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« Au revoir là-haut » : un grand film né d’un grand livre !

Adapter au cinéma l’étonnant roman éponyme de Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013, relevait de la gageure. L’inclassable acteur et réalisateur Albert Dupontel l’a pourtant fait, et l’on ne peut que le féliciter du résultat, tant le film est une parfaite réussite à tous points de vue…

Maroc, novembre 1920. Un certain Albert Maillard est interrogé par un officier de gendarmerie et sommé de s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. « C’est une longue histoire », dit l’homme au militaire…

Une histoire qui débute par un tragique assaut de poilus contre des positions allemandes, deux jours seulement avant la signature de l’Armistice du 11 novembre 1918 alors que les deux armées sont en stand-by dans leurs tranchées en attendant un « Cessez le feu » officiel annoncé comme imminent. Cet assaut suicidaire, provoqué par un ordre du lieutenant Henri d’Aulnay-Pradelle – un aristocrate brutal et amoral en quête de galons – est, par ses terribles conséquences, une éclatante démonstration de l’absurdité de ces combats de la dernière heure. Le cinéaste Albert Dupontel en fait une peinture réaliste et saisissante qui, sans atteindre le niveau de l’hallucinante description du roman de Pierre Lemaître, n’en est pas moins effroyable.

Parmi les rescapés de cette vaine boucherie figure Albert Maillard, un modeste comptable, indemne de toute blessure physique mais profondément choqué par la mort imminente qu’il a côtoyée en se trouvant subitement enseveli avec le cadavre d’un cheval. Autre rescapé : le soldat qui a sauvé Maillard d’une mort atroce, Édouard Péricourt, un artiste de talent fantasque et sensible, issu de la grande bourgeoisie. Péricourt a survécu à cet assaut, mais en payant le prix fort à la folie des hommes : défiguré par un éclat d’obus, il n’est plus qu’une « gueule cassée », condamné à cacher son visage et à se nourrir désormais à l’aide d’un tuyau de caoutchouc. La guerre terminée, Maillard prend en charge son camarade Péricourt, officiellement mort au combat, avec un dévouement exemplaire malgré le dénuement dans lequel vivent les deux ex-poilus revenus de l’enfer des tranchées.

Jusqu’au jour où surgit dans la tête du dessinateur une idée d’escroquerie à grande échelle : dans un pays où les édiles de chaque commune de France décident d’ériger un monument du souvenir en hommage à leurs morts de la Grande Guerre, nos deux hommes réunissent dans un catalogue plusieurs projets de statuaire et les soumettent à de nombreux maires. Bientôt les commandes affluent de tout le pays, accompagnées de juteux acomptes. Entretemps, l’infâme Pradelle a réussi à entrer dans la famille Péricourt en épousant la sœur d’Édouard afin de mettre un pied dans le monde des affaires où sa totale amoralité se manifeste sous un jour nouveau et peu reluisant.

Le décor est planté et les personnages sont en place pour nous offrir une comédie dramatique flamboyante, tout à la fois baroque, émouvante et poétique sur fond d’arnaques et de contournement des tabous. Le tout dans un Paris des Années Folles qui offre au spectateur un étonnant contrepoint aux horreurs de la guerre et aux terribles souffrances qui en ont découlé. Bien loin des codes habituels du cinéma français, Albert Dupontel (Bernie, Enfermés dehors, 9 mois fermes) réussit à transcrire en images la magie du Prix Goncourt 2013 tout en restant fidèle à son style. Avec Au revoir là-haut, il signe un très beau film qui prend la forme d’une magnifique « histoire de masques », au propre comme au figuré…

Albert Dupontel s’est à l’évidence beaucoup investi dans ce projet d’adaptation du roman de Pierre Lemaître auquel a collaboré l’écrivain. Et le résultat est bluffant, tant par l’inventivité du scénario que par la qualité des acteurs, tous excellents. À commencer par Albert Dupontel lui-même dont la performance dans le rôle d’Albert Maillard est de bout en bout remarquable. À ses côtés, Nahuel Pérez Biscayart (Édouard Péricourt), Laurent Lafitte (le lieutenant Pradelle), Niels Arestrup (Marcel Péricourt, le père) nous montrent également l’étendue de leur talent. Tout comme, dans des seconds rôles, les superbes Émilie Dequenne, Mélanie Thierry et Michel Vuillermoz. Même la jeune Héloise Balster (11 ans) est épatante dans le rôle de l’espiègle Louise, traductrice de la « gueule cassée » Édouard Péricourt.

Dès les avant-premières, le mot « Césars » a été prononcé, et le pronostic ne s’est pas démenti depuis la sortie nationale du film le 25 octobre. Il faudra toutefois attendre mars 2018 pour savoir si Au revoir là-haut est effectivement récompensé d’une ou plusieurs statuettes par l’Académie des Arts et Techniques du Cinéma. Eu égard à l’indéniable qualité du 6e opus d’Albert Dupontel et à la prestation des acteurs, nul doute que le film sera a minima nommé dans plusieurs catégories.

À noter : Au revoir là-haut sortira au Québec le 22 décembre 2017

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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