Accueil / T H E M E S / CULTURE / Littérature / anecdotique / Alexandrina Victoria de Kent

Alexandrina Victoria de Kent

« Great evets make me quiet and calm ; it is only trifles that irritate my nerves [Les grands événements savent me rendre tranquille et calme ; ce sont seulement les bagatelles qui irritent mes nerfs]. » (Victoria).

Il y a deux cents ans, le 24 mai 1819, est née Alexandrina Victoria de Kent, au Palais de Kensington, à Londres. Fille d’Édouard, duc de Kent (1767-1820), gouverneur de Gibraltar, mort lorsqu’elle avait vingt mois, et de Victoria de Saxe-Cobourg-Saalfeld (1786-1861), unis dans le mariage l’année précédente, le 29 mai 1818, elle était la nièce de deux rois de Grande-Bretagne et d’Irlande, George IV (1762-1830) et Guillaume IV (1765-1837). À la mort de ce dernier, elle est devenue la très fameuse reine Victoria le 20 juin 1837, à l’âge de 18 ans, jusqu’à sa mort, le 22 janvier 1901, à l’âge de 81 ans.

Son oncle roi est mort un peu moins d’un mois après qu’elle ait atteint sa majorité (18 ans), ce qui évitait la perspective d’une Régence, toujours redoutée par la Couronne. Elle appris à son lever qu’elle était reine : « J’ai été réveillée à six heures pile par Mamma qui me dit que l’archevêque de Canterbury et Lord Conyngham étaient là et qu’ils voulaient me voir. Je suis sortie du lit et me suis rendue dans mon salon (en ne portant que ma robe de chambre) et « seule », je les ai vus. Lord Conyngham m’informa alors que mon pauvre oncle, le roi, n’était plus et avait expiré à deux heures douze ce matin et que par conséquent, « je » suis « reine ». ».

Elle était de la Maison de Hanovre, mais au contraire du Royaume-Uni, seul un monarque masculin pouvait succéder à Guillaume IV. Elle inaugura donc la Maison de Saxe-Cobourg-Gotha (devenu en 1917 la Maison de Windsor pour dégermaniser et angliciser le nom de la dynastie) en se mariant le 10 février 1840 avec son cousin germain Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (1819-1861) qui est mort de la fièvre typhoïde le 14 décembre 1861 à l’âge de 42 ans (il était trois mois plus jeune que Victoria).

Puisque Victoria était considérée comme l’héritière du trône car son oncle Guillaume IV n’avait pas de descendance, de nombreux candidats au mariage se présentaient à elle, et elle annotait dans son carnet quelques appréciations personnelles. Ainsi, Alexandre des Pays-Bas (1818-1848), petit-fils de Paul Ier, tsar de Russie, qui avait la préférence de son oncle roi, était selon elle « très quelconque », tandis qu’Albert était « extrêmement beau (…) [et] le charme de sa contenance est son atout le plus délicieux ». Le mariage fut heureux et son deuil immense et inconsolable lorsqu’elle fut veuve avec des enfants encore en bas âge.


Durant son règne, elle tenta d’influer sur la politique du gouvernement, mais de manière feutrée et jamais ouvertement pour ne pas troubler la tradition parlementaire. Elle savait dire quelques bons mots, comme celui-ci : « J’entends beaucoup de gens réclamer des changements. Je ne comprends pas. Les choses ne vont-elles pas suffisamment mal comme cela ? ».

Son long règne, plus de soixante-trois ans, un record qui ne fut battu que par son arrière-arrière-petite-fille, l’actuelle reine Élisabeth II, a fait que la reine a donné son nom à son siècle, « l’époque victorienne », associée aux mœurs très strictes de l’Angleterre du XIXe siècle mais aussi à son expansion coloniale, à sa révolution industrielle et à ses avancées technologiques. Elle fut appelée la « grand-mère de l’Europe » à cause de sa descendance très « riche ».

On dit que deux millions d’Européens sont des descendants de Charlemagne. C’est possible mais à vérifier quand même. Les descendants de la reine Victoria étaient moins nombreux, mais se retrouvaient dans toutes les dynasties européennes au début du XXe siècle. En effet, entre 1840 et 1861, la reine Victoria et le prince Albert ont engendré neuf enfants qui se sont mariés, pour certains d’entre eux, avec d’autres (futurs) souverains européens.

Ainsi, la princesse Victoria, surnommée Vicky (1840-1901), la fille aînée, s’est mariée avec Frédéric III de Hohenzollern (1831-1888), qui fut (très brièvement) empereur d’Allemagne et roi de Prusse. Ils ont eu pour enfant le fameux Guillaume II, le dernier empereur allemand.

