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Adieu à 2018!

Le Brexit est populiste – et Adieu à 2018!

 

Chers lecteurs,

L’année 2018 ne fut pas un grand cru. En fait, c’est le qualificatif de morose que je serai tenté de lui appliquer.

Guerre commerciale, décrochage des bourses, volatilité extrême des prix pétroliers, tensions géopolitiques, jeu de dupes au Moyen-Orient et remise en question profonde de la Présidence Macron si porteuse d’espérances sont quelques éléments seulement de ce qui restera pour moi une année à oublier rapidement. Je mentirai si je vous disais que je prévois une meilleure année 2019 car mes pronostics sont encore plus négatifs. Nous entrons, selon moi, dans une période d’incertitudes et d’instabilité prononcées, autant politiquement, que socialement, qu’économiquement et que financièrement.

A des différences près qui sont autant de facteurs aggravants – terriblement et désespérément aggravants :

La croissance actuelle est encore plus basse qu’en 2007, lors de l’implosion des subprimes,

Les dettes publiques plus élevées, y compris aux Etats-Unis,

La Chine ralentit dangereusement,

Les taux d’intérêt sont toujours proches du zéro, d’où une marge de manœuvre inexistante pour les banques centrales, contrairement à 2007 où les taux étaient à des niveaux «normaux».

Les Etats-Unis d’Amérique sont dirigés par Donald Trump,

Angela Merkel est dans un état de faiblesse inédit, et l‘Union européenne est donc à la dérive.

Si elles clôturent à ces niveaux – voire plus bas – les bourses mondiales sont au bord du précipice, avec tout le facteur de nuisance qu’on leur connaît pour l’économie réelle.

… et je pourrai encore poursuivre, mais mon objectif n’est pas de jouer à l’apprenti-sorcier !

L’analyse qui suit – dernière de l’année – et qui concerne ce Brexit qui tourne à la farce, me semble révélatrice d’une époque qui «pue» – et je vous demande pardon pour ce terme.

Je vous souhaite néanmoins une période festive aussi sereine que possible, et vous recommande (pour vous changer les idées) de lire «Fauteuil 37», mon tout dernier livre relatant ma candidature à l’Académie Française et préfacé par l’illustre Edgar Morin.

Le Brexit est populiste

Les grandes catastrophes européennes ont toutes eu en commun un sentiment de supériorité nationale. De fait, l’Europe s’est plu – ces derniers siècles et décennies – à s’auto détruire, et ce quasiment chaque fois sous l’impulsion morbide d’une pseudo supériorité nationale ayant persuadé les nationalistes locaux que leur pays était plus grand, plus beau, plus fort, plus pur que leurs voisins. A cet égard, le Brexit n’est pas tant la résultante d’un jeu de pouvoir malsain (David Cameron), d’une méfiance vis-à-vis d’une immigration massive, d’une stagnation économique issue de la rigueur budgétaire, que d’un phénomène hélas bien connu et que trop rôdé en Europe devant tout au nationalisme.

Les «leavers», ou partisans du Brexit, sont en réalité nostalgiques d’une époque où la Grande Bretagne était encore «grande» et que l’équilibre des forces mondiales était encore bien identifié, et accessoirement souvent en leur faveur. Les Britanniques ne sont, du reste, pas le seul peuple d’Europe en demande de reprise en mains de leur destinée. A cet égard, les percées décisives des populistes dans nombre de pays européens sont en droite ligne des exigences d’auto détermination des peuples d’Europe Centrale ayant provoqué la Première Guerre Mondiale, la fin des Empires Austro-Hongrois et Ottoman, et annoncé Hitler à la faveur de la liquéfaction économique allemande.

Le Brexit, dernier sursaut national britannique, s’avère déjà ruineux, autant que pouvait l’être le national-socialisme ou que le fascisme. C’est pourtant toujours les mêmes erreurs qui sont commises depuis des décennies car nulle nation ne peut jamais fièrement rester seule et isolée. Au summum de sa splendeur, l’Angleterre elle-même dut se trouver des alliés pour vaincre Napoléon, ou le Kaiser ! C’est effectivement en forgeant des alliances, en signant des accords et des traités, que l’on peut faire valoir ses idées, ou faire prospérer son économie. Ce sentiment britannique de perte de contrôle de son destin et de dilution de son identité – fruits de la globalisation – est désormais commun et partagé au sein des nations occidentales… si ce n’est que le Brexit est encore plus dangereux que Donald Trump. Mixture trouble faite de populisme et de nationalisme, assaisonnée de désespoir et de perte de confiance, le Brexit est donc définitivement la toute dernière incarnation des démons européens. S’il sera l’équivalent – pour la Grande Bretagne – d’une défaite militaire majeure, si en effet le Brexit sera le Waterloo anglais, c’est l’ensemble de notre continent qui en souffrira. A l’instar de la Première Guerre mondiale qui devait consacrer le déclassement européen et l’avènement de la toute puissance américaine.

 

Michel Santi

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