage. Un exemple. En pleine chaleur torride de l&#8217;été, même si c&#8217;était cocasse comme situation,  je n&#8217;hésitais pas à mettre mon burnous de laine épaisse pour une seule et unique raison&nbsp;:  y dissimuler, discrètement,  la guitare que je dérobais à mon frère, car lui non plus n&#8217;était point au courant.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p><strong>Écolier consciencieux</strong></p>
<p>Chemin faisant, pour suivre sa scolarité, il  est obligé de rejoindre tout naturellement le collège de Mekla, à quelques encablures de son village. En même temps, sa maîtrise de la guitare étant devenue assez suffisante, il était donc systématiquement sollicité pour animer les fêtes scolaires. &#171;&nbsp;<i>Ma première présentation publique a été dans le cadre des activités culturelles de mon collège&nbsp;: j&#8217;ai accompagné une camarade de classe,  très douée d&#8217;ailleurs,  pour interpréter l&#8217;une des dernières chansons d&#8217;Aït Menguellet à cette époque-là&nbsp;; nous avions fait, tous les deux, bonne impression</i>&nbsp;&#187;, note-t-il, un rien fier de son exploit.</p>
<p>Dans le village, et surtout dans les mariages pendant les vacances estivales, c&#8217;était lui qui faisait  systématiquement de l&#8217;accompagnement, mais toujours en retrait, en catimini. &#171;&nbsp;<i>Il faut tout faire pour que cela ne se sache pas, à cause de cet interdit absurde qui frappe la musique et les musiciens</i>&nbsp;&#187;, explique-t-il. En disant cela, il se lève tout d&#8217;un coup et part, à la hâte, chercher sa guitare d&#8217;une prestigieuse marque à l&#8217;intérieur de la maison. Et ce pour interpréter, excellemment bien, quelques morceaux de son répertoire musical. Avec ses rythmes berbères délicatement  tristes, qui arrachent forcément une larme ou deux si on est un tantinet sensible. Un moment après, il s&#8217;arrête tout d&#8217;un coup et dit, pédagogue&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>En langue berbère, on ne joue pas la guitare, mais on la frappe ( kkat), pour en sortir peut-être toute la tristesse qui nous habite et toutes les blessures qui se cachent dans les plis de notre âme.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Exceptionnellement doué en mathématiques, le jeune Belkacem s&#8217;inscrivit, en 1974, au lycée technique de Dellys, l&#8217;un des hauts lieux de formation de la future élite algérienne post-indépendance. Et qui dit élite, dit forcément un traitement de faveur. &#171;&nbsp;<i>Vu le programme très chargé à coups de matières scientifiques (mathématiques et physique), le lycée était pourvu d&#8217;un corps enseignant très compétent et  de toutes sortes de commodités  pour y rendre notre passage moins ardu. D&#8217;ailleurs, il possédait une salle de musique extrêmement bien équipée où j&#8217;avais l&#8217;occasion, pour la première fois de ma vie, de toucher à tous les instruments de musique&nbsp;: mandoline, banjou, luth, basse&#8230;</i>&nbsp;&#187;, se remémore-t-il, timidement  rêveur.</p>
<p>À ses débuts au lycée, il a commencé à tâter le terrain de la création. Il n&#8217;a donc pas hésité à griffonner sur papier ses premiers vers. Sur quoi portent-ils&nbsp;? &#171;&nbsp;<i>Les amours de jeunesse bien évidemment, les contingences de la vie et les soucis quotidiens, souligne-t-il. Certains de ces poèmes sont sous forme de chansons que je vais un jour éditer. En tous les cas, je vais saisir tout ce que j&#8217;ai écrit dans les années 70 pour en faire un recueil. J&#8217;en ai gardé une grande partie dans mes archives personnelles.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p><strong>Émoi</strong></p>
<p>Pour autant, comme on l&#8217;a souvent appris nous-mêmes à nos dépens, la vie n&#8217;est malheureusement jamais un long fleuve tranquille. Le lycéen privilégié qu&#8217;était Belkacem, a eu le premier choc de sa vie. Il faut bien que cela arrive, comme diraient certains cyniques.  C&#8217;était en raison de l&#8217;arrestation du groupe de Mohamed Haroun en 1976, un ancien élève du lycée de Dellys, accusé d&#8217;avoir posé des bombes dans certains édifices de l&#8217;État algérien. Justement pour protester, dans un geste désespéré, contre la politique anti-berbère du régime de l&#8217;ex-président Boumediène.</p>
<p>Ce jour-là,  tous les services de sécurité que comptait le régime algérien ont fait une descente impressionnante dans ce fameux lycée d&#8217;habitude on ne peut plus paisible. Encerclé de toutes partes, il est passé méticuleusement au peigne fin et  ses 400  élèves, tous kabyles, terrorisés des heures durant. Pour preuve, ils ont subit toutes sortes d&#8217;interrogatoires, plus musclés les uns que les autres.  Ce qui ne pouvait ne pas laisser des traces indélébiles sur de jeunes adolescents à la fleur de l&#8217;âge.</p>
<p>&#171;&nbsp;<i>Pour vous donner une idée de ce que nous avons subi&nbsp;: tous nos matelas ont été mis en charpie à la recherche de tout document en berbère.  Pour éviter tout problème, j&#8217;ai été obligé, la mort dans l&#8217;âme, de jeter le seul dictionnaire berbère que je possédais</i>&nbsp;&#187;, regrette notre troubadour des temps modernes.  Toutefois, tout n&#8217;était pas noir, car à cette même époque il s&#8217;essayait au métier de compositeur. &#171;&nbsp;<i>En 1976 plus exactement, j&#8217;ai écrit, rapporte-t-il, quelques chansons dans notre bon vieux style traditionnel que j&#8217;ai données gracieusement à quelques chanteurs que je connaissais.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Son baccalauréat en poche, il dut encore une fois déménager en quittant, cette fois-ci, sa Kabylie natale. Direction l&#8217;université d&#8217;Alger. Issu d&#8217;un lycée prestigieux à cheval sur l&#8217;excellence, son passage y  a été quasiment une promenade de santé. Il a même été  dispensé de plusieurs matières. C&#8217;est vous dire.  Ayant plus de temps libre, il ne s&#8217;est jamais séparé de sa guitare. Toujours en bandoulière,  il écumait systématiquement les soirées estudiantines. Sans jamais négliger ses études. Bien évidemment. Car, au bout d&#8217;un parcours forcément sans faute, il décrocha, haut la main, son diplôme d&#8217;ingénieur.</p>
<p>Il fallut donc penser à l&#8217;inéluctable service militaire. Et là, sa guitare allait lui être d&#8217;un grand secours. &#171;&nbsp;<i>Lors d&#8217;une présentation musicale privée, un haut gradé de l&#8217;armée,  kabyle lui-même, qui était présent par le plus grand des hasards, a trouvé mon jeu de guitare  excellent. S&#8217;informant sur mon cas, il a décidé que je devais passer mon service militaire à Alger même. Et pas n&#8217;importe lequel. J&#8217;ai été chargé d&#8217;une mission extrêmement délicate et importante&nbsp;: avoir la responsabilité du transport de tous les impressionnants engins destinés à la construction du monument dédié aux martyrs en plein centre d&#8217;Alger</i>&nbsp;&#187;, explique notre rimailleur des monts du Djudjura. &#171;&nbsp;<i>Sinon, dans la caserne, nous ne sommes pas restés les bras croisés, ajoute-t-il, nous avions monté un orchestre qui participait, régulièrement, à toutes sortes de festivités à caractère officiel.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Libéré, enfin, de ses obligations militaires et encore pratiquement frais émoulu, il est nommé immédiatement à Djelfa, aux confins du Sahara. Mais au bout de neuf ans de bons et loyaux services, il demanda sa mutation qu&#8217;il n&#8217;a obtenue qu&#8217;après avoir mis sa démission sur la table. Un homme de caractère&nbsp;? Certainement. Même s&#8217;il va s&#8217;en défendre. Muté donc au  Nord-Ouest algérien, et plus exactement à Oran, il est promu directeur d&#8217;une entreprise publique. Avec&#8230; 150 personnes sous sa responsabilité.</p>
<p>Vu qu&#8217;il en avait les moyens, il ne s&#8217;est jamais empêché de voyager un peu partout. Parmi ses destinations les plus prisées&nbsp;: l&#8217;Europe et l&#8217;Afrique figurent en haut de la liste. Sans vouloir succomber au cliché, ne dit-on pas que les voyages sont formateurs&nbsp;? Ce n&#8217;est certainement lui qui va le nier. Mais côté poésie, c&#8217;était une très longue traversée de désert. En revanche, la guitare était fréquemment présente. Peut-il en être autrement&nbsp;? Car il faut voir comment il en parle. Que des éloges à n&#8217;en pas finir&nbsp;! Toujours est-il qu&#8217;avec des amis ou des collègues, kabyles ou pas, des soirées sont régulièrement organisées.  &#171;&nbsp;<i>Histoire de passer un bon moment</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p><strong>Et le terrorisme s&#8217;en mêle</strong></p>
<p>Il en sera ainsi jusqu&#8217;à l&#8217;irruption violente, au début des années 90 du siècle passé, de l&#8217;hydre terroriste, qui a fauché, impitoyablement, des milliers de vies innocentes. Dont celles de deux des plus proches amis de notre chansonnier. &#171;&nbsp;<i>Massacrés d&#8217;une manière on ne peut plus barbare&nbsp;&#187;. Ayant reçu lui-même des menaces de mort, il fallait donc sauver sa peau. Aucun autre choix, il faut déguerpir. Dare-dare. <i>Hic et</i> <i>nunc</i>. Il vint s&#8217;installer avec femme et enfant- il en a juste un seul- &#171;&nbsp;au pays du soleil froid</i>&nbsp;&#187;, le Québec.</p>
<p>Passés les premiers mois de son établissement à Montréal, la désillusion commença à pointer son nez.  Comme tout immigrant nouvellement arrivé, il a eu énormément de difficultés à trouver un travail correspondant à ses qualifications. Il a fallu en conséquence se trouver une occupation pour tuer le temps, lui, qui était toujours occupé. En fait, il n&#8217;avait jamais imaginé qu&#8217;il se trouverait, un jour,  dans une  telle situation. &#171;&nbsp;<i>J&#8217;ai commencé, relève-t-il, à écrire des poèmes que je ne prenais jamais la peine de finir. Si je les avais tous finis, j&#8217;aurais certainement publié 100 livres</i>.&nbsp;&#187;  À la même période, la rencontre avec un compatriote kabyle, et poète de son état, changera radicalement l&#8217;idée qu&#8217;il se faisait de lui-même. &#171;&nbsp;<i>Une petite comparaison entre nos poèmes m&#8217;a convaincu que je faisais mieux, se rappelle-t-il. Cela m&#8217;a encouragé à aller de l&#8217;avant et à penser sérieusement à la publication.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Même s&#8217;il refuse, avec beaucoup d&#8217;entêtement, de temps à autre, l&#8217;étiquette de poète, passer à l&#8217;écriture était loin d&#8217;être une chose aisée. Au fond, moins pour le caractère essentiellement oral de la culture berbère, qu&#8217;en raison du poids oppressant du contrôle social et des traditions avec leur lot d&#8217;interdits. &#171;&nbsp;<i>Car je brise cette tradition, absurde au demeurant, qui veut que je ne fasse pas de la poésie, note-t-il. D&#8217;ailleurs le premier livre a été, pour moi, une torture parce que la brisure est profondément ancrée en moi</i>&nbsp;&#187;. &#171;&nbsp;Écrire est un problème, publier en est un autre&nbsp;&#187;, résume-t-il nerveusement.</p>
<p><strong>&#171;&nbsp;Hymne à ma culture&nbsp;&#187;</strong></p>
<p>Que ses fidèles lecteurs le tiennent pour acquis, en ce moment même,  il est en train de faire un livre témoin où il va compiler ses meilleurs poèmes, choisis par quatre personnes différentes. &#171;&nbsp;<i>Alors que je m&#8217;attendais à ce qu&#8217;il n&#8217;en y ait pas suffisamment, je me suis trouvé avec un nombre important de poèmes</i>&nbsp;&#187;, s&#8217;étonne-t-il, pas encore convaincu par la qualité de sa poésie. Peut-être à cause de cette modestie chevillée au corps de tous les Berbères. Pas toujours, il faut le dire et le répéter, de bon aloi.</p>
<p>Par ailleurs, comment peut-il expliquer cette frénésie poétique &#8211;cinq recueils en peu de temps&nbsp;? À l&#8217;en croire,  l&#8217;inspiration ne le quitte  presque jamais. Tout est prétexte à l&#8217;écriture. Parfois le mot le plus simple peut être source d&#8217;un jaillissement poétique. &#171;&nbsp;<i>Quelque étonnant que cela puisse être, 90% de mes poèmes me viennent à l&#8217;esprit en roulant en voiture. Dès que j&#8217;en ai l&#8217;occasion, je griffonne tout sur un petit calepin qui m&#8217;accompagne tout le temps</i>&nbsp;&#187;, souligne-t-il. Et pourquoi la poésie et en kabyle&nbsp;? La réponse est on en peut plus simple&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>Je veux transmettre ma berbérité aux  générations futures.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Quant à la forme traditionnelle du poème berbère qu&#8217;il a fait sienne et qu&#8217;il a remise au goût du jour, il s&#8217;en explique ainsi&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>Un poème de neuf vers est non seulement facilement mémorisable, mais aussi ramassé, nerveux, car on  va à l&#8217;essentiel, sans tourner indéfiniment autour du pot.</i>&nbsp;&#187; Et quid des mots crûs qu&#8217;il n&#8217;hésite pas à employer dans sa poésie et que certains qualifieraient de choquants&nbsp;?  &#171;&nbsp;<i>Je ne suis pas exilé au Québec pour m&#8217;autocensurer</i>&nbsp;&#187;, dit-il en balayant d&#8217;un revers de main ce genre de critiques qui, &#171;&nbsp;<i>en oubliant souvent l&#8217;essentiel, font  une fixation sur les détails</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p>Pour conclure, on ne peut ne pas évoquer avec notre poète la solution de la question berbère extrêmement sensible pour les régimes nord africains. Il a d&#8217;ailleurs un avis sur le sujet. &#171;&nbsp;<i>Il ne faut pas se nourrir indéfiniment d&#8217;illusions. Tant  et aussi longtemps que  notre langue n&#8217;est pas officialisée, notre peuple restera ad vitam aeternam non-reconnu, c&#8217;est-à-dire inexistant</i>&nbsp;&#187;,  tranche-t-il, péremptoire. D&#8217;après lui, il faut donc tout faire  pour que &#171;&nbsp;<i>notre reconnaissance soit, réellement, officielle et institutionnelle</i>&nbsp;&#187;. Avec bien entendu une démocratisation en bonne et due forme. Ce serait, à coup sûr, le début de la résolution de notre problématique.  Même si beaucoup  s&#8217;inscriraient en faux par rapport à sa vision, seul l&#8217;avenir est à même de la confirmer ou de l&#8217;infirmer. <i>Wait and see</i>.</p>
