6 mars 2008 |
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Quel sort la justice réservera-t-elle à dix garçons accusés de viols consécutifs sur une jeune fille de 17 ans, qui habite une ferme dans la localité de Larabaâ, en Algérie ? L’adolescente, en raison de la sévérité de son père et du traitement agressif que lui réserve son frère, que nous appellerons B.K., fugue. Elle veut rejoindre le domicile de son oncle à Béni Messous.
« B. K. en prenant la direction d’Alger était en situation de fugue. Une troisième du genre en moins de dix années », explique l’assistante-psychologue de la Gendarmerie nationale, Boukaoula Zohra.
En route vers Alger, B.K. fait la rencontre d’un jeune homme, C. Réda, âgé de 22 ans, dans le bus qui les transporte de Bouzaréah vers Beni- Messous. Réda convainc la jeune fille de le suivre ils se rendent donc dans une baraque de fortune située, au niveau de la forêt de Béni Messous, à l’abri de tout regard. Une fois sur place, Réda, connu par les services de la gendarmerie nationale, et sous l’effet de la drogue et de l’alcool, fera appel à neuf de ses amis. Ils habitent non loin de la forêt de Béni Messous. La fête commence. Immobilisée par ses agresseurs, elle compte les heures, les minutes et les secondes. Les dix garçons, âgés entre 20 et 23 ans, qui ont tous un emploi, abusent tour à tour de l’adolescente. Naïve, B.K. ne résistera pas à la force et à l’envie bestiale des dix jeunes présumés violeurs. Drogue et alcool sont également au rendez-vous. « Après avoir compris qu’ils allaient tous me violer et voyant que je ne pouvais ni crier ni fuir, je n’ai plus pensé qu’au moment où ils en termineront avec moi et me laisseront partir », confie-t-elle à Boukaoula Zohra. B. K. a été violée 16 fois par 10 hommes en une longue et interminable nuit.
Aux premières heures de la journée, après une nuit d’enfer, la fille rejoint le domicile de son oncle, à Béni Messous, et raconte son aventure. Devant l’insistance du chef de brigade de la gendarmerie de Beni Messous, le père consent à ce que sa fille identifie les auteurs du crime. « Nous avons pu mettre la main sur C. Réda le jour même et il finit par révéler l’identité de ses complices », a confié à la presse le commandant Berrahal Abdelkader de la compagnie de gendarmerie d’Alger. Détail qui prend toute sa signification cet odieux chantage dont fut victime B.K. : C. Réda n’a identifié que six des dix violeurs. L’adolescente n’avait parlé que de six violeurs. « Le sentiment de honte et de gêne l’empêcha de prononcer le nombre dix, il lui paraît tellement énorme qu’elle tenta de l’oublier en le minimisant », explique Boukaoula Zohra du service de psychologie de la Gendarmerie nationale. Nadjia Bouaricha, correspondante pour El Watan, écrit, en introduction : « Les rapports humains ne sont plus ce qu’ils étaient, en Algérie. La haine, la violence et les agressions sont légion. Il ne se passe pas un jour sans que les journaux ne se fassent l’écho de cas d’atteintes aux personnes ».
Selon la psychologue Boukaoula Zohra, qui présentait récemment une communication sur ses activités à Alger et dressait un bilan national sur les affaires concernant les mineurs en tant que victimes ou auteurs d’infractions, durant le premier semestre 2006, sur les 9 685 victimes ayant fait l’objet de violence, 923 d’entre eux avaient moins de 18 ans. Les sévices les plus répandus sont les coups et blessures volontaires avec arme blanche, l’attentat à la pudeur ou tentative avec violence, tentative d’excitation de mineurs à la débauche, viol ou tentative sur mineur et menaces avec arme blanche.
Plus récemment, Amel Bouakba, de la Tribune, faisait état de statistiques alarmantes. « Selon des statistiques révélées par la Gendarmerie nationale, plus de 2.000 mineurs ont été arrêtés, en 2007, à travers l’ensemble du pays. Plusieurs griefs ont été retenus contre eux, entres crimes et délits. Ainsi, selon la Gendarmerie nationale « sur un total de 39.204 personnes arrêtées, au niveau national, pour plus de 30 000 affaires de crimes et délits, 2 073 mineurs mis en causes ont été arrêtés, durant l’année 2007, contre 2 587 en 2006 ». Il est ainsi relevé que parmi les mineurs arrêtés, 519 l’ont été pour des coups et blessures volontaires, 570 autres pour des vols, 233 pour associations de malfaiteurs et 133 pour attentats à la pudeur. En outre, 77 mineurs ont été arrêtés pour destruction et dégradation de biens appartenant à autrui, 13 pour destruction et dégradation de biens appartenant à l’État et 14 pour des affaires de viol ».
Mohamed Medjahdi, de La Tribune d’Algiers, constate que « la délinquance des mineurs donne trop souvent lieu à un débat idéologique dans le mauvais sens du terme et les jugements ne sont pas confrontés à la réalité. Si elle n’est pas un phénomène nouveau, la situation actuelle est réellement préoccupante, parce que la délinquance s’est massifiée, est plus violente et touche des mineurs ». L’auteur ajoute : « les délinquants et les victimes sont souvent des mineurs. De multiples enquêtes montrent que les consommateurs de drogue, au sens large du terme, sont plus fréquemment auteurs d’actes de délinquance, et que la famille et l’école n’arrivent pas à endiguer ce fléau. De nombreux parents éprouvent des difficultés pour assurer l’éducation de leurs enfants, l’école n’est plus ce sanctuaire à l’abri de la violence. A force de vouloir faire entrer tous les enfants dans un « moule » unique, l’école a fini par exclure une partie de ceux qui lui sont confiés et devra réinventer les moyens de faire une place à chacun ».
