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Albert Ricchi

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Journaliste citoyen, mon blog est consacré à la politique, la démocratie, l'économie, l'environnement ainsi qu'à plusieurs réformes essentielles à entreprendre aujourd'hui afin de réconcilier les citoyens avec la République et la justice sociale.

Adieu Leny !

Leny-Escudero

Leny Escudero, de son vrai nom Joaquim Escudero, est décédé le 9 octobre 2015 à son domicile dans l’Eure des suites d'une insuffisance pulmonaire aiguë.

Pour lui, la chanson c’était d’abord la chanson à texte. Il était de ces artistes, comme Brassens, Ferrat ou Ferré, qui ne faisaient aucune concession. Il n’avait jamais enterré le rêve d’un modèle alternatif à celui du capitalisme et du consumérisme…

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Air France : les voyous ne sont pas ceux qu’on croit…

Air France - conflit - licenciement

Cinq jours après l'interruption du comité central d’entreprise d’Air France par une manifestation de salariés, les négociations ont repris discrètement entre la Direction et les syndicats, certains évoquant l’hypothèse de la nomination d’un médiateur.

Si la chemise déchirée de Xavier Broseta, directeur des ressources humaines,  a fait le bonheur des médias nationaux et internationaux, les salariés n'ont pas oublié les propos du 1er ministre Manuel Valls qui s'était  dressé en justicier pour dénoncer les voyous de la République…
 
 
L’attitude de la Direction d’Air France pose toujours de graves problèmes à l’ensemble des salariés inquiets à juste titre de la survie de l’entreprise.

Les propos délirants d’Alexandre de Juniac, président-directeur général d’Air France-KLM contre les salariés grévistes, le droit et la durée légale du travail ne sont pas oubliés.  Ces propos auraient mérité qu’il soit démis de ses fonctions car d’autres l’ont été pour moins que ça.

Le personnel est toujours choqué également par la diatribe de Manuel Valls qui a conforté ceux qui jettent à la rue les personnels avec leurs familles et ceux qui jouent de la concurrence sauvage imposée dans l'aéronautique, notamment par les princes des monarchies du Golfe, par ailleurs financiers de l'intégrisme rétrograde…

Comment croire alors dans ces conditions au « dialogue social », d’autant que de graves erreurs ont été commises dans un passé récent ?

La lourde addition de la privatisation

Le 10 février 1999, le gouvernement de Lionel Jospin privatisait partiellement Air France. Le 22 février 2002, la compagnie était introduite en bourse au prix de 14 € l’action. Le 10 juillet 2003, l'assemblée des actionnaires d'Air France entérinait la privatisation totale de la compagnie aérienne qui devenait effective le 6 mai 2004.

Depuis cette privatisation, les salariés d’Air France paient cher la politique de financiarisation de leur direction : externalisations, réductions d’effectifs, gel des salaires et des embauches, casse des acquis sociaux, etc. Depuis 2004, 6430 départs n’ont pas été renouvelés auxquels il convient d’ajouter le plan de 1 800 départs volontaires organisé en 2010.


La première phase du plan Transform 2015 (lancé progressivement depuis janvier 2012) a liquidé près de 5 600 postes. L’acte II du plan accentue encore la diminution des effectifs. Une saignée qui touche particulièrement le personnel au sol mais également le personnel navigant commercial et les pilotes. « En l’espace de quatre ans, on a perdu entre 12 000 et 15 000 personnes et ça commence à faire beaucoup », s’alarme Didier Fauverte, secrétaire général de la CGT Air France.

Pour faire face à l’endettement d’Air France-KLM, aggravé par la crise de 2008, qui atteignait en janvier 2012, 6,5 milliards d’euros, la direction a misé sur un vaste plan de restructurations concernant ses activités court et moyen-courriers et son activité cargo marginalisée de plus en plus au profit du fret en soute. Or, privilégier les long-courriers, très rentables jusqu’en 2008, au détriment des court et moyen-courriers, cumulé au développement des vols low-cost sur petites distances, a contribué à creuser le déficit des vols courts.

Aujourd’hui, le plan « Perform 2020 » prévoit une réduction de voilure sur le long-courrier en deux phases : cinq avions en moins en 2016, des réductions de fréquences et la non-entrée dans la flotte de Boeing 787. Puis en 2017, la sortie de neuf autres appareils et la fermeture de cinq lignes en Asie. En tout, 2900 suppressions de postes (300 pilotes, 900 hôtesses et stewards, 1700 personnels au sol).

L’histoire des Rafale


En mai dernier François Hollande est arrivé à Doha, au Qatar, accompagné des ministres des affaires étrangères et de la défense, Laurent Fabius et Jean-Yves Le Drian, pour assister à la signature officielle de deux contrats de vente de 24 avions de combat Rafale.
 
Le Qatar avait mis une condition à l’achat de ces avions : obtenir des droits de trafic supplémentaires vers la France pour sa compagnie aérienne, Qatar Airways. L’émirat a eu finalement gain de cause et ses avions qui desservent déjà Paris, pourront désormais atterrir à Lyon et à Nice, vraisemblablement trois fois par semaine.

 
En agissant ainsi, François Hollande a aiguisé de fait la concurrence avec Air France poussant cette dernière à de nouveaux licenciements. Mais de cela ni Valls, ni Hollande ni les médias n’en disent mot !

 
Air France, en difficulté, a déjà du mal à résister à la concurrence des compagnies du Golfe. Cette fois, ce sera encore plus difficile car en s’installant dans des aéroports régionaux français, les avions quataris risquent de détourner le trafic vers le hub de Doha, au détriment de Paris.

 
Cette décision pénalise donc la compagnie au moment même où elle tente de se redresser. Elle pourrait même aggraver la situation car Air France sera peut-être contrainte de revoir ses vols. Or, quand un avion long-courrier est retiré de la flotte, ce sont 300 emplois directs en moins !

 
La décision apparaît d’autant plus incompréhensible qu’elle est prise par l’Etat, qui est actionnaire de la compagnie aérienne à 17 %. Les Émirats arabes unis, qui sont, eux aussi, intéressés par des avions de combat, pourraient faire la même demande auprès des autorités françaises pour leur compagnie aérienne Etihad !

 
Dans un communiqué, le syndicat national de pilotes de ligne d’Air France (SNPL) s’inquiète donc de la « mort à terme » de l’ensemble du secteur : « Le seul élément qui protège encore les compagnies aériennes européennes au sein d’une compétition absolument faussée, c’est la non délivrance d’autorisations de desserte supplémentaire des aéroports européens aux compagnies non respectueuses des règles de concurrence ». Le  syndicat dénonce « la concurrence déloyale des compagnies du Golfe, qui touchent de la part de leur gouvernement des subventions colossales, estimées à plus de 40 milliards de dollars ces dernières années. »
 
Entre Lionel Jospin, ex-premier ministre socialiste, qui a privatisé Air France en 1999 (l'ensemble des privatisations sur la période 1997-2002 ayant rapporté 210 milliards de francs en cinq ans, un record absolu !),

 
les actionnaires qui veulent maximiser les profits,

 
le PDG, Alexandre de Juniac, qui aurait augmenté son salaire de 70 %,

 
le DRH, Xavier Broseta, qui aurait provisionné une cagnotte de 150 millions € pour les retraites chapeaux des principaux dirigeants,

 
le président de la République, François Hollande, qui  autorise la desserte supplémentaire des aéroports français aux compagnies non respectueuses des règles de concurrence,

 
le 1er ministre, Manuel Valls, qui a déjà privatisé partiellement l’aéroport de Toulouse-Blagnac (49,9% au consortium sino-canadien SNC Lavalin et Symbiose), malgré près de 10 millions de bénéfices annuels, 
 
le Ministre de l'économie, Emmanuel Macron, qui veut privatiser les aéroports de Lyon-Saint Exupéry et Nice-Côte d’Azur,

 
les voyous ne sont pas ceux qu’on croit...


   

 

  


 
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Inondations dans le Sud-Est : le réchauffement climatique a bon dos…

Les fortes pluies qui se sont abattues dans le Sud-Est de la France dans la nuit du 3 au 4 octobre dernier, faisant des dégâts énormes et de nombreuses victimes, sont-elles potentiellement liées au changement climatique en cours ?
 
Les élus municipaux, départementaux, régionaux et les parlementaires qui cumulent souvent ces différentes fonctions se précipitent depuis dimanche matin sur tous les micros qui se tendent pour accuser le ciel de tous les maux.

Mais si ce type d’épisode cévenol fait autant de ravages, c’est aussi parce que d’autres facteurs importants se conjuguent à une météo exécrable...
 
 
La situation actuelle, explique Météo-France, est notamment due à un vaste système de basses pressions positionné sur l’Atlantique qui autorise la remontée de l’air chaud chargé d’humidité en provenance de la Méditerranée, dont la température de surface a été en septembre, « plus chaude que la moyenne sur toute sa partie nord-ouest ».
 
Mais « aucune preuve solide ne vient actuellement étayer l’hypothèse du réchauffement climatique »  dans les inondations qui ont frappé les Alpes-Maritimes, estime plusieurs spécialistes du climat. D’ailleurs, le nombre de jours ayant connu de très fortes précipitations n’a pas subi d’évolution au cours du demi-siècle écoulé.
 
Aidés par des journalistes sur le terrain ne retenant que le sensationnel,  les médias reprennent en boucle les remarques des habitants qui ont souvent une mémoire sélective du temps qu’il a fait. Les chaînes de télévision privilégient les images des entassements de voitures, maisons dévastées et sous-sols inondés provoqués par la brusque montée des eaux...
 
La loi Defferre sur la décentralisation du 2 mars 1982 et la politique urbanistique  des élus locaux sont largement responsables du drame actuel
 
La loi sur la décentralisation, initiée par Gaston Defferre en 1982, a partagé le pouvoir entre l'État et les collectivités territoriales ou locales. Par ce processus, l'État a délégué un certain nombre de ses compétences aux collectivités, qui se sont dotées de leurs propres organes de décision et de ressources propres. Les collectivités territoriales ont acquis depuis cette époque davantage d'autonomie notamment dans la délivrance des permis de construire, la délimitation des zones à urbaniser, etc.
 
La plupart des élus locaux ont ainsi mené des politiques foncières délirantes en faisant disparaître chaque année de nombreuses terres agricoles ou zones vertes. Entre 2006 et 2014, l’artificialisation des sols a supprimé 500 000 hectares dont 2/3 de terres vouées à l’agriculture, réduisant quasiment à néant leur capacité d’absorption des eaux de pluies. Toutes les statistiques du ministère de l’Ecologie et du ministère de l’Agriculture, montrent que ce phénomène prédomine dans le Sud-Est.

Aujourd'hui, les élus des Alpes maritimes notamment ont donc d’écrasantes responsabilités dans un département en proie à la folie immobilière et où la densité atteint 300 habitants (et parfois bien plus au kilomètre  carré contre une moyenne de 100 pour le reste du territoire).
 
Ces élus ont facilité depuis longtemps l’artificialisation de territoires entiers au nom de leurs valeurs foncières et ont oublié aujourd'hui dans leurs commentaires éplorés aux médias, que le taux d’artificialisation est trois fois supérieur dans les zones littorales de la région Paca que dans le reste de la France.
 
