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Allons-nous manquer de produits alimentaires ?

 

Le capitalisme n?olib?ral est en train de tuer les soci?t?s parce qu?il a tout subordonn? au rendement maximal du capital au b?n?fice des actionnaires. Et il a fait de la finance internationale l?instrument de ponction sans retenue de la substance de toute activit?.

Ces derniers mois, apr?s une d?b?cle financi?re qui a r?v?l? au grand jour la nocivit? de la libre circulation des capitaux, la sp?culation s?est empar?e d?une nouvelle cible de choix : les c?r?ales, contribuant ? d?clencher une crise alimentaire majeure au sein de populations d?j? rendues exsangues par l?abandon des cultures vivri?res et la d?r?gulation des march?s agricoles.

par Reinhard Koradi, Dietlikon

Pourquoi cette question, alors que les devantures de magasins d?alimentation regorgent de produits? Alors que dans notre soci?t? d?abondance, tout n?est qu?une question de pouvoir d?achat. Ou y a-t-il n?anmoins quelques raisons s?rieuses de r?fl?chir ? l?approvisionnement en produits alimentaires? On observe diff?rents signaux d?alerte ? partiellement occult?s ? mais ils sont l?. On nous met d?j? en garde contre des augmentations de prix dans le domaine de l?alimentation ? et ce que des prix ?lev?s pour des produits alimentaires d?clenchent, nous a ?t? clairement montr? ces derniers temps. Les troubles politiques en Tunisie, Egypte et Alg?rie ont certainement des racines plus profondes ? mais les prix du pain de plus en plus ?lev?s ont soulev? la population et l?ont pouss?e dans la rue.

Bas?es sur le Rapport sur l?agriculture mondiale, trois questions se trouvent au centre de cet article, auxquelles nous devrons t?t ou tard trouver des r?ponses ?galement dans nos r?gions.
??? ?Existe-t-il des moyens pour diminuer de fa?on d?cisive le probl?me de la faim et de la pauvret? dans le monde?
??? ?Comment peut-on prot?ger les ressources naturelles de l?exploitation et de la destruction?
??? ?Comment faut-il poser des jalons pour une s?curit? de l?alimentation suffisante?

Les bases de production et le savoir existent

Au mois d?ao?t 2008, le Rapport sur l?agriculture mondiale, command? par les Nations Unies et la Banque mondiale a ?t? publi?.
Plus de 500 scientifiques ont r?sum? l??tat des connaissances sur l?agriculture globale, sur son histoire et sur le libre acc?s aux connaissances, aux terres, aux semences, aux produits alimentaires et ? l?eau. (Horizons et d?bats a plusieurs fois trait? de ce rapport). Le rapport d?montre des solutions, mais met aussi en garde contre de fausses pistes. Ce qui est d?terminant, c?est la constatation que la terre dispose de suffisamment de res?sources pour nourrir la population mondiale de fa?on satisfaisante. Le savoir n?cessaire ne manque pas non plus. Mais les principes de d?part, tels qu??agriculture industrielle? et ??conomie de march??, ont eu des d?rapages pour cons?quence. Ainsi, on a pouss? ? la monopolisation des march?s agricoles (concentration des facteurs de production dans le domaine alimentaire) et ? la destruction, par l?agriculture dirig?e globalement, des structures de production bas?es sur les entreprises fami?liales de petits paysans.
L?agriculture industrielle exploite les ressources naturelles disponibles de la terre. Elle remplace le travail humain par de l??nergie fossile, ? l?aide de grands moyens techniques et agrochimiques. L?agriculture industrielle exige d??normes quantit?s de pesticides et d?engrais chimique et absorbe environ 70% des ressources mondiales d?eau potable.

