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Affaire Sauvage : la scandaleuse décision du TAP de Melun

Le vendredi 12 août, le Tribunal de l’application des peines (TAP) de Melun a rejeté la demande de libération conditionnelle de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de réclusion pour le meurtre de son mari, et partiellement graciée par le président de la République en janvier 2016. Une décision scandaleuse qui n’a probablement pas grand-chose à voir avec le cas de la détenue…

Au lendemain de la grâce partielle accordée le 31 janvier 2016 par François Hollande à Jacqueline Sauvage – meurtrière de son mari violent et violeur au terme de 47 ans d’enfer conjugal –, les Français ont naïvement cru que la détenue allait enfin pouvoir sortir de prison pour retrouver ses filles et ses petits-enfants. C’était compter sans les magistrats du Tribunal de l’application des peines de Melun (Seine-et-Marne) : le vendredi 12 août, au mépris de la plus élémentaire humanité, les trois juges ont décidé le maintien en prison de cette femme si durement éprouvée.

Jacqueline Sauvage continue par conséquent d’être soumise de facto à une double peine : après le calvaire qu’elle a subi durant près d’un demi-siècle de violences et de viols perpétrés sur elle-même et sur ses enfants, le trio de magistrats de Melun a décidé de laisser croupir en cellule pénitentiaire cette femme maintes fois bafouée et flétrie.

En accordant sa grâce partielle à Jacqueline Sauvage, le président de la République avait supprimé la période de sûreté qui interdisait toute sortie de la détenue avant l’été 2018. Dès lors, et compte tenu des violences répétées qui avaient poussé la meurtrière à tuer son conjoint, la libération de Jacqueline Sauvage apparaissait comme une juste mesure dont il était inimaginable qu’elle puisse être contestée par le TAP. Et cela d’autant moins que le procureur de la République avait soutenu la demande de libération anticipée dans ses réquisitions.

Les magistrats du TAP en ont jugé autrement. Leurs arguments, rapportés par les avocates de Jacqueline Sauvage – Me Nathalie Tomasini et Me Janine Bonaggiunta –, sont pour le moins déconcertants. D’une part, ils reprochent à la détenue de « ne pas assez s’interroger sur son acte ». D’autre part, ils estiment que Jacqueline Sauvage, en projetant de rejoindre l’un de ses filles dans le Loiret, « ne peut prétendre vivre à proximité des lieux des faits, dans un environnement qui, compte tenu des soutiens dont elle bénéficie, risquerait de la maintenir dans une position victimaire. »

Des arguments d’une insigne faiblesse ! Qui peut sérieusement mesurer l’état de la réflexion d’un condamné sur l’acte qu’il a commis ? Une telle réflexion a-t-elle-même un sens dans un cas comme celui-ci où, poussée à bout par des décennies d’une souffrance indicible, la victime s’est à son tour transformée en bourreau, le temps de trois coups de feu ? Quant à vivre chez sa fille du Loiret, non loin du lieu du drame, c’est tout simplement irrecevable. Personne n’a en effet indiqué à Jacqueline Sauvage en amont de la décision du TAP que cette domiciliation pourrait jouer contre elle ; or, deux de ses filles habitent dans d’autres départements que le Loiret !

Qui plus est, évoquer pour débouter Jacqueline Sauvage son maintien dans une « position victimaire » est proprement scandaleux : Qui peut être plus victime que cette femme confrontée durant 47 ans aux tortures morales et physiques infligées par son mari violent à elle-même et à ce fils qui, à bout de forces morales, s’est pendu le jour du « meurtre » ? Qui peut être plus meurtrie que cette mère dont les trois filles ont été violées par un père incestueux ? À l’évidence, Jacqueline Sauvage est, n’en déplaise aux magistrats de Melun, bel et bien une victime de l’un de ces enfers conjugaux qui font tant de dégâts. Lui dénier cette qualité est pour le moins choquant, pour ne pas dire indigne.

La décision des juges du TAP de Melun, drapés dans leurs attendus, est à l’évidence du pain béni pour tous les cogneurs domestiques, pour tous ces mâles déviants qui assouvissent sans vergogne leurs pulsions sexuelles sur des proches en situation de faiblesse. Cette décision, les magistrats l’ont pourtant prise « en droit », plaide pour eux Cécile Parisot, secrétaire générale de l’Union syndicale des magistrats (USM).

En droit, vraiment ? Avant que ne soit connue la décision des juges du TAP, des bruits avaient circulé, indiquant que la sortie de Jacqueline Sauvage pourrait être assortie de l’obligation de porter un bracelet électronique. Une mesure en l’occurrence dénuée de tout sens, et délibérément vexatoire : qui peut sérieusement penser que cette femme peut représenter une quelconque menace pour la société ?

En droit, vraiment ? Et si les magistrats, dans le sillage de quelques ténors des prétoires, farouchement opposés à la grâce partielle octroyée par François Hollande, avaient voulu marquer ainsi leur désaveu au président de la République en n’hésitant pas à instrumentaliser honteusement le cas de cette grand-mère inoffensive ? Nombre d’éditorialistes, d’intellectuels, d’artistes, le pensent. Et avec eux de très nombreux Français, eux aussi très remontés contre le TAP de Melun.

La procureure de Melun, Béatrice Angelelli, a annoncé son intention de faire appel de cette décision. Mais ce n’est plus suffisant : l’autorité du chef de l’État ayant été bafouée, il appartient à François Hollande de se saisir une nouvelle fois du dossier afin d’accorder à Jacqueline Sauvage une grâce totale que nul trio de juges, enfermé dans une attitude corporatiste, ne pourra remettre en cause. C’est le sens de la nouvelle pétition adressée au président de la République sur le site change.org : Libération immédiate de Jacqueline Sauvage.

Une pétition d’ores et déjà été signée par près de 230 000 personnes.

Précédent article consacré à cette affaire :

Jacqueline Sauvage : la honteuse inertie de François Hollande (25 janvier2016)

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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