Tracé de nouvelles routes, construction de parkings, dispersion des zones d’habitats, mise en place d’un urbanisme commercial ou canalisation excessive des petits fleuves côtiers ont ainsi décuplés la force destructrice des pluies violentes ou d'orages exceptionnels. Cela a renforcé les dégâts dans les zones les plus basses où aucun permis de construire ne devrait avoir été accordé, pour les habitations individuelles comme pour les implantations industrielles ou pour les grandes surfaces.
 
Les drames passés sont nombreux. En octobre 1988 à Nîmes, les inondations font 11 victimes. En septembre 1992, à Vaison-la-Romaine, 46 personnes sont emportées par le débordement de l'Ouvèze. En novembre 1999, on dénombre 34 morts dans le Sud-Est. En septembre 2000, 3 personnes décèdent à Marseille et 3 à Montpellier après de violents orages. En septembre 2002, 24 personne sont tuées dans le Sud-Est notamment dans le Gard. En décembre 2003, 7 personnes décèdent dans la région d'Arles, Marseille, Orange et Arlebosc en Ardèche. En juin 2010, des pluies torrentielles font 23 morts et 2 disparus dans le Var. En novembre 2014, plusieurs épisodes orageux ravagent une bande des Pyrénées orientales au Var et font 17 morts.
 
La décentralisation et les pouvoirs absolus accordés aux maires ont ainsi permis de faire des choix urbanistiques contestables trop souvent liés à la pression des milieux immobiliers qui règnent depuis des lustres sur la région Paca.

Les dérèglements climatiques que le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ont depuis longtemps annoncé vont aggraver naturellement la situation. Sans être entendus par un personnel politique dont l’horizon se réduit à leur prochaine élection, les populations vont à nouveau être exposés à des inondations dramatiques avec leurs lots de dégâts et de victimes…
 
 

 

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Non à la ferme-usine des mille veaux !

Après la ferme-usine des 1000 vaches, située dans la Somme, c’est au tour d’un centre d’engraissement de plus de 1.000 veaux (1400 veaux à l’année) qui est sur le point de se concrétiser sur la commune de Saint-Martial-Le Vieux, dans La Creuse.




Cette usine, nouvel exemple d’industrialisation de l’élevage, est présentée par ses promoteurs comme locale. Au lieu d’exporter les veaux en Italie pour les engraisser, ils le seraient au sein du Parc Naturel Régional de Millevaches…


 


Ce projet de centre d'engraissement de 1000 veaux est porté par un collectif d'éleveurs, la SAS Alliance Millevaches dont l'objectif est de doubler le poids d’un millier de veaux en à peine 200 jours !


Plutôt que d'être nourris à l'herbe des prairies et libres de mouvement, les animaux seront parqués dans des espaces réduits, bourrés d’antibiotiques à cause du confinement, gavés d'un concentré sur-protéiné de soja et maïs OGM importés puis abattus sans étourdissement au bout de 7 mois !


Ne répondant pas aux standards de qualité français, ce « minerai » serait ensuite exporté vers l’Italie et les pays du sud pour être introduit dans des lasagnes et autres raviolis...


Le projet sera subventionné à hauteur de 400 000 € par l’Etat, 75 000 € du Conseil Général et 150 000 € du Conseil Régional) auquel il faudra ajouter l'emprunt que la Communauté de Communes des Sources de la Creuse prévoit de contracter pour réaliser l'ensemble des travaux du centre.


Intermarché encourage l’engraissement intensif


Intermarché, via sa filiale « viande » Jean Rozé, s’est engagé à acheter et écouler l’intégralité de la production, soit 1400 veaux chaque année. Au lieu de miser sur des filières courtes et une qualité recouvrée, Intermarché entretient et promeut ainsi une logique d’industrialisation et de concentration verticale de l’élevage, espérant secrètement tirer son épingle du jeu dans une compétition internationale sans lendemain.


En s’engageant de la sorte, la grande distribution renforce encore un peu plus son emprise sur le monde paysan. Le « toujours plus » et « toujours plus vite » est responsable de la crise que traverse l’élevage actuellement car progressivement, on assiste à la disparition des petites exploitations locales et diversifiées au profit d'économies d’échelle via des fermes toujours plus grandes et uniformisées.


La logique industrielle du Groupe Les Mousquetaires Intermarché ainsi que les éleveurs membres de la SAS Alliance Millevaches, prêts à tout pour dégager de nouveaux profits, laissent ainsi de côté la santé des consommateurs, l’environnement, comme le bien-être animal. Pour Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement, « par ce projet, les promoteurs sont en train de généraliser le fameux modèle breton du « merde in France », modèle pourtant en crise ».


Ce nouvel exemple d’industrialisation de l’élevage démontre une fois encore que le mal-être animal ne peut conduire qu’à une malbouffe pourtant massivement rejetée par les consommateurs. C’est pourquoi, une pétition est lancée pour interpeller le président d’Intermarché afin qu’il renonce au contrat qu’il a signé avec les actionnaires de la ferme-usine des 1000 veaux...


 

> Signer la pétition ICI

     

 

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Réformer le code du travail ou comment fragiliser l’emploi sans se battre contre le chômage…

réformer le code du travail ou comment fragiliser l'emploi

Le code du travail est trop compliqué, illisible. Il faut donc le "simplifier" et ce dans l’intérêt même des salariés.
 
C’est en tout cas ce que préconise le rapport de Jean-Denis Combrexelle, rapport remis au gouvernement et qui consiste à renvoyer le plus possible la négociation au niveau de l’entreprise, au détriment de la loi et des négociations nationales...


 

Ainsi donc, le chômage en France s'expliquerait par la complexité tatillonne et tracassière du droit du travail. Le code du travail se serait mué en épouvantail, effarouchant les employeurs qui veulent embaucher.


C’est le "bon sens" proclamé en cette rentrée par Emmanuel Macron à l’université d’été du Medef, Manuel Valls à l’Université d’été du PS, François Hollande qui en a rajouté une couche lors de sa dernière conférence de presse, Laurent Berger de la CFDT, Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen qui affirment dans leur récent ouvrage « Le travail et la loi » que « la vision d’un droit du travail perçu comme une forêt trop obscure et hostile pour qu’on s’y aventure joue contre le recrutement des salariés complémentaires dans les petites et moyennes entreprises ».


Tous en chœur, ces chers « démocrates » reprennent le besoin d’inverser la hiérarchie des normes : priorité à la base, c'est-à-dire à l’accord d’entreprise, qui doit primer sur la loi avec tous les risques que cela comporte. Mais ils oublient que la primauté de la loi répond à la mise en œuvre du principe républicain d’égalité : garantir un minimum de droits entre les salariés tout en assurant une régulation économique en termes de concurrence.


Les grosses ficelles


L’idée de M. Combrexelle n'est pas nouvelle car elle a été portée durant tout le XXème siècle par les apôtres du libéralisme. Elle a été reprise en 1999 par le Medef dans son projet de « refondation sociale » réclamant moins de lois et plus d’accords et de contrats. En Russie, dans les années 1990, on a même vu des syndicalistes « libres » dénoncer les conventions collectives en demandant de rajouter au texte de loi "le salarié est payé à la fin du mois" la phrase "si c’est possible"…


Or, l’entreprise, ce n’est pas obligatoirement la démocratie. Dans la négociation d’entreprise, l’employeur pèse autant que ses dizaines, centaines ou milliers de salariés qui lui sont juridiquement soumis. La négociation est souvent un rapport de forces défavorable aux salariés en période de crise, particulièrement en France où depuis trente ans, le nombre de salariés syndiqués a été divisé par deux avec aujourd'hui, seulement 7,7 % de la population active faisant partie d'un syndicat.


Les tenants de la "simplification" du code du travail omettent en outre de signaler que ces accords et conventions peuvent être complexes et soumis également à interprétations, à recours et enfin à jurisprudence. 

Se concentrer sur le droit du travail en affirmant que les protections qu’il accorde aux salariés sont à la racine du chômage est sans doute une manière de faire diversion en escamotant les effets économiques des politiques libérales menées depuis plus de trente ans dans les États membres de l'Union européenne, en particulier ceux de la zone euro, ainsi que ceux de l'organisation de la division internationale du travail.


Tous les pays qui ont mené, ou qui ont été obligés par les institutions européennes de faire ce mouvement ont vu la négociation collective s’affaiblir, le nombre d’accords s’effondrer à tous les niveaux, ainsi que le nombre de salariés couverts par une convention collective (Allemagne, Italie, Espagne, Portugal, sans parler de la Grèce...). Mener des « réformes structurelles » du marché du travail qui s'attaquent à la législation protectrice de l'emploi permet en outre aux dirigeants politiques d'afficher un volontarisme face au chômage sans engager d'importantes dépenses publiques qui constitueraient autant d’entorses à l’austérité.


Aucune étude économique, y compris celles portées par des institutions les plus libérales comme l’OCDE, n’a réussi à montrer un quelconque lien entre le niveau de la législation protectrice de l’emploi et le niveau du chômage. Si le code du travail s’est un peu « épaissi » ces 30 dernières années, c’est sous l'influence du dogme libéral, le législateur ayant introduit de multiples régimes dérogatoires (notamment sur le temps de travail ou sur les types de contrats de travail) pour satisfaire les employeurs. Cela bien sûr sans obtenir aucun des bénéfices attendus sur l'emploi !


Aujourd’hui, ceux qui veulent démultiplier les normes pour les « adapter à chaque contexte », au nom du « dynamisme économique » vont en réalité aggraver considérablement la course au moins-disant social entre les régions, les branches, les entreprises, avec à la clé une nouvelle détérioration de la situation des travailleurs et une accélération des inégalités...
 
 
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La France doit ressortir de l’OTAN !

mappe OTAN


Carte de l'OTAN
Carte de l'OTAN.
La réintégration de la France dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord par Nicolas Sarkozy en mars 2009 a mis fin à un choix stratégique décidé en 1966 par le Général De Gaulle et maintenu jusqu’à cette date par tous les présidents de la République. Depuis 2012, François Hollande, fidèle à la stratégie de la social-démocratie européenne, a confirmé ce choix.
 
Aujourd’hui, un appel pluraliste a été lancé pour la dénonciation par la France de l’OTAN et le retrait de ses armées du commandement intégré...

 

 

Lorsque le président Nicolas Sarkozy a décidé le retour de la France dans le commandement milliaire intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN), les Etats-Unis se sont déclarés « ravis »de ce retour. Cette réintégration marquait une rupture avec la politique traditionnelle de la France et était l’aboutissement d’un infléchissement de la stratégie commencé il y a plusieurs années ayant amené Paris à participer à des opérations de l’Alliance atlantique hors du mandat des Nations unies, comme au Kosovo, ou à se raccrocher à la stratégie américaine, comme en Afghanistan.
 
En mai dernier à l’Assemblée nationale, lors du colloque intitulé « La France peut-elle retrouver une diplomatie indépendante ? », un ancien ambassadeur de France et ancien secrétaire général du Quai d’Orsay a déclaré que l’OTAN n’aurait pas dû survivre à la disparition de l’URSS et à la dissolution du Pacte de Varsovie. Les initiateurs, de sensibilités républicaines et patriotiques diverses, ayant dans le passé, approuvé ou non l’existence de l’OTAN affirment unanimement que cette organisation n’a plus de raison d’être. 
 