Continuer comme jusqu?ici n?est pas une option

Le Rapport sur l?agriculture mondiale fait un sort d?finitif au mythe de la sup?riorit? de l?agriculture industrielle dans une perspective ?conomique, sociale et ?cologique.
Il formule au lieu de cela comme nouveau paradigme pour l?agriculture du XXIe si?cle, des structures de petits paysans ? avant tout pour l?Asie, l?Afrique et l?Am?rique latine.
Les chances ? de vaincre la faim ? sont donc absolument intactes. Il suffirait d?une approche diff?rente dans l??conomie agricole ? comme d?ailleurs dans d?autres domaines ?cono?miques. La lib?ration de l?OMC, du FMI et de la Banque mondiale des contraintes pos?es par quelques rares ?Dagobert Duck? faciliterait certainement cette ?R?vision des modes de pens?es?. La passion du lucre devrait c?der le pas au principe de ?servir les humains?. L?activit? ?conomique doit ?tre un service ? la communaut? et doit s?orienter en primeur d?apr?s les besoins fondamentaux des hommes. Appliqu? ? l??conomie agricole, cela signifie qu?il faut confier la production, la transformation et la distribution de produits alimentaires, surtout dans des r?gions peu d?velopp?es, ? des structures de petites entit?s int?gr?es localement en r?seaux. Elles sont les garants les plus importants et le plus grand espoir d?un approvisionnement alimentaire socialement, ?conomiquement et ?cologiquement durable pour une population mondiale croissante.

Les cons?quences du Rapport sur l?agriculture mondiale n?ont pas (encore) ?t? tir?es

La peur de la faim est pr?sente. A la question: Quel est le probl?me le plus important qui se pose en ce moment dans le monde?, une enqu?te faite en janvier/f?vrier 2009 par l??Euro-barom?tre? cite les r?ponses suivantes: deux tiers des personnes interrog?es voient comme probl?me le plus important pour le monde la pauvret? croissante, les produits alimentaires faisant d?faut et l?acc?s insuffisant ? l?eau potable (66%). En deuxi?me position vient la crise ?conomique mondiale (52%), en troisi?me lieu le changement climatique (50%), puis suit la peur du terrorisme international (42%), et ? la cinqui?me place nous trouvons les ?conflits arm?s? (39%). (cf. ?Neue Z?rcher Zeitung? du 17/11/10).
En 1990, 822 millions de personnes souffraient de la faim, en 2008 on en comptait d?j? 963 millions et aujourd?hui ?a d?passe le milliard. Chaque ann?e, 8,8 millions d?hommes meurent ? cause d?un approvisionnement insuffisant en nourriture ou en eau propre.
R?partis par r?gions, en Asie 524 millions d?hommes souffrent de la faim, en Afrique subsaharienne 206 millions, en Am?rique latine 52 millions et au Proche-Orient 38 millions, et ceci dans une mesure mettant la vie en danger. Par rapport au niveau de d?veloppement des ?conomies nationales, dans les pays en voie de d?veloppement, 820 millions de personnes, dans les pays ?mergents 25 millions, ne parviennent pas ? se nourrir suffisamment. Mais m?me dans les pays industrialis?s, la faim s??tend de plus en plus. Apparemment la pauvret? et la faim se c?toient de tr?s pr?s.

La faim n?existe pas que dans les pays en voie de d?veloppement

En Suisse, environ 9% de la population (env. 800 000 personnes) vit sous le seuil de pauvret?. Pour une personne seule, cette limite se situe ? 2300 francs, pour un m?nage monoparental avec deux enfants ? 3900 francs et pour un couple avec deux enfants ? 4800 francs.
Les produits alimentaires peuvent se faire rares pour ces personnes parce qu?elles manquent du pouvoir d?achat n?cessaire. En Suisse, la ?Table suisse? aide, sous le slogan ?distribuer la nourriture au lieu de la jeter? les personnes d?favoris?es et n?cessiteuses.
Dans douze r?gions, des produits alimentaires exc?dentaires impeccables sont remis gratuitement par des grossistes, des producteurs et des d?taillants ? des institutions sociales qui s?occupent de concitoyens frapp?s par la pauvret?.
Rien que le grand distributeur Coop livre chaque ann?e 1830 tonnes de produits alimentaires ? la ?Table suisse? qui sans cela finiraient aux ordures.
Combin? avec la crise financi?re et ?conomique pas encore r?solue, la probl?matique de la pauvret? et par suite de la faim conna?t un regain de dynamisme. Une probl?ma?tique qu?on n?glige facilement tant qu?on est ?bloui par la surabondance.
Nous ne pouvons certainement pas comparer la catastrophe de la faim dans les pays moins d?velopp?s avec la situation des m??nages ? faible revenu de nos latitudes. Pour les peuples des Etats peu d?velopp?s, la situation est bien plus dramatique ? l?-bas, il s?agit de la survie.

