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? propos du service militaire d?Hitler

Adolf Hitler, en 1914

Adolf Hitler, en 1914

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YSENGRIMUS?? D?abord, eh bien, parlons d?Adolf Hitler (1889-1945). Ce n?est pas une infraction ? la?doctrine du Point Godwin?de le faire (surtout si on le fait pour des raisons froidement d?monstratives plut?t qu?hyst?riquement argumentatives). C?est, au contraire, une importante portion du devoir de m?moire. Hitler n?est pas un sujet tabou. Croire autrement c?est simplement continuer de le sacraliser. Qui fait cela, exactement? Bon, peu importe qui, en fait. Un mot plut?t sur ceux qui, croyant faire mieux, font le contraire: plut?t que de ne pas en parler, en parler en mal. C?est de fait pour ?viter ou tenter d??viter la fascination qu?il exerce encore qu?on continue de bruyamment et simplistement d?nigrer Hitler. Or d?nigrer n?est pas d?crire et je plains de tout mon c?ur la qualit? m?diocre des reportages qui,?comme celui-ci, se discr?ditent tapageusement eux-m?mes, juste de refuser le pensum le plus prosa?que de l?historien, celui de montrer sans artifice le Hitler ordinaire dans toute sa complexit? historicis?e.

Alors ?par exemple? en r?f?rence ? sa p?riode viennoise (1905-1912), on a dit d?Hitler, pour le discr?diter (plut?t que pour le d?crire), qu?il avait ?t? ?peintre en b?timents?, fadaise calembourgisant niaiseusement sur la notion de?peintre?mais surtout, criage de noms inane et id?e vide, battue en br?che par les historiens s?rieux. Ceux-ci nous diront qu?Hitler, recal? deux fois aux Beaux-Arts de Vienne non pour manque de talent mais pour carence d?assiduit?, peignait des paysages urbains et ruraux et frottait ensuite la toile pour donner une allure vieillotte ? son ?uvre. C??tait un trip qu?Hitler, peintre de rue, faisait lors de sa vie de boh?me ? Vienne, circa 1912. Il n?y a pas grand-chose de plus ? en dire. Il faisait aussi toutes sortes de petits m?tier (bagagiste, vendeur ? la sauvette) et tirait le diable par la queue, en vivotant sur une pension d?orphelin (tarie en 1910, ann?e de ses vingt et un ans). En 1912, de fait, il est pas tr?s loin de la mis?re noire.

C?est justement vers 1912, dit-on toujours pour le d?nigrer, qu?Hitler quitte Vienne (pour Munich) afin d??chapper ? l?enr?lement militaire auquel l?Empire Austro-hongrois proc?dait, dans la mouvance des guerres balkaniques. On observera le ton et les postulats incroyablement ricains et cuculs d?un discr?dit qui passerait par le fait de d?noncer Hitler comme un?draft dodger, en s?assoyant pesamment sur le postulat qu?il faut absolument faire le service pour ?tre un type bien, m?me s?il s?agit de participer ? des guerres semi-coloniales brutales, r?trogrades et iniques. Je vous annonce sans rougir que si Hitler avait ?t? un artiste, maudit sur les bords, amplement tire-au-flanc, mal aim? des Beaux-Arts, objecteur de conscience et pacifiste de surcro?t, fuyant vite-fait-bien-fait devant les bruits de bottes de sa putride patrie imp?riale, eh bien, cela l?aurait accr?dit? plut?t que discr?dit? ? mes yeux. Mais ce n?est pas le cas, non plus. Eh non? Restons descriptifs donc. La conclusion critique viendra bien d?elle-m?me.

C?est qu?Hitler est d?j? Hitler. X?nophobe, antis?mite, c?est aussi un virulent nationaliste? mais pas un nationaliste qui serait un patriote ?troit envers l?Autriche-Hongrie, son fatal pays natal, graduellement marginalis? par la Prusse comme locomotive historique du pangermanisme. Non, Hitler a d?j? une opinion ferme et arr?t?e sur ce qu?est l??picentre et ce qu?est la p?riph?rie du monde germanique. Aussi, il est d?j? pleinement?Deutchland Heil!?Cons?quemment, il ne veut absolument rien savoir de faire le service militaire en Autriche-Hongrie et ce, pour deux raisons:

