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Alain Peyrefitte, le diplomate normalien au service du gaullisme

Diplomate, ?crivain prolifique, homme politique au plus pr?s du pouvoir, Alain Peyrefitte ?tait un touche-?-tout rigoureux, ? la fois fin observateur et acteur d?termin?.

Il y a dix ans, le 27 novembre 1999, Alain Peyrefitte quittait ce monde. Homme de culture et de lettres, Alain Peyrefitte fut, avec Jean Lecanuet, parmi les personnalit?s politiques majeures des ann?es 1960 ? 1990 ? avoir conserv? une mauvaise r?putation. Pourtant, Alain Peyrefitte fut un personnage original et constructif qui accompagna les premiers ?mois de la Ve R?publique.

Un diplomate ?clair?

Alain Peyrefitte est n? le 26 ao?t 1925.

Malgr? sa m?re qui fut hostile ? l?institution religieuse, il se convertit au catholicisme et passa apr?s le baccalaur?at une ann?e chez les dominicains dans un couvent corse. Pendant cette p?riode de retraite, il ?crivit son programme de vie avec une troublante pr?cision?: ??1948-1958?: vie diplomatique?; 1958-1968?: vie politique?; 1968-1978?: vie litt?raire??.

Gabriel de Broglie ?tudia son caract?re ainsi?: ??Alain Peyrefitte reste un ?motif secret, un penseur absorb?. Entre des vocations qui para?traient s?exclure, il h?site ? choisir, ou plut?t, son choix est de ne pas choisir. Est-ce un trait de son caract?re, le sentiment d?un destin?? La vie se chargera de trier.??.

Il fut d?s lors ?l?ve de Normale Sup. puis docteur d??tat en lettres et sciences humaines. Apr?s avoir ?chou? l?ann?e pr?c?dente, il fit partie de la deuxi?me promotion de l??cole Nationale d?Administration (ENA) cr??e en 1945 par Michel Debr? pour doter le pays d?une haute fonction publique comp?tente. Il se dirigea vers la carri?re de diplomate.

Nomm? ? Bonn (en Allemagne) en 1949, il travailla avec Jean-Fran?ois Deniau sous l??gide de l?ambassadeur Andr? Fran?ois-Poncet, p?re du futur ministre giscardien Jean Fran?ois-Poncet. En 1954, il fut ?loign? ? Cracovie (en Pologne) comme consul de France o? il excella dans son talent d?observateur de la guerre froide. En 1956, il regagna le Quai d?Orsay comme chef de service des organisations europ?ennes et fit partie des n?gociateurs du Trait? de Rome avec Jean-Fran?ois Deniau et Georges Vedel.

Jeune cadre de la R?publique gaullienne

Alain Peyrefitte fut gaulliste d?s le 21 mai 1940, quand il a entendu le colonel De Gaulle parler ? la radio et pr?dire la victoire finale des forces motoris?es blind?es. Mais il ne rencontra la premi?re fois De Gaulle qu?en 1959.

Lors des premi?res ?lections l?gislatives de la Ve R?publique, Alain Peyrefitte fut ?lu d?put? ? 33 ans en automne 1958 en Seine-et-Marne apr?s avoir ?chou? ? la cantonale de Bray-sur-Seine au printemps (sans ?tiquette).

D?put? gaulliste de 1958 ? 1995, constamment r??lu sauf en juin 1981 (mais il fut finalement r??lu en janvier 1982 ? la suite d?une invalidation), puis s?nateur de 1995 ? 1999, il fut ?lu au Conseil g?n?ral de Seine-et-Marne de 1964 ? 1988 (vice-pr?sident de 1982 ? 1988) et maire de Provins de 1965 ? 1997 (c?est le futur ministre chiraquien Christian Jacob qui reprit sa succession ? partir de mars 2001).

Sa grande connaissance des Affaires europ?ennes et son dynamisme le fit rapidement remarquer aupr?s du g?n?ral De Gaulle qui en fit un collaborateur tr?s proche (trente-cinq ans les s?paraient) jusqu?? en devenir ministre le 14 avril 1962, d?abord comme Secr?taire d??tat ? l?Information puis bri?vement Ministre des Rapatri?s puis de nouveau Ministre de l?Information jusqu?en 1966.

