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A propos de « L’empire du moindre mal » de Jean Claude Mich

Le moins que l’on puisse dire de la th?se de Jean Claude Mich?a dans son dernier livre « L’empire du moindre mal », c’est qu’elle d?coiffe…

Nulle pr?tention chez moi de faire un compte-rendu exhaustif de ce livre, mais de donner envie de le lire et d’en ?voquer les points qui ont le plus retenu mon attention.

Je suis fan de J.C. Mich?a depuis que je l’ai d?couvert il y a quelques ann?es dans « L’enseignement de l’ignorance » qui reste ? mes yeux le meilleur de tous les pamphlets qui aient ?t? ?crits, ? ce jour, sur le th?me de la crise de l’enseignement. J’aime chez lui son habilet? ? mettre des mots justes sur mes nombreux malaises, interrogations, insatisfactions devant la mani?re dont la droite, comme la gauche d?montrent leur incapacit?, non seulement ? r?gler la « question sociale », mais m?me ? la percevoir.

R?sumons d’abord la th?se principale du livre :

Contrairement ? une opinion commun?ment admise, il n’y a pas un lib?ralisme politique, qui serait « noble » (et revendiqu? plut?t par la gauche) et un lib?ralisme ?conomique ( plut?t revendiqu? par la droite) qui serait aux yeux de cette m?me gauche, d?voy?, condamnable, exploiteur et destructeur d’humanit?.

Jean Claude Mich?a d?montre d’une mani?re magistrale et qui permet de rendre compte d’un tr?s grand nombre d’incoh?rences, d’impasses et de conflits insolubles constat?s dans le fonctionnement des soci?t?s occidentales et particuli?rement en France, qu’il s’agit des deux faces d’une m?me pi?ce de monnaie. Chacun entretient, justifie et soutient l’autre : lorsque la gauche avance par rapport ? la droite sur les valeurs, en r?alit? elle lui ouvre un boulevard du point de vue de l’extension du lib?ralisme ?conomique et lorsque la droite prend le dessus sur la gauche dans le domaine ?conomique, elle permet ? cette derni?re de progresser sur le terrain de ses valeurs. Ainsi s’?tablit ce paradoxe que « la droite traditionnelle v?n?re le march? mais maudit la culture qu’il g?n?re et que dans le m?me temps la gauche contemporaine pr?tend combattre la march? mais se prosterne avec enthousiasme devant la culture qu’il engendre ! »

Th?se ?minemment iconoclaste, on s’en doute. Elle d?montre, en effet, pour reprendre le sous-titre de son pr?c?dent livre L’impasse Adam Smith qu’il est « impossible de contourner le capitalisme sur sa gauche ». La vie politique des d?mocraties lib?rales a ainsi r?invent? le parti unique, sous forme « d’alternance unique », o? gauche et droite, tour ? tour au pouvoir, ne font qu’acc?l?rer un processus de d?sint?gration de l’humanit?. Elles se chargent, en effet, ? tour de r?le, et dans leur « domaine de comp?tence » respectif, ( le lib?ralisme politique pour la gauche, le lib?ralisme ?conomique pour la droite) de remplacer les solidarit?s humaine naturelles bas?es sur la s?quence fondatrice de toute soci?t? d?cente mise en lumi?re par Mauss : donner, recevoir et rendre, par une soci?t? suicidaire de la guerre de tous contre tous.

Dans le d?sert id?ologique et intellectuel actuel de la gauche, ce livre puissant, incisif, mais aussi par moments tr?s dr?le, n’est pas pass? inaper?u : Marianne lui a consacr? tout un dossier, Lib?ration, Le Point, le Nouvel Observateur, le Monde et m?mele Figaro se sont pench?s sur cette pens?e d?capante qui constitue probablement l’une des critiques les plus radicales du lib?ralisme de ces dix derni?res ann?es. Au point que l’on assiste ? une v?ritable mobilisation du ban et de l’arri?re-ban des id?ologues lib?raux pour tenter de le contrer, parfois m?me de le discr?diter, par des moyens pas toujours bien honn?tes : j’ai pu constater, ainsi, que beaucoup de critiques qui lui sont faites montrent que leurs auteurs n’ont pas lu le livre, ou tr?s superficiellement .

La construction du lib?ralisme

Pour d?montrer cette th?se, Jean Claude Mich?a se penche d’abord sur l’?mergence du lib?ralisme, en tant que doctrine politique.

Tournant le dos ? la tradition marxiste du mat?rialisme dialectique, l’auteur voit dans le traumatisme absolu des guerres civiles de plus en plus meurtri?res, notamment les guerres de religion qui ont ensanglant? l’Europe occidentale au cours des XVe et XVIe si?cles, l’origine principale de cette construction intellectuelle. Alors que la guerre classique peut f?d?rer des populations, g?n?rer des figures embl?matiques de h?ros, la guerre civile, parce qu’elle divise les familles, oppose des proches, touche le fr?re, l’ami, le voisin, d?truit toutes les solidarit?s humaines, les fondements m?mes d’une soci?t? civilis?e, et elle est v?cue comme un mal absolu. Si d’autres ?l?ments comme le d?veloppement des sciences exp?rimentales, l’apparition de la notion de progr?s et l’irruption de la croissance ?conomique accompagnent sa construction, le lib?ralisme politique na?t d’abord d’une obsession de la guerre et d’un « plus jamais ?a » au sein des ?lites du XVIIe si?cle.