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		<title>Brahim Labari : &#171; N&#8217;oublions pas que les fondateurs de l&#8217;Istiqlal étaient des salafistes&#8230; &#187;</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Oct 2007 07:25:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[S O C I E T É]]></category>
		<category><![CDATA[maroc]]></category>

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		<description><![CDATA[Les dernières élections législatives marocaines ont été marquées par un taux record d&#8217;abstention et un grand nombre de votes blancs, quelles en sont les raisons d&#8217;après vous&#160;? L&#8217;abstention est devenue au fil du temps une maladie dans les vieilles démocraties occidentales, qui ont fait, que ce soit dit en passant, du mandat représentatif le pivot [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton2170.jpg" border="0" />
<p><strong>Les dernières élections législatives marocaines ont été marquées par un taux record d&#8217;abstention et un grand nombre de votes blancs, quelles en sont les raisons d&#8217;après vous&nbsp;?</strong></p>
<p>L&#8217;abstention est devenue au fil du temps une maladie dans les vieilles démocraties occidentales, qui ont fait, que ce soit dit en passant, du mandat représentatif le pivot de leur système. Des campagnes de sensibilisation ont été organisées pour enrayer le phénomène et réconcilier le citoyen avec la politique. Souvent, un budget conséquent est consenti à cette fin. C&#8217;est dire que la démocratie représentative a un coût&nbsp;!</p>
<p>Au cours des récentes élections législatives au Maroc, l&#8217;abstention a assurément pris la forme non pas d&#8217;une maladie identifiable, mais bel et bien d&#8217;un symptôme dénotant un désintérêt certain des Marocains pour les élections et partant pour la politique. Seuls 37% ont cru bon d&#8217;user de leur bulletin pour marquer un choix politique. Ce qui est un chiffre stupéfiant quand il s&#8217;agit d&#8217;entamer la socialisation politique des masses. Les autres semblent préférer vaquer à leurs occupations plutôt que de se poser en garants des élections, qui ne changeraient en rien la précarité de leur quotidien et l&#8217;incertitude de leur avenir. Or, qui sont ces abstentionnistes qui ont volontairement boudé les urnes, qui ont refusé de confier leur secret à l&#8217;isoloir&nbsp;? Quelles subjectivités mobilisent-ils ce faisant&nbsp;? Une étude sociologique approfondie serait sans doute d&#8217;un intérêt majeur. À vos plumes chers sociologues&nbsp;!</p>
<p><strong>Dans notre monde moderne la seule légitimité qui tienne est celle des urnes, le régime marocain ne s&#8217;est-il pas déligitimé en raison justement de l&#8217;élecotrat qui lui a fait, massivement, défaut&nbsp;?</strong></p>
<p>N&#8217;oublions pas qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;élections législatives destinées à doter le pays d&#8217;un nouveau parlement&nbsp;! La question de la légitimité est difficile à réduire à une opération électorale. Certes, le mandat représentatif tire sa légitimité en premier lieu du vote, mais d&#8217;autres paramètres existent en dehors de la rationalité occidentale. Si l&#8217;on revient à la sociologie de Max Weber qui distingue trois idéal-types de légitimité (charismatique, traditionnel et légal-rationnel), on pourrait dire que le troisième caractérise avant tout la démocratie représentative, qui est née et a prospéré en Occident. Nonobstant, il n&#8217;est pas rare que l&#8217;on retrouve un magma des  trois dans un certain nombre de régimes. En terre d&#8217;islam, il est bien évident que le référent islamique est la première instance de légitimation. La question de la légitimité mesurée au taux d&#8217;abstention dans un pays islamique comme le Maroc me semble dénuée de portée heuristique. Il faut mettre en perspective l&#8217;avènement de ces élections, le contexte de leur déroulement, les forces politiques en présence et la lucidité des futurs députés à tenir compte des enseignements de ce scrutin. Autrement dit, sans arriver à l&#8217;explication de la déligitimation du politique, on peut raisonnablement avancer l&#8217;hypothèse d&#8217;un signal fort adressé à ceux qui sont appelés à proposer, à voter et à veiller à la bonne application des lois&nbsp;!</p>
<p><strong>Mais est-ce que, d&#8217;après vous, on est passé d&#8217;un électorat de quantité à un électorat de qualité, comme l&#8217;a affirmé l&#8217;ami du roi et le numéro deux du régime marocain, Fouad Ali El Himma&nbsp;?</strong></p>
<p>Il faut remplir précisément de sens les deux catégories énoncées. Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un électorat de quantité et de qualité&nbsp;? L&#8217;électorat n&#8217;est pas une réserve classée sur le critère de sa qualité ou de son insignifiance. Une voix est une voix, peu importe le statut ou le rang de celle ou de celui qui l&#8217;exprime. C&#8217;est le fondement même du suffrage universel et du suffrage tout court. Chaque électeur accomplit, par son vote, un acte conscient et la logique veut que plus la participation au vote est massive (de quantité&nbsp;?), mieux le système politique se porte et plus l&#8217;élu se voit investi de cette noble fonction&nbsp;: servir et non se servir&nbsp;!</p>
<p><strong>Il n&#8217;y a strictement aucun enjeu  politique majeur pendant ces élections- le Maroc est une monarchie exécutive où le roi gouverne et règne-, pourquoi donc les organiser et dépenser les deniers publics dans un pays qui en a tellement besoin&nbsp;?</strong></p>
<p>À mon sens, l&#8217;enjeu principal est de sonder l&#8217;état de l&#8217;opinion en temps réel, de vérifier effectivement ce que tout le monde diagnostiquait, y compris au sein du sérail politico-médiatique, à savoir que les islamistes se tailleraient la part du lion dans le scrutin et pourraient ainsi voir l&#8217;un des leurs accéder à la primature. Cet enjeu implique la prise en charge économique du scrutin dans sa préparation, son organisation et ses retombées.</p>
<p>Consécutivement, il y a aussi un autre enjeu que je qualifierais d&#8217;international&nbsp;: montrer une image pluraliste du Maroc à l&#8217;étranger passe par l&#8217;organisation périodique des élections. D&#8217;ailleurs la présence des observateurs internationaux dépêchés sur place pour contrôler la régularité du scrutin conforte le bien-fondé de cet enjeu.</p>
<p>La culture électorale dispose d&#8217;un certain enracinement au Maroc, quel que soit par ailleurs le degré de l&#8217;authenticité des scrutins et la loyauté des différentes parties prenantes aux processus électoraux. Il reste qu&#8217;après la chute du mur de Berlin, la plupart des pays affichent, à défaut d&#8217;épouser formellement, les canons de la démocratie représentative et la philosophie de l&#8217;économie du marché.</p>
<p><strong>Si on se fie aux résultats, le raz-de-marée islamiste n&#8217;a pas eu finalement lieu, mais par contre le vieux parti de l&#8217;Istiqlal a crée une grande surprise en devenant la première force politique du pays, comment pouvez-vous expliquer ce résultat on ne peut plus étonnant&nbsp;?</strong></p>
<p>Je vais encore secouer le sens commun en affirmant que la prime revient aux partis dont l&#8217;islamité est le dénominateur commun. Que ce soit l&#8217;Istiqlal ou a fortiori le PJD, le conservatisme religieux est érigé en valeur incontournable pour défendre un certain Maroc et tenter de le sortir de l&#8217;impasse.</p>
<p>N&#8217;oublions pas que les fondateurs de l&#8217;Istiqlal étaient des salafistes.  Allal El Fassi, son véritable fondateur, s&#8217;était clairement revendiqué de l&#8217;héritage de Mohammed Abduh, Jamal Dine Al Afghani et de son contemporain Rachid Réda. Il faut aussi avoir à l&#8217;esprit que la création de ce parti remonte aux années 1940 et qu&#8217;il a survécu à une scission survenue en 1959 qui l&#8217;a vidé de ses cadres jeunes turques avec la naissance de l&#8217;UNFP. C&#8217;est dire que l&#8217;Istiqlal est un vieil parti, tantôt gouvernemental, tantôt d&#8217;opposition à doses homéopathiques, dont on peut supputer une connaissance consommée du jeu électoral et détenant de surcroît un capital inégalé en termes de responsabilités politiques.</p>
<p>En plaçant ce parti à la tête du scrutin, les électeurs, les rares votants, ont joué la prudence et en même temps ont offert un ticket gagnant aux coalitions gouvernementales rendues nécessaires par le fait qu&#8217;aucun parti ne peut assumer à lui seul l&#8217;alternance. C&#8217;est une constante dans les expériences électorales du Maroc indépendant. Ce thème de la prudence nous amène tout droit au sociologue américain John Waterbury qui avançait l&#8217;hypothèse, fort discutable, que &#171;&nbsp;Le Marocain, qui n&#8217;est à l&#8217;aise qu&#8217;intégré à une collectivité et se sent démuni dans une action autonome, conçoit le pouvoir et l&#8217;autorité comme défensifs avant tout, servant à protéger et à conserver plus qu&#8217;à créer ou à détruire&#8230;&nbsp;&#187;, (Le commandeur des croyants. La monarchie marocaine et son élite, Paris, PUF, 1975.)</p>
<p>Par ailleurs, je peux dire que l&#8217;Istiqlal, à la faveur de sa longévité, dispose d&#8217;un socle électoral bien supérieur à celui des partis qui ne sont pas complètement aguerris au clientélisme électoral. Le PJD complète le tableau car les islamistes ont effectué assidûment pendant un certain nombre d&#8217;années un travail de terrain approfondi en direction des masses populaires. Ils ont semé leurs grains clientélistes dans les quartiers en difficulté, le contexte international et la consécration des thèmes à tonalité islamique trouvant un écho favorable auprès des diplômés dés&#339;uvrés et autres pans de la société épris d&#8217;une alternance authentique. N&#8217;étant pas associé aux expériences gouvernementales passées contrairement à l&#8217;USFP, le PJD attire les mécontents, séduit la &#171;&nbsp;classe moyenne&nbsp;&#187; et se pose par ailleurs en dénonciateur chevronné des retombées de la mondialisation sur le Maroc.</p>
<p><strong>Le chef de l&#8217;Istiqlal, Abbas El Fassi est finalement nommé premier ministre.  Beaucoup pensent que  c&#8217;est une erreur en raison de ses propos anti-berbères et de  son implication directe dans le scandale &laquo;&nbsp;Annajat&nbsp;&raquo; où 30 mille jeunes marocains ont été floués&nbsp;?</strong></p>
<p>On sait depuis Machiavel que la moralité publique n&#8217;est pas la voie la plus empruntée pour accéder aux responsabilités. Action partisane et vertu cardinale ne font pas forcément bon ménage. Les exemples ne manquent pas de par le monde&nbsp;!</p>
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		<title>Un débat&#8230; déraisonnable</title>
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		<pubDate>Fri, 09 Feb 2007 08:05:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le Québec est actuellement secoué, et c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire, par les débats sur les accommodements raisonnables. Qui dit débat, dit bien évidemment une vie démocratique saine. Je ne peux que m&#8217;en féliciter. Sauf que j&#8217;ai quelques petites remarques à formuler. Je ne pense pas que si ces accommodements étaient aussi raisonnables, ils [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton1189.jpg" border="0" />
<p>Le  Québec est actuellement secoué, et c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire, par les débats sur les accommodements raisonnables. Qui dit débat, dit bien évidemment une vie démocratique saine. Je ne peux que m&#8217;en féliciter. Sauf que j&#8217;ai quelques petites remarques à formuler.</p>
<p>Je ne pense pas que si ces accommodements étaient aussi raisonnables,  ils auraient provoqué un tel tollé. Ils étaient peut-être raisonnables à une époque mais l&#8217;évolution des mentalités a fait son effet. Une bonne partie de la population a fini par les trouver totalement déraisonnables. Et elle s&#8217;en insurge. A-t-elle raison&nbsp;? Bien évidemment. Mais il faut savoir raison garder. Débattre sereinement. Car, par moment, on a l&#8217;impression d&#8217;assister plutôt à un brouhaha absolument assourdissant. Pire, on a fini par dire tout et n&#8217;importe quoi.</p>
<p>Un exemple&nbsp;: j&#8217;ai entendu une bonne femme dans je ne sais plus quel média électronique affirmer, très sûre d&#8217;elle, qu&#8217;elle est contre la dilapidation des femmes. Encore heureux&nbsp;! Car à ma connaissance,  dans toute la longue histoire de l&#8217;humanité, il n&#8217;y a jamais eu de dilapidation de femmes. Par contre, certains responsables politiques trouvent un malin plaisir à dilapider beaucoup de fond  public pour des projets qui n&#8217;en valent pas le coup.  Là, je pense que peu de gens peuvent être d&#8217;accord.</p>
