Accueil / T Y P E S / Chroniques / Albio Perfida : les Anglais quittent Basra

Albio Perfida : les Anglais quittent Basra

Dans le langage courant, au Qu?bec, les Anglais sont des crosseurs. « Crosseur », de l’argot am?ricain « doublecross » , pour d?signer un tra?tre, un transfuge, un agent double, un escroc, quelqu’un qui renie sa parole ou, plus g?n?ralement, quiconque vous a roul? dans la farine et bern? comme un enfant. Avec circonstances aggravantes, le crosseur devient un « maudit crosseur » ou, au superlatif, un « ’Osti de crosseur ». Le crosseur, en Qu?b?cois, est l’?tre perfide.

Idiosyncrasie d’un peuple conquis ? Pas tout ? fait, car il y a quelques si?cles que tout le monde le dit. Les Allemands, les Fran?ais, les Espagnols ont brandi ? tour de r?le le poing contre l’Angleterre tra?tresse – – la Perfide Albion – – en proportion directe du nombre de fois o? celle-ci les a roul?s dans la farine. Au moins depuis le Marquis de Ximenez en 1793, mais la rumeur publique se plait ? faire remonter le sobriquet ? Jules C?sar, permettant de parler de « Albio perfida », ce qui fait tout de m?me plus chic que de d?blat?rer contre ces « ’osti de crosseurs, les Anglais », comme le font sans doute dans leur propre slang ce matin, ? Washington, George W. et ses sbires qu’Albion vient de laisser tomber en Irak sans trop crier gare…

Moi, j’aime bien les Anglais. Ils sont polis, les Anglaises ont de longues jambes, ils ont tout dit avant tout le monde et les Lumi?res se sont allum?es en Angleterre bien avant la France – – voir Bacon, Hobbes, Locke et compagnie…. Et ? part ?a, ils gagnent ! Ils gagnent presque toujours. Rien ne d?crit mieux l’Angleterre que cette petite phrase dans le film Beckett :  » L’honneur de l’Angleterre ? L’honneur de l’Angleterre, c’est d’obtenir ce qu’elle veut ! » Crosseurs ? Tut, tut ne soyez pas jaloux !

Le probl?me, c’est qu’on ne sait pas toujours ce que l’Angleterre veut. Ainsi, il y a six mois, deux militaires anglais d?guis?s en Arabes ont ouvert le feu sans provocation ? Basra, en Irak, sur une foule de civils et des policiers irakiens. Manque de pot, on les a attrap?s et identifi?s. On les a emprisonn?s. Comme m?me Lawrence of Arabia pourrait avoir une faiblesse si on lui parlait brutalement, il ?tait urgent de ne pas les laisser soumettre ? un interrogatoire en r?gle.

Que font les Anglais ? Deux blind?s, quelques soldats et « Hop, mates, on va chercher Tommy ! ». Les potes sont lib?r?s. On discutera apr?s. Si on veut leur poser des questions, il faudra envahir l’Angleterre, ce qu’on n’a pas fait depuis environ 1 000 ans. Je suis intimement convaincu que, s’il s’?tait agi des Am?ricains versi?n Bush, on aurait fait une conf?rence de presse pour dire qu’on ne connaissait pas ces deux types ou, plus simplement, qu’une bombe « intelligente » aurait fait dispara?tre le poste de police au complet, avec les potes compromettants, tous les t?moins et quelques civils irakiens tra?treusement d?guis?s en dommages collat?raux. C’est pour ?a que je respecte les Anglais.

Je respecte Blair – – dont je trouve au demeurant la politique absolument ignoble — parce que si leur pr?sence en Irak est une infamie, ils vont sans doute au moins en obtenir ce qu’ils veulent et ils ont l’intelligence de la solidarit? ostentatoire. C’est rafra?chissant apr?s les caracolades des Am?ricains qui perdent 3 000 hommes en Irak sans r?sultats ?vidents, pendant que le tiers des policiers de New-Orleans d?sertent quand on a vraiment besoin d’eux !