L’OTAN s’est élargie en intégrant, contrairement aux engagements pris envers Gorbatchev, nombre de pays anciennement socialistes, avançant ainsi méthodiquement dans un processus d’encerclement de la Russie en multipliant les bases militaires étasuniennes dans ces pays. 

Cette politique ouvertement agressive s’est accompagnée de l’installation d’un bouclier de missiles anti-missiles à proximité de la Russie éventuellement destiné à permettre une première frappe nucléaire sur ce pays, en stérilisant ou en limitant de façon drastique ses possibilités de réplique. 

C’est dans ce contexte géopolitique que l’Ukraine a vécu la « révolution orange », téléguidée par les États-Unis et soutenue par l’Union européenne, qui a permis la mise en place par la force d’un gouvernement avec la participation de néonazis notoires. Il est temps que la France se dissocie de cette politique provocatrice qui risque de déboucher sur une troisième guerre mondiale. 

Organisation politique et militaire, l’OTAN est tout à la fois l’instrument diplomatique et le bras armé qu’utilisent les États-Unis avec la complicité des États vassaux au premier rang desquels se trouvent la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. 

Le gouvernement américain, fort d’une doctrine militaire incluant la guerre préventive, doté de plus de 700 bases militaires réparties sur l'ensemble du globe, et décidé à combattre la menace terroriste sans la volonté d’en rechercher les causes, conduit l’OTAN et donc la France à participer, dans un chaos organisé, à une guerre permanente au mépris de nos intérêts et de notre propre sécurité. De la Yougoslavie à l’Irak, de la Syrie à la Libye, la France use son potentiel militaire et son crédit diplomatique et oublie les valeurs de son peuple, au profit d’une politique définie à Washington. 

En réalité, les États-Unis mènent avec l’OTAN une politique d’agression et de guerre généralisée qui ne saurait demeurer plus longtemps celle de notre Nation. Il est grand temps que la France recouvre la souveraineté de ses décisions et la liberté de choisir ses partenaires en conformité avec sa philosophie et les intérêts du peuple français. 

Il est tout à fait possible que la France renonce à son appartenance au traité de l’Atlantique nord et retire ses armées du commandement intégré. La France en redevenant libre devra exiger la dissolution de l’OTAN qui n’a plus de raison d’être.

 

 

Cette proposition de résolution visant à sortir la France de l’OTAN a été enregistrée à la Présidence de l’Assemblée nationale le 7 juillet 2015. Elle est présentée par Messieurs Jean-Jacques CANDELIER, Patrice CARVALHO et Gaby CHARROU.
 
 
 

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La voie de la sagesse en Grèce, c’est celle de la sortie de l’euro

Costas Lapavitsas
Costas Lapavitsas.
Alexis Tsipras a-t-il trompé le peuple grec ? Pourquoi avoir  fait un référendum qui n’a finalement servi à rien ? Est-il normal de dire que l'accord cadre signé le 13 juillet dernier par lui-même à Bruxelles est mauvais et n’aura aucun effet ?

En fait, Alexis Tsipras a cru naïvement qu’il était possible de changer l’Europe de l’intérieur en s’appuyant sur le résultat du référendum pour faire pression sur la communauté européenne. Mais cette stratégie est largement crédule car elle ne prend pas en compte le poids écrasant des institutions européennes et la règle de l’unanimité pour modifier tel ou tel traité. La volonté et la combativité ne suffissent pas dès lors que l’on est devant un mur infranchissable.

En France aussi, PG, PCF et une grande partie de la gauche de gauche font la même erreur. Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent  ne répètent-t-ils pas, à longueur d'interviews télévisés, que la France est un grand pays et qu’il suffirait de taper fort du poing sur la table à Bruxelles pour changer les choses en Europe ?



Aujourd'hui, il est évident que la Grèce n’a pas sa place dans l’euro et ne l’a d’ailleurs jamais eue. Une monnaie unique, de surcroit surévaluée dès l'origine pour le bonheur principalement de l’Allemagne, est un non-sens économique pour des pays aussi différents que ceux de la zone euro. Plusieurs prix Nobel d’économie dont Paul Krugman et Joseph Stiglitz ou d’autres économistes de renom comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir l'indiquent en permanence mais ce débat semble tabou en France.



En fait, Alexis Tsipras aurait dû, dès son arrivée au pouvoir il y a 6 mois, avoir un plan de sortie de l’euro sérieusement étudié au préalable mais il a exclu d'office cette hypothèse. Et maintenant, après le vote par le parlement grec d’une série de mesures inspirées par les directives Merkel et la fronde d’une partie des députés de son propre parti, il annonce un congrès extraordinaire de Syriza en septembre prochain.

En attendant, Costas Lapavitsas (co-fondateur de Syriza, membre la plateforme de gauche, député au Parlement grec et professeur d’économie) a prononcé un discours le 17 juillet 2015 à Athènes dans lequel il critique sévèrement l'action d'Alexis Tsipras...

 

Une capitulation désastreuse



Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de sauvetage. C’est un très mauvais accord, pour des raisons évidentes que je vais énumérer.

Tout d’abord, cet accord est récessif. Il va plonger l’économie grecque dans la récession. Parce que les seules augmentations d’impôts s’élèvent à 2% du PIB. Elles concernent surtout la TVA, impôt indirect prélevé sur des produits principalement consommés par les travailleurs. Mais elles concernent aussi les entreprises et vont d’abord frapper les petites et moyennes entreprises, qui demeurent la colonne vertébrale de l’économie grecque. L’agriculture est sans doute le secteur le plus durement touché par cette augmentation : l’impôt sur le revenu versé par les agriculteurs va doubler, et ils seront soumis à de nouvelles obligations. Ces mesures sont incontestablement récessives. Elles arrivent à un moment où l’économie grecque chancelle au bord du précipice. Il ne fait aucun doute qu’elles vont la faire basculer dans la récession.

Deuxièmement, l’accord impose des mesures clairement inégalitaires. Elles vont exacerber les inégalités dans le pays. Ne laissez personne vous dire le contraire : le gros des recettes fiscales viendra des impôts indirects, dont on sait qu’ils sont facteur d’inégalité. Les inégalités vont s’accroître parce que les mesures imposent de prendre 800 millions par an dans les retraites. Elles feront peser une charge supplémentaire sur les retraités, qui comptent déjà en règle générale parmi les couches les plus pauvres de la population. Et bien sûr, les inégalités vont aussi s’accroître parce que le chômage va augmenter cette année et l’année prochaine.

Cet accord est mauvais parce qu’il ne remédiera en rien au problème de la dette du pays. Il ne prévoit pas de restructuration de la dette. Il va remplacer une catégorie particulière de dette par une autre. Il pourrait entraîner une amélioration marginale – marginale – sur le plan des taux d’intérêt et de l’étalement de la dette. Et celle-ci va sans aucun doute augmenter de 20 à 25 milliards pour recapitaliser les banques. Selon le FMI, le ratio dette sur PIB devrait passer à 200% l’an prochain. C’est très probablement ce qui va arriver.

Quatrièmement, l’accord ne prévoit absolument rien pour le développement du pays. Le « paquet » de 35 milliards d’euros n’existe tout simplement pas. Ces sommes ont déjà été allouées à la Grèce dans les divers fonds. Nous ne savons pas quand ni comment le pays percevra de l’argent frais. Rien, donc, en matière de développement.

Enfin, cet accord est clairement de type néocolonial. Le gouvernement de gauche a signé un accord néocolonial. Il l’est pour plusieurs raisons. J’en évoquerai trois : tout d’abord, l’accord prévoit l’établissement d’un fonds de privatisation de 50 milliards d’euros, sous contrôle étranger, et qui aura pour mission de vendre des biens publics. Les 25 premiers milliards seront destinés aux banques. S’il reste quelque chose – et il ne restera rien car on n’atteindra jamais 50 milliards –, les sommes serviront au remboursement de la dette et, peut-être, à l’investissement. Par conséquent, ce fonds vendra tout ce qu’il est possible de vendre pour recapitaliser les banques. Nous venons d’accepter de vendre nos bijoux de famille pour recapitaliser des banques grecques en faillite.

Nous avons aussi accepté de mener des réformes de l’administration publique sous la houlette de l’UE. Nous avons accepté de nous soumettre à un contrôle qui non seulement sera très sévère mais qui durera bien plus longtemps que les 3 ans que durera l’accord.

À mes yeux, cet accord représente une capitulation désastreuse. Ce n’est pas Brest-Litovsk. Ceux d’entre vous qui le croient se trompent. Il ne s’agit pas de gagner du temps pour asseoir le pouvoir bolchevique à Moscou et à Leningrad. Il ne s’agit pas de gagner du temps, car il n’y a pas de temps à gagner. Le temps, en l’occurrence, joue en faveur de l’ennemi. Ce n’est pas une manœuvre tactique.

Cet accord revient à mettre le pays sur une voie qui n’a qu’une seule issue. Une issue qui ne sert pas les intérêts du peuple. Quant à savoir qui est le véritable vainqueur de cet accord, c’est l’évidence même. Le vainqueur est devant vous. C’est l’oligarchie, qui s’exprime dans les médias de masse. Voilà pourquoi les médias exultent et célèbrent cette victoire. La réalité est parfois exactement ce qu’elle paraît être. Il est inutile de gratter la surface. Si vous lisez les grands journaux et que vous écoutez les médias, vous savez qui a gagné.

Le produit d’une erreur stratégique

Alors pourquoi ? Pourquoi cette capitulation ? Pourquoi en est-on arrivé là après le grand enthousiasme d’il y a six mois, après le fort soutien que nous ont apporté les mobilisations de la base dans ce pays et en Europe ? Pourquoi ? Pour moi, la réponse est claire. Elle tient à une mauvaise stratégie, stratégie qui fut certes assez bonne pour gagner les élections, mais qui s’est révélée désastreuse une fois Syriza arrivé au pouvoir. Cette mauvaise stratégie a fait long feu. Quelle est-elle ? Elle est très simple, et elle a été explicitement formulée à maintes reprises. Nous réaliserons un changement radical en Grèce, un changement radical en Europe, et nous le ferons de l’intérieur de la zone euro. Voilà quelle était la stratégie. Eh bien ce n’est pas possible. Un point, c’est tout. Les derniers mois ont démontré que ce n’était tout simplement pas possible.

Ce n’est pas une question d’idéologie – néolibérale ou autre. Ce n’est pas une affaire de rééquilibrage des rapports de force politiques. Combien de fois ai-je entendu parler de rééquilibrage ? Et voilà que ce débat revient sur la table, que l’on ressort cet argument : « Attendons que le rapport de force politique change en Europe, si Podemos est élu, les choses seront différentes. » Vous pourrez attendre longtemps. Très longtemps. Car ce n’est pas ainsi que la situation changera.

Pourquoi ? Parce que l’union monétaire, dont la Grèce fait partie, n’est pas de nature idéologique. Enfin elle l’est, mais il ne s’agit pas seulement d’idéologie. Ni de rééquilibrage du rapport de force. C’est un mécanisme institutionnel. Plus tôt les Grecs le comprendront, mieux ce sera pour nous tous. On a affaire à un mécanisme institutionnel, à une union monétaire, à un ensemble hiérarchique qui agit dans l’intérêt des grandes entreprises et d’un petit nombre de pays membres. Voilà la nature de l’Union économique et monétaire.