<p>Il y a aussi une chose qui me met mal à l&#8217;aise, à juste titre. C&#8217;est de pointer du doigt l&#8217;immigration. Certains ont fait preuve de beaucoup d&#8217;ignorance et autant de démagogie à ce sujet.  Car sans l&#8217;immigration, le Québec n&#8217;aurait jamais existé. Du moins sous sa forme actuelle.  Si ce n&#8217;était pas les premières communautés françaises qui ont débarqué ici, je ne pense que le Québec serait ce qu&#8217;il est maintenant. Bien plus, est-ce qu&#8217;on peut maintenant imaginer la belle pronvince sans ses Italiens, ses Grecs, ses Portugais, ses Libanais, ses Algériens&#8230;&nbsp;? Rares ceux qui vont oser. En tous les cas, ce ne sera jamais moi.  Rien que pour leur cuisine, les Italiens, par exemple, ont apporté énormément à l&#8217;art culinaire québécois. Vous l&#8217;aurez certainement deviné, je suis un inconditionnel de la cuisine italienne. Toujours est-il que l&#8217;immigration est une richesse. Et elle crée de la richesse. A tous les niveaux.  Mais malheureusement on passe souvent tout cela sous silence.</p>
<p>Dommage&nbsp;!</p>
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		<title>Pendaison de Saddam : grossière erreur de timing</title>
		<link>http://www.centpapiers.com/pendaison-de-saddam-grossiere-erreur-de-timing/706</link>
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		<pubDate>Thu, 04 Jan 2007 11:29:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
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		<description><![CDATA[Je ne regretterais jamais la mort d&#8217;un homme aussi brutal, aussi sanguinaire, aussi inhumain que le défunt dictateur irakien, Saddam Hussein. Je suis farouchement contre la peine capitale, mais au vu de tous les horribles crimes qu&#8217;il avait commis, dans son cas je suis plus qu&#8217;indécis. Car ses victimes se comptent par millions. En plus [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton1074.jpg" border="0" />
<p>Je ne regretterais jamais la mort d&#8217;un homme aussi brutal, aussi sanguinaire, aussi inhumain que le défunt dictateur irakien, Saddam Hussein. Je suis farouchement contre la peine capitale, mais au vu de tous les horribles crimes qu&#8217;il avait commis, dans son cas je suis plus qu&#8217;indécis. Car ses victimes se comptent par millions. En plus de son propre pays qu&#8217;il a mis à genou et l&#8217;avenir de tous ses compatriotes qu&#8217;il avait compromis. Peut-être pour toujours. À franchement parler, il mérite amplement d&#8217;être pendu. Pas une fois, mais plusieurs. Sauf qu&#8217;il y a un élément à ne jamais négliger. C&#8217;est la date de sa mise à mort. Tellement que c&#8217;est symbolique. Pour moi, la pendaison de Saddam samedi dernier a été un choix pour le moins déplacé. Que dire&nbsp;! Une bourde monumentale. Et ce n&#8217;est pas les raisons qui manquent.</p>
<p>D&#8217;abord, parce que c&#8217;est la fête du mouton chez plus d&#8217;un milliard et trois cents millions de musulmans. Selon la tradition coranique, cette pratique est célébrée en souvenir du prophète Abraham. Pour le mettre à l&#8217;épreuve et tester sa foi, Dieu lui a recommandé de sacrifier son fils unique. Ce qu&#8217;il s&#8217;apprêtait naturellement à faire. Sans protester. Mais in extremis, il en a été empêché. Au lieu du fils, il faut égorger le mouton. Désormais, il en sera ainsi. C&#8217;est facilement constatable, il y a là, bien patente, l&#8217;idée de la miséricorde, de la clémence et même du pardon. D&#8217;ailleurs, ce jour-là chez tous les musulmans, pratiquants ou pas, il en est ainsi. Si l&#8217;on avait un quelconque conflit avec un voisin, un ami, un frère&#8230; c&#8217;est le moment idéal de le régler et de se réconcilier. Bref, de faire la paix et d&#8217;envisager l&#8217;avenir sur de nouvelles bases.</p>
<p>Ensuite, la mort de l&#8217;ex-raïs coïncide également avec un autre cérémoniel musulman, qui est tout aussi important. Je suis sûr qu&#8217;à un moment ou un autre, vous avez certainement aperçu ou entendu, au travers des médias, qu&#8217;en ce moment c&#8217;est le pèlerinage à la Mecque, le 5e pilier de l&#8217;Islam. Environ trois millions de pèlerins originaires des cinq continents sont réunis en Arabie Saoudite. Et ce pour accomplir cette obligation religieuse. C&#8217;est le jour le plus intense, le plus important du rite qu&#8217;on décide d&#8217;en finir avec Saddam. &nbsp;&raquo; <i>Ceux qui ont pris la décision de le pendre ne se rappellent-ils pas le moment de l&#8217;arrivée des pèlerins à Minan</i>&nbsp;? &laquo;&nbsp;, se demande, dépité, un éditorialiste bien connu du Golfe persique.</p>
<p>Enfin, il faut savoir qu&#8217;on est pendant le mois de &nbsp;&raquo; dou-elhijja &laquo;&nbsp;. Selon le calendrier lunaire musulman, il fait partie des quatre mois les plus sacrés de l&#8217;année. Qu&#8217;on appelle d&#8217;ailleurs &nbsp;&raquo; al-hurum &laquo;&nbsp;. Il s&#8217;agit d&#8217;une tradition authentiquement arabe, reprise et sacralisée par l&#8217;Islam à son avènement. Elle y est totalement interdit de faire la guerre. Même à un ennemi, sauf dans le cas où il aurait été le premier à attaquer. Et encore&nbsp;! En d&#8217;autres termes, toute effusion de sang y est fondamentalement prohibée. À l&#8217;époque préislamique, celui qui viole cette convention sociale, est cloué au pilori. Son honneur est définitivement entaché. Pire, la communauté tout entière le rejette. Pour toujours. Pendant la période islamique, c&#8217;est en terme de péché qu&#8217;on parle. Gare à celui qui la transgresse. La malédiction divine le poursuivra <i>ad vitam aeternam</i>. Sans possibilité de rachat.</p>
<p>Est-ce que les Irakiens qui ont décidé précipitamment de mener Saddam au gibet sont au courant de tout cela&nbsp;? Certainement. Parce qu&#8217;ils sont arabes et musulmans. C&#8217;est d&#8217;ailleurs pour cette raison que beaucoup de gens, même les pires ennemis du dictateur, ont vu dans la date de sa pendaison une provocation pure et simple. &nbsp;&raquo; <i>On aurait pu quand même attendre quelques jours&#8230;</i> &laquo;&nbsp;, est un leitmotiv qui revient souvent dans les forums de discussion arabes et musulmans. Un sondage réalisé par le site Internet de la chaîne qatarie Al-Jazira va dans le même sens. Si ce n&#8217;est plus. 92.6&nbsp;% des participants ont été littéralement scandalisés par la date choisie pour la mort de l&#8217;ex-homme fort de l&#8217;Irak. Ils l&#8217;ont vécue comme une humiliation. Une autre de plus. Que les médias amplifie douloureusement.</p>
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		<title>Égypte : vers une république monarchique !</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Nov 2006 16:53:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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<p><strong>République monarchique, dites-vous&nbsp;?  Je suis intimement convaincu que vous ne trouverez jamais rien de poétique à cet assemblage pour le moins insolite. S&#8217;il ne vous choque pas, il doit tout au moins vous surprendre. Et pour cause. En principe, et nous le savons que trop bien, les systèmes républicains ne sont jamais dynastiques. Mais il en va tout autrement pour certains dictateurs. Après avoir passé toute leur vie au pouvoir, ils veulent en quelque sorte s&#8217;y éterniser, symboliquement. Comment&nbsp;? En prenant  toutes sortes de soins pour le léguer à leur chère progéniture après leur décès.</strong></p>
<p>Après  la Corée du Nord, la Syrie, le Congo Kinshasa, le Togo, il appert que l&#8217;Égypte, ce grand pays dépositaire d&#8217;une civilisation prestigieuse plusieurs fois millénaires, caresse de plus en plus le projet de rejoindre le club très fermé des républiques dynastiques. Il faut dire que le régime baâthiste syrien &#8211; qui n&#8217;est ni géographiquement ni culturellement loin &#8211; y est  probablement pour quelque chose.</p>
<p>En effet, la Syrie  a été le premier à donner le la en instituant ce nouveau système politique ô combien inédit&nbsp;! Au grand dam de tous les démocraties du Moyen-Orient et même d&#8217;ailleurs. Saddam aussi allait probablement suivre, mais l&#8217;intervention anglo-américaine à mis un coup d&#8217;arrêt brutal à son rêve. Le très fantasque et non moins excentrique Kaddafi n&#8217;est pas en reste. Il n&#8217;a pas non plus résisté, semble-t-il,  à cette  nouvelle mode. À bien suivre l&#8217;actualité libyenne, tout indique qu&#8217;il est en train, lui aussi, de préparer progressivement l&#8217;un de ses rejetons à la fonction suprême. Tout un programme prometteur&nbsp;!</p>
<p>Qu&#8217;on se le dise en toute franchise, hormis un ou deux pays dans le monde, cette bizarrerie politique a fini par devenir l&#8217;apanage des régimes autoritaires arabes anciennement progressistes.  Ce qui constitue un véritable pied de nez à l&#8217;Histoire lorsqu&#8217;on sait qu&#8217;ils sont arrivés (en Égypte et en Libye plus particulièrement) au pouvoir à la faveur de coups d&#8217;État contre leurs propres monarchies, jugées  à ce moment-là rétrogrades, réactionnaires et, comble des infamies, inféodées à l&#8217;Occident &#171;&nbsp;impérialiste&nbsp;&#187;.</p>
<p>Pire, pendant des décennies, ils ne se sont pas embarrassés, vu les moyens financiers importants en leur possession, de chercher des poux aux autres monarchies voisines. Ils sont même allés très loin, trop loin en n&#8217;hésitant pas à comploter contre elles.  Afin de les chasser du pouvoir, ils ont financé et même hébergé, dans certains cas, toutes sortes de mouvements pseudo-révolutionnaires d&#8217;obédience stalinienne.  Mais en vain.  Car ces monarchies sont toujours là et se sont même avérées, au fil du temps, plus stables,  moins chaotiques et pour certaines économiquement viables, si ce n&#8217;est carrément très prospères.</p>
<p><strong>Exemple syrien</strong></p>
<p>Si paradoxal que celui puisse être, lors de l&#8217;accession tragicomique de Bachar au pouvoir en Syrie, le président égyptien Moubarak &#8211; appelé ironiquement par ses  multiples contempteurs le Pharaon d&#8217;Égypte- a été peu amène avec ses confrères arabes qui penseraient céder le pouvoir à leurs enfants. Mais depuis, elle a viré sa cuti, radicalement. Et c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire. Car le vieux raïs a fini par trouver du bon à cette invention typiquement tiers-mondiste,  promise à un beau succès au Proche et au Moyen-Orient.</p>
<p>Même si  dans certains milieux politico-intellectuels égyptiens, c&#8217;est plutôt la Première Dame, Suzanne Moubarak, que l&#8217;on croit très influente et même très puissante, qui est la principale instigatrice d&#8217;un tel projet politique pour le moins loufoque. Tellement qu&#8217;il choque plus d&#8217;un.  Aux premiers desquels, les premiers concernés, les Égyptiens eux-mêmes.</p>
<p>Après une présidence qui va être probablement à vie, vu son âge très avancé-78 ans- et sa santé pour le moins vacillante, Housni Moubarak, même s&#8217;il n&#8217;a de cesse de le nier, nourrit le secret dessein &#8211; certes non encore assumé publiquement- de voir son cadet Gamal lui succéder. D&#8217;autant que le vide crée et savamment entretenu autour de lui, pendant des années de son règne, arrange bien ses calculs- il n&#8217;a pas de vice-président par exemple. En fait, aucune autre alternative n&#8217;est possible. L&#8217;on se trouve donc devant une seule et unique solution&nbsp;: celle de la succession du fiston ou le chaos &#8211; ou le déluge.  Il faut dire qu&#8217;il y a des signes avant-coureurs qui ne trompent pas. Ce qui donne libre cours à toutes sortes de spéculations de plus en plus fondées.</p>
<p>En effet, depuis 2000,  après la mise à l&#8217;écart de son grand frère, Alaa, impliqué dans une série de scandales de corruption qui ont défrayé la chronique,  Gamal est propulsé subitement au devant de la scène. En prenant bien sûr le soin de ne pas refaire le scénario à la syrienne, qui a fait rire le monde entier tellement que c&#8217;était ridiculissime. À titre de rappel,  Bachar, inconnu jusqu&#8217;alors y compris de ses propres compatriotes, s&#8217;est vu installer au pouvoir, au pied levé, peut-être même contre son gré. Car  il n&#8217;a jamais été question qu&#8217;il succède à son paternel. C&#8217;était plutôt  son aîné mort tragiquement et brutalement dans un accident de circulation que l&#8217;on préparait, depuis belle lurette, à la fonction suprême.</p>
<p>En sus, l&#8217;Égypte n&#8217;est pas la Syrie. Il faut donc absolument un semblant de légitimité  à celui que l&#8217;on veut introniser.  Il est donc impérieux de s&#8217;atteler à élaborer une stratégie  implacable, qui ne souffre d&#8217;aucune faille. Pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles.  Ce que l&#8217;on n&#8217;a pas  tardé à faire et même à la mettre en branle, tambour battant.  En dépit d&#8217;une suite de dénégations officielles -qui ne convainquent personne du reste-, on ne peut que constater que Gamal prend de plus en plus ses marques, sous l&#8217;&#339;il bienveillant et affectueux du président, plus que jamais en patriarche attendant, l&#8217;esprit tranquille, la fin de ses jours.</p>
<p>Pour peaufiner sa stature d&#8217;homme d&#8217;État, on use et on abuse de tous les procédés politico-médiatiques.   Ainsi, du jour au lendemain, Gamal est devenu, comme par enchantement, plus que présent sur tous les fronts et surtout dans le parti de son géniteur, le Parti national démocratique (PND). En un de temps record et d&#8217;une manière fulgurante, &#8211; en poussant ses pions dans toutes les directions et en écrasant au passage et sans ménagement tous les caciques du régime qui lui sont opposés- l&#8217;héritier putatif y a gravi tous les échelons pour en devenir un véritable ponte. Et pas n&#8217;importe lequel&nbsp;! Il préside aux destinées de  son  puissant comité politique. Celui-là même qui décide  du cours à donner aux orientations politico-économiques futures du parti et même du gouvernement. C&#8217;est vous dire&#8230;</p>