Dans « C??tait De Gaulle« , il ?crivit la grande chance d?avoir ?t?, pendant quatre ann?es, le porte-parole d?un si grand homme?: ??Les figures de proue nous mettent ? l?abri de la m?diocrit?. Elles fendent les flots incertains. Elles nous ?l?vent au-dessus de nous-m?mes.??.

L?information, domaine encore r?serv?

? ce poste, Alain Peyrefitte fut le grand interm?diaire entre De Gaulle et les journalistes. Il a cr?? l?ORTF qui fut le pr?curseur, entre autres, de Radio France, qui visait ? moderniser et ? lib?raliser l?audiovisuel public. Cependant, ses passages ? la t?l?vision en tant que ministre pour dire ce que devrait ?tre le journal t?l?vis? en a fait le symbole d?une information ? la solde du pouvoir. Les historiens diront si l?information ?tait moins libre en 1965 qu?en 2009.

Apr?s la r??lection de De Gaulle, Alain Peyrefitte fut nomm? le 8 janvier 1966 ? la Recherche scientifique et lan?a le programme de dissuasion nucl?aire fran?ais.

? l?issue des ?lections l?gislatives gagn?es de justesse, Alain Peyrefitte si?gea le 6 avril 1967 au Minist?re de l??ducation nationale, qu?il dut quitter le 28 mai 1968 en raison des ?v?nements de mai 1968 (?couter ses d?clarations au cours de la semaine des barricades).

Il ne revint au pouvoir qu?? la fin de la Pr?sidence de Georges Pompidou. L?occasion pour lui, entre temps, de pr?sider entre 1968 et 1972 la Commission des affaires culturelles et sociales de l?Assembl?e Nationale, puis de diriger le mouvement gaulliste de 1972 ? 1973 (comme secr?taire g?n?ral de l?UDR, ? l??poque, il n?y avait pas de poste de pr?sident).

Alain Peyrefitte, ?crivain et essayiste

C?est pendant cette p?riode o? il ne fut plus au pouvoir qu?il tira les meilleures r?flexions, notamment au cours d?une mission parlementaire en Chine en juillet 1971 (rapport n?2544 d?pos? le 1er juillet 1972 ? l?Assembl?e Nationale) o? il comprit l?exceptionnel potentiel du d?veloppement ?conomique chinois (il publia en 1973 son fameux livre « Quand la Chine s??veillera? le monde tremblera« ).

Gabriel de Broglie livra en 2002 son analyse de l??crivain?: ??Au-del? de l?action, derri?re les actes, il y a toujours le livre. C?est dans l??criture qu?Alain Peyrefitte trouve les ressorts de sa r?ussite?: une abondance de formules heureuses, saisissantes, souvent redoubl?es et efficaces comme un tir serr? d?arguments?; la multiplication des angles de vue comme l??il de la mouche dont les facettes donnent l?impression du relief?; le d?coupage en s?quences courtes et simples d?une ?criture cin?matographique?; une dialectique irr?sistible?; un ?tincelant cr?pitement d?id?es. Ces caract?res s?apparenteraient ? un proc?d? si l?auteur n?exprimait, par surcro?t, un ardent amour de la langue fran?aise. C?est par l? qu?il a conquis son public et par l? que je me sens le plus proche de lui. Le service de la langue fran?aise a ceci de commun avec la religion qu?il n?est pas n?cessaire d?y r?ussir pour s?y consacrer, ni d?y briller pour s?y plaire. C?est un culte dont voici le temple, qui ?tait ? l?origine une ?glise. (?) Alain Peyrefitte manie la langue d?une correction parfaite, d?une clart? souveraine, qui ne fait qu?un avec la pens?e. La litt?rature n?est pour lui ni introspective ni symboliste. Elle consiste en un travail d??criture, une justesse d?expression et une fermet? de conception. Il livre une ?uvre r?dig?e debout, au sens propre puisqu?il a toujours ?crit sur un lutrin pour ?viter d??tre surpris par le sommeil et au sens figur?, c?est-?-dire une ?uvre pour d?montrer, pour convaincre.??.

Parmi ses mentors, Andr? Gide fut l?un de ses auteurs f?tiches, trouvant n?importe quel pr?texte pour aller le rencontrer plusieurs fois.