Le phénomène de l’exclusion, qui n’est pas propre à l’Algérie, est particulièrement présent au sein de la société : « la délinquance des mineurs n’est pas due à un parcours accidenté, elle est souvent la conséquence de l’exclusion. Si la répression est nécessaire car nous ne pouvons vivre dans un tel climat et laisser nos enfants se perdre eux-mêmes, nous devons mettre en place une vraie prévention primaire, sinon nous serons éternellement condamnés à réparer nos erreurs et nous aurons condamné définitivement une partie de notre jeunesse, et cela nous n’en avons pas le droit sauf à décider que notre société doit mourir ».
Amel Bouakba, de la Tribune, relate le drame de Faïza, une de ces victimes de la société que l’on désigne comme « délinquante ». Faïza avait à peine douze ans lorsqu’elle a été placée dans un centre de rééducation de Birkhadem. Sa vie a subitement basculé lorsqu’elle a appris par sa famille d’accueil qu’elle était en réalité une fille adoptive et enfant née sous x, recueillie après avoir été abandonnée par sa mère biologique. Ce secret va bouleverser sa vie. Refusant ce statut de « fille adoptive », Faïza va élire domicile dans la rue où elle s’adonnera à toutes sortes de vices et de débauche jusqu’au jour où elle commettra une infraction irréparable qui la mènera dans un centre de rééducation. Un lieu où la vie n’est pas forcément meilleure.
Selon Amel Bouakba : « la majorité des crimes de délinquance sont constatés dans des quartiers précaires ou populaires. C’est dire que les conditions de vie pénibles et la pauvreté terrassante sont des facteurs déclencheurs de la délinquance juvénile qui traduit les multiples frustrations et le malaise social de ces jeunes délinquants ». La délinquance juvénile est un phénomène difficile à maîtriser en Algérie. Et comme le constate le journaliste de la Tribune : « Notre pays ne s’est pas donné les moyens de cerner ce phénomène qui mine notre société, à l’instar d’autres fléaux sociaux, qui se développent à une allure vertigineuse, favorisé par le laxisme ambiant des pouvoirs publics ».
Amel Bouakba se montre très sévère à l’égard de l’inaction du gouvernement algérien : « L’absence de l’État, qui a laissé le phénomène de la délinquance juvénile évoluer au su et au vu de tous, est mise en exergue par les différents spécialistes, les éducateurs, les psychologues et les responsables d’associations de protection de l’enfance notamment. Tous estiment impératif que l’État intervienne à divers niveaux, tels que l’aide à l’enfance, sa protection, la santé mentale, la santé physique, l’éducation, le droit pénal ou le droit familial ».
Un projet de loi pour la protection de l’enfance, élaboré par le ministère de la Justice, est en cours d’étude. Il fixe la responsabilité pénale du mineur à partir de l’âge de 10 ans, alors qu’elle est actuellement à partir de 13 ans. Le projet de loi envisage des mesures préventives pour les enfants de moins de 13 ans qui commettent des infractions. En revanche, des mesures coercitives sont prévues à l’égard des mineurs qui dépassent cet âge.
Pour Redouane Osmane, de la Coordination des lycées d’Alger (CLA), la méthode répressive n’est jamais allée jusqu’à attaquer le mal à sa racine : « la question ne peut se régler par l’instauration d’un État pénal ». Monsieur Osmane poursuit : « il est impensable d’appréhender le phénomène de la délinquance sans faire le lien direct avec les conditions socio-économiques du pays. La déperdition scolaire est de ces terreaux dont la délinquance se nourrit sans craindre l’excès ». Selon monsieur Osmane : « le chômage, l’absence de perspectives, de loisirs, d’un travail de proximité sociale, d’aide à la réalisation de projets collectifs ou individualisés des jeunes, sont autant de voies que la délinquance a systématiquement exploitées pour déboucher sur les proportions que l’on reconnaît présentement à celle-ci ».
A peine 16 ans au compteur et déjà lassé de vivre. Ceux comme Abed, qui ont entamé tôt la collection des funestes jours, vivent comme lui : dehors. Le gavroche fait partie de cette génération « patex ». La colle locale qui sans le vouloir a commercialement cartonné chez cette « race » de clients spéciaux : les enfants de la rue. Les jeunes délinquants, ceux qui sont comme Abed ou pire, ont déjà fort à faire avec la seule langue admise par l’État et la nation : l’indifférence au malheur d’autrui. « Si je survis à cet hiver, je vous jure que je ne resterai pas un jour de plus dans ce maudit bled ! », promet le Gavroche (El Watan).
C’est ce n’est pas le genre d’histoire qui te remonte le moral en te levant. Pauvre fille. Au milieu de toute cette technologie, parfois je me dis que les êtres humains n’ont guère évolué depuis 2000 ans…
13:23, le Jeudi 6 mars 2008François
Des drames comme ceux-là, on finit pas d’en découvrir. Sans compter tous ceux-là qui ne nous parviennent tant ils sont vécus dans l’ombre de l’actualité. Et ce drame, convenons-en, n’est pas propre à l’Algérie. Nous avons notre lot, également, de ces fins tragiques.
Pierre R. Chantelois
20:45, le Jeudi 6 mars 2008Vous devez être connecté pour publier un commentaire.
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