<p>Qui plus est, on le voit de plus en plus mordre sur les plates-bandes du président, ce qui ne serait certainement possible sans le feu vert de celui-ci. Désormais, il peut évoquer librement des sujets extrêmement sensibles, qui jusqu&#8217;à récemment  sont du ressort unique et exclusif du chef de l&#8217;État.   Ses propos dernièrement sur la nécessité pour l&#8217;Égypte de se doter d&#8217;une véritable technologie nucléaire, pour être, selon lui,  moins dépendante de l&#8217;électricité hydraulique,  n&#8217;ont pas passé inaperçus&nbsp;; ses interventions sur la question palestinienne non plus&nbsp;; de même que ses critiques acerbes  du projet américain du Grand Moyen-Orient&#8230;</p>
<p>Lors du dernier congrès du PND, les allusions à la future intronisation de l&#8217;héritier présomptif  ont fusé de toutes parts. Ce qui est tout à fait normal lorsqu&#8217;on sait le manque flagrant de toute démocratie au sein de ce parti. Il faut juste enregistrer les volontés de son président et on se tait. Telle est sa mission. Il est donc normal que l&#8217;on prépare de plus en plus  l&#8217;opinion publique à une éventuelle le fils au &#171;&nbsp;trône&nbsp;&#187; à moins que ce soit juste des ballons d&#8217;essai.   Et ce n&#8217;était pas  Houssam Badraoui, l&#8217;un des membres influents du PND, qui le démentirait. &#171;&nbsp;<i>Il est de notre droit de choisir l&#8217;homme le plus à même de diriger notre parti, a-t-il affirmé en parlant de Gamal. Et à lui seul de refuser ou d&#8217;accepter. À mon sens, il ne s&#8217;agit en aucun cas d&#8217;une succession.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p><strong>Résignation</strong></p>
<p>Dans une déclaration à la presse, Mohamed Habib, le bras droit du guide général de la puissante association des frères musulmans, considérée à juste titre comme l&#8217;opposition la plus structurée et la plus organisée au régime de Housni Moubarak, a affirmé que les préparatifs que le fils prenne la relève du père sont très avancés.  &#171;&nbsp;<i>Aucune force, a-t-il expliqué, un peu désabusé et carrément fataliste, ne peut arrêter ce processus à moins qu&#8217;il y ait un très grand mouvement populaire.  Et rien ne nous garantit qu&#8217;il y en aura  un à l&#8217;avenir.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Si du côté des puissants frères musulmans, on a adopté le profil bas, ce n&#8217;est pas le cas pour le mouvement &#171;&nbsp;Kifaya&nbsp;&#187; ( ça suffit en arabe), qui n&#8217;a de cesse depuis 2004 de protester et même d&#8217;organiser des manifestations un peu partout sur le territoire national.  Contestataire jusqu&#8217;au bout des ongles et rassemblant des hommes et des femmes de toutes les tendances politiques présentes dans le pays des Pharaons (les Islamistes, les communistes, les socialistes révolutionnaires, les nassériens&#8230;),  il a formulé plusieurs revendications que l&#8217;on peut résumer en deux points  -même s&#8217;il a mis, comme on peut le constater,  la barre trop haut&nbsp;: le départ de Housni Moubarak du pouvoir et la réalisation de réformes en profondeur pour sortir, enfin, la société égyptienne de son sous-développement chronique.</p>
<p>Malgré quelques coups d&#8217;éclat qui lui ont fait gagner la sympathie de la presse internationale, &#171;&nbsp;Kifaya&nbsp;&#187; peine à rassembler au-delà des personnes qui  lui sont déjà acquises. Souvent des intellectuels, des journalistes,  des avocats&#8230; Alors que l&#8217;écrasante majorité du peuple est totalement indifférente.  Pour beaucoup cette situation est due au règne de Housni Moubarak, marqué par l&#8217;état d&#8217;urgence auquel il ne veut jamais mettre un terme. Ce qui  a pour incidence directe la dépolitisation totale des Égyptiens. Un phénomène que l&#8217;on peut   facilement constater pas uniquement en Égypte, mais  dans tous les pays arabes. Il faut dire qu&#8217;une telle situation arrange bien leurs régimes connus pour leurs m&#339;urs antidémocratiques.</p>
<p>De plus, la conjoncture socio-économique est tellement difficile que les citoyens ne pensent plus qu&#8217;à joindre les deux bouts et à manger à leur faim. C&#8217;est connu, lorsqu&#8217;on a le ventre creux, on ne s&#8217;intéresse plus à rien. &#171;&nbsp;<i>D&#8217;où un désengagement  général des Égyptiens et leur attitude  passive et fataliste</i>&nbsp;&#187;, a expliqué au journal le Monde, Rifâat Al-Said, le chef de l&#8217;un des partis de l&#8217;opposition.</p>
<p>Quoi que  fassent les opposants au régime de Housni Moubarak, il est bien évident qu&#8217;ils ne pèsent pas vraiment lourds devant sa puissance. Le spectre, pire le cauchemar, de voir le fils accéder à la fonction suprême  se concrétisera à coup sûr. À moins d&#8217;un événement inattendu qui vient chambouler le tout.  En attendant, la démocratie, la vraie, sera jetée encore une fois aux calendes grecques. Pour le grand désespoir de tous les démocrates égyptiens, qui souhaitent un tout autre destin à leur pays.</p>
<p>Seul ombre au tableau, la position de l&#8217;armée. Est-elle d&#8217;accord ou non&nbsp;? Pour le New York Times, la question est loin d&#8217;être tranchée. Car contrairement à son père, Gamal n&#8217;a jamais fait partie de la Grande Muette. Et si jamais, il accède au pouvoir, ce serait une première. Et pour cause. Depuis 1952, tous les présidents qui se  sont succédé au pouvoir en Égypte  viennent justement de l&#8217;institution militaire.  <i>Wait and see</i>&nbsp;!</p>
<p><strong>Adoubement de l&#8217;Oncle Sam</strong></p>
<p>À la fin de mai 2006,  lors d&#8217;une visite officiellement &#171;&nbsp;privée&nbsp;&#187; à Washington, Gamal a eu plusieurs entretiens avec plusieurs personnalités importantes dans l&#8217;administration américaine. Au premier desquelles le président Georges Bush,  le vice-président Dick Cheney et le conseiller pour la sécurité nationale Steve Hadely.   Est-elle pour tâter le pouls des officiels américains&nbsp;? Est-elle un pas de plus dans la confirmation de la succession de son père&nbsp;?</p>
<p>Toujours est-il que l&#8217;on a accueilli  avec la dignité qui sied à son rang. Reste que l&#8217;impression des Américains a été largement exprimée, d&#8217;une manière on ne peut plus claire, par Robert Zulick, l&#8217;ex-secrétaire d&#8217;État adjoint  auprès de Condoleeza Rice.  Jugeons-en&nbsp;! &#171;&nbsp;<i>C&#8217;est une personnalité exceptionnelle, a-t-il dit devant un parterre de journalistes,   qui est à la tête d&#8217;un courant réformateur et qui participe activement au processus des réformes en Égypte, contrairement aux autres membres traditionnels du parti national démocratique</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p>En d&#8217;autres termes, on ne pense que du bien de Gamal. Certains n&#8217;ont pas hésité à interpréter ses propos sibyllins comme une bénédiction à peine voilée.  Il faut dire que l&#8217;échec en Irak a fini par échauder les Américains qui ne peuvent pas se permettre de déstabiliser l&#8217;Égypte avec leurs histoires de démocratisation. Un pays qui  est l&#8217;un de leurs alliés le plus sûr, le plus stratégique  et qui reçoit le plus d&#8217;aide de leur part au Proche-Orient, après bien évidemment Israël. Tant que le dauphin protégera leurs intérêts,  il est fort probable qu&#8217;ils  s&#8217;en accommoderont très bien. L&#8217;on assistera alors au retour au pragmatisme politique qui a toujours caractérisé la politique étrangère américaine envers les pays arabes. Après la parenthèse malheureuse de démocratisation à la hussarde en Irak de Bush et de son équipe de faucons et autres colombes, on revient donc à plus de réalisme.   C&#8217;est du moins ce qu&#8217;on peut en conclure.</p>
<p>Mais il y a  hic. Une Égypte monarchique risque de faire boule de neige. Les autres pays arabes, qui n&#8217;attendent que cela, vont tous suivre vu la place importante de ce pays, considéré dans l&#8217;imaginaire arabe, à tort ou à raison, comme un modèle à suivre. Ainsi, la liberté, l&#8217;alternance politique, la bonne gouvernance et la démocratie au Proche et au Moyen-Orient continueront à faire antichambre. Peut-être pour toujours pour le grand bonheur de tous les extrrémismes, qui trouveront là un terreau fertile pour prospérer encore et encore.</p>
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		<title>Triste semaine pour les journalistes</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Oct 2006 04:48:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce que l&#8217;on craignait est enfin arrivé. Anna Politkovskaïa, l&#8217;une des plus célèbres journalistes russes, est tombée, dimanche dernier, sous les balles assassines de ses ennemis que l&#8217;on sait très nombreux, tellement cette dame frêle, mais ô combien courageuse, dérangeait par sa plume des milieux on ne peut plus puissants. Pourvue d&#8217;une langue bien &#171;&#160;pendue&#160;&#187; [...]]]></description>
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<p>Ce que l&#8217;on craignait  est enfin arrivé. Anna Politkovskaïa, l&#8217;une des plus célèbres journalistes russes,  est tombée, dimanche dernier, sous les balles assassines de ses ennemis que l&#8217;on sait très nombreux, tellement cette dame frêle, mais ô combien courageuse, dérangeait par sa plume des milieux on ne peut plus puissants. Pourvue d&#8217;une langue bien &#171;&nbsp;pendue&nbsp;&#187; et une plume acerbe, elle ne s&#8217;embarrassait jamais de critiquer, d&#8217;une manière frontale, l&#8217;homme le plus puissant de Russie, Poutine, et la politique pour le moins meurtrière qu&#8217;il mène tambour battant en Tchéchénie.</p>
<p>Rentrant tranquillement chez elle ses courses à la main, ses tueurs l&#8217;ont liquidée, dans l&#8217;ascenseur de son immeuble, froidement, et d&#8217;une manière &#171;&nbsp;professionnelle&nbsp;&#187;, selon les propres termes de la police moscovite.  Il faut dire qu&#8217;elle était régulièrement menacée. Elle ne le savait que trop bien. Elle a d&#8217;ailleurs été victime en 2004 d&#8217;une tentative d&#8217;empoisonnement dans l&#8217;avion qui la menait  pour couvrir la fameuse tuerie de Beslan. Mais elle s&#8217;en est sortie, miraculeusement.</p>
<p>Enivré par les recettes astronomiques du pétrole, le président Poutine a les coudées franches et surtout des moyens immenses pour continuer d&#8217;asseoir une véritable autocratie en Russie. Après avoir fait taire tous les nouveaux riches, soupçonnés d&#8217;avoir des velléités démocratiques, et qui auraient pu, le cas échéant, lui faire de l&#8217;ombre, il s&#8217;est attaqué à la presse avec une violence inouïe. Il n&#8217;hésite pas à employer la manière la plus radicale. Il ne recule devant rien. Tous ceux qui peuvent lui poser problème sont tués. On compte d&#8217;ailleurs, selon le Comité de protection des journalistes, organisme basé à New York, 42 assassinats non élucidés de journalistes en Russie, plaçant ainsi ce pays sur le  podium des pays les plus dangereux au monde après l&#8217;Irak et l&#8217;Algérie.</p>
<p>Pour autant, le tollé quasiment planétaire provoqué par le meurtre de Poltkovskaïa a probablement mis le maître du Kremlin dans l&#8217;embarras.  Après un silence très révélateur,  il a enfin brisé le silence pour  promettre de faire une enquête pour confondre le criminel ou  les criminels. Mais personne n&#8217;y croit réellement. Surtout la  Novaïa Gazeta, le magazine où  travaillait Anna Politkovskaïa. Elle a d&#8217;ores et déjà offert 1 million de dollars à toute personne à même d&#8217;aider à faire la lumière sur cette triste affaire. C&#8217;est vous dire à quel point elle fait confiance à la justice russe.</p>
<p>La deuxième triste nouvelle est le décès dans des conditions pas tellement claires du talentueux journaliste africain et le correspondant attitré de Radio France Internationale au Cameroun, David Ndachi Tagne. Pour ceux qui  écoutaient, régulièrement, cette célèbre station, ils ne pouvaient tout simplement ne pas le connaître. Tellement ces reportages sont toujours extrêmement bien faits et très enrichissants.</p>
<p>Il faut dire que ce professionnel hors pair est une tête bien faite. En fait, il est titulaire d&#8217;un doctorat en littérature africaine et a même publié nombre d&#8217;ouvrages savants à ce sujet. D&#8217;autant plus que sa longue carrière journalistique, commencée en 1979, a  fait de lui un homme d&#8217;expérience très respectée par ses pairs et ses auditeurs.  Ce que confirme amplement cette phrase qu&#8217;on peut lire sur le site Internet de RFI&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>David Ndachi Tagne, c&#8217;était l&#8217;honnête homme, un grand journaliste, une voix, une présence qui s&#8217;imposait tout naturellement</i>.&nbsp;&#187;</p>
<p>La dernière nouvelle tout aussi triste, mais un peu moins grave, parce qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas, heureusement,  de mort d&#8217;homme, concerne le correspondant du quotidien français le Figaro en Algérie, Arezki Aït Larbi.  En allant retirer son passeport, il a été informé que son document a été bloqué par la police pour une étrange affaire de diffamation qui remonte à très loin,  en 1997 plus exactement. Manque de bol,  il apprend, complètement abasourdi,  coup sur coup, qu&#8217;un mandat d&#8217;amener a été lancé contre lui  et qu&#8217;il a même été condamné par défaut à une peine de 6 mois. Tout cela sans qu&#8217;il en sache absolument rien.</p>
