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A quand le bout du tunnel ?

Une année finit, une autre commence, et on a la triste impression que rien ne change : Toujours les mêmes politiques, les mêmes reniements, les mêmes clivages.

Il reste pourtant des raisons d’espérer

Bob Dylan, peut-être par prémonition chantait en 1964 : « The Times They are A changin”.

4 ans après, c’était mai 68..un peu plus tard, la prise de conscience par quelques intrépides marginaux que notre environnement était en danger…

Est venu ensuite le MLF, c’était en 1970. lien

En 1974, René Dumont, agronome de formation, se présentait à la présidentielle, avec comme thème de campagne : « l’utopie ou la mort », et avait obtenu un score modeste, mais c’était une première fois… lien

Même s’il faut reconnaitre que l’écologie politique, pour avoir joué avec son indépendance comme avec le feu, s’est souvent brûlée, et menée par la volonté de s’asseoir à la table du pouvoir, s’est parfois fourvoyée politiquement, mais elle continue, contre ouragans et marées noires, à avancer, puisque chaque parti politique parsème maintenant son programme d’un peu d’écologie, même si elle se limite souvent à la défense des fleurs et des petits oiseaux, ou qu’il entend faire comprendre que la défense de l’environnement n’est pas l’apanage des seuls écologistes…

Oublions au passage quelques écolos d’opérette souvent manipulateurs, Brice Lalonde, Nicolas Hulot, Maud Fontenoy, et quelques autres, qui ne pratiquent la plupart du temps qu’une écologie de façade, souvent sponsorisés par ceux là même qu’ils prétendent contester.

Leur présence lors de la COP21 en attestent.

Un exemple au hasard, le préfet de PACA vient d’autoriser l’entreprise Altéo de continuer à déverser ses boues rouges et toxiques en pleine Méditerranée, situation qui perdure depuis un demi-siècle, polluant durablement le site protégé du Parc des Calanques, alors que la ministre de l’écologie impute cette mauvaise décision au 1er ministre. lien

Il semble que ce gouvernement préfère sauver 400 emplois, que de perdre un peu plus deMéditerranée.

Mais revenons « au bout du tunnel »…

De vrais tunnels cette fois-ci.

Ils sont aussi à l’ordre du jour en Europe, qu’ils soient routiers, ou ferroviaires, et sont l’objet de choix pour le moins incohérents.

Le tunnel ferroviaire du St Gothard va être inauguré en juin 2016, ouvrage impressionnant de 57 km de long, crée dans une logique du transfert des marchandises de la route vers le rail, dans un pays ou justement, le fret ferroviaire a le vent en poupe, à l’opposé de la France.

Ce succès indéniable est du en parti au fait que des pénalisations importantes sanctionnent les poids lourds qui continuent d’utiliser la route, malgré les offres ferroviaires. lien

Sanctions que la Suisse peut se permettre, ne faisant pas partie officiellement de l’Union Européenne.

Mais ne boudons pas notre plaisir, la Suisse réussit là ou la France échoue.

fret_ferroviaire_suisse

 

Mais c’est là que l’affaire devient intéressante.

Cette même Suisse a décidé d’ouvrir un 2ème tube au tunnel routier du Gothard.

Elle se tire en quelque sorte une balle dans le pied, puisque chacun sait que la tentation sera forte pour les transporteurs de préférer le routier au rail, et que ce 2ème tube fera office d’aspirateur à camions…

Alors, et très logiquement, les militants environnementaux, et pas seulement eux, se mobilisent pour empêcher ce projet idiot d’aboutir.

C’est peut être l’occasion d’établir un parallèle avec la situation française.

On se souvient que Ségolène Royal avait tenté d’imposer ses « portiques » et son écotaxe avec le succès que l’on sait. lien

Elle n’en est pas à une bourde près.

Alors que « son président », dans son « moi président » avait affirmé vouloir tourner la page nucléaire, en commençant par fermer Fessenheim, elle a fait une insolente promotion de la voiture électrique, laquelle, fatalement électronucléaire, permettrait la relance de la consommation d’électricité, et donc du nucléaire.

On essaye de comprendre ?

Bref, ses portiques permettant de taxer les irréductibles transporteurs routiers qui continueraient de privilégier la route au rail, ont finalement été démontés.

De toute façon, la situation était compromise à plus d’un titre.

D’abord parce que les transporteurs auraient préféré payer la taxe, la répercutant sur leurs clients, et finalement sur le consommateur.

Il faut savoir qu’en France, le fret ferroviaire n’a pas le vent en poupe.

Il est 2 ou 3 fois plus cher que la route, des wagons se perdent, et il n’est pas rapide : les convois se traînant en moyenne à 7 km/h. lien

Et c’est là ou le parallèle est intéressant si l’on fait rentrer dans le débat le projet ferroviaireLyon-Turin.