Les bases naturelles de la production de produits alimentaires sont menac?es

La s?cheresse persistante de l??t? dernier en Russie a eu pour cons?quence des augmentations explosives des prix du march? c?r?alier. Ainsi, d?s le d?but du mois de juin, le prix a presque doubl? en raison de la s?cheresse record et des incendies (arr?t d?exportation du bl?). Dans les pays de la Communaut? des Etats ind?pendants (CEI) la production du bl? s?est effondr?e de 29% compar?e ? l?ann?e pr?c?dente, en raison du climat.
En Australie, les inondations ont d?vast? 18% des surfaces cultivables de canne ? sucre, et environ 10 millions de tonnes de la r?colte de bl? d?j? stock?e ? c?est-?-dire 50% de la r?colte totale ? ne peuvent plus ?tre transform?es en farine suite aux inondations. Entre-temps les Nations Unies annoncent les prix les plus ?lev?s ? l?index des prix des produits alimentaires de la FAO depuis son introduction en 1990. De janvier 2010 ? janvier 2011, les prix de cinq produits alimentaires s?lectionn?s (lait, viande, c?r?ales, huiles et graisses) ont augment? de 180 points ? 231 points ? l?index. Les produits qui ont connu une augmentation extr?me du prix sont le bl?, (doublement), le sucre, les c?r?ales ainsi que les huiles et les graisses. Les prix de la viande et du lait sont par contre rest?s relativement stables. (La production et l?approvisionnement du lait d?pendent d?une organisation localis?e. Elle se pr?te gu?re ? la sp?culation, en raison du grand nombre des sites de production g?ographiquement r?pandus.)
Les conditions m?t?orologiques partiellement peu favorables (chaleur, suivie de quantit?s de pr?cipitations relativement ?lev?es) ont provoqu? ?galement en Allemagne et en Suisse des d?ficits de r?coltes. La r?colte de bl? a encaiss? une perte de 11%. Dans toute l?UE, la saison de la pomme de terre a subi les caprices du temps d?s le printemps. Ce sont avant tout la chaleur et la s?cheresse qui ont fait souffrir les cultures, de sorte que les rendements ont nettement baiss? sous le niveau de l?ann?e pr?c?dente. En Allemagne, on a r?colt? environ 9,5 millions de tonnes de pommes de terre. Compar? ? l?ann?e pr?c?dente, cela repr?sente une baisse de 1,9 millions de tonnes. La r?duction de la surface cultivable de 3% ? 255 200 hectares est, avec les conditions m?t?orologiques d?favorables, une raison de la r?colte plus petite. En Suisse, on parle d?une r?colte de pommes de terre qualitativement bonne. En 2010, on a r?colt? environ 421 000 tonnes (dont 70 000 tonnes de pommes de terre de table). Sur une surface diminu?e de 2,9%, on a r?colt?, par rapport ? l?ann?e pr?c?dente, 10 000 tonnes de pommes de terre en moins. Pour la pomme de terre, la Suisse r?v?le d?ailleurs un degr? d?autosuffisance au-dessus de la moyenne avec 90%. Il y a des diff?rences selon les r?gions, mais cela n?enl?ve rien au fait que les rendements agricoles sont de plus en plus soumis ? des pressions en raison de conditions de production d?favorables. Une pression qui augmentera probablement dans les ann?es ? venir.

Le changement climatique aggrave les goulets d?approvisionnement

Dans l??conomie agricole, les changements climatiques attendus produiront des effets sur le rendement des cultures, la production animale et les sites de production. Les r?gions irrigu?es par les glaciers des Andes et de l?Himalaya sont frapp?es de fa?on particuli?rement dure: alors que les glaciers fondent, des inondations menacent. Une fois qu?ils ont disparu, une p?riode de s?cheresse durable s?installe. Les deux tiers de l?Afrique sont d?j? atteints par la s?cheresse et l?aridit?. Le changement climatique renforce ce processus d?expansion du d?sert.
La d?sertification progresse et s??tend sur environ deux cinqui?mes de la surface de la terre, ce qui correspond au triple de la surface de l?Europe. Un milliard de personnes sont concern?es qui vivent ? la campagne. Les causes fr?quentes de la d?sertification sont une irrigation inadapt?e qui entra?ne la salification du sol (par exemple dans certaines parties de la Chine et de l?Inde), la d?forestation et l?exploitation abusive des sols combin?e avec des monocultures ?tendues (comme la culture du soja au Br?sil).
Ailleurs ? comme dans le sous-continent indien ? ce sont de violentes pr?cipitations ? croissance rapide qui sont la cause de la destruction des cultures et des r?coltes.
Le changement climatique pourrait m?me provoquer, au moins ? br?ve ?ch?ance, dans quelques r?gions du nord de l?Europe, d?Asie et d?Am?rique une croissance de la productivit? de l?agriculture. Mais des r?gions c?r?ali?res importantes du monde, telles que le centre occidental des USA, des parties de l?Inde et de la Chine ainsi que le Br?sil, doivent compter ? moyen terme avec de drastiques pertes de r?coltes.

