• Amère Amérique

    30 octobre 2007 | 0 commentaire(s) | 103 affichage(s)

    Bric-à-brac. Méli-mélo. Fourre-tout. Micmac. Chaos. Foutoir. Bazar. Bordel. Désordre. Fouillis. Fatras. Patchwork. Amas. Amalgame. Amoncellement. Cohue. Mêlée. Fourbi. Embrouillement. Enchevêtrement. Vide-poche. Oui, cette Amérique est un chantier.

    La dramaturgie de Charles L. Mee a été qualifiée de concassée, et c’est sur ce terrain singulier que le Théâtre de l’Opsis entame son cycle états-unien. Portrait schizophrénique d’une société en quête de sens, Under construction (titre original de L’Amérique en chantier) prône en fait la déconstruction : « Je pourrais assembler des morceaux d’Amérique, raconte l’auteur, un monde inachevé dont le début, le milieu et la fin ne sont pas encore arrêtés. Une pièce qui refléterait la texture de la vie. […] J’ai donc écrit une pièce qui invite les autres à restructurer, ajouter de nouvelles scènes, en retrancher d’autres. Une collaboration ouverte et sans fin. Une pièce qui, comme l’Amérique, demeure éternellement en chantier ».

    C’est donc l’inachèvement et l’aléatoire qui nous sont servis dans une mise en scène pleine de surprises signée par Luce Pelletier. Sur un plateau à moitié plein (d’objets) et à moitié en creux, évoluent des personnages qui doivent plus à la fiction qu’à l’observation du réel. C’est que les textes eux-mêmes puisent largement dans la prose américaine, des romans de Bukowski aux confessions d’une blogueuse verbomotrice en passant par un manifeste punk ou un discours patriotique. Nous sommes en pleine subjectivité, dans dans un pays fantasmé où évoluent des êtres plus grands que nature.

    De la discontinuité narrative finit par surgir l’impression que les personnages sont des pantins superficiels, manipulés par l’époque et le lieu où ils évoluent. Tourtereaux naïfs, prostituée accro aux jouets sexuels, preacher hystérique, couples blasés, danseurs de techno, hippies pacifistes : chacun endosse une idéologie qui, faute de contexte, est criante d’absurdité.

    Pour que tout fonctionne malgré l’absence de fil conducteur, les six solides comédiens mêlent dans un jeu très physique leurs talents de mimes, de danseurs, d’acrobates, de chanteurs et de maîtres de cérémonie. Si leurs visages vous sont peut-être familiers, leurs noms méritent certainement d’être cités : Luc Bourgeois, Louise Cardinal, Catherine Lachance, Caroline Lavigne, François-Étienne Paré et Daniel Parent.

    L’Amérique en chantier ne se produisait au Théâtre Outremont qu’un seul soir, mais devrait très bientôt déposer son attirail sur plusieurs autres scènes montréalaises : ouvrez l’œil.

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