Historiquement, cette union monétaire a échoué. En Grèce, son échec est patent. Elle a ruiné le pays. Et plus la Grèce s’accroche à sa place au sein de l’union, plus elle détruit son peuple et sa société. C’est un fait que l’histoire des unions monétaires a établi depuis longtemps. Le problème est qu’à chaque fois, les gens refusent de voir la réalité en face.

La question de l’argent

Permettez-moi de faire une digression sur la question de l’argent – après tout, je m’adresse ici à un public d’universitaires et cela fait trente ans que j’étudie l’argent. L’argent est bien sûr l’équivalent universel. La marchandise des marchandises. Je suis assez traditionaliste à cet égard.

Sous sa forme la plus simple et la plus pure, c’est une chose. La plupart des gens considèrent que l’or est de l’argent. Dans certains cas, c’est encore vrai. Quand il est une chose, il fonctionne de façon aveugle et automatique, comme le font toutes les choses. Et il est l’objet de la réification. Les rapports sociaux vont s’incarner dans cette chose. De façon aveugle et mécanique, la société se soumet à cette chose. Nous le savons depuis longtemps. Keynes parlait de l’esclavage du métal jaune.

Bien sûr, l’argent moderne n’est pas une chose de ce type. Il reste chose, mais pas une chose ayant la forme d’une marchandise produite. Il est contrôlé. Il reste de l’argent, mais il est contrôlé. Contrôlé par des institutions, des comités, des mécanismes, toute une hiérarchie de relations. Cette hiérarchie et ce cadre produisent de la réification. Une réification qui diffère de celle de l’or. Ce que réifient ces institutions, c’est la pratique. L’idéologie et les intérêts de classes se réifient dans la pratique, dans l’institution elle-même.

C’est ce que la gauche, en Europe et en Grèce, s’est révélée incapable de comprendre : les mécanismes de l’Union européenne et monétaire sont une pratique de classe réifiée. Un point, c’est tout. Vous ne pouvez pas les transformer parce que vous avez gagné une élection en Grèce. C’est impossible. Vous ne pourrez pas les changer parce que demain, Podemos sera au pouvoir en Espagne. Ce n’est pas possible. Donc de deux choses l’une : soit vous détruisez cet édifice, soit vous l’acceptez tel qu’il est. Nous en avons désormais la preuve irréfutable.

Un programme radical suppose un plan de sortie de l’euro

Mais la vraie question est la suivante : que fait-on maintenant ? Je vais vous le dire, et sur ce point, ma propre pratique a valeur de preuve. La seule position cohérente au parlement ces derniers jours – cohérente avec deux choses : le mandat électoral reçu par Syriza le 25 janvier, et le référendum où le peuple a très clairement dit non aux plans de sauvetage –, la seule position cohérente avec ces expressions de la volonté populaire, c’était de dire non. Pas oui.

Ce n’est pas une affaire de conscience morale. Je respecte la conscience de chacun, je comprends la difficulté morale éprouvée par chaque député, chaque membre de Syriza, chaque citoyen grec. Mais ce n’est pas une question morale. Je ne suggère absolument pas que le « non » est moralement supérieur au « oui ». Je tiens à le dire très clairement. Il ne s’agit pas ici de morale, mais de jugement politique.

C’est la politique qui compte ici, et la juste orientation politique à prendre, c’était de dire non. C’est la seule option qui permet de rester cohérent avec la volonté populaire, avec les promesses que nous avons faites au peuple, et avec les mesures que nous serons susceptibles de prendre à l’avenir.

Si cette orientation est maintenue, le « oui » nous plongera vraisemblablement dans d’immenses difficultés. D’immenses difficultés pour les raisons que je vous ai données et qui tiennent au contenu de l’accord. Il n’est pas possible d’accepter cet accord et de transformer la Grèce. Ce ne sera pas possible car l’accord contient des mécanismes de contrôle très durs. Ces gens à l’étranger ne sont pas idiots. Ils savent exactement de quoi il retourne. Et ils imposeront des conditions, des régulations, des mécanismes de contrôle qui empêcheront Syriza de prendre des mesures allant dans le sens de ce à quoi beaucoup aspirent.

La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. Ils exigent déjà le retrait de la majeure partie des lois que nous avons adoptées au cours des cinq derniers mois, dans l’intérêt des travailleurs. Et nous les retirerons. Ils nous contraignent à le faire. Et vous vous imaginez qu’à partir de maintenant, vous allez pouvoir adopter d’autres mesures législatives radicales ? Mais sur quelle planète vivez-vous ? C’est impossible. Et ce ne sera pas possible.

Revenir sur l’accord en s’appuyant sur le Non au référendum

Alors, qu’allons-nous faire ? Nous devons revenir sur l’acceptation de cet accord. Et concevoir un programme radical compatible avec nos valeurs, nos objectifs et le discours que nous avons tenu au peuple grec depuis tout ce temps, depuis toutes ces années. Et ce programme radical est impossible sans une sortie de l’euro. La seule chose à quoi nous devions vraiment travailler, c’est au développement d’un plan de sortie de l’euro qui nous permettra de mettre en œuvre notre programme. C’est si évident que je suis stupéfait qu’on ne l’ait toujours pas compris après cinq mois d’échec des négociations.

Avons-nous les forces requises ? Oui. Oui parce que le référendum, où le « non » a triomphé sans appel, a démontré deux choses. Il a démontré, pour commencer, que l’euro est une affaire de classe. Ce n’est pas une forme d’argent impersonnelle. Comme je vous l’ai dit, il cristallise et contient des rapports de classe. Et les gens l’ont instinctivement compris : les riches ont voté « oui », les pauvres ont voté « non » au référendum. Un point, c’est tout.

Deuxième chose démontrée par le référendum, et cela représente un énorme changement : pour la première fois depuis cinq ans, la jeunesse grecque s’est exprimée. Nous étions nombreux à attendre qu’elle le fasse. Et enfin, elle l’a fait. Et la jeunesse, cette jeunesse si attachée à l’Europe, si éduquée, sans doute si éloignée de tous ces dinosaures d’extrême gauche qui croient encore à Marx et consorts – cette jeunesse grecque qui bénéficie des programmes Erasmus et qui voyage partout, cette jeunesse a dit non, à 80%. Voilà la base d’une orientation radicale, et d’une réorientation pour Syriza aujourd’hui. Si nous disons oui, si nous maintenons le oui, nous perdrons les jeunes. J’en ai la certitude absolue.

Comment organiser une sortie de l’euro ?

Alors comment initier cette nouvelle orientation ? Est-ce une chose impossible ? Ne vous imaginez pas qu’il n’existe pas de plan pour sortir de cette union monétaire désastreuse et mettre en œuvre une stratégie radicale. Il existe un plan. Seulement, on ne l’a jamais utilisé. On ne l’a jamais développé, jamais étudié de manière approfondie. Pour le mettre en œuvre, il faut le développer, et il faut, par dessus tout, une volonté politique.

Ce plan, sous forme de feuille de route, contiendra quelques points très clairs.

- Premièrement, défaut sur la dette nationale. Le défaut est l’arme des pauvres. La Grèce doit faire défaut. Il n’y a aucune autre porte de sortie. Le pays est écrasé par sa dette. Un défaut serait donc un premier pas vers un profond effacement de la dette.

- Deuxièmement, nationalisation des banques. Nationalisation efficace des banques. Je veux dire par là que l’on nommera un commissaire public et un groupe de fonctionnaires et de technocrates qui savent comment s’y prendre. On leur demandera de diriger les banques et de renvoyer chez eux les membres des équipes dirigeantes actuelles. Voilà ce qu’il faut faire. Sans avoir la moindre hésitation. Et nous changerons en conséquence la structure juridique de ces établissements. La chose est très facile à faire. Les banques continueront à fonctionner sous un régime de contrôle des capitaux. On aura alors fait la moitié du chemin pour sortir de cette catastrophique union monétaire. Mais il faudra mettre en place un contrôle adéquat des banques et des capitaux, pas ce contrôle lamentable que nous avons vu ces deux dernières semaines. Il faudra que cela permette aux travailleurs et aux entreprises de retrouver une activité normale. C’est tout à fait possible. On l’a vu à plusieurs reprises.

- Troisièmement, conversion de tous les prix, de toutes les obligations, de l’ensemble de la masse monétaire dans la nouvelle devise. On peut convertir tout ce qui relève du droit grec. Les déposants perdront une part de leur pouvoir d’achat, mais pas sur la valeur nominale de leurs dépôts. Mais ils y gagneront car le pouvoir d’achat de leur dette diminuera également. Donc la majorité en sortira probablement gagnante.

- Quatrièmement, organisation de l’approvisionnement des marchés protégés : pétrole, produits pharmaceutiques, nourriture. C’est tout à fait possible en définissant un ordre de priorités, donc il faut s’y prendre un peu à l’avance, pas à la dernière minute. Il est évident que si vous pensez mettre tout cela en place le lundi matin et que vous commencez à y réfléchir le dimanche, l’affaire sera difficile. J’en conviens.

- Enfin, déterminer comment on allégera la pression sur le taux de change. Le taux de change va probablement plonger puis remonter. C’est généralement ce qui se passe. Il se stabilisera à un niveau dévalué. J’envisage une dévaluation de 15 à 20% au final. Il faut donc savoir comment on maîtrisera cette situation.

Quels seront les effets d’une sortie de l’euro ?

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? D’abord, il faut s’y préparer techniquement, et surtout, il faut y préparer le peuple. Car pareille chose est impossible sans lui. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : on peut se passer du peuple, mais alors il faut envoyer les chars dans les rues. On peut aussi faire ça. Mais ce n’est pas l’orientation de la gauche. La gauche veut y parvenir avec la participation du peuple, car nous voulons le libérer de cette façon, nous voulons le faire participer.

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? J’ai vu des simulations et des modélisations économétriques de l’effet que cela pourrait avoir sur le PIB, les prix, etc. Ce genre de chose est parfois très utile et intéressant à lire. Mais dans ce cas, les simulations n’ont pas la moindre valeur. Pourquoi ? Parce que, par essence, la simulation et l’économétrie reposent sur la conservation des caractéristiques structurelles du modèle. Sinon, toute simulation est impossible. Ici, par construction, nous transformons la structure. C’est un changement de régime. Ou, pour le dire autrement, si quelqu’un décide de remettre sa vigne en culture, comment en prévoir les effets ? C’est cela qui va se passer. Il se produira un changement structurel. Donc toutes les prévisions chiffrées ne valent pas grand-chose. Ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il y aura une récession de 25%, une contraction du PIB de 50%. La vérité est qu’ils n’en savent rien. Ils sortent ces chiffres de leur chapeau.

Le mieux que l’on puisse faire dans ces conditions, c’est de concevoir des anticipations raisonnées fondées sur les expériences antérieures et sur la structure de l’économie grecque. J’imagine que si nous empruntons cette voie en y étant préparés, nous entrerons en récession. Ce sera difficile. Cela durera probablement plusieurs mois, du moins la plongée durera plusieurs mois. Mais si je me fonde sur l’expérience monétaire, je ne crois pas que cette situation durera plus de six mois. En Argentine, elle a duré trois mois. Puis l’économie est repartie.