<p>Ce qui  a fait dire à l&#8217;intéressé, plus que désabusé, que &#171;&nbsp;<i>tant de coïncidences ne sauraient relever d&#8217;un simple dysfonctionnement bureaucratique, mais elles sont liées à la volonté des autorités de lui refuser son accréditation en tant que correspondant d&#8217;un quotidien étranger et aux pressions récurrentes visant à l&#8217;empêcher d&#8217;exercer son métier</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p>Décidément les journalistes algériens ne sont pas au bout de leur peine. Après la décennie noire où plusieurs dizaines  des leurs sont morts sous les balles de terroristes de tout poil, voilà que le régime, requinqué lui aussi par les recettes du pétrole, s&#8217;y met aussi en réprimant à tout bout de champ.  D&#8217;ailleurs l&#8217;une de ces  victimes les plus connues n&#8217;est autre que le directeur du défunt quotidien Le Matin, Mohamed Benichou, qui a passé deux ans en prison. Son seul et unique crime, il a écrit un livre sur le président algérien, A. Bouteflika.</p>
<p>Comme on peut le constater, ce qui relève  de la norme dans les pays démocratiques est loin d&#8217;être le cas sous d&#8217;autres cieux. Comme quoi la lutte pour la liberté de la presse et la démocratie doit être permanente et sans relâche. Car beaucoup de régimes autoritaires n&#8217;attendent que la moindre petite occasion pour condamner illico presto les rares espaces de liberté que les démocrates ont acquis de haute lutte. À nous de les soutenir, en en parlant par exemple&nbsp;!</p>
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		<title>Libération : un grand journal à vau-l&#8217;eau</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Oct 2006 06:20:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Depuis le lancement de son premier numéro sous forme de quatre pages le 18 avril 1973, Libération (appelé Libé familièrement par ses lecteurs)a connu des hauts et surtout des bas. La première grande crise de ce journal estampillé à gauche, voire extrême gauche, date de 1981. Paradoxalement, c&#8217;est l&#8217;année même où la gauche politique, dirigée [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton895.jpg" border="0" />
<p><strong>Depuis le lancement  de son  premier numéro  sous forme de quatre pages le 18 avril 1973, Libération (appelé Libé familièrement par ses lecteurs)a connu des hauts et surtout des bas.  La première grande  crise de ce journal estampillé à gauche, voire extrême gauche,  date de 1981. Paradoxalement, c&#8217;est l&#8217;année même où la gauche politique, dirigée par le très charismatique François Mitterand, avait le vent en poupe en accédant, dans l&#8217;euphorie quasi générale, au pouvoir en France pour la première fois depuis l&#8217;avènement de la 5e république en 1958.</strong></p>
<p>À ce moment-là,  les difficultés sont telles que le titre Libération a même été obligé d&#8217;arrêter sa parution et ne reparaît que quelques mois plus tard. Bien que l&#8217;on ne ménage rien pour assurer la pérennité du quotidien, des crises  récurrentes, plus ou moins graves, allaient le secouer. Mais à chaque  fois il s&#8217;en est sorti, parfois miraculeusement, non sans quelques dégâts collatéraux. Loin de rester les bras croisés, tout a été pratiquement essayé de l&#8217;aveu même de  son ex-indéboulonnable et non moins  talentueux directeur Serge July. Mais en vain.</p>
<p>&#171;&nbsp;<i>Libération n&#8217;est pas une société financièrement  dépensière, explique Serge July,  celui-là même qui n&#8217;est déjà plus son sempiternel patron parce que poussé à la porte par Édouard de Rotshild, le désormais homme fort de l&#8217;entreprise et son actionnaire de référence. Nous avons fait beaucoup de plans d&#8217;économies, utilisant toutes les techniques&nbsp;: les réductions d&#8217;effectifs, l&#8217;externalisation d&#8217;un certain nombre d&#8217;activités, le plafonnement des augmentations de salaires, quand elles ne sont pas tout simplement bloquées, le blocage des embauches, le contrôle sévère de nos coûts, la mise en concurrence de  nos prestataires&#8230;</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, avec ses 142 000 ventes chaque jour, ses 900 000 lecteurs et ses 200 000 internautes quotidiens, Libération est l&#8217;un des plus importants quotidiens français -et de loin, je le reconnais volontiers, mon préféré.  Malgré cela, sa survie n&#8217;est pas pour autant assurée. Après moult concessions idéologiques douloureuse et autant de tentatives plus ou moins originales pour le relancer, il semble que la nième crise dans laquelle il se débat   présentement, risque de l&#8217;emporter, définitivement ou du moins le changer, radicalement, à telle enseigne qu&#8217;il serait, peut-être, méconnaissable. Ce qui serait vraiment dommage&nbsp;!</p>
<p><strong>Fin d&#8217;une époque</strong></p>
<p>Mais, objectivement, comment en est-on arrivé là&nbsp;?  Tout simplement parce que l&#8217;époque et les gens ont radicalement changé. On est à la fin d&#8217;une époque et au début d&#8217;une autre. La révolution numérique qui a cours sous nos yeux a pratiquement tout chamboulé. Les vieux schémas de l&#8217;industrie médiatique ne sont tout simplement plus opérants. Les journaux gratuits et le règne de la  gratuité sur Internet y sont pour beaucoup. La crise est profonde, totale et structurelle. Pratiquement toute la presse écrite et pas seulement Libération souffre, terriblement. Beaucoup de titres y ont laissé des plumes, et même certains ont mis, définitivement, la clé sous la porte.  &#171;&nbsp;<i>Il est remarquable, fait savoir encore une fois Serge July, que tous les médias généralistes d&#8217;informations baissent depuis des années&nbsp;: la presse quotidienne payante évidemment, mais aussi les radios (2 millions d&#8217;auditeurs en trois ans) et même la télévision.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Dans ce contexte, la publicité, l&#8217;une des sources de financement les plus importantes de la presse, ne suit plus, ne peut plus suivre.  Ce qui est tout à fait logique. Pire, les coûts viennent s&#8217;emmêler. Ils n&#8217;ont cesse d&#8217;augmenter. Ce qui a naturellement empiré, dramatiquement, les choses. Même si c&#8217;est le cas partout dans le monde, en France, la situation est on ne peut plus grave. Et ce pour des raisons propres à ce pays.  &#171;&nbsp;<i>(La crise) est plus aiguë en France, en raison de particularités héritées de l&#8217;histoire&nbsp;: les coûts de fabrication, d&#8217;impression, de transport et de distribution y sont plus élevés, et les marchands de journaux de plus en plus rares (l&#8217;année dernière, plus de 400 points de vente ont fermé)</i>&nbsp;&#187;, pourrait-on lire sur une lettre explicative du personnel publiée dans le  journal.</p>
<p>Il n&#8217;y a pas que cela, le lectorat aussi a complètement changé parce que son mode de vie  s&#8217;est radicalement métamorphosé. Par conséquent, il ne lit plus autant qu&#8217;auparavant. En fait, il y a une véritable crise de lecture dans ce pays de culture, la France. Le nombre de lecteurs s&#8217;est réduit comme peau de chagrin. La désaffection a suivi une courbe dangereusement descendante. &#171;&nbsp;<i>Il existait 28 quotidiens nationaux en 1946. Ils se vendaient à plus de 6 millions d&#8217;exemplaires chaque jour. Aujourd&#8217;hui, il en reste 11 (dont 7 généralistes), qui ne diffusent plus que 2 millions d&#8217;exemplaires</i>&nbsp;&#187;, lit-on sur un papier collectif publié sur les colonnes de Libération.</p>
<p>Ajoutons à cela que le lecteur n&#8217;a plus envie de lire ou  il n&#8217;en a plus le temps. D&#8217;autant plus qu&#8217;il est surinformé.  L&#8217;information est présente à tous les coins de rue, pourrait-on dire. A voir toutes les multitudes de médias (télévision, radio, Internet, cellulaire&#8230;) qui le bombardent sans relâche d&#8217;informations à longueur de journée, on peut facilement comprendre qu&#8217;il soit &#171;&nbsp;repu&nbsp;&#187; jusqu&#8217;à la nausée. À quoi bon prendre un journal pour y lire la même chose&nbsp;?</p>
<p><strong>Cafouillage</strong></p>
<p>De plus, la fin des idéologies, doublée d&#8217;une cacophonie rédactionnelle, peut aussi être un paramètre d&#8217;explication. Le clivage gauche-droite fait déjà partie d&#8217;un passé très lointain. &#171;&nbsp;<i>Même si personne ne l&#8217;avoue, la crise de Libération est aussi idéologique&nbsp;: c&#8217;est celle d&#8217;un groupe d&#8217;ex-soixante-huitards qui, aimanté sur le tard par la mondialisation néolibérale, séduit par ses élites, n&#8217;a pas perçu, au tournant des années 90, la &#8220; barbarisation&#8221;  du nouveau capitalisme et la paupérisation à venir des classes moyennes dont Libération aurait pu devenir le porte-drapeau. Les responsables de Libé n&#8217;ont rien vu venir&nbsp;: ni la panne de l&#8217;ascenseur social, ni le chômage des cadres, ni la dégradation des conditions de vie des petits fonctionnaires, ni la crise de l&#8217;idéal européen, ni la faillite du jospinisme, ni le non au référendum. Une partie de la rédaction, elle, plus en contact avec le réel, a fini par réagir. Du coup, le quotidien est devenu incohérent (pluraliste, disent les plus optimistes). Quand le reporter de Libé défend les pêcheurs, les agriculteurs ou les ouvriers &#171;&nbsp;en mouvement&nbsp;&#187;, l&#8217;éditorialiste et le titreur du journal promeuvent la nécessité de s&#8217;adapter à la modernité du marché. À quoi bon sauver des professions &#8220; ringardes&#8221;&nbsp;? En fait, l&#8217;éditorial et la une énervent les lecteurs altermondialistes, tandis que le reportage agace ceux qui pensent comme l&#8217;éditorialiste.</i>&nbsp;&#187;, fait remarquer d&#8217;une manière extrêmement critique, le journaliste Philippe Cohen .</p>
<p>Il y a aussi une autre chose,  dans la presse, et c&#8217;est une terrible plaie, on raconte à peu prés la même chose, à quelques exceptions près. L&#8217;uniformisation rébarbative a fait son effet. Par voie de conséquence, le lecteur voit de moins en moins la différence entre les lignes éditoriales des journaux. N&#8217;en déplaise à Serge July, la presse française n&#8217;est plus aussi plurielle qu&#8217;elle était. Qui plus est, elle s&#8217;est installée, doucement mais sûrement, dans un conformisme ennuyeux.  L&#8217;originalité, l&#8217;audace et l&#8217;imagination sont devenues irrémédiablement  des arlésiennes. &#171;&nbsp;<i>Libé ne choque plus. Il n&#8217;est, à vrai dire, plus attendu, ni même attendu</i>&nbsp;&#187;, note, acerbe, toujours le même Philippe Cohen.</p>
<p>Tout cela a entraîné une espèce de divorce, lent mais bien réel,  entre presse et lecteur dont on ne mesure que maintenant toute l&#8217;étendue et surtout la gravité.   Car si  la presse écrite est affaiblie, c&#8217;est la démocratie qui en pâtira le plus. Et là on ne peut qu&#8217;être d&#8217;accord avec Serge July lorsqu&#8217;il  affirme, si justement, que &#171;&nbsp;<i>ce média est indispensable à la vie démocratique, au point d&#8217;être le média qui nourrit tous les autres, l&#8217;atelier de réflexion et du débat national</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p>Espérons qu&#8217;une situation viable, durable et solide va être trouvée le plus tôt possible pour que Libération, ce joyau de la presse française, ne meure de sa belle mort, comme c&#8217;était le cas de l&#8217;Huma, France-Soir&#8230;  Il est bien certain que sa probable disparition serait terrible pour des milliers de lecteurs.  Comme moi. Car je l&#8217;ai lu tous les matins pendant des années. Il va sans dire que  j&#8217;y ai appris énormément de choses. De plus,  et je l&#8217;avoue en toute franchise, si la passion de l&#8217;écriture m&#8217;a rattrapé, c&#8217;est en partie grâce à lui. C&#8217;est vous dire&#8230;</p>
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		<title>Aux origines de la télé-réalité</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Oct 2006 08:41:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Loft story&#160;&#187; et autre &#171;&#160;Occupation double&#160;&#187; ont une cote d&#8217;écoute absolument formidable. En effet, les succès de la télé-réalité intriguent encore et toujours les spécialistes de tout poil. Mais peu d&#8217;entre eux se sont interrogés, réellement, sur les origines de ce phénomène télévisuel. D&#8217;où le mérite de cet article, écrit il y a quelque temps [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton875.jpg" border="0" />
<p><strong>&#171;&nbsp;Loft story&nbsp;&#187; et autre &#171;&nbsp;Occupation double&nbsp;&#187; ont une cote d&#8217;écoute absolument formidable.  En effet, les succès de la télé-réalité intriguent encore et toujours les spécialistes de tout poil.  Mais peu d&#8217;entre eux se sont interrogés, réellement, sur les origines de ce phénomène télévisuel.  D&#8217;où le mérite de cet article, écrit il y a quelque temps déjà, mais ô combien d&#8217;actualité&nbsp;!, où j&#8217;ai essayé, modestement certes,  de faire la lumière sur le cheminement suivi par la télévision et ses acteurs pour aboutir à ces émissions de télé-réalité qui sont programmées presque continuellement sur nos chaînes.</strong></p>
<p>La première trace romanesque de la surveillance par le biais des caméras est attestée dans un roman intitulé 1984 -inversion de sa date de publication à savoir 1948 &#8211; de l&#8217;écrivain anglais, Georges Orwell. C&#8217;est une &#339;uvre de science-fiction qui a été écrite dans le contexte particulièrement difficile de la guerre froide, marqué surtout par la terrible chape de plomb imposée par les régimes communistes à leurs propres peuples.</p>
<p>G. Orwell y raconte l&#8217;histoire d&#8217;une Angleterre gouvernée par les socialistes et faisant partie d&#8217;un continent imaginaire, l&#8217;Océanie. La société est formée de prolétaires, qui ne sont pas &#171;&nbsp;vraiment importants&nbsp;&#187;&nbsp;; des membres du parti&nbsp;; de &#171;&nbsp;Big Brother&nbsp;&#187;, qui dirige le pays&nbsp;; et de la police de la pensée, chargée de maintenir l&#8217;ordre. La population y est constamment espionnée par des &#171;&nbsp;telescreens&nbsp;&#187; placés partout. Un exemple de cette implacable surveillance&nbsp;: dans sa chambre, Winston, le héros du roman, renâcle à faire ses exercices matinaux obligatoires. La monitrice, qui l&#8217;a à l&#8217;&#339;il, le lui reproche immédiatement et le somme de les faire sans atermoiement.</p>