Energie au lieu de nourriture

La crise de l??nergie constitue un danger pour les ressources de la production alimentaire. De plus en plus de produits agricoles finissent dans la cuve au lieu de l?assiette. La tromperie l?gitim?e par l??tiquette ?protection de l?environnement?, consistant ? utiliser des produits alimentaires pour l?approvisionnement en ?nergie au lieu d?en nourrir les hommes, ne fait pas que d?truire des ressources (monocultures). Elle vole aussi la terre aux hommes des campagnes, terre dont ils ont un besoin urgentissime pour leur propre approvisionnement.
Plus de denr?es alimentaires pour de l?essence signifie ?galement que les produits alimentaires se rar?fient et rench?rissent. Surtout quand la sp?culation provoque de sauvages fantaisies. En 2007 et en 2008 d?j? des escalades de prix des produits agricoles ont provoqu? des ?r?voltes de la faim? de gens en col?re parmi les populations pauvres. Les prix des produits alimentaires vitaux ont explos? entre autres parce qu?en raison de l?augmentation des prix du p?trole, la production de biocarburants ? base de c?r?ales devenait de plus en plus lucrative.
La crise alimentaire avec ses prix c?r?aliers records, ainsi que la demande ?norme de biocarburants ont fait que des terres agri?coles disponibles, fertiles et bon march? passent entre-temps pour un investissement particuli?rement profitable.

La terre, objet de sp?culation

Actuellement les investisseurs misent sur l??quation ?p?nurie de terres cultivables ?gale hausse des prix des produits alimentaires?. Face ? la crise financi?re, ils recherchent des placements attractifs qui ne d?pendent pas des cycles boursiers et investissent ? tous les niveaux de la cha?ne alimentaire, ? commencer par des terres d?j? cultiv?es. Selon des ?tudes scientifiques datant de 2002, on constate que le 1,4 milliard d?hectares de la surface globale des terres agricoles des pays industrialis?s ne pourra plus gu?re ?tre augment?. Il reste encore quelque 875 millions d?hectares que pourraient ajouter les pays ?mergents et du Tiers monde. Et si l?on ouvrait ? l?agriculture quelques ?cosyst?mes forestiers, cela pourrait ajouter encore quelque 525 millions d?hectares.
Ainsi, des entreprises et des fonds de place?ment, mais aussi des gouvernements ?trangers ? entre autres la Chine, la Cor?e, Isra?l, le Japon et des Etats arabes ? ont en quelques ann?es achet? d?j? en Afrique 20 millions d?hectares de terres. C?est l? la plus importante modification de propri?t? depuis la fin de la p?riode coloniale. Les investissements de ces pays dans les terres agri?coles africaines ont pour objectif prioritaire leur propre s?curit? alimentaire. ?Apr?s les sp?culations d?brid?es sur le march? des c?r?ales et la hausse massive des prix de l?alimentation, ils ont perdu confiance dans le march? mondial. Ils ne veulent plus d?pendre de sp?culateurs, ils pr?f?rent avoir eux-m?mes le contr?le d?une production garantie des produits alimentaires.?
Un tel ?accaparement des terres? a ?t? qualifi? de ?n?ocolonialisme? par Jacques Diouf, pr?sident de l?Organisation des Nations Unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO).
Des multinationales du secteur financier, dont le Blackstone Group, la Deutsche Bank, Goldman&Sachs et Dexion Capital ont, elles aussi, investi dans de nouvelles enclaves agricoles au c?ur de l?Afrique.
L?International Finance Corporation (IFC), filiale de la Banque mondiale, s?est engag?e fermement en faveur du ?d?veloppement de l?agrobusiness?. En septembre 2008, elle annon?ait que, suite ? la crise alimentaire, elle augmenterait massivement ses investissements rentables en Afrique, en Am?rique latine et en Russie. Une partie de ces investissements a ?t? jusqu?? pr?sent utilis?e dans des r?gions peu d?velopp?es en mati?re agricole. En 2008, l?IFC a investi 1,4 milliard de dollars dans les multinationales agroalimentaires pour d?velopper les cha?nes d?approvisionnement.