Lyon-Turin, ou St Gothard, c’est la même logique, 57 km de tunnel ferroviaire chacun, sauf que l’un, le St Gothard est attractif, vu la politique suisse, et que l’autre ne l’est pas.

Autre parallèle entre la France et la Suisse, dans les 2 cas, le projet alternatif suisse est 3 fois moins cher que le projet prévu, (un 2ème tube routier) s’il faut en croire le journal du syndicat du personnel des transports. lien

Et le projet ferroviaire alternatif français couterait vraisemblablement 3 fois moins cher que le projet actuel.

En effet, le Grenelle de l’environnement avait obligé que soit présenté, lors de chaque projet d’infrastructure, un projet alternatif.

Or ce projet alternatif existe et a été proposé par les associations d’opposants (CADS :Coordination Ain Dauphiné Savoie) mais l’état n’a pas financé l’étude de cette alternative.

Pourtant il permettrait de réaliser cette liaison en modernisant l’existant, et en utilisant, pour le fret, la technologie R-Shift-R, laquelle à remporté le prix du Prédit, (meilleur projet européen en matière de transport) rendant le fret ferroviaire performant vis-à-vis de la route, tout en utilisant la voie historique. lien

De plus le Lyon-Turin n’a pas à ce jour de financement : L’Europe a promis éventuellement de participer à hauteur de 40% uniquement sur le tunnel de base, estimé à 8,3 milliards, soit un peu plus de 3 milliards…pour un projet qui en couterait au moins 30.

Actuellement, Michel Destot, le maire déchu de Grenoble, accompagné de Michel Bouvard, fait le tour des popotes, envisageant de remettre au gout du jour les portiques de Ségolène, afin de taxer les poids lourds, et cherche en vain des financements. lien

N’est-il pas incohérent, pour un pays dont les finances sont au plus bas, d’envisager ce projet jugé par les experts indépendants non rentable, (lien) ce qu’a confirmé la Cour des Comptes, (lien) d’autant qu’il devait n’être lancé que lorsque le fret ferroviaire auraient atteint les 40 millions de tonnes par an ?

Or, en 25 ans le fret ferroviaire dans ce secteur est toujours resté dans la fourchette des 10 millions de tonnes.

Au moment ou le gouvernement fait volte face sur l’un des grands projets inutiles, le barrage du Sivens, (lien) lequel a couté la mort à un militant, Rémy Fraisse, et provoqué une enquête jugée bâclée, (lien) on est tenté de se demander s’il ne serait pas temps de remettre en question tous les autres grands projets inutiles : NDDL, Lyon Turin, et quelques dizaines d’autres ?

Une pétition est proposée sur ce lien

En résumé, alors qu’en France, le gouvernement persiste à vouloir un projet ferroviaire, sans avenir, sans même avoir étudié le projet alternatif proposé par les associations, enSuisse, le tunnel ferroviaire du St Gothard risque d’être un échec si, comme prévu, le gouvernement helvétique décide de créer un second tube routier.

Non décidément, le bout du tunnel est encore loin même si on commence à apercevoir la lumière : des réseaux alternatifs de solidarité, d’échange et de partage se multiplient comme des petits pains, et s’étendent sur des territoires de plus en plus importants, et de Totness, en Angleterre, à Feldheim, en Allemagne , on découvre qu’une autre gestion des villes, ou des pays, est possible en n’utilisant plus les énergies sales.

Il s’agit de profiter des richesses locales pour produire de l’énergie, et de la consommer sur place dans la mesure du possible.

En Finlande, le revenu universel, 800 euros versés à terme à chaque habitant, sans contrepartie, vient d’être décidé et sera opérationnel des 2017.

Aux Pays Bas, dès janvier 2016, 30 municipalités vont mener des projets pilotes sur le revenu minimum…et en Suisse, les citoyens ont créé un comité d’initiative populaire pour un revenu de base inconditionnel. lien

Voilà de quoi faire disparaitre du jour au lendemain la notion même du chômage…

Mais ce choix ne semble pas être du gout du gouvernement français, qui continue de privilégier les cadeaux aux entreprises, en dépit du peu de résultats…pourtant l’espoir est là :

Jean-Marie Pelt nous a quitté, mais Pierre Rabhi prolonge son message, et nous propose une charte avec 7 propositions : n’est-il pas meilleure manière de commencer l’année ? lien

Comme dit mon vieil ami africain : « le temps sera le maître de celui qui n’en a pas  ».

L’image illustrant l’article provient de laviepositive

Merci aux internautes pour leur aide précieuse

Olivier Cabanel

 

 

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