La contraction durera donc plusieurs mois, puis l’économie redémarrera. En revanche, il est probable qu’il faille attendre plus longtemps pour renouer avec des taux de croissance positifs, car la consommation, la confiance, et les petites et moyennes entreprises subiront sans doute un choc important. Je suppose que l’on reviendra à des taux de croissance positifs au bout de 12 à 18 mois.

Une fois le pays sorti de cette période d’ajustement, je pense que l’économie reviendra à des taux de croissance rapides et soutenus. Pour deux raisons. D’abord, la reconquête du marché intérieur. Le changement de devise permettra au secteur productif de reconquérir le marché intérieur, de recréer des opportunités et des activités, toutes choses que l’on a vu à chaque fois que se sont produits des événements monétaires de cette ampleur. Et un gouvernement de gauche favorisera la reprise, pour qu’elle soit plus rapide et plus solide. En partie parce que les exportations vont très probablement repartir ; en partie parce que l’on mettra en place un programme soutenu d’investissement public qui favorisera aussi l’investissement privé et produira de la croissance pendant plusieurs années. Voilà mes prévisions, je n’ai pas le temps de les développer ici.

La voie de la sagesse…

Je voudrais ajouter deux choses. Il ne s’agit pas d’une sortie de l’Europe. Personne ne défend cette idée. L’euro, l’Union européenne et monétaire, ne se confond pas avec l’Europe – cette valeur désincarnée, qui nous tourmente depuis si longtemps. Nous parlons ici de sortie de l’union monétaire. La Grèce restera membre de l’Europe et des structures européennes tant que le peuple grec le souhaitera. Cette stratégie vise au contraire à libérer la Grèce du piège que constitue l’union monétaire, à lui permettre de renouer avec une croissance soutenue et avec la justice sociale, à renverser le rapport de force au profit des travailleurs du pays. Je le regrette, mais il n’y a pas d’autre stratégie. S’imaginer le contraire, c’est poursuivre des chimères.

J’ignore si la Grèce optera pour cette stratégie. Récemment, je suis tombé sur une phrase très intéressante, attribuée à un premier ministre israélien. Il disait que les nations prennent la voie de la sagesse, mais seulement après avoir essayé toutes les autres. Dans le cas de la Grèce, je crains que ce ne soit ce qui nous attend. La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social. J’espère que Syriza le comprendra et dira non. Qu’il ne signera pas cet accord. Qu’il reviendra à ses principes radicaux et à ses valeurs radicales. Qu’il fera une nouvelle proposition à la société grecque et s’engagera dans la voie de la sagesse.

(Costas Lapavitsas)

 


 

Merci à notre ami Nicolas Vieillescazes du site Contretemps pour la traduction en français de ce discours


 


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La voie de la sagesse en Grèce, c’est celle de la sortie de l’euro

Costas Lapavitsas
Costas Lapavitsas.
Alexis Tsipras a-t-il trompé le peuple grec ? Pourquoi a-t-il fait un référendum qui n’a servi finalement à rien ? Est-il cohérent de dire que l'accord cadre, signé par lui-même le 13 juillet dernier à Bruxelles, est mauvais et n’aura aucun  effet ?

En fait, Alexis Tsipras a cru naïvement qu’il était possible de changer l’Europe de l’intérieur en s’appuyant sur le résultat du référendum pour faire pression sur la communauté européenne et l'Eurogroupe. Mais cette stratégie est largement crédule car elle ne prend pas en compte le poids écrasant des institutions européennes ou la règle de l’unanimité pour modifier tel ou tel traité. La volonté et la combativité ne suffissent pas dès lors que l’on est devant un mur infranchissable.

En France aussi, la gauche de la gauche, PCF et PG, fait la même erreur tragique. Contre toute logique, Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent  répètent à longueur d'interviews télévisés, que la France est un grand pays et qu’en tapant fort du poing sur la table à Bruxelles, Francfort ou Berlin, il est possible de changer les choses en Europe ! 



Aujourd'hui, il est évident que la Grèce n’a pas sa place dans l’euro et ne l’a d’ailleurs jamais eue. La monnaie unique, de surcroît surévaluée dès l'origine par rapport aux monnaies des pays du Sud et sous-évaluée par rapport au deutschemark a fait le bonheur principalement de l'Allemagne.

Plusieurs prix Nobel d’économie dont les Américains Paul Krugman et Joseph Stiglitz ou d’autres économistes de renom comme Frédéric Lordon ou Jacques Sapir ont démontré qu'une monnaie unique est un non sens économique pour des pays aux économies aussi différentes que celles de la zone euro mais ce débat semble tabou en France et en Europe. 

En fait, Alexis Tsipras aurait dû, dès son arrivée au pouvoir il y a 6 mois, avoir un plan de sortie de l’euro sérieusement étudié au préalable mais il a exclu d'office cette hypothèse, refusant même de soumettre cette question à un référendum. 

Et maintenant, après le vote par le parlement grec d’une série de mesures inspirées par les directives d'Angela Merkel et la fronde de près d'un tiers des députés de son propre parti, Alexis Tsipras annonce sa démission,  des élections législatives anticipées et un congrès extraordinaire de Syriza en septembre prochain. Mais d'ores et déjà Syriza a fait long feu. La frange la plus à gauche de la Coalition de la gauche radicale a annoncé la création d’un nouveau parti indépendant, baptisé « Unité populaire », et la constitution d’un groupe parlementaire formé de vingt-cinq anciens députés de Syriza.

Costas Lapavitsas (co-fondateur de Syriza, membre la plateforme de gauche, député au Parlement grec et professeur d’économie) a prononcé un discours le 17 juillet dernier à Athènes, dans lequel il analyse et critique sévèrement l'action d'Alexis Tsipras...

 

Une capitulation désastreuse



Le gouvernement Syriza vient de signer un nouvel accord de sauvetage. C’est un très mauvais accord, pour des raisons évidentes que je vais énumérer.

 
Tout d’abord, cet accord est récessif. Il va plonger l’économie grecque dans la récession. Parce que les seules augmentations d’impôts s’élèvent à 2% du PIB. Elles concernent surtout la TVA, impôt indirect prélevé sur des produits principalement consommés par les travailleurs. Mais elles concernent aussi les entreprises et vont d’abord frapper les petites et moyennes entreprises, qui demeurent la colonne vertébrale de l’économie grecque. L’agriculture est sans doute le secteur le plus durement touché par cette augmentation : l’impôt sur le revenu versé par les agriculteurs va doubler, et ils seront soumis à de nouvelles obligations. Ces mesures sont incontestablement récessives. Elles arrivent à un moment où l’économie grecque chancelle au bord du précipice. Il ne fait aucun doute qu’elles vont la faire basculer dans la récession.

 

Deuxièmement, l’accord impose des mesures clairement inégalitaires. Elles vont exacerber les inégalités dans le pays. Ne laissez personne vous dire le contraire : le gros des recettes fiscales viendra des impôts indirects, dont on sait qu’ils sont facteur d’inégalité. Les inégalités vont s’accroître parce que les mesures imposent de prendre 800 millions par an dans les retraites. Elles feront peser une charge supplémentaire sur les retraités, qui comptent déjà en règle générale parmi les couches les plus pauvres de la population. Et bien sûr, les inégalités vont aussi s’accroître parce que le chômage va augmenter cette année et l’année prochaine.

 

Cet accord est mauvais parce qu’il ne remédiera en rien au problème de la dette du pays. Il ne prévoit pas de restructuration de la dette. Il va remplacer une catégorie particulière de dette par une autre. Il pourrait entraîner une amélioration marginale – marginale – sur le plan des taux d’intérêt et de l’étalement de la dette. Et celle-ci va sans aucun doute augmenter de 20 à 25 milliards pour recapitaliser les banques. Selon le FMI, le ratio dette sur PIB devrait passer à 200% l’an prochain. C’est très probablement ce qui va arriver.


 

Quatrièmement, l’accord ne prévoit absolument rien pour le développement du pays. Le « paquet » de 35 milliards d’euros n’existe tout simplement pas. Ces sommes ont déjà été allouées à la Grèce dans les divers fonds. Nous ne savons pas quand ni comment le pays percevra de l’argent frais. Rien, donc, en matière de développement.

 

Enfin, cet accord est clairement de type néocolonial. Le gouvernement de gauche a signé un accord néocolonial. Il l’est pour plusieurs raisons. J’en évoquerai trois : tout d’abord, l’accord prévoit l’établissement d’un fonds de privatisation de 50 milliards d’euros, sous contrôle étranger, et qui aura pour mission de vendre des biens publics. Les 25 premiers milliards seront destinés aux banques. S’il reste quelque chose – et il ne restera rien car on n’atteindra jamais 50 milliards –, les sommes serviront au remboursement de la dette et, peut-être, à l’investissement. Par conséquent, ce fonds vendra tout ce qu’il est possible de vendre pour recapitaliser les banques. Nous venons d’accepter de vendre nos bijoux de famille pour recapitaliser des banques grecques en faillite.

 

Nous avons aussi accepté de mener des réformes de l’administration publique sous la houlette de l’UE. Nous avons accepté de nous soumettre à un contrôle qui non seulement sera très sévère mais qui durera bien plus longtemps que les 3 ans que durera l’accord.

 

À mes yeux, cet accord représente une capitulation désastreuse. Ce n’est pas Brest-Litovsk. Ceux d’entre vous qui le croient se trompent. Il ne s’agit pas de gagner du temps pour asseoir le pouvoir bolchevique à Moscou et à Leningrad. Il ne s’agit pas de gagner du temps, car il n’y a pas de temps à gagner. Le temps, en l’occurrence, joue en faveur de l’ennemi. Ce n’est pas une manœuvre tactique.

 

Cet accord revient à mettre le pays sur une voie qui n’a qu’une seule issue. Une issue qui ne sert pas les intérêts du peuple. Quant à savoir qui est le véritable vainqueur de cet accord, c’est l’évidence même. Le vainqueur est devant vous. C’est l’oligarchie, qui s’exprime dans les médias de masse. Voilà pourquoi les médias exultent et célèbrent cette victoire. La réalité est parfois exactement ce qu’elle paraît être. Il est inutile de gratter la surface. Si vous lisez les grands journaux et que vous écoutez les médias, vous savez qui a gagné.


 

Le produit d’une erreur stratégique

 

Alors pourquoi ? Pourquoi cette capitulation ? Pourquoi en est-on arrivé là après le grand enthousiasme d’il y a six mois, après le fort soutien que nous ont apporté les mobilisations de la base dans ce pays et en Europe ? Pourquoi ? Pour moi, la réponse est claire. Elle tient à une mauvaise stratégie, stratégie qui fut certes assez bonne pour gagner les élections, mais qui s’est révélée désastreuse une fois Syriza arrivé au pouvoir. Cette mauvaise stratégie a fait long feu. Quelle est-elle ? Elle est très simple, et elle a été explicitement formulée à maintes reprises. Nous réaliserons un changement radical en Grèce, un changement radical en Europe, et nous le ferons de l’intérieur de la zone euro. Voilà quelle était la stratégie. Eh bien ce n’est pas possible. Un point, c’est tout. Les derniers mois ont démontré que ce n’était tout simplement pas possible.