Albert Camus le parraina chez Gallimard pour son premier essai « Le Mythe de P?n?lope », ?crit ? 21 ans et r?compens? par l?Acad?mie fran?aise. Cet essai, selon Claude L?vi-Strauss, ??d?couvre dans la confiance, au lieu de l?absurde, le secret de la condition humaine. Une tradition l?gendaire qui veut qu?Ulysse e?t ?t? engendr? par Sisyphe. En glorifiant P?n?lope, vous opposerez la bru au beau-p?re.?? (il s?adressait ? Alain Peyrefitte).

Le 6 juin 1976, six semaines avant sa mort, l??crivain Paul Morand invita Alain Peyrefitte ? d?jeuner. Ils ne se connaissaient. Jean Guitton et Claude L?vi-Strauss firent partie des convives, le premier comme futur parrain d?une candidature ? l?Acad?mie et le second, celui qui le recevrait sous la Coupole le 13 octobre 1977.

Le 10 f?vrier 1977, c?est effectivement au fauteuil de Paul Morand qu?Alain Peyrefitte fut ?lu ? l?Acad?mie fran?aise. Il venait de publier « Le Mal fran?ais » (qui fut un grand succ?s commercial) o? il analysait les blocages de la soci?t? fran?aise et notamment son pessimisme, un essai encore d?actualit? selon l’acad?micien Jean d?Ormesson.

Entre son ?lection et sa r?ception, Alain Peyrefitte est redevenu ministre, situation in?dite depuis 1718, et Val?ry Giscard d?Estaing assista ? la s?ance. La pr?sence du Pr?sident de la R?publique, protecteur de l?Acad?mie fran?aise, est exceptionnelle dans ce genre de c?r?monie.

Son livre, en trois tomes, « C??tait De Gaulle » publi? entre 1994 et 2000, est devenu un pr?cieux et dense t?moignage sur le g?n?ral De Gaulle et la r?alit? de ses ?tats d??me en rassemblant pr?s de cinq mille pages de notes personnelles prises lorsqu?il travaillait ? ses c?t?s (C?est Pompidou qui l?encouragea ? les publier).

Devenu un « baron » du gaullisme

Son retour aux deux derniers gouvernements de Pierre Messmer (apr?s la victoire des ?lections l?gislatives) fut tr?s furtif, aux R?formes administratives le 5 avril 1973 puis ? la Culture et ? l?Environnement le 1er mars 1974 (un mois avant la mort de Georges Pompidou).

En baron gaulliste, Alain Peyrefitte fit partie des soutiens de Jacques Chaban-Delmas ? l??lection pr?sidentielle de 1974 face ? Val?ry Giscard d?Estaing, ce qui alimenta une forte inimiti? envers Jacques Chirac qui consacra toute son ?nergie ? la victoire de Giscard d?Estaing (qui lui conc?da alors Matignon).

Paradoxalement, c?est lors de la d?mission de Jacques Chirac l??t? 1976 que les m?mes barons gaullistes, men?s par Olivier Guichard, l?gitimistes donc respectueux du Pr?sident de la R?publique, se rapproch?rent de Val?ry Giscard d?Estaing et contest?rent la virulente opposition de Jacques Chirac pendant le reste du septennat giscardien.

Les six premiers mois du gouvernement de Raymond Barre avaient plac? Olivier Guichard au sommet des ministres gaullistes mais sa mission de coordination entre giscardiens et chiraquiens s??tait av?r?e impossible depuis la candidature et la victoire de Jacques Chirac ? la mairie de Paris, v?ritable camouflet pour le Pr?sident de la R?publique qui en avait fait une affaire personnelle.

Alain Peyrefitte revint au gouvernement dans le nouveau dispositif de Val?ry Giscard d?Estaing le 30 mars 1977, ? l?issue des ?lections municipales.

Jusqu?? la fin du septennat, Alain Peyrefitte fut Ministre de la Justice (pendant trois ans) o? son nom resta associ? ? la loi « S?curit? et Libert? » promulgu?e en janvier 1981 (et vite abrog?e par le gouvernement socialo-communiste qui lui succ?da). Il est int?ressant de revoir un r?sum? des d?bats parlementaires du 10 juin 1980 o? Fran?ois Mitterrand s?opposa lui-m?me ? Alain Peyrefitte (revoir un extrait ici). La dualit? s?curit?/libert? reste encore aujourd?hui un enjeu politique majeur.

