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http://www.centpapiers.com/ Le journal citoyen du Québec pour la francophonie

Centpapiers

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    • Né en 1958, l’auteur du CARNET D’YSENGRIMUS, Paul Laurendeau a été vingt ans professeur de linguistique au Département d’Études françaises de l’Université York (1988-2008). Docteur ès Lettres de l’Université Denis Diderot (Paris VII), il est l’auteur d’une cinquantaine d’articles et de chapitres d’ouvrages en linguistique et en philosophie du langage. Il fut aussi un des collaborateurs-fondateurs du site de pastiche littéraire Dialogus, où des correspondants de tous les pays francophones entrent en interaction épistolaire avec les grandes personnalités du passé. À ce titre, il a collaboré à l’ouvrage collectif Entretien avec quatre philosophes, paru en 2005 aux Éditions Hurtubise HMH (Montréal), y pastichant les rôles de Karl Marx et de Socrate. Paul Laurendeau a publié un roman intitulé L’assimilande (2007) et deux recueil de nouvelles, l’un intitulé Femmes fantastiques (2008), l’autre intitulé Contes factuels, érotiques, sardoniques (2008), aux Éditions Jets d’encre (Saint-Maur-des-Fossés, France). Il a aussi fait paraître, dans la revue franco-ontarienne Virages, sept nouvelles: Les trois passes d’arme de Mademoiselle Ibsen (numéro 27), On m’a donné une odeur (numéro 31), Amour, veuvage et racontars – Une lettre de Madame Émilie Teste (numéro 34), Ce garçon effacé dont le pianoforte jouait des notes si claires! (numéro 37), Quand les frusques et les verroteries faisaient éclater de rire (numéro 39), Bertrande Girandole (numéro 42 – dont il a aussi coordonné l’édition) et Pourboire exponentiel (numéro 46). Le site littéraire Écouter, lire, penser donne aussi accès à ses poèmes, à ses traductions, à ses critiques livresques et cinématographiques et à ses textes de chansons. Paul Laurendeau vient de terminer une trilogie romanesque intitulée Le cycle domanial, dont le premier tome, intitulé Le thaumaturge et le comédien, est paru aux Éditions Les Écrits francs. (Montréal) en 2008. On lui doit aussi un recueil de poèmes, intitulé Poésie d’outre-ville, paru chez ÉLP en 2009. Les récits de Paul Laurendeau sont du genre réalisme insolite. Les personnages féminins y ont une importance décisive. Ce sont des aventures étranges et complexes dans des mondes fictifs mais possibles, traversés par des crises sociales biscornues mais plausibles. Le style mobilise toutes les ressources de la langue française sauf une: l’anglicisme. Les réalités inventées sont souvent désignées par des mots inventés.

    Amir Khadir, l’espoir de mon enfant…

    10 décembre 2009 | 0 commentaire(s) | vu 625 fois

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    Soirée des dernières élections québécoises. Je suis devant le téléviseur en compagnie de mon fils de quinze ans. À cet âge, dans une conjoncture brutale comme la nôtre, la conscience sociale émerge déjà solidement mais… une soirée électorale se regarde quand même encore avant tout comme une joute de quilles ou de billard ou… une sorte de jeu vidéo, avec des comptes chiffrés, des gains, des pertes, une victoire à graduellement obtenir. La description de ces blêmes belligérants quasi-interchangeables ne fait pas sauter mon fils d’enthousiasme.

    ADQ, parti démagogue, rétrograde, bien à droite, girouette, incohérent, flagorneur, arriviste, xénophobe, sorte d’équivalent québécois populiste et mollement francophiliaque des Conservateurs. PLQ, parti de droite-droite-droite, ronron, journalier, gestionnaire des affaires de conciergerie courantes, suppôt du libéralisme (comme son nom l’indique), bien engoncé dans la magouille politicienne et les combines des traditions électorales québécoises les plus fétides, intendant bonhomme et pro-capi du pouvoir (il gagnera une courte majorité parlementaire, dans cette élection). PQ, parti nationaleux (au nationalisme de plus en plus dépité, larmoyant et opportunistement épisodique), centre-droite, à la fois planificateur et affairiste, promoteur convulsionnaire de Québec Inc, insidieusement et semi-inconsciemment crypto-xéno, et dont la consolation minimale serait de faire élire la première femme Première Ministre du Québec (il formera l’opposition officielle, dans cette élection). Ajoutons toujours les Verts, parti blême, olivâtre, sans base ni assise, à cause circonscrite, négligeant tout programme global et qui, comme partout où les Verts verdissent, finissent en serviteurs bien intentionnés des suppôts les plus socialement et écologiquement toxiques du spectre politique.

    Notant au passage que le Québec assure, ouvertement et sans façon, l’intendance de sa soirée électorale comme un véritable pays à part entière, mon fils trouve le tout de la chose passablement plus chiant et moins marrant que l’élection d’Obama, quelques semaines plus tôt, où on avait tous bu du petit lait en famille, comme des millions de gens à travers le monde. Torontois dans ce temps là, nous ne votions pas dans cette élection provinciale (nous habitions, à cette époque, une autre province canadienne que le Québec) et nous risquions bien de devoir combattre, les paupières lourdes, un ennui ferme mais… mais… c’est alors que le peu de sel de la soirée s’est manifesté:

    Mon fils: C’est quoi le parti du rond orange avec un bonhomme penché les bras ouverts dans le bas?