  • sereinement et ouvertement raciste, il trouve l?arm?e austro-hongroise bien trop cosmopolite. On y retrouve des slaves, des kosovars, des turcs, des juifs, des hongrois, des bosniaques, des mac?doniens, des grecs et j?en passe. La derni?re chose qu?Hitler veut, c?est de se retrouver noy? dans une phalange de m?t?ques;
  • il consid?re les Habsbourgs, famille imp?riale r?gnant sur son pays, comme une dynastie d?emplum?s perdants et d?automates monarchiques sans vision. Il ne ressent aucune app?tence pour le service dans une arm?e ? l?ancienne dont il a la froide certitude qu?elle est int?gralement surann?e et foutue.

Hitler monte donc ? Munich (capitale de la Bavi?re allemande) et continue, un temps, d?y d?conner et d?y faire l?olibrius et l?artiste ? la manque. En 1913, il est r?form? par l?arm?e allemande, dans des conditions historiquement peu claires. Sant?? Nationalit?? C?est pas ?tabli. Il faut dire qu?il est maigrelet, malingre, qu?il a un fort accent autrichien et qu?il a un style interpersonnel frau et peu am?ne. Pour tout dire comme il faut le dire, c?est un trublion et un emmerdeur. Qui voudrait de ?a dans les rangs ordonn?s des cr?nes ras?s de l?Empereur Guillaume? En tout cas, nous, ceux du sain recul historique, on est d?sormais oblig?s d?envisager que celui qui s?objectait en Autriche-Hongrie en 1912 ne se serait plus object?, en 1913, en Allemagne, cruciale puissance wagn?rienne o?, il faut bien le dire, on ne recrutait pas aux fins de gu?guerres orientales, marginales, balkaniques, hasardeuses et sans port?e significative aux vues du Grand Universel Guerrier?

Aussi, en toute coh?rence doctrinale, au moment de la d?claration de guerre d?ao?t 1914, Hitler, qui est toujours ? Munich, se porte aussit?t volontaire. Dans l?urgence titanesque de la mobilisation g?n?rale, les officiers du recrutement bavarois sont beaucoup moins regardants qu?en 1913. Hitler est donc enr?l? et envoy? imm?diatement sur le front de l?Ouest. Il voudrait faire tirailleur parce qu?il voudrait tout simplement d?gommer du non-allemand, sans transition. On veut pas vraiment mettre un fusil dans les mains d?un z?lateur mal entra?n? de ce genre, ? la fois trop souffreteux et trop tr?pidant. On lui dit donc d?oublier ?a, tirailleur. Il sera estafette, ? la place? Important, il y a deux sortes d?estafettes: les?estafettes de front?(on imagine les types ? bicyclette portant courageusement les messages dans la bouette, sous des pluies de bombes) et les?estafettes d?arri?re, qui, elles, vont porter les messages de l??tat-major de campagne aux? estafettes de front (qui elles les portent ensuite dans les tranch?es). Hitler est estafette d?arri?re. Il lui arrive m?me de peindre une aquarelle champ?tre de ci de l?, entre deux commissions. Dans son ouvrage?Mein Kampf, autobiographie largement autopromotionnelle et autosanctifiante ?crite (dict?e, en fait) en 1924, notre communicateur fin-finaud jouera amplement de cette ambigu?t? brumeuse entre les deux types d?estafettes pour s?arroger un h?ro?sme aussi spectaculaire que finalement assez peu ?tay?.

Ceci dit et bien dit, tous les historiens s?accordent quand m?me pour dire qu?Hitler a vu le feu et pas un peu:?Ypres, les autres ?tapes de la course ? la mer, puis la Somme, Passchendaele, il y ?tait. En 1914, son r?giment d?infanterie est presque an?anti ? Ypres. De quatre mille troupiers, il en survit cinq cent, dont Hitler. En 1916, lors de la Bataille de la Somme, le baraquement des estafettes se prend un obus et Hitler est bless? ? une cuisse. On le replie sur Munich et la guerre aurait pu se terminer ainsi pour lui, soldat assidu de la toute premi?re heure. Que non. Gu?ri, notre jusqu?au-boutiste ?crit ? son officier sup?rieur, r?clamant explicitement de rejoindre son r?giment car il n?endure pas de niaiser ? l?arri?re et de ne plus coudoyer ses camarades au front. Il rempile donc en 1917, volontairement toujours et toujours sur le front de l?Ouest. En 1918, il est gaz? au gaz moutarde et perd temporairement la vue. C?est ? l?hosto suite ? ce dernier avatar de combat, douloureux et angoissant, qu?il apprendra la capitulation de l?Allemagne. Il le prendra tr?s mal.