Relations tendues entre Peyrefitte et Chirac

Les relations entre Alain Peyrefitte, premier des ministres RPR, et Jacques Chirac, pr?sident du RPR, furent de plus en plus conflictuelles.

Pour preuve, cette r?union le matin du 8 novembre 1977 au si?ge du RPR o? (? quatre mois des ?lections l?gislatives) Alain Peyrefitte piqua une col?re contre Jacques Chirac?: ??Tout cela arrive parce que ici, rue de Lille, vous n?arr?tez pas de critiquer le gouvernement. Lorsque toi, Jacques, tu dis?: dans ce gouvernement, il n?y a qu?une bande de chiffes, figure-toi que je n?appr?cie pas. Et le Premier Ministre pas davantage?! Renonce ? tes agressions, tu seras moins souvent agress??!??. Jacques Chirac aurait alors ponctu??: ??Alain, tais-toi?!??.

La cassure irr?m?diable avec Jacques Chirac a eu lieu lors de l?appel de Cochin le 6 d?cembre 1978 o? Jacques Chirac (influenc? par Marie-France Garaud dont il se s?para apr?s son ?chec de juin 1979) accusait Val?ry Giscard d?Estaing d??tre le parti de l??tranger pour avoir favoris? l??lection des d?put?s europ?ens au suffrage universel direct (la premi?re ?lection eut lieu le 10 juin 1979).

Ministre de la Justice

Un peu comme la cavale de Jean-Pierre Treiber, arr?t? le 20 novembre 2009 apr?s son ?vasion du 8 septembre 2009, Alain Peyrefitte a d? subir l?affront de l??vasion du criminel Jacques Mesrine le 8 mai 1978 (il fut tu? par la police le 2 novembre 1979, trois jours apr?s la mort de Robert Boulin).

En novembre 1979, le nom d?Alain Peyrefitte est en effet m?l? ? la mort de Robert Boulin, son coll?gue du gouvernement, tous les deux en position d??tre nomm?s tr?s prochainement Premier Ministre apr?s l?hospitalisation de Raymond Barre pour surmenage (voir son t?moignage sur l?Enfer de Matignon).

Alain Peyrefitte n?a jamais ?t? accus? d?avoir « assassin? » Robert Boulin (? l??poque, tout le monde parlait de suicide) mais d?avoir peu soutenu, avant la mort de celui-ci, son coll?gue accus? d?une malversation. Alain Peyrefitte ne voyait pas comment intervenir sur le cours de la justice (le juge charg? de l?affaire ?tait Renaud Van Ruymbeke).

Le 17 novembre 1979, ? l?occasion d?un d?bat sur les cr?dits de la justice ? l?Assembl?e Nationale qui a d?vi? sur la peine de mort, Alain Peyrefitte proposa de d?poser ??un texte r?visant l??chelle des peines, c?est-?-dire, revoyant le probl?me des peines les plus importantes pour les crimes les plus importants?? ajoutant?: ??On ne peut pas examiner le probl?me de la peine de mort s?par?ment de l?ensemble de ces peines et de l?ensemble de ces crimes?; c?est une affaire complexe et le gouvernement refuse de se laisser entra?ner ? un vote simpliste.?? (l??couter ici). Ce projet de loi n?a, semble-t-il, jamais ?t? d?pos?.

Alain Peyrefitte, giscardien

? l??lection pr?sidentielle de 1981, Alain Peyrefitte, comme d?autres ministres gaullistes, soutint Val?ry Giscard d?Estaing d?s le premier tour malgr? la pr?sence de trois candidats gaullistes, Jacques Chirac, Michel Debr? et Marie-France Garaud.

Le 9 avril 1981, Alain Peyrefitte re?ut ? Provins (ville dont il ?tait le maire) le « citoyen candidat » Val?ry Giscard d?Estaing pour un meeting qui fut suivi, le soir m?me par un autre meeting ? Troyes, dont le maire ?tait Robert Galley, autre ministre gaullo-giscardien (? la D?fense).