    Moi: C’est Québec Solidaire. Un conglomérat de différents partis et mouvements de gauche et populaires initialement réunis sous deux parapluies, l’Union des Forces Progressistes et le mouvement Option Citoyenne, et qui se sont ensuite fusionnés en un parti politique unique. C’est, en ce moment, un parti qui se donne comme écologiste, féministe, altermondialiste et, quoique plus mollement, anti-capitaliste. Tu peux considérer que ce sont plus ou moins des socialistes. Ce parti a une particularité inédite, d’ailleurs. Il a deux chefs, un homme et une femme.

    Mon fils: Cool. C’est la gauche donc.

    Moi: En quelque sorte.

    Mon fils: Tu n’as pas l’air complètement certain…

    Moi: C’est qu’au moment de l’union des deux principaux mouvements le constituant, un des mouvements faisait la promotion de la souveraineté nationale du Québec, l’autre ne se prononçait pas sur la question. En s’unissant et en fusionnant leurs programmes, ils ont dû trancher cette question et ont décidé qu’ils étaient un parti souverainiste, comme le PQ, donc. Je trouverais personnellement plus cohérent, dans une perspective se voulant socialiste et altermondialiste, donc quand même fondamentalement internationaliste, de fermement renvoyer les fédérastes et les nationaleux dos à dos et d’éviter de s’enliser dans leurs débats stériles. Ce nouveau parti ne le fait pas complètement et j’y vois une faiblesse, une déviation bourgeoise, comme on disait dans le temps.

    Mon fils: Nationalisme + Socialisme, risquant de virer à national-socialisme, c’est ça?…

    Moi : Tu formules l’affaire en termes trop crus et caricaturaux, mais c’est en partie l’idée, oui. Le nationalisme, fondamentalement, n’est pas une valeur de gauche. Cette faiblesse de leur programme, à visée électoraliste, en fait (ils veulent ratisser la frange gauche du PQ) va leur nuire, éventuellement.

    Mon fils: Bon, bon. Mais, pour le moment, c’est ce qu’on a de plus à gauche, ici.

    Moi: Indubitablement, oui.

    Mon fils: Très bien. Et tu as vu? Ils ont deux candidats en avance.

    Moi: Oui, c’est probablement Madame David et Monsieur Khadir, les chefs des deux formations initiales.

    Mon fils: Et ils se présentent où, ces deux socialistes?

    Moi: Oh certainement dans deux de ces circonscriptions progressistes et gauchisantes du centre-ville de Montréal. Tu sais, si Québec Solidaire envoyait des députés à l’Assemblée Nationale, ce serait un petit événement historique.

    Mon fils: Pourquoi? Ils ne seraient que deux…

    Moi: Quand même…ils se lèveraient à la période de question et gueuleraient au gros Patapouf que ses politiques néolibérales de gestionnaire ruiné ne valent plus rien. Ils le brasseraient pas pour rire.

    Mon fils: Cool…

    C’est scellé. Mon fils vient de choisir son espoir de la soirée: Québec Solidaire. Il va compter pour eux ou prendre pour eux, comme on dit dans le jargon des joutes sportives. Il faut qu’ils fassent rentrer des députés, même si c’est en petit nombre. On connaît la suite de l’histoire. Madame David est malheureusement défaite par je ne sais qui et Monsieur Khadir l’emporte dans son compté de Mercier. Au moment de son petit discours, impromptu, vibrant et poignant, il cite des paroles de chanson à contenu social du chanteur Claude Dubois. Quelque chose comme ceci:

    Mais autour d’eux il y aura plus petit et plus grand

    Des hommes [Amir Khadir dit ici: et j’ajouterais, des femmes] semblables en dedans

    Comme un million de gens

    Qui pourraient se rassembler

    Pour être beaucoup moins exploités

    Et beaucoup plus communiquer…

    Suave. Unique. Touchant. Enfin des références au corpus des artistes socialisants du Québec, qui est vaste, inspiré, et trop enterré sous la fadaise creuse depuis des années. Sorte d’Obama microscopique, Monsieur Khadir régurgite alors, en rythme, son credo social, sous les viva! de ses partisans en larmes. Quand ceux-ci l’applaudissent, il les applaudit aussi, en retour. Il dit aussi que la souveraineté, c’est quelque chose de global et d’intérieur, ou quelque chose dans le genre, je cite de mémoire (enfin cela se ramène à: noyons un peu le petit poisson des chenaux nationaliste, il en sortira toujours quelque chose à gauche). En contemplant cet homme nouveau, doux, raffiné, humain, charmant, planétaire, cette Chandelle de Mercier, je me suis inévitablement souvenu de quand j’avais les quinze ans de mon fils, mon enfant, mon amour, mon avenir. C’était en 1973. Une poignée flamboyante de péquistes en bois franc pétaradaient alors dans le poêle, à l’Assemblée Nationale, contre le libéral putride Bourassa. C’était trois ans avant que le PQ de René Lévesque ne prenne le pouvoir… et seulement quelques années avant qu’il ne se fasse botter hors de l’Internationale Socialiste pour dérive droitière…

    Essayez de ne pas vous faire récupérer trop vite par la petite politique politicienne de merde, Monsieur Amir Khadir, député provincial Solidariste du comté de Mercier (et ex-candidat fédéral pour le Bloc Québécois, parti centriste nationaliste – pas un bon point pour vous, ça…). Si je vous en parle comme ça, entre nous, c’est que, à vous tout seul, bon an mal an…  vous êtes l’espoir de mon enfant…

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