Hitler est maintenant un caporal d?cor? de la Croix de Fer seconde classe (comme tout le monde) mais aussi de cette dr?le de Croix de Fer premi?re classe, rarissime pour un sous-officier (et indice quasi-indubitable de ses premiers grands copinages d??tat-major, attendu l?absence b?ante de description de l?exploit dans son carnet de r?giment). Sans m?tier, sans ressources et sans convictions autres que celles que le puissant dispositif militaire allemand a configur? et solidifi? en lui, il ne quitte pas le service. Il reste, tout simplement, en garnison, sur Munich, dans l?arm?e radicalement diminu?e et d?sorganis?e de la R?publique de Weimar.

C?est le chaos social et le bordel politique. Le flamboyant prestige de la r?volution bolcheviste toute r?cente en URSS fait qu?on cherche par tous les moyens ? s?duire le prolo, bolcho tendanciel, en le convertissant en national-bolcho, r?cup?rable ? droite? C?est la lutte des classes au sens pur, dur et brutal du terme. Il y a les?Spartakistes?qui sont certains d?avoir instaur? les Soviets en Allemagne. Il y a les?Corps Francs, groupes paramilitaires ?chappant d?j? aux cadres trop restrictifs du Trait? de Versailles, qui servent la r?action la plus noire et combattent les susdits Spartakistes. Il y a la?R?publique de Weimar, parlementaire, cam?rale, bringuebalante et lourdingue, qui cherche bon an mal an ? gouverner d?mocratico-?lectoralement. Des milices surarm?es (d?j? totalement d?croch?es du commandement militaire r?gulier) et des partis politiques rageurs, bigarr?s et semi-secrets jaillissent de partout, en un laps de temps tr?s court. Sentant le communicateur et l??cornifleur en Hitler, ses officiers sup?rieurs de l?arm?e r?guli?re, cherchant ? s?y retrouver dans le cloaque politique, le font officier des renseignements, plus pr?cis?ment, si on traduit au mieux le terme de jargon:?commando-enqu?teur. En 1918-1919, Hitler est charg? par son commandement de garnison d?analyser par le menu la ligne doctrinale d?un petit parti anti-marxiste, anti-capitaliste, antis?mite et hypernationaliste: le?parti national socialiste des travailleurs allemands?

Le reste est connu. Hitler devient membre de ce parti (il en est le cinquante-cinqui?me adh?rent) pour l?espionner d?abord et vite il s?int?resse authentiquement ? son programme et en devient un des cadres, puis le chef. Comme l?arm?e de Weimar ne dispose pas de proc?dure officielle de d?mobilisation, Hitler, devenu, presque subitement, politicien, se retrouve, vers 1920, sur la liste des caporaux encore engag?s mais inactifs. Notons aussi qu?il ne peindra plus jamais.

C?est donc nulle part ailleurs qu?au combat, pendant son long service militaire lors de la Premi?re Guerre Mondiale, qu?Adolf Hitler est devenu m?thodiquement et concr?tement militariste. Nos militaristes contemporains (les durs doctrinaires comme les doucereux larmoyants) devraient pourtant la m?diter, celle-l?. Elle est hautement significative et on ne la formule pas souvent comme il se doit, m?me quand on se d?cide ? parler d?Hitler? Apr?s le fameux?Putsch manqu? de la Brasserie de Munich?(1923), o?, un flingue ? la main, il verra un bon nombre de ses camarades de parti abattus sous ses yeux par la police bavaroise, le chef du Parti Nazi deviendra, tout aussi m?thodiquement (d?sormais sinueux, prudent), ?lectoraliste. Aussi, quand la crise de 1929 poussera les ?lecteurs allemands d?moralis?s vers les partis extr?mes, l?ancien combattant revanchard sera toujours, pour un temps, prudemment en veilleuse tandis que le politicien passionnel et d?magogue sera, lui, fin pr?t pour l??tape suivante de son catastrophique cheminement.

 

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