Une occasion pour Alain Peyrefitte d?apporter clairement son soutien ? Giscard d?Estaing qu?il consid?rait comme le seul h?ritier possible de De Gaulle et d?inviter les ?lecteurs gaullistes ? ne pas disperser leur voix sur Chirac?: ??L?h?ritage gaulliste a ?t? maintenu et au prix de quels efforts?! (?) La vraie question est de savoir si notre R?publique saura r?sister aux assauts de ceux qui veulent la d?truire. Votre seul adversaire est celui qui a combattu le g?n?ral De Gaulle. C?est la Ve R?publique qu?il veut abattre?!?? (parlant de Fran?ois Mitterrand).

Cependant, le soutien trop tardif des gaullo-giscardiens au cours de la campagne du premier tour n?a pas permis de compenser les attaques permanentes des partisans de Jacques Chirac, ni de r?duire le conflit entre giscardiens et chiraquiens, Jacques Chirac ayant jou? la politique de la terre br?l?e pour conqu?rir le leadership de la droite apr?s la victoire de Fran?ois Mitterrand.

Dans l?opposition

Bien que battu aux ?lections l?gislatives de juin 1981, Alain Peyrefitte regagna brillamment sa circonscription apr?s une invalidation et l?organisation des ?lections l?gislatives partielles du 17 janvier 1982 (Bruno Bourg-Broc, Pierre de B?nouville et Jacques Dominati furent ?lus en m?me temps que lui), une mini-victoire ?lectorale qui annon?a la fin de « l??tat de gr?ce » du pouvoir mitterrandien et l?amorce d?une reconqu?te du pouvoir par le RPR.

En 1983, Alain Peyrefitte prit la direction du comit? ?ditorial du journal « Le Figaro » (corrigeant de fa?on tr?s pointilleuse les ?crits des journalistes politiques)?; au cours de son existence, il a collabor? avec de nombreux journaux?: « Le Monde », « Le Point », « L?Express », « La Revue des Deux Mondes », « Commentaire », « La Nef », « Les Cahiers du Sud », « La Revue de Paris »? et fut ?lu ? l?Acad?mie des sciences morales et politique le 1er juin 1987.

? la mort de Raymond Aron, le 17 octobre 1983, l??crivain acad?micien Alain Peyrefitte a ?voqu? cet ??esprit universel comme il en existe peu??, ? savoir qu?il ??embrassait de son regard toutes les sp?cialit?s ? la fois?? en affirmant ceci?: ??Son grand message, ce sera un message de libert? de l?esprit, c?est-?-dire, de refus de l?esprit de syst?me. Il a combattu toute sa vie l?esprit de syst?me, les id?ologies, parce qu?elles plaquent une abstraction sur la r?alit? vivante.?? (l??couter ici).

Matignon??

L?approche des ?lections l?gislatives du 16 mars 1986 et la d?faite pr?visible des socialistes de Fran?ois Mitterrand ouvrait une p?riode nouvelle avec la cohabitation entre un Pr?sident et un gouvernement de bord oppos?.

En 1985, dans un essai politique « Encore un effort Monsieur le Pr?sident« , Alain Peyrefitte avait pris position en faveur de la cohabitation (comme ?douard Balladur et Jacques Chirac, et contrairement ? Raymond Barre qui consid?rait que la cohabitation ?tait contraire ? l?esprit des institutions), et avait m?me laiss? entendre qu?il ne serait pas oppos? au fait d??tre nomm? ? Matignon.

? l??poque, les premier-ministrables ?taient nombreux, de Jacques Chaban-Delmas (ami de Fran?ois Mitterrand) ? Val?ry Giscard d?Estaing en passant par Ren? Monory ou encore?Simone Veil, mais Jacques Chirac, qui avait verrouill? le jeu ? son profit, fut naturellement appel? ? former le nouveau gouvernement, en tant que chef du parti majoritaire.

Le 15 d?cembre 1986, Alain Peyrefitte fut directement vis? par un attentat mortel revendiqu? par le groupe terroriste « Action directe » qui d?truisit compl?tement sa voiture. Un employ? municipal de Provins de 51 ans, Serge Lang?, y perdit sa vie. Cette explosion faisait partie d?une vague d?attentats tr?s durs qui entra?na l?assassinat de Georges Besse (patron de Renault) le 17 novembre 1986 et de l?ing?nieur g?n?ral de l?armement Ren? Audran le 25 janvier 1985 (entre autres). Alain Peyrefitte avait ?t? auparavant le cible de deux tentatives d?attentat en raison de ses fonctions de Garde des Sceaux.