<p>Les gens ne peuvent en aucun cas échapper au contrôle de &nbsp;&raquo; Big Brother &laquo;&nbsp;. Et si jamais ils transgressent les lois en vigueur, qui du reste sont très oppressives, ils sont sur-le-champ arrêtés et torturés. Tous les opposants sont systématiquement éliminés&nbsp;; ou encore &laquo;&nbsp;vaporisés &laquo;&nbsp;, selon l&#8217;expression même de G. Orwell, sans que personne ne s&#8217;en aperçoive.</p>
<p>Jacques Blociszewski, qui s&#8217;est penché sur la problématique du totalitarisme, parle ainsi de cette &#339;uvre&nbsp;: &nbsp;&raquo; <i>relire le roman de 1984, c&#8217;est plonger au c&#339;ur des mécanismes totalitaires. Considéré comme indissociable de l&#8217;univers communiste, 1984 va au-delà et nous éclaire sur la censure et l&#8217;oppression &#8211; à la fois interne et externe &#8211; que l&#8217;homme contemporain s&#8217;inflige à lui-même</i>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Pour autant, la première illustration visuelle de la télé-réalité se trouve probablement dans Rear Widndow, un film réalisé, en 1954, par d&#8217;Alfred Hitchcock. Le cinéaste y montre le quotidien d&#8217;un reporter photographe, James Stewart, cloué au fauteuil roulant à cause d&#8217;une facture à la jambe. Pour tuer le temps, il observe de sa fenêtre les faits et gestes de ses voisins et des passants. On dirait presque que c&#8217;est un spectateur qui assiste à un film ou un spectacle quelconque. Bref, ce film met très largement en lumière ce penchant propre à l&#8217;homme qui veut tout voir et tout connaître, quitte parfois à violer l&#8217;intimité d&#8217;autrui.</p>
<p><strong>L&#8217;ancêtre télévisuel de Loft Story</strong></p>
<p>Le premier programme de télé-réalité, baptisé &nbsp;&raquo; An American Family &laquo;&nbsp;, a été diffusé en 1973 sur la chaîne publique PBS. Il s&#8217;agissait de filmer sur une longue période la &laquo;&nbsp;vraie &nbsp;&raquo; vie de &laquo;&nbsp;vrais &nbsp;&raquo; gens, et de la raconter sur plusieurs épisodes. Malgré sa banalité, cette émission a attiré beaucoup de téléspectateurs.</p>
<p>Chemin faisant, le concept du documentaire intimiste filmant des anonymes plaît et se propage. En 1974, &nbsp;&raquo; The Family &nbsp;&raquo; débarque en Grande-Bretagne, sur la BBC. En 1992, on le retrouve avec &nbsp;&raquo; Sylvania Waters &nbsp;&raquo; en Australie (ABC) et, par la suite, au Royaume-Uni, encore sur la BBC, qui ne cesse plus de diffuser de tels programmes. En 1996, l&#8217;audience atteinte par &nbsp;&raquo; Airport &nbsp;&raquo; permet aux premiers anonymes &#8211; en l&#8217;occurrence un jeune steward&nbsp;-, d&#8217;accéder à une notoriété qui dépasse le seul contexte de l&#8217;émission. Leurs visages s&#8217;étalent, pendant plusieurs jours, dans la presse. Et les chaînes comprennent qu&#8217;il y a là un bon filon qu&#8217;il faut encore affiner pour l&#8217;exploiter au moment venu.</p>
<p>Cependant, l&#8217;émission qui se rapproche le plus de &nbsp;&raquo; Loft Story &nbsp;&raquo; est certainement &nbsp;&raquo; The real world &laquo;&nbsp;, créée et produite, il y a une dizaine d&#8217;années, par la télévision américaine. Son principe consiste à filmer, chaque année et dans chaque ville Américaine, des jeunes gens volontaires, dont le choix répond toujours à des conditions bien précises&nbsp;: une fille très sexy, un jeune très normal, un homosexuel&#8230; Tout ce beau monde est filmé dans sa vie quotidienne&nbsp;: à la maison, au travail, à la faculté, etc. Le soir, un montage dramatisé des moments forts de la journée est diffusé à une heure de grande écoute.</p>
<p>Mais le virage majeur est pris en 1997 avec l&#8217;ancien chanteur écossais Bob Geldof. Il propose &laquo;&nbsp;Expedition Robinson &nbsp;&raquo; à la télévision suédoise&nbsp;: divertissement devient jeu. Les candidats s&#8217;éliminent entre eux, le gain en argent est très élevé. Ce qui a donné un caractère on ne peut plus haletant au déroulement de l&#8217;émission.</p>
<p><strong>Télé-poubelle et Internet</strong></p>
<p>L &#8216;évolution de la télévision &#8211; vers plus de sensationnalisme, de voyeurisme et d&#8217;exhibitionnisme &#8211; a eu pour corollaire la production d&#8217;émissions qu&#8217;on a coutume de qualifier de &nbsp;&raquo; Trash tv &nbsp;&raquo; ou de télé-poubelle. Elles mettent en scène des gens qui racontent, sans aucune gêne, leurs secrets les plus intimes, le plus souvent à un moment de grande écoute. Ce genre de programmes a eu un succès absolument phénoménal dans presque tous les pays occidentaux.</p>
<p>&nbsp;&raquo; Jerry Springer Show &laquo;&nbsp;, une production de la télévision américaine est de loin l&#8217;émission la plus célèbre. Des invités viennent sur le plateau et, devant une foule en délire, ils avouent leurs confidences scabreuses ou font des révélations scandaleuses sur leur vie. La fin de l&#8217;émission vire toujours au pugilat ou en bagarres violentes. D&#8217;ailleurs, en 2000, un couple qui a participé à une émission dont le thème est &nbsp;&raquo; Le face-à-face des maîtresses rivales &laquo;&nbsp;, a été impliqué dans l&#8217;assassinat de l&#8217;ex-femme du mari.</p>
<p>En France, c&#8217;est l&#8217;émission C&#8217;est mon choix, diffusée par une petite chaîne publique, France3, qui se rapproche le plus du concept américain. Plus de sept millions de téléspectateurs la suivent quotidiennement. Les sujets traités n&#8217;ont rien à envier à &nbsp;&raquo; Jerry Springer Show &laquo;&nbsp;. Jugeons-en&nbsp;: &nbsp;&raquo; Je montre mon corps &laquo;&nbsp;, &laquo;&nbsp;J&#8217;exhibe ma vie sur Internet &laquo;&nbsp;, &laquo;&nbsp;Je me suis mariée avec une personne âgée &laquo;&nbsp;, &laquo;&nbsp;Je n&#8217;aime pas porter les vêtements &laquo;&nbsp;, etc.</p>
<p>Le succès de ce genre d&#8217;émissions a poussé les chaînes à aller encore plus loin. Ainsi, la chaîne câblée américaine Court TV, spécialisée dans la diffusion des audiences enregistrées dans les tribunaux du pays, a connu, à la fin des années 1990, son heure de gloire lors du procès d&#8217;O. J. Simpson.</p>
<p>À la recherche du sensationnalisme à tout prix, cette chaîne est allée jusqu&#8217;à diffuser les confessions d&#8217;un criminel, Steven Smith, qui a raconté, avec un réalisme qui donne le froid dans le dos le viol et le meurtre d&#8217;une femme médecin.</p>
<p>Pire, Internet démocratise, en quelque sorte, cette dérive exhibitionniste. Tout le monde ou presque peut se montrer et avouer ses secrets les plus intimes sans aller dans un studio de télévision. Grâce à des petites caméras, les webcams, les Internautes du monde entier s&#8217;exhibent à qui mieux mieux. L&#8217;engouement pour le moins massif pour ce genre de sites a surpris plus d&#8217;un spécialiste des médias.</p>
<p>Le succès le plus retentissant de la toile planétaire est incontestablement l&#8217;histoire de ces cinq étudiantes américaines de l&#8217;Ohio qui, pour le plaisir de se montrer, ont truffé leur appartement de webcams. Elles peuvent ainsi être observées vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Tous leurs faits et gestes sont filmés et vus par des millions de gens à travers le monde.</p>
<p>En somme, tous ces ingrédients ont nourri l&#8217;idée latente d&#8217;une émission mettant en scène des gens prêts à tout montrer. Il ne faut que l&#8217;homme providentiel pour lui donner corps. Ce qui ne tarde pas à arriver dans un petit pays européen, la Hollande, avec un personnage qui a beaucoup roulé sa bosse dans les médias, John de Mol.</p>
<p><strong>Le déclic déclencheur</strong></p>
<p>C&#8217;est en s&#8217;inspirant de &nbsp;&raquo; Biosphere II &laquo;&nbsp;, une expérience scientifique dans laquelle un groupe d&#8217;individus est enfermé en vue de créer un écosystème viable dans une bulle dans le désert de l&#8217;Arizona, que John de Mol a eu son idée géniale.</p>
<p>&nbsp;&raquo; <i>C&#8217;est de là qu&#8217;est née l&#8217;idée de &nbsp;&raquo; Big Brother &laquo;&nbsp;, un show télévisé exporté dans plus de 27 pays, qui a fait la fortune de celui qu&#8217;on appelle &nbsp;&raquo; big daddy&nbsp;&raquo;, multimilliardaire et deuxième fortune de son pays</i> &laquo;&nbsp;, explique le journaliste Jean-Sébastien Stheli qui a rencontré John de Mol.</p>
<p>L&#8217;émission a été produite bien évidemment par Endemol (une contraction de Mol et de End), une société née en 1994 de la fusion de deux maisons de production&nbsp;: celle de John de Mol et celle de Joop Van Den End. Elle a été diffusée pour la première fois dans une chaîne de la télévision hollandaise, Veronika.</p>
<p>Le principe fondateur de l&#8217;émission de &nbsp;&raquo; Big Brother &nbsp;&raquo; est simple&nbsp;: filmer jour et nuit, en vase clos, des individus qui ne se connaissent pas et diffuser en prime time les meilleurs moments des 24 heures écoulées.</p>
<p>À l&#8217;origine, ils étaient neufs&nbsp;: tous jeunes et de race blanche, choisis parmi 3000 candidats. Les femmes sont plutôt jolies et les hommes avenants. Ils doivent passer cent jours dans une maison construite pour l&#8217;occasion, sans aucun moyen de communication avec l&#8217;extérieur. Aux murs, 24 caméras dont plusieurs infrarouges qui fonctionnent la nuit, et 59 microphones. Impossible d&#8217;échapper à l&#8217;&#339;il scrutateur de l&#8217;objectif&nbsp;: aucun angle mort, même sous la douche. À intervalle régulier, les téléspectateurs-voyeurs sont appelés à élire le plus sympathique des habitants de cette prison nouveau genre. Celui qui rassemble le moins de voix est contraint de quitter les lieux.</p>
<p>Le succès ne tarde pas à venir, malgré les critiques acerbes dont l&#8217;émission a été l&#8217;objet. Chaque soir entre 20h et 20h 30, ils sont 380 000 téléspectateurs (17% des parts de marché, ce qui n&#8217;est pas négligeable) à être rivés à leur écran.</p>
<p>Le 21 mars 2001, Endemol a annoncé la programmation sur M6, une petite chaîne commerciale française, de &nbsp;&raquo; Loft story &laquo;&nbsp;. Le succès de cette émission a été extraordinaire. Il a même été couronné comme la meilleure émission de l&#8217;année.</p>
<p>Grâce à ce succès, M6 joue désormais dans la cour des grandes chaînes commerciales françaises avec six millions de téléspectateurs au dernier épisode de &nbsp;&raquo; Loft story &laquo;&nbsp;. Grâce à ses différents programmes de télé-réalité qui ont suivi &nbsp;&raquo; Loft story &nbsp;&raquo; M6, selon le journaliste économique Guy Dutheil&nbsp;: &nbsp;&raquo; a<i> réalisé des résultats financiers historiques en 2003. Il enregistre, en effet, un chiffre d&#8217;affaires plus important dans ses activités de diversification (chaînes thématiques, édition, vidéo) que dans la publicité, respectivement 601,7 millions d&#8217;euros et 575,2 millions d&#8217;euros, pour un chiffre d&#8217;affaires total de 1,176 milliards d&#8217;euros.</i> &laquo;&nbsp;</p>
<p>Vu la tournure des événements, TF1, la grande chaîne généraliste françaises, qui a perdu des parts importantes du marché, n&#8217;a pas hésité à suivre le courant, malgré les tergiversations de ses responsables qui ont, maintes fois, promis qu&#8217;ils ne programmeraient jamais de telles émissions. C&#8217;est ainsi que &nbsp;&raquo; Star Academy &nbsp;&raquo; est née. Même si les débuts sont difficiles, elle a eu par la suite un très grand succès. Et depuis c&#8217;est la guerre de tranchées entre les deux chaînes françaises.</p>
<p>Tous les pays européens ont succombé au phénomène. Ils ont eu, tous, leurs propres émissions de télé-réalité produites par Endemol. Elles ont attiré des millions de gens. Résultat, les bénéfices de cette société ont considérablement augmenté en un laps de temps.</p>
<p>Deux ans après la diffusion de &nbsp;&raquo; Big Brother &laquo;&nbsp;, en Hollande, Endemol est devenu un acteur majeur dans l&#8217;espace télévisuel&nbsp;: numéro un en Europe et numéro deux en France.</p>
<p><strong>Et ça continue&nbsp;!</strong></p>
<p>Malgré quelques échecs, la télé-réalité fait toujours recette en Europe. Des millions de téléspectateurs raffolent toujours de ces programmes. Mais l&#8217;overdose guette. Car si les producteurs ne reculent devant rien pour concocter leurs programmes ou les remettre en selle, le téléspectateur commence à faire la fine bouche. Le label télé-réalité n&#8217;est plus forcément synonyme de succès. Le désaveu, encore en filigrane dans de nombreux pays comme la France, est plus perceptible aux États-Unis où on assiste à un repli de ce genre d&#8217;émissions.</p>
<p>Pendant ce temps là, dans d&#8217;autres régions du monde, soi-disant rétives à tout ce qui est occidental, le succès de ce genre d&#8217;émissions est indéniable. En Russie à titre d&#8217;exemple. Et même dans les pays islamiques où d&#8217;ailleurs les islamistes ont vainement protesté et même manifesté dans la rue pour exiger l&#8217;arrêt immédiat de la version arabe de &nbsp;&raquo; Star Academy &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Au total, l&#8217;idée de la télé-réalité a évolué au gré de l&#8217;évolution technologique et des changements des représentations que l&#8217;homme se fait de lui-même et de son milieu. Le principe de ces émissions est consubstantiel à la vie moderne et interpelle, au-delà des différences culturelles, quelque chose de profond et surtout de commun à tous les humains. On aura à faire toutes sortes de conjectures sur ce succès, mais une chose est certaine, la télé-réalité a fait le bonheur d&#8217;Endemol et de ses dirigeants.</p>
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		<title>Al-Anfal : la barbarie à l&#8217;&#339;uvre</title>