 

Ce n’est pas une question d’idéologie – néolibérale ou autre. Ce n’est pas une affaire de rééquilibrage des rapports de force politiques. Combien de fois ai-je entendu parler de rééquilibrage ? Et voilà que ce débat revient sur la table, que l’on ressort cet argument : « Attendons que le rapport de force politique change en Europe, si Podemos est élu, les choses seront différentes. » Vous pourrez attendre longtemps. Très longtemps. Car ce n’est pas ainsi que la situation changera.

 

Pourquoi ? Parce que l’union monétaire, dont la Grèce fait partie, n’est pas de nature idéologique. Enfin elle l’est, mais il ne s’agit pas seulement d’idéologie. Ni de rééquilibrage du rapport de force. C’est un mécanisme institutionnel. Plus tôt les Grecs le comprendront, mieux ce sera pour nous tous. On a affaire à un mécanisme institutionnel, à une union monétaire, à un ensemble hiérarchique qui agit dans l’intérêt des grandes entreprises et d’un petit nombre de pays membres. Voilà la nature de l’Union économique et monétaire.

 

Historiquement, cette union monétaire a échoué. En Grèce, son échec est patent. Elle a ruiné le pays. Et plus la Grèce s’accroche à sa place au sein de l’union, plus elle détruit son peuple et sa société. C’est un fait que l’histoire des unions monétaires a établi depuis longtemps. Le problème est qu’à chaque fois, les gens refusent de voir la réalité en face.


 

La question de l’argent


 

Permettez-moi de faire une digression sur la question de l’argent – après tout, je m’adresse ici à un public d’universitaires et cela fait trente ans que j’étudie l’argent. L’argent est bien sûr l’équivalent universel. La marchandise des marchandises. Je suis assez traditionaliste à cet égard.

 

Sous sa forme la plus simple et la plus pure, c’est une chose. La plupart des gens considèrent que l’or est de l’argent. Dans certains cas, c’est encore vrai. Quand il est une chose, il fonctionne de façon aveugle et automatique, comme le font toutes les choses. Et il est l’objet de la réification. Les rapports sociaux vont s’incarner dans cette chose. De façon aveugle et mécanique, la société se soumet à cette chose. Nous le savons depuis longtemps. Keynes parlait de l’esclavage du métal jaune.


 

Bien sûr, l’argent moderne n’est pas une chose de ce type. Il reste chose, mais pas une chose ayant la forme d’une marchandise produite. Il est contrôlé. Il reste de l’argent, mais il est contrôlé. Contrôlé par des institutions, des comités, des mécanismes, toute une hiérarchie de relations. Cette hiérarchie et ce cadre produisent de la réification. Une réification qui diffère de celle de l’or. Ce que réifient ces institutions, c’est la pratique. L’idéologie et les intérêts de classes se réifient dans la pratique, dans l’institution elle-même.


 

C’est ce que la gauche, en Europe et en Grèce, s’est révélée incapable de comprendre : les mécanismes de l’Union européenne et monétaire sont une pratique de classe réifiée. Un point, c’est tout. Vous ne pouvez pas les transformer parce que vous avez gagné une élection en Grèce. C’est impossible. Vous ne pourrez pas les changer parce que demain, Podemos sera au pouvoir en Espagne. Ce n’est pas possible. Donc de deux choses l’une : soit vous détruisez cet édifice, soit vous l’acceptez tel qu’il est. Nous en avons désormais la preuve irréfutable.

 

Un programme radical suppose un plan de sortie de l’euro


 

Mais la vraie question est la suivante : que fait-on maintenant ? Je vais vous le dire, et sur ce point, ma propre pratique a valeur de preuve. La seule position cohérente au parlement ces derniers jours – cohérente avec deux choses : le mandat électoral reçu par Syriza le 25 janvier, et le référendum où le peuple a très clairement dit non aux plans de sauvetage –, la seule position cohérente avec ces expressions de la volonté populaire, c’était de dire non. Pas oui.

 

Ce n’est pas une affaire de conscience morale. Je respecte la conscience de chacun, je comprends la difficulté morale éprouvée par chaque député, chaque membre de Syriza, chaque citoyen grec. Mais ce n’est pas une question morale. Je ne suggère absolument pas que le « non » est moralement supérieur au « oui ». Je tiens à le dire très clairement. Il ne s’agit pas ici de morale, mais de jugement politique.

 

C’est la politique qui compte ici, et la juste orientation politique à prendre, c’était de dire non. C’est la seule option qui permet de rester cohérent avec la volonté populaire, avec les promesses que nous avons faites au peuple, et avec les mesures que nous serons susceptibles de prendre à l’avenir.

 

Si cette orientation est maintenue, le « oui » nous plongera vraisemblablement dans d’immenses difficultés. D’immenses difficultés pour les raisons que je vous ai données et qui tiennent au contenu de l’accord. Il n’est pas possible d’accepter cet accord et de transformer la Grèce. Ce ne sera pas possible car l’accord contient des mécanismes de contrôle très durs. Ces gens à l’étranger ne sont pas idiots. Ils savent exactement de quoi il retourne. Et ils imposeront des conditions, des régulations, des mécanismes de contrôle qui empêcheront Syriza de prendre des mesures allant dans le sens de ce à quoi beaucoup aspirent.


 

La preuve du pudding, c’est qu’on le mange. Ils exigent déjà le retrait de la majeure partie des lois que nous avons adoptées au cours des cinq derniers mois, dans l’intérêt des travailleurs. Et nous les retirerons. Ils nous contraignent à le faire. Et vous vous imaginez qu’à partir de maintenant, vous allez pouvoir adopter d’autres mesures législatives radicales ? Mais sur quelle planète vivez-vous ? C’est impossible. Et ce ne sera pas possible.

 

Revenir sur l’accord en s’appuyant sur le Non au référendum


 

Alors, qu’allons-nous faire ? Nous devons revenir sur l’acceptation de cet accord. Et concevoir un programme radical compatible avec nos valeurs, nos objectifs et le discours que nous avons tenu au peuple grec depuis tout ce temps, depuis toutes ces années. Et ce programme radical est impossible sans une sortie de l’euro. La seule chose à quoi nous devions vraiment travailler, c’est au développement d’un plan de sortie de l’euro qui nous permettra de mettre en œuvre notre programme. C’est si évident que je suis stupéfait qu’on ne l’ait toujours pas compris après cinq mois d’échec des négociations.

 

Avons-nous les forces requises ? Oui. Oui parce que le référendum, où le « non » a triomphé sans appel, a démontré deux choses. Il a démontré, pour commencer, que l’euro est une affaire de classe. Ce n’est pas une forme d’argent impersonnelle. Comme je vous l’ai dit, il cristallise et contient des rapports de classe. Et les gens l’ont instinctivement compris : les riches ont voté « oui », les pauvres ont voté « non » au référendum. Un point, c’est tout.

 

Deuxième chose démontrée par le référendum, et cela représente un énorme changement : pour la première fois depuis cinq ans, la jeunesse grecque s’est exprimée. Nous étions nombreux à attendre qu’elle le fasse. Et enfin, elle l’a fait. Et la jeunesse, cette jeunesse si attachée à l’Europe, si éduquée, sans doute si éloignée de tous ces dinosaures d’extrême gauche qui croient encore à Marx et consorts – cette jeunesse grecque qui bénéficie des programmes Erasmus et qui voyage partout, cette jeunesse a dit non, à 80%. Voilà la base d’une orientation radicale, et d’une réorientation pour Syriza aujourd’hui. Si nous disons oui, si nous maintenons le oui, nous perdrons les jeunes. J’en ai la certitude absolue.

 

Comment organiser une sortie de l’euro ?

 

Alors comment initier cette nouvelle orientation ? Est-ce une chose impossible ? Ne vous imaginez pas qu’il n’existe pas de plan pour sortir de cette union monétaire désastreuse et mettre en œuvre une stratégie radicale. Il existe un plan. Seulement, on ne l’a jamais utilisé. On ne l’a jamais développé, jamais étudié de manière approfondie. Pour le mettre en œuvre, il faut le développer, et il faut, par dessus tout, une volonté politique.


 

Ce plan, sous forme de feuille de route, contiendra quelques points très clairs.

 

- Premièrement, défaut sur la dette nationale. Le défaut est l’arme des pauvres. La Grèce doit faire défaut. Il n’y a aucune autre porte de sortie. Le pays est écrasé par sa dette. Un défaut serait donc un premier pas vers un profond effacement de la dette.


 

- Deuxièmement, nationalisation des banques. Nationalisation efficace des banques. Je veux dire par là que l’on nommera un commissaire public et un groupe de fonctionnaires et de technocrates qui savent comment s’y prendre. On leur demandera de diriger les banques et de renvoyer chez eux les membres des équipes dirigeantes actuelles. Voilà ce qu’il faut faire. Sans avoir la moindre hésitation. Et nous changerons en conséquence la structure juridique de ces établissements. La chose est très facile à faire. Les banques continueront à fonctionner sous un régime de contrôle des capitaux. On aura alors fait la moitié du chemin pour sortir de cette catastrophique union monétaire. Mais il faudra mettre en place un contrôle adéquat des banques et des capitaux, pas ce contrôle lamentable que nous avons vu ces deux dernières semaines. Il faudra que cela permette aux travailleurs et aux entreprises de retrouver une activité normale. C’est tout à fait possible. On l’a vu à plusieurs reprises.

 

- Troisièmement, conversion de tous les prix, de toutes les obligations, de l’ensemble de la masse monétaire dans la nouvelle devise. On peut convertir tout ce qui relève du droit grec. Les déposants perdront une part de leur pouvoir d’achat, mais pas sur la valeur nominale de leurs dépôts. Mais ils y gagneront car le pouvoir d’achat de leur dette diminuera également. Donc la majorité en sortira probablement gagnante.


 

- Quatrièmement, organisation de l’approvisionnement des marchés protégés : pétrole, produits pharmaceutiques, nourriture. C’est tout à fait possible en définissant un ordre de priorités, donc il faut s’y prendre un peu à l’avance, pas à la dernière minute. Il est évident que si vous pensez mettre tout cela en place le lundi matin et que vous commencez à y réfléchir le dimanche, l’affaire sera difficile. J’en conviens.

 

- Enfin, déterminer comment on allégera la pression sur le taux de change. Le taux de change va probablement plonger puis remonter. C’est généralement ce qui se passe. Il se stabilisera à un niveau dévalué. J’envisage une dévaluation de 15 à 20% au final. Il faut donc savoir comment on maîtrisera cette situation.

 

Quels seront les effets d’une sortie de l’euro ?


 

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? D’abord, il faut s’y préparer techniquement, et surtout, il faut y préparer le peuple. Car pareille chose est impossible sans lui. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai : on peut se passer du peuple, mais alors il faut envoyer les chars dans les rues. On peut aussi faire ça. Mais ce n’est pas l’orientation de la gauche. La gauche veut y parvenir avec la participation du peuple, car nous voulons le libérer de cette façon, nous voulons le faire participer.