En retrait progressif de la politique active

Alain Peyrefitte quitta l?Assembl?e Nationale pour le S?nat en septembre 1995. Il d?missionna de sa mairie de Provins en 1997 et s??teignit le 27 novembre 1999 dans le 16e arrondissement de Paris d?une grave et rapide maladie. Il venait de subir un terrible deuil par la perte de sa fille. Sa devise ?tait?: ??Encore un peu plus oultre??, d?passement de soi et volont? de perfection dans l?action.

Une personnalit? plus conviviale qu?il n?y para?t

Son aspect tr?s aust?re, ses sourcils s?v?res, sa bouche qui avait du mal ? esquisser un sourire, et si sourire il y avait, il ressemblait fort aux grimaces de Louis de Fun?s, ne doivent pas faire oublier l?homme de tr?s grande culture mais aussi l?homme affable.

Gabriel de Broglie, son successeur ? l?Acad?mie fran?aise, le d?crivait ainsi?: ??Peut-on imaginer une existence plus riche de travaux et de lauriers que celle d?Alain Peyrefitte, normalien, ?narque, chercheur, diplomate, d?put?, ministre, ?crivain, acad?micien, journaliste, chroniqueur???? puis il ?voquait ??sa silhouette bien d?coupl?e, son vaste front, sous ses sourcils broussailleux son regard scrutateur, ses yeux qu?il plissait souvent, pour aiguiser son regard ou pour le retourner vers ses pens?es, son sourire enfin, large et franc, mais qu?un l?ger d?placement des lignes pouvait rendre extr?mement volontaire??. Puis, parlant de ses rencontres professionnelles avec Alain Peyrefitte dans les all?es du pouvoir, Gabriel de Broglie a ??profond?ment admir? (?) le style qui pr?sidait ? la conduite des affaires de la France, style auquel le talent d?Alain Peyrefitte apportait une note de rigoureuse exigence et de haute qualit?.

Alain Peyrefitte prenait des notes tout le temps, avant et apr?s ses rencontres. Il ne cessait de lire, m?me en marchant ou au bord d?un t?l?si?ge pendant ses vacances d?hiver, et ?coutait la radio lorsqu?il faisait son jogging matinal au bois de Boulogne.

Sa culture ?tait exceptionnelle. Il connaissait par c?ur de nombreuses po?sies fran?aises. Il correspondit en grec ancien avec le linguiste Georges Dum?zil qui lui r?pondait en latin. Il entretenait des relations intellectuelles avec Maurice Clavel, Michel Foucault et Alain Touraine.

Je me souviens d’avoir ?cout? Alain Peyrefitte plusieurs heures dans l??mission du dimanche matin « L?oreille en coin » sur France Inter (je ne retrouve plus la date, entre 1984 et 1990), surprenant les animateurs par son humour de potache, racontant les quatre cents coups qu?il faisait avec ses camarades de Normale Sup. lorsqu?ils ?taient ?tudiants.

Un homme qui fut un acteur majeur des d?buts de la Ve R?publique, de la m?me g?n?ration que Val?ry Giscard d?Estaing, d?put? pr?coce, diplomate fin et averti, ?crivain reconnu et talentueux, une ?criture incisive au service de la pens?e, libre de tout syst?me, fid?le aux id?es de De Gaulle, mais aussi « Premier Ministre virtuel » ? une ou deux occasions et une r?putation de Garde des Sceaux strict et intraitable.

Voil? ce que pourrait avoir laiss? Alain Peyrefitte comme trace dans l?histoire politique fran?aise.

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2009)

Pour aller plus loin?:

Notices institutionnelles d?Alain Peyrefitte.

Bibliographie sommaire d?Alain Peyrefitte.

Vid?os avec Alain Peyrefitte.

?loge fun?bre d?Alain Peyrefitte par Gabriel de Broglie.

Jean d?Ormesson sur « Le Mal fran?ais ».

Discours de r?ception d?Alain Peyrefitte.

R?ponse de Claude L?vi-Strauss.

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