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		<pubDate>Tue, 19 Sep 2006 08:32:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>lahsen oulhadj</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.centpapiers.com/IMG/arton835.jpg" border="0" />
<p><strong>Après son procès portant sur l&#8217;affaire de Doujaïl,  l&#8217;ex-raïs irakien Saddam Hussein et six  autres coaccusés, tous dignitaires de son défunt régime, reviennent devant le Haut tribunal pénal irakien. Et ce, pour s&#8217;expliquer, cette fois-ci,    quant aux opérations tristement célèbres d&#8217;Al-Anfal. Les accusations sont extrêmement graves et par nature imprescriptibles&nbsp;: génocide, crimes de guerre, crimes contre l&#8217;humanité, utilisation d&#8217;armes chimiques, exécution massive de civils &#8230;</strong></p>
<p>C&#8217;est Saddam Hussein lui-même qui avait décidé du choix de la dénomination d&#8217;Al-Anfal  -butin de guerre selon la sémantique coranique&nbsp;-, qui n&#8217;est autre que le titre de la 8e sourate du Coran où est évoquée &#171;&nbsp;Badr&nbsp;&#187;, la première grande bataille gagnée par le prophète contre ses ennemis, tous d&#8217;irréductibles réfractaires aux recommandations de sa nouvelle religion.  Il va sans dire, et vous en conviendrez,  que la reprise de cette appellation est tout bonnement inappropriée, voire même impropre parce que les Kurdes sont musulmans.  Peut-être même plus musulmans que Saddam et ses hommes liges.</p>
<p>En réalité, l&#8217;instrumentalisation de l&#8217;Islam &#8211; une constante de toutes les dictatures arabes &#8211;  par un régime qui se disait paradoxalement champion de la laïcité, du modernisme et autre progressisme, est un truisme. Il fallait donner une légitimité à ses propres horreurs quitte à battre en brèche les principes les plus simples de la religion musulmane.  Et comme l&#8217;explique l&#8217;avocat arabo-irakien, Zouhir Kadem Abboud &#8211; l&#8217;un des rares à prendre la défense des Kurdes&nbsp;-, &#171;&nbsp;<i>Saddam a donné au massacre des kurdes et à leur extermination massive les allures d&#8217;une mission quasi divine. L&#8217;objectif étant de donner le change aux autres populations irakiennes et gagner par voie de conséquence leur soutien</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p><strong>Crimes récurrents</strong></p>
<p>On est donc à une contradiction près, mais le régime baâthiste, comme à son accoutumé, n&#8217;en a cure. Son principal objectif est de trouver hic et hunc une &#171;&nbsp;solution finale&nbsp;&#187; pour le &#171;&nbsp;problème kurde&nbsp;&#187;.  Car tout ou presque a été essayé (arabisation totale, déportation de populations, exécutions sommaires, pressions tous azimuts&#8230;), mais en vain. Le Kurde tel un roc est toujours là. Il faut donc, en dernier recours, lui appliquer la manière forte, d&#8217;une cruauté insoutenable, qui n&#8217;a rien à envier aux méthodes des régimes les plus totalitaires, les plus inhumains et les plus sadiques.  Désormais, tout serait permis et rien n&#8217;arrêterait plus Saddam et ses sbires dans leurs entreprises criminelles.</p>
<p>Il y a lieu de signaler qu&#8217;Al-Anfal n&#8217;est malheureusement que le point d&#8217;orgue d&#8217;une série de boucheries perpétrées depuis 1979 par les armées de Saddam contre les Kurdes. Le président de l&#8217;Institut kurde de Paris, Kendal Nezan, a estimé le nombre de victimes, y compris celles d&#8217;Al-Anfal,  à quelque 400 000 morts.  On peut aussi citer, sans vouloir être exhaustif, le massacre en 1979 de milliers de chiites kurdes, la liquidation en 1983 de près de 800 hommes dans la région de Barzan, 40 enfants massacrés en 1984, disparitions forcées d&#8217;intellectuels et de militants kurdes (Mohamed Rachid Fattah, Dichat Mariwani&#8230;), exécution sommaire de toute personne soupçonnée d&#8217;avoir la moindre sympathie avec les maquisards kurdes&#8230;</p>
<p>En un mot, le Kurdistan, dans sa totalité, est devenu, progressivement,  à son corps défendant, une immense nécropole jonchée de corps de milliers d&#8217;innocents. Leurs seuls crimes, c&#8217;est d&#8217;être kurde et de s&#8217;entêter à le rester.  Ceci mettait le régime baâthiste dans tous ses états, car convaincu que, au nom de la supériorité réelle ou supposée  de la culture et l&#8217;identité arabes, toutes les autres cultures et identités ne peuvent, en aucun cas, avoir droit de cité sur  le territoire irakien. Par conséquent, elles devaient, en définitive, être anéanties, exterminées.  C&#8217;est très simpliste, mais c&#8217;était ainsi.</p>
<p><strong>Génocide à huis clos</strong></p>
<p>Khaled Sulaiman, journaliste montréalais d&#8217;origine kurde, qui a vécu douloureusement cette tragédie dans sa chair et dans son âme &#8211; elle y a perdu plusieurs membres de sa famille&nbsp;-, et qui a publié dernièrement tout un livre en arabe sur ce sujet, a eu une définition pour le moins pertinente d&#8217;Al-Anfal. &#171;&nbsp;<i>C&#8217;était, explique-t-il,  une opération militaire, politique, nationaliste, idéologique de l&#8217;&#339;uvre de Saddam en 1988 contre les populations kurdes d&#8217;Irak. Tous les moyens de répression imaginables et d&#8217;extermination massive y étaient utilisés&nbsp;: armes chimiques,   avions,  chars&#8230; pour arracher, au propre et au figuré, les Kurdes à leurs maisons, à leur terre et les massacrer collectivement, dans des conditions non encore élucidées, dans le désert irakien.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Quel prétexte le régime de Saddam a-t-il invoqué pour déclencher Al-Anfal&nbsp;? Suite à l&#8217;accusation faite aux principales formations politiques kurdes,  l&#8217;union patriotique kurde (UPK) et le Parti démocratique kurde (PDK), d&#8217;être en collusion avec l&#8217;Iran, qui était en guerre contre l&#8217;Irak, Saddam a ordonné à son cousin, Ali Hassan Al-Majid, d&#8217;en finir une fois pour toutes avec les Kurdes et &#171;&nbsp;nettoyer&nbsp;&#187;  tout le Nord de l&#8217;Irak de leurs combattants armés, les fameux perchmergas.</p>
<p>Personnage très irascible, extrêmement sanguinaire et féru d&#8217;armes chimiques (d&#8217;où son surnom d&#8217;Ali le Chimique),  celui-ci va déclencher contre les Kurdes entre 1986 et 1988 huit grandes opérations meurtrières. Y sont utilisés toutes sortes de gaz (le gaz moutarde et les gaz neurotoxiques)  prohibés pourtant depuis la convention de Genève de 1925. Il n&#8217;y avait que l&#8217;homme fort de l&#8217;Italie fasciste, Benito Mussolini, qui l&#8217;a transgressée en les utilisant en Abyssinie.   C&#8217; est vous dire&#8230;</p>
<p>Ayant les pleins pouvoirs sur tout le Kurdistan irakien, il a décidé, en 1987, que dans ce territoire existaient des &#171;&nbsp;zones interdites&nbsp;&#187;  dont une bonne partie de leurs habitants sont considérés comme des insurgés et conséquemment des ennemis.  Il a donc donné son feu vert de tuer toute personne s&#8217;y trouvant. C&#8217;était la mise en branle des opérations génocidaires de triste mémoire d&#8217;Al-Anfal, qui ont duré du  23 février au 6 septembre 1988.</p>
<p>Tous les villages sont détruits et leurs populations regroupées dans des camps spécialement aménagés à cet effet.  Si elles sont soupçonnées du moindre lien avec les rebelles, elles sont immédiatement passées aux armes.  Ceux qui ont eu la vie sauve ne sont pas mieux traités. Ils sont déportés au Sud de l&#8217;Irak pour disparaître, à jamais.  C&#8217;était le cas dans la région de Garmyan, vidée, presque totalement, d&#8217;une grande partie de ses habitants. Dans les zones difficiles d&#8217;accès, l&#8217;utilisation d&#8217;armes chimiques &#8211; déjà expérimentées plus tôt sur l&#8217;Iran &#8211; était la règle pour en chasser les combattants kurdes et tous ceux qui ont fui la répression féroce des forces armées de Saddam.</p>
<p>Reste que le massacre le plus connu et dont les images apocalyptiques ont fait, à l&#8217;époque, le tour du monde est naturellement la ville martyre de Halabja &#8211; une quarantaine d&#8217;autres villages ont subi le même sort&nbsp;-, bombardée impitoyablement du 13 au 16 mars 1988 avec une panoplie de gaz plus ou moins connus&nbsp;: sarin, tabun et vx. Des enfants, des femmes, des vieux y ont péri dans des conditions terriblement et horriblement atroces. Les estimations vont jusqu&#8217;à 5000 morts dans cette seule ville de 60 000 habitants, 20 000 contaminés à vie avec bien évidemment de très graves séquelles, et des milliers de réfugiés en Iran.</p>
<p>Néanmoins, les pertes globales d&#8217;Al-Anfal en biens et surtout en vies humaines dépassent tout entendement.  &#171;&nbsp;On<i> parle au bas mot, affirme Khaled Sulaiman,  de 182 000 personnes sur une population de 5 millions d&#8217;âmes -ce qui est énorme &#8211; qui ont été tué ou disparu depuis ces opérations militaires.  Toutes les catégories d&#8217;âge étaient concernées,  même les femmes, les enfants et les personnes âgées. Pour les hommes, n&#8217;en parlons même pas.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p><strong>Preuves accablantes</strong></p>
<p>Devant une telle horreur absolue, Human Right Watch n&#8217;a pas hésité à comparer Al-Anfal au nettoyage ethnique dont sont victimes les malheureux juifs se trouvant en territoire soviétique conquis par les nazis, lors de la Seconde Guerre mondiale.  Car, comme le démontrent les archives du régime irakien, tout est planifié au détail près.   Outre les forces armées, plusieurs administrations étaient directement impliquées. De fait, on avait carrément affaire à une véritable industrie de la mort.</p>
<p>&#171;&nbsp;<i>De tous les crimes de Saddam Hussein, Al-Anfal est sans doute le plus massif en termes de victimes, le plus systématique dans le temps, note le spécialiste du Kurdistan Chris Kutschera en ajoutant que (c&#8217;est) aussi le plus documenté&nbsp;: des tonnes de documents saisis dans les bureaux des services de sécurité irakiens par les Kurdes après le soulèvement de mars 1991, et transférés aux États-Unis, où ils sont entreposés aux archives nationales du Congrès.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>La Convention internationale pour la prévention et la répression du 12 janvier 1951 définit le crime de génocide comme &#171;&nbsp;<i>l&#8217;intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux</i>&nbsp;&#187;. Ce qui s&#8217;applique immanquablement et à tout point de vue au cas kurde. Il est donc tout à fait normal que Saddam et ses lieutenants soient poursuivis pour des accusations de génocide. Ce que le tribunal n&#8217;aura pas beaucoup de difficultés à prouver.  Déjà les premiers témoignages des victimes l&#8217;étayent amplement. D&#8217;autant plus que l&#8217;accès aux archives du régime défunt, qui avait la manie de tout mettre sur papier, est chose on ne peut plus aisée.</p>
<p>&#171;&nbsp;<strong> Solidarité&nbsp;&#187; arabe </strong></p>
<p>La complicité des régimes arabes avec Saddam est incontestable. Non seulement au nom du nationalisme arabe &#8211; sur le déclin, mais encore en vogue&nbsp;-, mais aussi parce qu&#8217;ils voyaient le cas kurde d&#8217;un mauvais &#339;il. Certains d&#8217;entre eux ont au sein de leurs territoires des minorités &#8211; et même des majorités &#8211; religieuses et linguistiques très importantes qui risquent de prendre graine des Kurdes.  Rien ne garantit qu&#8217;elles ne seraient pas tentées de faire de même et revendiquer, elles aussi, leurs propres États.</p>
<p>Il était donc urgent,  impérieux même de tout faire pour tuer dans l&#8217;&#339;uf toute possibilité de création d&#8217;un État kurde. L&#8217;Algérie de Boumediène, qui avait fort à faire avec ses propres Berbères,    a d&#8217;ailleurs joué un rôle déterminant dans la signature de l&#8217;accord de 1975  par lequel l&#8217;Irak, fait rarissime dans les annales des relations internationales,  a renoncé le plus simplement du monde à une partie de son territoire au profit de l&#8217;Iran. En échange, celui-ci s&#8217;est engagé à l&#8217;aider à mettre fin, irrévocablement, à l&#8217;irrédentisme kurde.</p>
<p>Ce marché qui n&#8217;a pas eu la vie longue. Car on connaît bien évidemment la suite. Quelques années après, la donne a subitement changé. L&#8217;Irak allait envahir l&#8217;Iran après la prise du pouvoir par Khoumeyni pour tenter de mettre un point d&#8217;arrêt à l&#8217;exportation probable de sa révolution islamique. Ce conflit meurtrier arrangeait bien, d&#8217;une part, les riches théocraties du Golfe qui n&#8217;ont d&#8217;ailleurs jamais lésiné sur les moyens pour soutenir Saddam contre &#171;&nbsp;l&#8217;ennemi persan&nbsp;&#187; &#8211; l&#8217;animosité arabo-iranienne date de plusieurs siècles -&nbsp;; d&#8217;autre part, il servait grandement Saddam dans la mesure où l&#8217;Irak est composé d&#8217;une majorité de chiites, donc forcément très sensible à ce qui se passait chez le voisin iranien. Il fallait donc tout faire pour faire taire ses empêcheurs de tourner en rond kurdes.  Parce qu&#8217;il y avait des choses plus importantes à faire.</p>
<p>Si incroyable que cela puisse être, dans une information rapportée à l&#8217;époque par le Guardian, les ambassadeurs arabes à Londres n&#8217;ont pas trouvé mieux que d&#8217;exprimer leur mécontentement envers la presse et le gouvernement anglais. Le seul tort de ces derniers était de dénoncer, même si c&#8217;était à des degrés divers, les pratiques criminelles de Saddam contre les populations kurdes.</p>
<p>L&#8217;histoire peut même malheureusement se répéter. Aujourd&#8217;hui même, au Darfour,  la Ligue arabe n&#8217;a de cesse d&#8217;apporter, sans aucun scrupule, un soutien indéfectible au gouvernement soudanais, qui, par milices interposées, commet les pires atrocités contre ses propres populations. Leur seul crime, comme c&#8217;était le cas avec les Kurdes, c&#8217;est qu&#8217;elles n&#8217;ont pas cette chance inouïe d&#8217;être arabes.</p>