Urbanisation et ?cologie

L?extension des zones r?sidentielles, de l?urbanisation, d?truit les terres arables et retire le sol ? l?agriculture. L?urbanisation transf?re les modes d?existence urbains dans les r?gions rurales. Ce processus s?observe depuis des si?cles mais dans les derni?res d?cennies, il s?est propag? ? une vitesse inou?e dans les pays ?mergents et les pays en d?veloppement. Dans les pays d?velopp?s, l?urbanisation a ?t? remplac?e par une sub-urbanisation, c?est-?-dire que les villes se sont ?tendues de plus en plus dans les espaces voisins qui appartenaient jusqu?alors ? la campagne.
En Suisse, les agglom?rations s??tendent le plus souvent aux d?pens des terres agricoles. Entre 1994 et 2006, 14,2 kilom?tres carr?s de terres agricoles ont disparu chaque ann?e. Par rapport aux chiffres de la p?riode pr?c?dente, allant de 1982 ? 1994, o? la perte de sur?faces agricoles ?tait de 20,8 kilo?m?tres carr?s, il y a eu un ralentissement. N?anmoins, la part des terres agricoles par rapport ? la surface productive totale de la Suisse a baiss? de 44%, selon les chiffres de l?Office f?d?ral de la statistique.
Outre la nouvelle urbanisation, l??cologie et une id?ologie sur-protectrice de la nature menacent parfois les bases naturelles de production des agriculteurs. La r?vision partielle de la Loi f?d?rale sur la protection de la nature et du paysage pr?voit la cr?ation de nouveaux parcs d?importance nationale. Selon leur situation et leur taille, ils seront r?partis en parcs nationaux, parcs naturels r?gionaux et parcs naturels periurbains. Environ 14% de la surface totale du pays devront ?tre r?serv?s ? ces parcs qui seront situ?s dans les r?gions rurales.

La Suisse, oasis de bien-?tre et de terrains de jeux

Aujourd?hui, on oppose l??cologie ? la production agricole. Les paysans voient leur production limit?e par les vastes espaces attribu?s aux parcs et parce que des r?glementations de politique ?cologique (paiements directs) restreignent leur libert? de travail. Pour tout citoyen ouvert et bien inform?, il est clair que l?aptitude ? utiliser judicieusement les ressources naturelles est une qualit? propre au paysan. En effet, lequel d?entre eux aurait l?id?e de d?truire son bien et les bases de son existence?

Rendre sa place ? la s?curit? alimentaire

Allons-nous manquer de produits alimentaires? C??tait au d?part la question.
La r?ponse peut varier, selon ce que l?on entend par ?nous?. Ce qui est ?vident, c?est que les terres destin?es ? la production agricole se font rares. Et moins de terre, moins d?agriculteurs. Cette perte progressive de terres productives dans le pays r?duit la possibilit? d?assurer l?approvisionnement de la population indig?ne. La d?pendance par rapport ? l??tranger et aux manipulations sp?culatives du march? augmente. Aucun pays ne devrait sacrifier au march? la s?curit? de son approvisionnement et la qualit? de son alimentation.

La s?curit? et la souverainet? alimentaires ?galement pour les pays industrialis?s