 

Que se passera-t-il donc si nous empruntons ce chemin ? J’ai vu des simulations et des modélisations économétriques de l’effet que cela pourrait avoir sur le PIB, les prix, etc. Ce genre de chose est parfois très utile et intéressant à lire. Mais dans ce cas, les simulations n’ont pas la moindre valeur. Pourquoi ? Parce que, par essence, la simulation et l’économétrie reposent sur la conservation des caractéristiques structurelles du modèle. Sinon, toute simulation est impossible. Ici, par construction, nous transformons la structure. C’est un changement de régime. Ou, pour le dire autrement, si quelqu’un décide de remettre sa vigne en culture, comment en prévoir les effets ? C’est cela qui va se passer. Il se produira un changement structurel. Donc toutes les prévisions chiffrées ne valent pas grand-chose. Ne croyez pas ceux qui vous disent qu’il y aura une récession de 25%, une contraction du PIB de 50%. La vérité est qu’ils n’en savent rien. Ils sortent ces chiffres de leur chapeau.


 

Le mieux que l’on puisse faire dans ces conditions, c’est de concevoir des anticipations raisonnées fondées sur les expériences antérieures et sur la structure de l’économie grecque. J’imagine que si nous empruntons cette voie en y étant préparés, nous entrerons en récession. Ce sera difficile. Cela durera probablement plusieurs mois, du moins la plongée durera plusieurs mois. Mais si je me fonde sur l’expérience monétaire, je ne crois pas que cette situation durera plus de six mois. En Argentine, elle a duré trois mois. Puis l’économie est repartie.


 

La contraction durera donc plusieurs mois, puis l’économie redémarrera. En revanche, il est probable qu’il faille attendre plus longtemps pour renouer avec des taux de croissance positifs, car la consommation, la confiance, et les petites et moyennes entreprises subiront sans doute un choc important. Je suppose que l’on reviendra à des taux de croissance positifs au bout de 12 à 18 mois.

 

Une fois le pays sorti de cette période d’ajustement, je pense que l’économie reviendra à des taux de croissance rapides et soutenus. Pour deux raisons. D’abord, la reconquête du marché intérieur. Le changement de devise permettra au secteur productif de reconquérir le marché intérieur, de recréer des opportunités et des activités, toutes choses que l’on a vu à chaque fois que se sont produits des événements monétaires de cette ampleur. Et un gouvernement de gauche favorisera la reprise, pour qu’elle soit plus rapide et plus solide. En partie parce que les exportations vont très probablement repartir ; en partie parce que l’on mettra en place un programme soutenu d’investissement public qui favorisera aussi l’investissement privé et produira de la croissance pendant plusieurs années. Voilà mes prévisions, je n’ai pas le temps de les développer ici.


 

La voie de la sagesse…

 

Je voudrais ajouter deux choses. Il ne s’agit pas d’une sortie de l’Europe. Personne ne défend cette idée. L’euro, l’Union européenne et monétaire, ne se confond pas avec l’Europe – cette valeur désincarnée, qui nous tourmente depuis si longtemps. Nous parlons ici de sortie de l’union monétaire. La Grèce restera membre de l’Europe et des structures européennes tant que le peuple grec le souhaitera. Cette stratégie vise au contraire à libérer la Grèce du piège que constitue l’union monétaire, à lui permettre de renouer avec une croissance soutenue et avec la justice sociale, à renverser le rapport de force au profit des travailleurs du pays. Je le regrette, mais il n’y a pas d’autre stratégie. S’imaginer le contraire, c’est poursuivre des chimères.

 

J’ignore si la Grèce optera pour cette stratégie. Récemment, je suis tombé sur une phrase très intéressante, attribuée à un premier ministre israélien. Il disait que les nations prennent la voie de la sagesse, mais seulement après avoir essayé toutes les autres. Dans le cas de la Grèce, je crains que ce ne soit ce qui nous attend. La voie de la sagesse, c’est celle de la sortie de l’euro et du changement social. J’espère que Syriza le comprendra et dira non. Qu’il ne signera pas cet accord. Qu’il reviendra à ses principes radicaux et à ses valeurs radicales. Qu’il fera une nouvelle proposition à la société grecque et s’engagera dans la voie de la sagesse.

 

(Costas Lapavitsas)

 


 

Merci à notre ami Nicolas Vieillescazes du site Contretemps pour la traduction en français de ce discours


> article mis à jour le 21/08/2015

 

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Prélèvement de l’impôt à la source : une opération leurre qui masque l’absence de vraie réforme fiscale…

Impôt sur le revenu
 
Le président de la République a pris la décision « irréversible » de mettre en place la retenue à la source pour le paiement de l’impôt sur le revenu.

Il met ainsi la charrue avant les bœufs car l’urgence, c’est d’abord et avant tout la mise en œuvre d’une vraie réforme fiscale  réhabilitant l’impôt progressif qui est l’impôt le plus juste…



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Prélèvement de l’impôt à la source : une opération leurre qui masque l’absence de vraie réforme fiscale…

Impôt sur le revenu
 
Le président de la République a pris la décision « irréversible » de mettre en place la retenue à la source pour le paiement de l’impôt sur le revenu.

Il met ainsi la charrue avant les bœufs car l’urgence, c’est d’abord et avant tout la mise en œuvre d’une vraie réforme fiscale  réhabilitant l’impôt progressif qui est l’impôt le plus juste…


 

Le gouvernement de Manuel Valls a acté la décision du président de la République et les contribuables devraient avoir une année blanche sur les revenus 2017 et ne paieront pas deux fois l’IR en 2018.

Mais le prélèvement à la source n’est pas la panacée car en 2014, plus de 70 % des contribuables avaient opté pour le prélèvement mensuel de l’IR et il y aura toujours une déclaration annuelle pour justifier de toutes ses ressources. De plus, ce prélèvement concernera seulement les salariés et retraités mais pas les professions indépendantes. 

Le manque à gagner pour les recettes de l’Etat risque d’être important d’autant plus que certains contribuables pourraient en profiter pour réaliser des plus-values qui ne seraient pas imposées.

De plus, si l’on transfère cette mission aux entreprises, on peut craindre des pertes en ligne si quelques entreprises ne reversent pas tous les impôts collectés. Il y a d’autre part un risque de divulgation à l’employeur d’éléments concernant la vie privée du salarié contribuable.


On va donc modifier le mode de collecte de l'IR mais sans faire une grande réforme fiscale qui est renvoyée aux calendes grecques et qui ne sera jamais faite avant la fin du quinquennat. Pourtant le système fiscal français est très injuste mais cela n’a pas l’air d’interpeller le Président de la République ni son Premier Ministre.


Le refus de rétablir une réelle progressivité de l’impôt sur le revenu


François Hollande et son ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault ont laissé perdurer dès le début du quinquennat en 2012 le gel du barème introduit en 2011 par le gouvernement de François Fillon. Ce gel a été ensuite reconduit sur les revenus de 2012 et l’impôt payé en 2013, ce qui a représenté en fait une hausse déguisée supportée par les contribuables de 3,4 milliards d'euros ! 


Puis en 2015 dans l’incohérence la plus totale, après avoir fait rentrer des millions de contribuables dans l'IR en gelant le barème, le nouveau Premier ministre Manuel Valls les a fait ressortir en supprimant la 1ère tranche de l'IR !


Mais l’IR souffre toujours d'un manque cruel de progressivité avec seulement 4 tranches d’imposition : 14% (9690 à 26764 €), 30% (26764 à 71754 €), 41% (71754 à 151956 €), et 45% (151956 € et plus). Dès lors que le nombre de tranches comme l’éventail des taux d’imposition ont été réduits et resserrés vers le bas,  notamment par Laurent Fabius, ministre des finances en 2000, l’IR n’est plus hélas calculé en fonction des « facultés » de chacun.

Le simple rétablissement de quatorze tranches d’imposition telles qu’elles existaient au début des années 1980, au lieu des 4 tranches actuelles permettrait de rétablir une réelle progressivité de l'IR et de dégager des recettes nettement supérieures aux 58 milliards d'euros qu'il a rapporté en 2012. Mais François Hollande s’est contenté uniquement de porter le taux marginal de 41% à 45 % et sans toucher au reste, cela ne change quasiment rien au système fiscal qui reste toujours dégressif pour les plus hauts revenus. 
 
Le quotient familial (QF) et le quotient conjugal (QC) 



Considéré à tort comme le mode de calcul normal de l’IR, le quotient familial (QF) permet aux ménages les plus aisés de bénéficier de ristournes beaucoup plus importantes que les ménages modestes, et ce à taille de famille équivalente. Ce mécanisme devrait être remplacé par un abattement forfaitaire pour chaque enfant à charge, identique pour toutes les familles… 


Quant au mécanisme du quotient conjugal (QC), il consiste à diviser la somme des revenus d'un couple par deux avant de lui appliquer le barème progressif. Ce système réduit fortement l'impôt des couples aisés dont l'un des membres - le plus souvent la femme - ne travaille pas ou très peu, avec une réduction d'impôt d'autant plus élevée que le revenu principal est important... 


Les niches fiscales


C’est notamment à cause des niches fiscales que les impôts progressifs sont aujourd’hui ultra-minoritaires dans le paysage fiscal. Elles sont évaluées à plus de 70 milliards d’euros mais d’après un rapport de la cour des comptes, réalisé sous le magistère de feu Philippe Séguin, celles-ci représentaient pour l’année 2009 146 milliards € ! Une somme colossale et une aberration économique puisque cette somme est trois fois supérieure au produit de l'IR payé par les particuliers ! 


Si certaines d’entre elles répondent à un souci d'équité ou à des mesures économiquement utiles, d'autres permettent surtout à une minorité de personnes de réduire fortement leur imposition tout en se constituant un patrimoine important. 


Certes, le gouvernement de François Hollande a plafonné quelques niches à 10.000 € au lieu de 18 000 € mais beaucoup d’entre elles sont totalement inefficaces et doivent être purement et simplement supprimées. Pire, l’ancien Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, a réussi l'exploit d'accorder à deux niches fiscales (Sofica et loi Girardin pour les DOM) des plafonds supérieurs à ceux fixés antérieurement par le gouvernement de Nicolas Sarkozy ! 


François Hollande n’imagine pas un seul instant qu’avec la récupération d’un tiers seulement de ces recettes perdues, on réglerait une bonne fois pour toute les intérêts annuels de la dette publique qui se montent à 50 milliards €…


L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF)


L’ISF a été effectivement rétabli mais la disposition prise par Nicolas Sarkozy,  au terme de laquelle le seuil de déclenchement de l’ISF ne joue qu’à compter de 1,3 million € de patrimoine, a été maintenu. En clair, le premier taux d’imposition de 0,50% prend effet à compter de 800 000 € mais seulement si ce seuil de 1,3 million € est atteint ! 
 
Le nouveau barème a été sensiblement allégé aussi pour d’autres raisons : les  taux applicables ont été abaissés de 0,55 à 0,50% pour la première tranche et de 0,75 à 0,70% pour la seconde, la tranche de 1,65% est supprimée, le taux marginal passe de 1,80 à 1,50% ! Ainsi, en 2013, l'ISF a été moins lourd sous la gauche (4,074 milliards € estimés) qu’en 2011 sous la droite (4,321 milliards €) !