<p><strong>Silence de l&#8217;intelligentsia arabe</strong></p>
<p>Quant à l&#8217;élite intellectuelle arabe, le jugement de Khaled Sulaiman est sans concession. &#171;&nbsp;<i>À part, regrette-t-il, une minorité d&#8217;hommes de culture qui ont brisé tardivement &#8211; il faut le souligner &#8211; le silence comme Adonis, Hazim Saghia, Abbas Bidoun, Ilias Khouri, Waddah Charara et Hassan Daoud, la majorité composée essentiellement de gauchistes, de nationalistes et d&#8217;islamistes est restée prisonnière des perceptions habituelles du parti Baâth, qui, comme on le sait,  tendent à voir dans le Kurdistan rien de moins qu&#8217;un second Israël.</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>Mais l&#8217;attitude la plus intenable et la plus insupportable aussi &#8211; vu l&#8217;envergure de l&#8217;homme &#8211; est celle de l&#8217;un des esprits les plus brillants de sa génération,  le penseur américain d&#8217;origine palestinienne, Edward Saïd.  Celui-là même qui n&#8217;arrêtait pas de prendre son bâton de pèlerin pour dénoncer, sans cesse,  les &#171;&nbsp;injustices&nbsp;&#187; faites aux Arabes et aux Palestiniens,  n&#8217;a pas hésité à mettre en doute la véracité des massacres des Kurdes. Et s&#8217;ils ont réellement eu lieu, ils ne peuvent être, selon lui,  que de l&#8217;&#339;uvre de l&#8217;Iran.</p>
<p>Dans le London Review of Books, il avait écrit noir sur blanc que &#171;&nbsp;<i>l&#8217;information selon laquelle l&#8217;Irak a gazé ses propres populations a été répétée ici et là. C&#8217;était complètement non fondé. Il y a au moins un rapport militaire dont les conclusions montrent clairement que le gazage des Kurdes a été l&#8217;&#339;uvre non pas de l&#8217;Irak, mais de l&#8217;Iran. Mais,  personne n&#8217;a daigné les évoquer</i>&nbsp;&#187;.  Pire, encore,  il n&#8217;a pas hésité à accuser Kanâan Makiya,  l&#8217;un des rares intellectuels arabo-irakiens à rapporter, des épreuves à l&#8217;appui,  les crimes de Saddam, d&#8217;être, si fantaisiste que cela puisse être,  au service des Américains et même de travailler pour l&#8217;ex-président américain, Georges Bush père.</p>
<p>Halkwat Hakem, professeur et réfugié kurde en France, fait remarquer quant à lui, un peu désabusé que    &#171;&nbsp;<i>le monde arabe ne parle jamais des crimes commis par le régime irakien contre les Kurdes, contre la population arabe. Pour quelles raisons&nbsp;? Je pense que le monde arabe, qui a l&#8217;esprit et les yeux fixés sur le problème palestinien, ne veut pas qu&#8217;une autre question aussi juste soit-elle, soit exposée, exprimée au sein de sa population, surtout quand cette question concerne un pays ou un dictateur arabes et qu&#8217;elle peut de plus amener l&#8217;opinion publique à accorder moins d&#8217;importance au sort des Palestiniens, car en comparaison, la population kurde a beaucoup plus souffert que la population palestinienne. Assez souvent d&#8217;ailleurs, les Kurdes disent souhaiter avoir autant de droits et de libertés que les Arabes en Israël. Les Palestiniens ont la possibilité de mener une Intifada&nbsp;: en deux ans, il y a eu 2000 tués palestiniens. En un quart d&#8217;heure, Saddam Hussein, le chantre du nationalisme arabe, a tué 5000 personnes, et, contrairement aux Palestiniens dont la cause est défendue à travers le monde, personne n&#8217;a rien dit</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p><strong>Complicité occidentale</strong></p>
<p>Si l&#8217;attitude bienveillante des pays du bloc communiste est tout à fait logique, le silence assourdissant du monde occidental, c&#8217;est-à-dire des pays démocratiques et des droits de l&#8217;homme,  par rapport aux atrocités de Saddam est tout simplement inacceptable, immoral et scandaleux. Il s&#8217;explique pour essentiellement deux raisons&nbsp;:</p>
<p>La première, est que l&#8217;Irak et son régime sont devenus par la force des choses des protecteurs des intérêts euro-américains dans ce Moyen-Orient extrêmement sensible. Surtout après la prise du pouvoir à Téhéran par les islamistes et l&#8217;exil de l&#8217;un des alliés les plus sûrs notamment des Américains et accessoirement des Européens dans la région, le Shah d&#8217;Iran. Il faut en plus éviter par tous les moyens la &#171;&nbsp;contamination&nbsp;&#187; des pays voisins, très proches si ce n&#8217;est carrément inféodés à l&#8217;Occident,  par la &#171;&nbsp;révolution islamique&nbsp;&#187; de Khoumeyni, par essence anti-occidentale.</p>
<p>L&#8217;Irak apparaît donc comme le seul rempart à même de stopper net le nouveau régime iranien dans ses visées révolutionnaires. D&#8217;où le lancement de la guerre Iran-Irak qui allait durer quelque huit années pendant laquelle le soutien à Saddam occidental a été constant, total, aveugle même. Le 20 décembre 1983,  le futur secrétaire américain à la défense, Ronald Rumsfeld, celui-là même qui a tout fait que pour les États-Unis interviennent en Irak,  ne s&#8217;est pas embarrassé pour prendre le chemin de Bagdad et aller serrer la main du dictateur  Saddam.</p>
<p>&#171;&nbsp;<i>C&#8217;était encore lui qui prépara sans scrupule les arrivages de produits chimiques, qui allaient servir, en 1988, au gazage des habitants du village kurde de Halabja, au Nord de l&#8217;Irak. C&#8217;était, en outre, les armes de l&#8217;aide militaire américaine qui permirent aux troupes irakiennes d&#8217;envahir le Koweït le 2 août 1990</i>&nbsp;&#187;, selon le journaliste Ryadh Fékih.</p>
<p>Pire, quelques mois après le martyre insoutenable de Halabja, les Américains n&#8217;ont eu aucun mal à accorder 1 milliard de dollars de crédits supplémentaires au dictateur de Bagdad. C&#8217;est vrai qu&#8217;à l&#8217;époque, Saddam n&#8217;était pas encore devenu, pour les Américains, le monstre, le psychopathe, le nouvel Hitler&#8230; et autres sobriquets non moins éloquents.  On pouvait encore compter sur lui. Par voie de conséquence, il ne fallait rien lui refuser.</p>
<p>La deuxième, c&#8217;est la vente des armes au régime irakien. Ce qui pose à coup sûr un problème de conscience pour certains pays européens. Le cas de la France est très édifiant à ce niveau. La fameuse &#171;&nbsp;politique arabe&nbsp;&#187;  de la France, héritée de Gaulle, ne peut pas tout expliquer. Et c&#8217;est le cas de le dire. Il faut rappeler que, à l&#8217;époque, l&#8217;Irak était considéré par l&#8217;establishment français comme un nouvel Eldorado. Car le pays a besoin de tout et en plus, il est plus que solvable, immédiatement.</p>
<p><strong>Notre ami Saddam</strong></p>
<p>Sur ces entrefaites, il ne fallait pas être étonné que la France soit devenue le deuxième fournisseur en armes à Saddam juste après l&#8217;Union soviétique (c&#8217;était ce pays qui lui a fourni son premier réacteur nucléaire).   Ses relations avec l&#8217;Irak datent de la fin des années 60 du siècle passé lorsque le général de Gaulle était encore au pouvoir. Elles ont continué, voire se sont renforcées, sous la présidence de G. Pompidou. C&#8217;était d&#8217;ailleurs en 1972 que le futur président d&#8217;Irak, Saddam Hussein, a effectué sa première visite officielle en France.</p>
<p>Le rapprochement militaire entre les deux pays allait donc en crescendo surtout avec Jacques Chirac comme Premier ministre de Giscard d&#8217;Estaing. Jugeons ce qu&#8217;il dit à Saddam en septembre 1975&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>Vous êtes mon ami personnel. Vous êtes assuré de mon estime, de ma considération, de mon affection.</i>&nbsp;&#187; Voilà, la messe est dite.    C&#8217;était d&#8217;ailleurs lors de sa présence à Matignon que la coopération nucléaire a été signée. Même si la France se défendait de lui avoir livré que du nucléaire civil, les Israéliens n&#8217;ont voulu rien savoir. Ils ont bombardé en 1981 le réacteur irakien &#171;&nbsp;Osirak&nbsp;&#187;.  Pour les autres armes conventionnelles, la France ne refusait absolument rien au régime irakien. Comment peut en être autrement alors que Saddam, appelé par flagornerie le &#171;&nbsp;Richelieu arabe&nbsp;&#187;,  payait rubis sur ongle&nbsp;?</p>
<p>Sous la présidence socialiste, la France ne changera pas d&#8217;un iota la nature de ses rapports avec Bagdad.  François Mitterand a eu cette phrase on ne peut plus révélatrice en évoquant le conflit irako-iranien&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>Nous ne voulons pas la défaite de l&#8217;Irak.</i>&nbsp;&#187; &#171;&nbsp;<i>À l&#8217;époque, explique avec une ironie acerbe Frédéric Pagès, le journaliste du Canard enchaîné, on trouve tant de vertus à Saddam. La laïcité, le socialisme du baâth, &#8216;&#8217;l&#8217;émancipation des femmes irakiennes&#8217;&#8217; servent d&#8217;alibis. Cet État &#8216;&#8217;jacobin&#8217;&#8217;, centralisé, moderniste, a renversé la monarchie en 1958 aux accents de  &#8216;&#8217;La Marseillaise&#8217;&#8217; et de &#8216;&#8217;La Carmagnole&#8217;&#8217;. Cela autorise bien quelques &#8216;&#8217;Vendées&#8217;&#8217; sanglantes&nbsp;?</i>&nbsp;&#187;</p>
<p>En fait, la France a été toujours à la disposition totale de Saddam. Toutes les armes françaises qu&#8217;il souhaitait lui étaient livrées illico presto. Pour résumer, on trouve dans ce cas de figure l&#8217;application concrète, cynique même de la célèbre phrase de Gaulle&nbsp;: &#171;&nbsp;<i>La France n&#8217;a pas d&#8217;amis, elle n&#8217;a que des intérêts</i>&nbsp;&#187;. Nous sommes tentés de dire qu&#8217;elle n&#8217;a pas non plus de principes.  L&#8217;humanisme, la démocratie et les droits de l&#8217;homme dont tous les hommes politiques français n&#8217;arrêtent pas de se gargariser, toutes tendances confondues,  s&#8217;en trouvent sacrifiés sur l&#8217;autel des intérêts purement mercantiles. Cités par Frédéric Pagès, Paul Angeli et Stéphane Menier écrivent dans leur livre Notre Allié Saddam qu&#8217; &#171;&nbsp;<i>un président (Miterrand )  et trois Premiers ministres, Mauroy, Fabius et Chirac,  ont fait l&#8217;impasse    sur les exploits de l&#8217;Irak en chimie appliquée</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p>Justement en évoquant les armes chimiques, ce n&#8217;était pas Saddam qui les a fabriquées. C&#8217;était, encore une fois de plus,  en plus des Américains, les Allemands et les Anglais les lui ont fournies, abondamment. D&#8217;où bien évidemment la gêne pour le moins perceptible des chancelleries Occidentales et même communistes, et la timidité évidente de leur condamnation des crimes  atroces commis au Kurdistan.</p>
<p>Seuls le Canada et les pays scandinaves &#8211; et c&#8217;est à leur honneur &#8211; ont eu le courage de le brocarder, sans ménagement.   Amnesty International n&#8217;est pas en reste. Cette organisation, toujours à l&#8217;affût, n&#8217;a pas hésité à dévoiler au monde entier l&#8217;hypocrisie des pays occidentaux. En effet, on peut lire dans l&#8217;un de ses rapports que &#171;&nbsp;<i>dix-sept entreprises britanniques figurant sur la liste des sociétés ayant vendu à l&#8217;Irak des technologies permettant de construire des fusées ou des armes nucléaires, biologiques, chimiques ou conventionnelles (&#8230;). (&#8230;) 24 sociétés américaines ont vendu des armes à l&#8217;Irak ainsi que des technologies pour des armes nucléaires et des fusées. En outre, environ &laquo;&nbsp;50 filiales d&#8217;entreprises étrangères ont mené leurs transactions portant sur la fourniture d&#8217;armes à l&#8217;Irak depuis le territoire des États-Unis&#8217;&#8217;. L&#8217;Allemagne apparaissait comme le plus important partenaire de l&#8217;Irak dans le secteur de l&#8217;armement, avec 80 entreprises ayant vendu des technologies militaires à Bagdad</i>&nbsp;&#187;.</p>
<p><strong>Catharsis, peut-être&nbsp;!</strong></p>
<p>Cela étant dit,  la chute du régime baâthiste de Saddam &#8211; peu importe comment et par qui &#8211; a été accueilli à juste titre avec beaucoup de soulagement par les populations kurdes et chiites. Le principal pour elles, c&#8217;est qu&#8217;il ne soit plus au pouvoir et s&#8217;il est jugé,  c&#8217;est encore mieux. D &#8217;ailleurs, on n&#8217;ergotera pas indéfiniment sur les modalités de son procès, mais une chose est sûre, celui-ci serait l&#8217;occasion pour les victimes encore vivantes de se mettre en face de leur bourreau, affaibli, complètement démuni.</p>
<p>Qui sait&nbsp;! Peut-être arriveraient-elles à tourner, en définitive, la page et à envisager l&#8217;avenir sans ce &#171;&nbsp;monstre&nbsp;&#187;. Un monstre qui n&#8217;est &#8211; et c&#8217;est tellement vrai&nbsp;-, encore une fois selon Khaled Sleiman,  qu&#8217; &#171;&nbsp;un produit de ce que la culture occidentale a de plus violent en elle et la mentalité clanique, tribaliste et chauvine arabe&nbsp;&#187;. Le très controversé Bernard Lewis, le célèbre universitaire britannique installé aux Etats-Unis, abonde d&#8217;ailleurs dans le même sens, si ce n&#8217;est plus,  en considérant le parti baâth ni plus ni moins qu&#8217;un clone du parti nazi.</p>
<p>Et comme on le sait, le nazisme, le fascisme et autre totalitarisme sont à l&#8217;origine des phénomènes éminemment occidentaux.  Sans vouloir dédouaner Saddam, en fait, si on y réfléchit de près,  il n&#8217;a finalement rien inventé. Il n&#8217;a fait en quelque sorte que s&#8217;inspirer, avec la bénédiction des démocraties occidentales, de tous les anciens dictateurs européens. Staline entre autres qu&#8217;il considère, à titre de rappel, comme son modèle d&#8217;homme politique.</p>
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