Cela dit, on ne sait pas ce que veulent les Anglais. On ne saura jamais pourquoi ils ont fait tirer leurs hommes sur des civils et des policiers irakiens — n’en tuant aucun, d’ailleurs — ce que seul peut expliquer qu’on ait pris bien soin de ne tuer personne. Pourquoi ? On ne saura pas, non plus, pourquoi ils ont ?t? captur?s, et captur?s « quelque temps » apr?s l’incident. Un bout de tunique qui sort du burnous ? On avait certainement pris les plus habiles pour cette mission sp?ciale, les aurait-on captur?s s’ils n’avaient pas voulu ?tre captur?s ? L’op?ration pour les lib?rer aurait-elle pu ?tre men? si vite et sans aucunes pertes, si elle n’avait pas ?t? pr?par?e minutieusement au d?part ?

Qu’est-ce que cette histoire du gouvernement irakien qui dit bien fort – – mais en prenant bien soin que ?a paraisse du bout des l?vres — qu’il n’en veut pas du tout aux Anglais de tirer sur ses gens, pendant que la police locale donne des entrevues pour dire qu’ils sont furax ? Qu’est ce que c’est que toute cette histoire de fous ? Un pi?ge pour d?masquer des insurg?s au sein de la police ? Une manoeuvre pour calmer un peu la guerre civile entre Sunnites et Chiites, en prouvant que ces derniers ne sont pas les amis de la coalition qu’on pr?tend ? Une op?ration charme pour le public anglais qui, sans le dire, bien s?r, va adorer cet ?pisode tout autant que la guerre des Malouines ? Toute explication simple ici, est bien simpliste.

La seule chose dont on peut ?tre certain, c’est que ce n’est PAS une histoire de fous. La seule autre chose dont on peut ?tre – ? peu pr?s — certain, c’est que cette escarmouche a ?t? men?e sans une participation am?ricaine : elle porte la signature Albio Perfida. Je dis « ? peu pr?s ». parce qu’il y a une autre variante. Et si c’?tait les Am?ricains qui avaient pouss? les Anglais ? cet attentat et qui avaient facilit? la capture des agents ? En ce cas on a un motif plus « simple » : cr?er en malaise entre les Anglais et les Chiites, de sorte que, dans l’apr?s-guerre, les Anglais ne reprennent pas, dans un sud de l’Irak chiite devenu autonome, l’influence que l’Angleterre a toujours exerc?e dans cette r?gion. Dans le sud de l’Irak, mais aussi en Iran, aussi chiite, et qui va bient?t avoir bien besoin d’amis.

Pourquoi ? Je n’en sais rien. Tout ?a est de la politique-fiction. Il reste que des Anglais d?guis?s en Arabes ont tir? sur la foule ? Basra. et maintenant ils partent… Pourquoi ? Si vous avez une explication, dites-la moi. Dans les jours, les semaines et les mois qui suivront, on va voir changer des choses en Irak ou en Angleterre. Il sera int?ressant de suivre le fil conducteur et de d?couvrir, a posteriori, ? quoi a bien pu servir cette op?ration. et ? quoi m?nera ce d?part. Dans le « Matin des magiciens », Louis Pauwell nous dit que, « au niveau du cosmique, seul l’incroyable a une chance d’?tre vrai ». Les Anglais, c’est un peu la m?me chose. Crosseurs, va !

Commentaires

commentaires

A propos de

avatar

Check Also

700 ans de taux d’intérêt pour prédire l’avenir

Les banquiers florentins – inventeurs de la finance moderne – prélevaient un taux d’intérêt à ...

One comment

  1. avatar

    J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose entre nous. Si ce sont les Anglais… Parlant Desproges, je pense que nous frôlons en effet la lucidité, mais que le rire gaulois nous empêche d’y tomber.

    Parlant de crosser et de rire, que pensez-vous d’aller commenter sur AGV que Allard est un raciste et que la preuve est là… en donnant la référence au présent article :-)) ?

    Montaigne en Anglais … Ça lui apprendra à avoir l’air d’un Cathare ! Un luxe, mais pensez à la tristesse de lire la condescendance, dans les yeux d’une beauté slave à qui vous avouez que vous ne pouvez pas lire Pouchkine en russe…

    Commentez beaucoup sur ce site. Vous avez 6 jours pour le refaire à votre image et aussi bien reconnaitre les vôtres et savoir à qui vous parlez.

    PJCA