La fraude fiscale


La fraude fiscale, par son ampleur et ses caractéristiques (au minimum entre 60 et 80 milliards € par an, selon le Syndicat national unifié des impôts), réduit aussi fortement les rentrées fiscales et accentue les inégalités, sans parler de l'optimisation fiscale qui fait le bonheur des avocats d'affaires. Ce sont essentiellement les grosses entreprises et les riches particuliers qui en bénéficient car ils peuvent faire de gros investissements déductibles de l’Impôt ou user de l’existence des paradis fiscaux. 


L’administration fiscale a perdu 25 000 emplois depuis 2002 sur l'ensemble de ses missions, dont une grande partie est concentrée sur des services qui forment le premier étage du contrôle fiscal, c'est-à-dire le service de gestion de l'impôt, le service de contrôle sur pièces et le service de programmation des contrôles fiscaux. Ces pertes d'emploi ont fragilisé la détection de la fraude et le contrôle fiscal dans son ensemble.


Suite à l’affaire Cahuzac, il a bien été procédé à un renforcement de 50 agents à la DGFIP (Direction Générale des Finances Publiques) mais un signal fort aurait dû être donné par la création d’au moins 2000 postes dans les administrations chargés de lutter contre les fraudes et par l’établissement de la liste « française » des pays considérés comme non coopératifs ou comme paradis fiscaux et judiciaires en accompagnant cette liste des sanctions infligées aux entreprises qui utilisent ces territoires. 


La fiscalité locale et indirecte


La fiscalité locale est également très injuste car elle varie d’un montant de 1 à 4 suivant les régions et a augmenté considérablement ces dernières années. Les bases de calcul sont totalement archaïques et datent de 1961 (taxe foncière) et de 1970 (taxe d’habitation). Le montant à payer pour les contribuables ne dépend pratiquement pas du revenu fiscal déclaré, sauf pour les personnes qui ont des difficultés sociales graves et qui bénéficient d’exonérations partielles ou totales. Ainsi, comme le souligne la cour des comptes, "les ménages modestes ou moyens subissent proportionnellement un prélèvement plus lourd que les ménages les plus aisés".


Quant aux impôts indirects (TVA, TIPP, forfaits hospitaliers, franchises médicales et autres taxes de toute sorte...), ils ont pris une part démesurée dans le budget de l'Etat (environ 65% des recettes fiscales). Un record qui fait de notre pays l’un des plus inégalitaires du monde occidental car ces impôts indirects touchent de la même manière les personnes aisées comme les plus modestes. 


Aujourd'hui, les différents chantiers d’une vraie réforme fiscale sont nombreux mais le prélèvement à la source s’inscrit dans une opération leurre qui ne traite pas tous les éléments et conséquences du dossier fiscal. On est loin, très loin d’une grande réforme fiscale guidée par la justice et l’équité, passage indispensable pour une redistribution et une réduction des inégalités…


 

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Référendum en Grèce : la vraie question à poser est celle de la sortie de l’euro…

Drapeau grec
Drapeau grec.
L’Assemblée nationale grecque a voté, dans la nuit de samedi à dimanche 28 juin, le principe de la tenue d’un référendum le 5 juillet prochain. 

Elle a repris la proposition du Premier ministre Alexis Tsipras demandant au peuple grec de se prononcer sur les dernières propositions de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International afin de mettre fin aux tergiversations de ces derniers mois. Mais ce sera avant tout la teneur de la question posée qui sera déterminante…


La pression populaire extérieure et celle de l'opposition interne au parti Syriza semblent avoir brisé l'immobilisme du gouvernement grec et d’Alexis Tsipras. Ce dernier, par le vote aux élections législatives de janvier 2015, disposait déjà de toute la légitimité nécessaire pour stopper les plans imposés par la Troïka mais ce référendum a ceci d’intéressant qu'il inverse le rapport de force.

Alors que le Premier ministre était sur la défensive, c'est maintenant l'UE, la BCE et le FMI qui se trouvent en position difficile. En effet, si l'UE et le FMI ne versent plus les prêts permettant à la Grèce de rembourser sa dette, il ne sera pas possible de payer les fonctionnaires et les fournisseurs de l'État, ni d'assurer sa trésorerie et ses investissements.  La seule solution sera alors de sortir de l’euro et de revenir à la drachme, afin d'utiliser la politique monétaire - comme à la Libération en France - pour relancer fortement l'économie.

Les plus grandes inquiétudes concernent à la fois les termes de la question qui sera posée et la capacité des Grecs à résister à l'avalanche de propagande haineuse qui commence à s'abattre sur le pays. L'offensive a commencé par l'exclusion de la Grèce de la réunion de l'eurogroupe et qui se trouve ainsi de fait exclue de la zone euro.

Il s’agit maintenant de savoir si le gouvernement grec va en tirer toutes les conséquences ? Ce n'est pas certain car jusqu'à présent Alexis Tsipras a multiplié les déclarations favorables à l'UE et à l'euro. Il a même ajouté sa voix à ceux qui présentent la sortie de l'euro comme une apocalypse. 

Comment va-t-il réagir dans les jours qui viennent, pour répondre à la Troïka ? Au vu de ses dernières déclarations à la télévision grecque, il semble désormais acquis qu’Alexis Tsipras se serve uniquement de la menace d'un référendum et de ses résultats (dans la mesure où ce dernier a bien lieu...) pour  faire pression à nouveau sur l’UE et relancer les discussions sur des bases modifiées mais toujours dans le cadre de l’euro.

Cela serait malheureusement encore une impasse à terme car l’UE, la BCE et le FMI tentent en réalité un coup d’État contre le gouvernement grec qui n’est pas s’en rappeler le coup d’État parlementaire français en 2008, où le traité constitutionnel européen avait été remplacé par le traité de Lisbonne, suite à un vote du congrès annulant la victoire du « non » au référendum.

Au cours des cinq dernières années, la Troïka a imposé une austérité sans précédent à la Grèce. Cette politique a dramatiquement échoué. L’économie a chuté de 26%, le chômage a atteint un taux de 27%, celui des jeunes 60%, le ratio dette/PIB a bondi de 120 à 180%. La catastrophe économique a conduit à une crise humanitaire : plus de 3 millions de personnes vivent au niveau du seuil de pauvreté, ou en-deçà de celui-ci. 

Aujourd’hui, tous les peuples des pays membres de l'UE attendent beaucoup du peuple grec. Il a dans ses mains la possibilité d'enclencher un processus politique similaire à celui de la Révolution française de 1789. Son vote “non” peut susciter une dynamique d'espoir conduisant à des réactions en chaîne dans plusieurs pays mais le combat pour une sortie de l’euro et de l'UE demeure essentiel…



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Référendum en Grèce : la vraie question à poser est celle de la sortie de l’euro…

Drapeau grec
Drapeau grec.
L’Assemblée nationale grecque a voté, dans la nuit de samedi à dimanche 28 juin, le principe de la tenue d’un référendum le 5 juillet prochain. 

Elle a repris la proposition du Premier ministre Alexis Tsipras demandant au peuple grec de se prononcer sur les dernières propositions de l’Union Européenne et du Fonds Monétaire International afin de mettre fin aux tergiversations de ces derniers mois. Mais ce sera avant tout la teneur de la question posée qui sera déterminante…



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Non au grand canal interocéanique du Nicaragua !

Le projet de grand canal du Nicaragua doit permettre aux cargos et pétroliers géants de traverser l’Amérique centrale et faciliter le transit des marchandises vers la Chine. 

Mais ce projet pharaonique serait un désastre pour l’homme et la nature, se traduisant par des déplacements massifs de population, une déforestation tropicale énorme et une contamination criminelle du Lac Cocibolca...


Le président nicaraguayen, Daniel Ortega, a lancé fin 2014 le début du chantier du grand canal interocéanique. L'administration du Nicaragua entend ainsi dynamiser l’économie du pays (le plus pauvre d’Amérique centrale, au 131ème rang selon la Banque mondiale en 2013) avec ce canal qui raccourcirait considérablement la route maritime de part et d’autre des Amériques, capterait une part importante du trafic naval et concurrencerait sérieusement le canal de Panama, situé 600 km plus au sud. 

Bien plus grand que celui du Panama avec 280 km de long, jusqu’à 520m de large et près de 30 mètres de profondeur, cet ouvrage d'un coût de 50 milliards de dollars impliquerait la réalisation d’écluses géantes, de deux ports et d’un oléoduc. La société chinoise HKND (Hong Kong Nicaragua Canal Development Group) en charge des opérations prévoit de bâtir également un aéroport, une zone franche, un complexe hôtelier ainsi que d’autres infrastructures dont manque le Nicaragua. 

Depuis cette annonce par le président nicaraguayen, une série de manifestations appelant à l’arrêt du projet a eu lieu. Le 13 juin dernier, c’était la 47ème manifestation d’opposition au grand canal interocéanique. Plusieurs milliers de personnes sont descendues dans la rue pour protester contre sa construction et dénoncer également les conditions des travailleurs locaux ainsi que la mainmise chinoise sur le projet.

La construction de ce canal signifierait l’expropriation et le déplacement forcé d’au moins 100.000 habitants ainsi que la destruction de 400.000 hectares de forêts tropicales où vivent jaguar, Tapir de Baird et singe araignée de Geoffroy. Pire, ce canal doit permettre aux pétroliers et porte-conteneurs géants de traverser sur 90 km le lac Cocibolca, habitat d’une faune aquatique unique au monde et plus grande réserve d’eau douce d’Amérique centrale.

« Il n’y a encore aucune enquête technique, ni étude environnementale, rien sur la viabilité financière ou sur des perspectives de rentabilité, c’est-à-dire pas la moindre condition pour démarrer le projet » déplore l’avocate spécialisée en droit de l’environnement Monica López Baltodano. 

Mais cela n’a pas empêché le gouvernement nicaraguayen de signer avec l’homme d’affaire chinois Wang Jing un accord de 50 ans pour la construction et l’exploitation du canal. Et aujourd'hui, personne ne sait comment l’entreprise chinoise HKND, créée pour l’occasion et immatriculée aux îles Caïmans, compte assumer les coûts de construction et de maintenance...


Pour stopper ce désastre environnemental et social en préparation, une pétition internationale est adressée aux autorités du Nicaragua

> Signer la pétition ICI


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Non au grand canal interocéanique du Nicaragua !

Le projet de grand canal du Nicaragua doit permettre aux cargos et pétroliers géants de traverser l’Amérique centrale et faciliter le transit des marchandises vers la Chine. 

Mais ce projet pharaonique serait un désastre pour l’homme et la nature, se traduisant par des déplacements massifs de population, une déforestation tropicale énorme et une contamination criminelle du Lac Cocibolca...


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Régimes de retraite : nouveau rapport du COR et toujours la même ritournelle…

C'est la retraite
Le dernier rapport du comité d'orientation des retraites (COR) a délivré son lot habituel de généralités et de nouvelles projections pour l’avenir.

La France comptera 1,7 cotisant par retraité en 2018 et environ 1,4 à partir de la fin des années 2040. Selon le COR, pour sortir de la situation de déficit chronique dans laquelle se trouvent le régime général, le régime agricole ou les régimes spéciaux, une nouvelle baisse des pensions ou à défaut une augmentation massive des cotisations, serait inéluctable…


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