Il y a deux exigences valables pour tous les Etats, y compris la Suisse. L?une s?appelle s?curit? alimentaire et l?autre souverainet? alimentaire.
?La s?curit? alimentaire est une situation existant lorsque tous les individus ont en tout temps un acc?s physique, social et ?cono?mique ? suffisamment de produits alimentaires s?rs et riches en substance nutritives r?pondant ? leurs besoins et ? leurs pr?f?rences pour une vie active et saine.?
?La souverainet? alimentaire est le droit de la population et des Etats souverains de d?terminer eux-m?mes leur politique agricole et alimentaire de mani?re libre et d?mocratique.?
Le document de l?Office f?d?ral de l?agriculture intitul? ?Agriculture et fili?re alimentaire 2025?, parle tr?s peu de la s?curit? et la souverainet? alimentaires. Nous ne prot?geons ni les ressources ni les infrastruc?tures et nous ne recherchons pas un degr? ?lev? d?autosuffisance. Lorsqu?on parle de ?comp?titivit??, on pense plut?t ? une strat?gie de qualit? orient?e vers l?exportation li?e ? des prix minimaux (prix fond?s sur le niveau du march? mondial ou de l?UE). La devise est: augmentation du rendement gr?ce ? l?augmentation de la taille des exploitations! On pourrait penser qu?il s?agit de diviser le march? en deux: la qualit? pour les riches et la production de masse pour les pauvres. A cela on ajoute une ?tiquette ?cologique, le label ?multifonctionnalit??. Le syst?me de paiements directs d?velopp? dans ce sens dissimule un syst?me de r?glementation et de contr?le des paysans qui prend de plus en plus d?aspects centralistes et dirigistes. A l?aide de l?accord de libre-?change (EU/OMC), on veut enserrer l?agriculture suisse dans un corset n?olib?ral, jusqu?? l??touffer. Le libre-?change ne peut pas fonctionner pour les produits alimentaires vitaux, tout ?conomiste s?rieux le sait. En revanche, comme moyen de pression politique pour s?attaquer aux droits souverains, le libre-?change est un catalyseur bienvenu.

Approvisionner la population en produits alimentaires est un devoir

A moins que nous recherchions le chaos, le temps est venu de prendre nos responsabi?lit?s dans le cadre des possibilit?s nationales. Si l?on veut que les individus, o? qu?ils vivent, puissent se nourrir sainement, les pays riches ont le devoir d?assurer leur approvisionnement en produits alimentaires autant que possible sur la base de leurs propres ressources; et cela par solidarit? ? l??gard du Sud.
C?est pourquoi nous avons besoin de tous les paysans, en Suisse ?galement. Ils sont les garants d?un approvisionnement alimentaire durable et ? petite ?chelle. Ils veillent ? ce que nous ne soyons pas ? court de nourriture.?? ??

L?explosion des prix des denr?es alimentaires provoque des r?voltes

L?Organisation des Nations unies pour l?alimentation et l?agriculture (FAO) constate ceci dans son Rapport: ?Toutes les six secondes, un enfant meurt de malnutrition dans le monde. Quant aux adultes, n?en parlons pas.? Et Jacques Diouf, secr?taire g?n?ral de la FAO, de rench?rir: ?La faim reste la plus grande trag?die dans le monde.? On ne s??tonnera donc pas des pronostics sombres pour l?ann?e 2011. L?un des experts les plus r?put?s en mati?re de produits alimentaires, le Fran?ais Philippe Chalmin ? conseiller du gouvernement fran?ais ? entrevoit d?j? pour fin avril, vers P?ques, l?explosion de r?voltes de la faim, cela du fait du rench?rissement consid?rable des produits alimentaires dans le monde. L?explosion des prix a d?j? provoqu? de graves troubles. En Inde, une ?r?volution des oignons? a fait de nombreux morts. Des manifestations se pr?parent au Bangla?desh, au Pakistan et dans les premiers pays d?Afrique ?
En 2008, la FAO comptait plus d?un milliard de personnes souffrant de la faim. Certes, ce nombre est descendu ? environ 925 millions en 2009 et 2010, mais les nouvelles hausses de prix me?nacent de r?duire ce progr?s ? n?ant. Le rench?rissement est surtout pro?voqu? par les catastrophes naturelles dans les pays agricoles. Les feux de for?ts en Russie ont entra?n? une interdiction d?exporter, le pays pensant d?abord ? sa population. L?Argentine subit depuis deux ans des s?che?resses, et maintenant des inondations ont d?vast? l?Australie. A cela s?ajoute l?app?tit grandissant, notamment pour la viande, de la Chine et de l?Inde, avec leurs milliards d?habitants, lequel n?cessite un accroissement consid?rable de la production animale ?

Vertraulicher Schweizer Brief no 1276 du 1/2/11

Source: SOS-Crise


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  1. avatar

    Cette photo est à l’image de la situation , insoutenable !!!!