Accueil / T H E M E S / ECONOMIE / Argent / Apple, ou les splendeurs du capitalisme
logo Apple

Apple, ou les splendeurs du capitalisme

apple_logo

Apple gagne de l’argent – beaucoup d’argent! En fait, Apple fait plus d’argent qu’aucune société n’en a jamais gagné et se retrouve, logiquement, avec des montagnes de cash. Soit avec quelques 200 milliards de dollars, plus que la Trésorerie fédérale US! Certes, c’est les actionnaires qui sont les propriétaires ultimes de ces liquidités monumentales car Apple est une société cotée en bourse. Actionnariat qui délègue à la direction exécutive d’Apple la gestion de cette trésorerie.

Durant la première moitié du XXème siècle, c’est sous forme de dividendes distribués par les sociétés à leurs actionnaires que s’opérait la plupart du temps le paiement de ces surplus en trésorerie. C’est précisément pour les dividendes escomptés que les investisseurs sélectionnaient puis achetaient leur portefeuille titres, comme c’est le montant de ces dividendes qui servait souvent de base pour déterminer la valorisation d’une action cotée en bourse. Les directions des entreprises cotées étaient pertinemment au fait que c’est les distributions de dividendes qui attiraient les investisseurs qui ne les boudaient pas. Du reste, deux-tiers des sociétés listées sur les différentes bourses de New York s’acquittaient de dividendes en 1978.

Pourtant, la proportion de sociétés qui en distribue s’est effondrée à environ 20 % aujourd’hui avec néanmoins une autre différence fondamentale qui est que celles qui continuent à payer des dividendes à leurs actionnaires le font en quantités bien plus impressionnantes. Apple -qui a renoué avec cette tradition du dividende en 2012- en fait partie, et ses règlements en faveur de ses porteurs de parts sont même les plus importants au monde. Mais il y a également d’autres artifices permettant de redonner de l’argent à son actionnariat qui consistent tout bonnement pour une entreprise à racheter en bourse ses propres actions, avec pour conséquence mécanique de faire monter le cours de cette même action par le simple jeu de l’offre et de la demande. De fait, c’est cette méthode qui est très largement plébiscitée depuis une trentaine d’années, sachant que -là aussi- Apple caracole en tête des plus importants « buybacks » de l’histoire financière mondiale puisque c’est elle qui a opéré trois des cinq plus importants rachats d’actions de l’histoire de l’indice Standard & Poor’s américain.

La boucle est donc bouclée et le cas entendu: Apple est une gigantesque machine à sous, un monstrueux instrument à générer du profit, qui redistribue à ses propriétaires une partie des fastueuses liquidités inondant ses caisses et comptes bancaires. Pas si vite! Car, en réalité, Apple ne retourne pas à ses actionnaires son propre cash mais -très étrangement- de l’argent qu’elle sollicite aux marchés! Les dividendes payés, comme les sommes permettant ses propres rachats d’actions, ne sont effectivement pas puisés par Apple sur ses bénéfices engrangés mondialement. Et pour cause car elle devrait payer des impôts considérables aux Etats-Unis si elle devait rapatrier une partie de ses profits pour les restituer à ses actionnaires. Les patrons d’Apple préfèrent donc emprunter ces sommes aux taux actuels du marché notoirement favorables et économiser ainsi le différentiel l’autorisant à majorer davantage son profit pour cause d’impôts US non payés car non dus.

Par ailleurs, et au cas où vous vous interrogeriez sur le motif pour lequel les entreprises préfèrent aujourd’hui procéder à des rachats de leurs propres actions en lieu et place de distribuer des dividendes, ils sont bien faciles à comprendre. Les actionnaires sont en effet imposés nettement moins dans le cadre de rachats d’actions de la part d’une société qui, pour eux ne sont que des plus values latentes du fait de l’appréciation de leur titre, que de paiement de dividendes qui sont en fait des revenus et qui sont taxés en tant que tels. Autre manière fort attentionnée pour Apple (et pour bien d’autres) de caresser et de favoriser son actionnariat.

The post Apple, ou les splendeurs du capitalisme appeared first on .

Commentaires

commentaires

A propos de Michel Santi

avatar

Check Also

Nous ne sommes pas dupes : la violence est d’abord économique et sociale…

Dans une tribune publiée par le journal Libération, 1400 représentants du monde de la culture, ...

One comment

  1. avatar

    Et oui. Economiquement, Apple affiche un dédain certain, mais aussi pour ses propres clients. Le SAV a toujours été naze, ou orienté vers une seule chose : payer beaucoup plus cher que chez un technicien indépendant. Tout est hors de prix: les accessoires sigles Apple, alors que des petites firmes, je pense à McAlly font aussi bien…

    Et pourtant… on doit être un peu mas, car sans aucun conteste, Apple produit la meilleure interface homme-machine au monde. Son dernier opus, El Capitan, est une pure merveille de fonctionnement. Pour ce qui est du prix élevé des machines, certes ça l’est aussi; mais ses engins sont ultra-résistants : j’ai utilisé 8 ans un mac mini sans jamais avoir eu une seule panne, alors qu’il marche 5 heures par jour. J’en ai changé récemment pour un autre mac mini, sorti en… 2009 à savoir il y a cinq ans et ils accepte El Capitan et j’en suis ravi. Pas un PC ne peut accepter un Windows 5 ans après. Je connais bien Windows 10 et c’est une daube sans nom, à l’ergonomie raté que ça en est inimaginable (même le fond d’écran d’accueil par défaut est une horreur !). Le 8.1 était pareil sinon pire, seul le 7 trouve grâce à mes yeux avec XP, et … Windows 3.5 NT, voilà qui ne nous rajeunit pas.

    Bref, Apple fait d’excellents produits en se gavant. Microsoft se gavait aussi, et se gave toujours avec son Office de merde devenu abonnement, et des produits sympas ont été tués par ces deux là : je pense bien sûr à Linux, aux Red Hat des débuts et à l’excellent Ubuntu. L’idéal pour les moins fortunés étant d’acheter un PC type Lenovo (les anciens IBM) de virer Windows 10 fourni avec et de mettre Ubuntu dessus ; mais là on retombe sur une travers qu’à inauguré Microsoft : faut avoir des connaissances ou quelques unes que n’ont pas le commun des mortels pour le faire.

    Apple propose la plus simple façon de faire de l’informatique, et ça c’est indéniable. On le paye cher, il exploite ses ouvriers en Chine en clamant partout qu’il est sympa avec eux et ses magasins ne visent désormais que les riches avec sa montre flop. Mais je n’en changerai jamais : depuis des années, c’est celui qui me permet de travailler le plus rapidement sans me soucier de détails techniques qui m’emmerdent royalement. Voyez, ce n’est pas si binaire que vous le dites… Le cash accumulé est un matelas qui lui permet tout. Y compris de prendre sa revanche sur Bill Gates qui lui a tout pompé avec notamment Windows 95, sorti 9 ans après Apple et dont la dernière mouture n’est qu’un énième coup de rouleau à peinture sur Win95. Microsoft n’a jamais rien inventé, a toujours copié (attention Apple aussi ne se gêne pas) et aujourd’hui est en grande panne d’innovation. Apple qui a failli mourir en 1997 gagne plus d’argent aujourd’hui que Microsoft… car le capitalisme c’est aussi ça : pour que certains survivent, d’autres doivent mourir. Et ça ne sera donc pas Apple…

    question innovation, on peut relire un texte qui donne un éclairage amusant à l’apparition de l’imad, due en fait à un petit vieux… et non à un staff de geeks…

    http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/derriere-l-ipad-mister-dobberpuhl-68980