Édouard VII, surnommé Bertie (1841-1910), le fils aîné, devenu roi du Royaume-Uni, s’est marié avec la princesse Alexandra de Danemark (1844-1925), fille du roi Christian IX de Danemark. Ils ont eu pour enfant George V, roi du Royaume-Uni (et grand-père d’Élisabeth II). À ce fils appelé à lui succéder, Victoria lui glissa ce célèbre conseil : « Never complain, never explain », qu’on peut traduire par : « Ne jamais se plaindre, ne jamais se justifier ».

La princesse Alice (1843-1878) s’est mariée avec Louis IV de Hesse (1837-1892) et ils ont eu notamment pour enfant Ernest-Louis ou Louis V de Hesse (1868-1937), dernier grand-duc de Hesse.

Le prince Alfred (1844-1900) s’est marié avec Marie Alexandrovna de Russie (1853-1920), fille d’Alexandre II, tsar de Russie.

La princesse Helena, surnommée Lenchen (1846-1923), s’est mariée avec Christian de Schleswig-Holstein (1831-1917), un prince allemand et danois, et ils ont six enfants sans descendance.

La princesse Louise (1848-1939) s’est mariée avec John Campbell, duc d’Argyll (1845-1914) qui fut gouverneur général du Canada (sans descendance).

Le prince Arthur (1850-1942) s’est marié avec la princesse Louise-Marguerite de Prusse (1860-1917).

Le prince Léopold (1853-1884) s’est marié avec Hélène de Waldeck-Pyrmont (1861-1922).

Enfin, neuvième et dernier enfant, la princesse Béatrice (1857-1944) s’est mariée avec Henri de Battenberg (1858-1896), prince allemand.

Au bout de deux générations, plusieurs souverains européens furent petits-enfants de la Victoria. Au-delà, avec des mariages mélangés à toute l’Europe, cela a donné beaucoup de descendants dans toutes les monarchies européennes, actuelles ou anciennes.

Parmi ces descendants, en dehors de la famille royale britannique et de l’empereur allemand déjà évoqué, on peut citer les rois des Hellènes Georges II (1890-1947), Alexandre Ier (1893-1920), Paul Ier de Grèce (1901-1964) et Constantin II de Grèce (né en 1940), les rois de Roumanie Carol II de Roumanie (1893-1953) et Michel Ier de Roumanie (1921-2017), le roi Olav V de Norvège (1903-1991), le roi Pierre II de Yougoslavie (1923-1970) et le roi Juan Carlos Ier d’Espagne (né en 1938).

Comme l’est Juan Carlos Ier, quatre arrière-arrière-petits-enfants de Victoria règnent encore en Europe : Élisabeth II du Royaume-Uni, Harald V de Norvège, Charles XVI Gustave de Suède et Margrethe II de Danemark. Quant au roi Felipe VI d’Espagne, fils de Juan Carlos Ier, il est l’arrière-arrière-arrière-petit-fils de Victoria.

Victoria fut aussi l’aïeule directe de douze prétendants au trône en Europe, dont ceux de France (pour les légitimistes), de Russie, de Serbie, de Grèce, d’Italie et de Croatie, de Roumanie, d’Allemagne et de Prusse, de Finlande, etc.

Parmi les descendants de Victoria, comme son épouse Élisabeth II, il y a le prince consort Philip Mountbatten, qui va fêter dans quelques jours son 98e anniversaire, par la lignée des femmes ascendantes : petit-fils du roi Georges Ier de Grèce (1845-1913), arrière-petit-fils du roi Christian IX de Danemark, il est aussi, en effet, le fils d’Alice de Battenberg (1885-1969), elle-même petite-fille de la reine Victoria par la princesse Alice de Hesse. À ce titre, Philip Mountbatten fait partie de l’ordre de succession au trône britannique, mais au-delà de la millième position. Élisabeth II est aussi une descendante du roi Christian IX de Danemark, par Édouard VII, mais en tant qu’arrière-arrière-petite-fille (avec une génération de différence par rapport à son époux).

Il y a donc eu une époque où l’on « faisait l’Europe » par sang entremêlé. Désormais, ce sont les bulletins de vote qui remplacent ce sang, et qui irriguent tous les isoloirs vivants de l’Europe !…

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mai 2019)

Commentaires

commentaires

A propos de Sylvain Rakotoarison

avatar

Check Also

Le bocal à mouches…

Depuis quelques jours, en superposition d’un monde qui m’écœure profondément, je revois avec une acuité ...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.