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Andr? Breton ? Arcane XVII

CPARCANE

 

GILLES BONAFI :

???Lis, lis, lis?? nous r?p?tait Gabriel. Ayant consomm? du Lotos, la boisson qui donnait l?oubli dans le mythe de Circ?, nous sommes devenus des Lotophages, oubliant peu ? peu qui nous sommes, la dissolution de la conscience. Andr? Breton (1896-1966), po?te et esprit libre, avec son ?crit phare Arcane XVII, nous administre un contrepoison efficace, un appel ? la r?volution int?rieure. En voici quelques extraits, des cl?s essentielles pour qui sait lire?

L?histoire (pages 40 ? 41) ??L??ducation actuelle est enti?rement d?fectueuse dans la mesure o?, se disant positive, elle commence par abuser la confiance de l?enfant en lui donnant pour la v?rit? ce qui n?est ou qu?une apparence provisoire, ou qu?une hypoth?se, quand ce n?est pas une contre-v?rit? manifeste ; dans la mesure aussi o? elle emp?che l?enfant de se former en temps voulu une opinion par lui-m?me en lui imprimant ? l?avance certains plis qui rendent sa libert? de jugement illusoire. Les faits m?mes qu?on lui pr?sente comme v?cus, dont on entreprend de meubler sa m?moire, qu?on donne en p?ture ? sa jeune exaltation, sont amplifi?s, ou r?duits, voire m?l?s de fictions, ? tout le moins offerts de fa?on tendancieuse pour les besoins d?une cause dont le moins qu?on puisse dire est qu?elle n?est pas celle de l?homme, mais bien celle d?une certaine caste d?individus.??

La guerre : Pages 121 ? 126 ??Pr?venir le retour de la guerre, il ne pourra s?rieusement en ?tre question qu?autant qu?on aura pris la peine de la consid?rer, non dans ses fins plus ou moins manifestes, mais dans les moyens qu?elle met en oeuvre, non dans son inconcevable raison d??tre, mais dans sa structure. Je ne cache pas que cela expose ? des r?flexions am?res, mais je pense qu?on peut en assumer le poids si plus de clairvoyance est ? ce prix, bien plus encore si l?on se persuade que le rem?de ne peut na?tre que d?une appr?ciation moins superficielle du mal?

En de?? fonctionne un syst?me qui met aux prises non seulement le ??moi?? et le ??soi?? comme l?a voulu Freud, mais encore, dans les limites des races, des Etats, des r?gimes, des castes, des croyances, un ??nous?? (organique ou de pure convention ?) qui se comporte comme l?hybride des deux autres. Ce nous restrictif, h?riss? de tous les piquants du ??surmoi?? (ou id?al du moi), plus, il semble bien, quelques autres, complique et d?nature ? tel point la vie que tout doit ?tre entrepris pour le dissoudre dans le tous, avec l?homme comme seul terme inconditionnel de ralliement ?

L?apr?s-midi o? devait avoir lieu la d?claration de guerre, en France, d?une fen?tre qui donnait sur la cour int?rieure du fort de Nogent, j?observais les mouvements d?en bas. La radio venait d?annoncer que les hostilit?s commenceraient ? cinq heures. Impossible de reconna?tre ? travers les groupes l??motion qu?on imaginerait qu?une telle nouvelle p?t susciter. Excluant ? vrai dire toute r?action sensible qui f?t ? la taille de l??v?nement, ce n?avait ?t? tout d?abord qu?une vague all?gresse qui prenait de plus en plus corps au fur et ? mesure que le temps passait. Plus qu?une heure, que cinq minutes. La rumeur montante, le luxe des contorsions ?voquaient une r?cr?ation d??coliers. Dans les angles, les moins nouveaux venus, ceux qui avaient rev?tu le bourgeron depuis la veille, s?enfi?vraient ? leur ??belote??, ? laquelle des perspectives de reprise interminable s??taient ouvertes. Devant le spectacle d?une si totale incons?quence, le m?decin avec qui j??tais accoud? l?, homme pourtant assez dur, se prit ? pleurer. L?euphorie des autres, au premier abord confondante, il ne suffit pas cependant de la d?plorer, il faut encore en d?couvrir les causes et, pour ma part, je n?h?site pas ? les trouver dans la platitude et les contraintes de la vie sociale du temps de paix. Cette vie, pour la plupart, est born?e, plus ou moins inconsciemment, par la n?cessit? d?un travail qu?ils n?ont pas choisi, par les tracas d?une tutelle familiale ou les soucis d?un foyer sans grand feu du coeur qui leur ?tent la libre disposition d?eux-m?mes, mais, bien plus couramment encore, par l?ennui de repasser aujourd?hui, ? si peu pr?s, par o? ils sont pass?s hier. L?immense parti pratique que tire la guerre de cette forme tr?s commune d?insatisfaction donne ? penser que, pour parer ? de nouvelles guerres, c?est ? tout ce qui engendre cette insatisfaction m?me qu?? l??chelle universelle et radicalement il faudra s?attaquer d?abord.??

Le secret de l??toile : pages 105 ? 107 ??Les aspirations de l?homme ? la libert? doivent ?tre maintenues en pouvoir de se recr?er sans cesse ; c?est pourquoi elle doit ?tre con?ue non comme ?tat mais comme force vive entra?nant une progression continuelle ? Qu?on y prenne garde : la libert? pour le prisonnier est chose admirablement concr?te, positive tant qu?il est derri?re les barreaux, mais au plein jour du dehors les joies qu?il en attendait, qu?elles sont vite ?puisables ! Le premier moment de soulagement et d?excitation pass?, il va disposer de cette libert? sans v?ritablement en jouir ? pas plus qu?on n??prouve de volupt? ? vivre en paix avec ses dents depuis les crises du premier ?ge ? La libert?, non seulement comme id?al mais comme recr?ateur constant d??nergie, telle qu?elle a exist? chez certains hommes et peut ?tre donn?e pour mod?le ? tous les hommes, doit exclure toute id?e d??quilibre confortable et se concevoir comme ?r?thisme continuel? L??toile ici retrouv?e est celle du grand matin, qui tendait ? ?clipser les autres astres de la fen?tre. Elle me livre le secret de sa structure, m?explique pourquoi elle compte deux fois plus de branches qu?eux, pourquoi ces branches sont de feu rouge et jaune, comme s?il s?agissait de deux ?toiles conjointes aux rayons altern?s. Elle est faite de l?unit? m?me de ces deux myst?res : l?amour appel? ? rena?tre de la perte de l?objet de l?amour et ne s??levant qu?alors ? sa pleine conscience, ? sa totale dignit? ; la libert? vou?e ? ne se bien conna?tre et ? ne s?exalter qu?au prix de sa privation m?me. Dans l?image nocturne qui m?a guid?, la r?solution de cette double contradiction s?op?re sous la protection de l?arbre qui enferme les d?bris de la sagesse morte, par le moyen des ?changes entretenus entre le papillon et la fleur et en vertu du principe de l?expansion ininterrompue des fluides, ? laquelle est li?e la certitude du renouvellement ?ternel.??

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