Lorsque les intellectuels de l’?poque r?fl?chissent aux causes de ces conflits, ils en identifient deux : le d?sir de gloire des Grands, et la pr?tention des uns et des autres ? d?tenir la v?rit? sur ce que doit ?tre le Bien. Aussi l’?laboration du lib?ralisme politique va-t-elle avoir deux soucis principaux : d?construire la figure du h?ros, la remplacer par celle du « bourgeois », paisible n?gociant ne s’occupant qu’? faire prosp?rer son « doux commerce », et inventer un syst?me politique qui puisse fonctionner sans faire appel ? la vertu de ses sujets, un syst?me neutre d’un point de vue moral, qui rejette toute forme d’?thique en dehors de la sph?re publique pour la laisser ? l’exercice des individus dans le cadre priv?.

Parmi toutes les r?f?rences cit?es sur ce point par Mich?a, c’est, ? mon avis, la querelle entre Frederic Bastiat et les socialistes qui est la plus explicite, car elle me semble tr?s exactement r?sumer ce d?bat dit de la « question sociale ».

Fr?deric Bastiat commence par dire qu’il partage l’id?al de fraternit?, de solidarit? et l’exigence morale des socialistes de l’?poque mais il explique, ? l’aide d’un magnifique sophisme, qu’il est oppos? ? ce que la question soit r?gl?e de mani?re collective par une organisation quelconque de l’Etat. En effet, cela emp?cherait les individus d’exprimer leurs propres convictions morales : en d’autres termes si vous organisez des aides publiques, vous emp?chez les gens d’exercer la charit? priv?e, et vous ne leur permettez donc pas d’?tre vertueux !

La caract?ristique de l’Etat lib?ral est donc le refus d’endosser une quelconque position philosophique sur le Bien au nom du moindre mal, avec pour corollaire et contrepartie la libert? des individus de vivre comme ils l’entendent, la libert? de chacun n’?tant limit?e que par celle des autres. C’est le Droit qui va r?gler les conflits de libert?s, veiller ? ce qu’elles ne s’entrechoquent pas et n’entra?nent pas la paralysie sociale. Le Droit, outil essentiel de la soci?t? politique lib?rale est con?u le moins possible comme l’expression d’une ?thique collective et le plus possible comme un m?canisme dont l’ajustement au plus fin doit permettre aux citoyens l’exercice de leurs libert?s contradictoires.

Pour le juriste lib?ral, le mod?le, le recueil de lois le plus parfait qui ait jamais ?t? mis au point est probablement… le code de la route. Et son fantasme secret est de pouvoir r?gler tous les rapports humains de cette mani?re.

Mais c’est l?, comme le dit J.C. Mich?a, que « les ennuis du lib?ralisme commencent »…

En effet, l’Etat lib?ral se trouve totalement d?sarm? face ? la multiplication de revendications « libertaires » qu’il encourage de fait, puisqu’il s’interdit par principe de leur opposer le moindre jugement ou argument philosophique ! La cons?quence en est, ce que l’auteur appelle la r?gularisation perp?tuelle des transgressions des lois anciennes, notamment relatives aux mœurs, en fonction uniquement de l’?tat des rapports de forces des diff?rents courants d’opinions au sein de la soci?t?. L’Etat lib?ral se borne ? les enregistrer.

L’auteur prend plusieurs exemples, dont celui de la prostitution.
Dans une stricte logique lib?rale l’Etat ne peut condamner la marchandisation du corps humain, car il s’agit d’une position philosophique. Il ne pourra donc r?ellement faire obstacle ? la revendication de certaines f?ministes emmen?es par Catherine Millet qui, au nom du droit pour les femmes de disposer librement de leur corps, exigent que des mesures soient prises afin que cessent toutes formes de discriminations vis ? vis des femmes qui exercent ce m?tier. Le mieux que l’Etat lib?ral puisse faire, c’est chercher un pr?texte, un argument du c?t? de libert?s d’autrui avec lesquelles cette activit? entrerait en conflit, d’o? ces textes et ces dispositions totalement hypocrites et contradictoires sur le « racolage » ou le prox?n?tisme.

C’est ?videmment la multiplication des exemples dans le livre qui donne de la force ? ces propos, mais je ne puis m’emp?cher ? titre personnel d’?voquer la question du foulard islamique qui me semble entrer dans cette contradiction. S’interdisant de traduire dans le Droit un jugement philosophique sur la signification de ce signe ? la fois religieux et misogyne, l’Etat lib?ral est conduit ? ruser, trouver des exp?dients, l’interdire dans l’exercice du service public mais ? l’autoriser ailleurs, d?cision qui, sur le fond, et si l’on y r?fl?chit avec un minimum d’esprit critique, est totalement aberrante et contradictoire. Tout comme l’interdiction du tabac, mais l’autorisation de l’alcool, et ? terme, la l?galisation probable des drogues, car, l? aussi, o? trouver l’argument ? opposer ? la libert? du citoyen ? s’autod?truire si l’on s’interdit le jugement moral ? [1]

On sent bien, donc, que l’Etat lib?ral ne peut r?gler uniquement par le Droit des conflits d’int?r?ts et de libert?s qui s’expriment en nombre croissant et qui deviennent d’autant plus insolubles que l’on proc?de ? ces r?gularisations perp?tuelles. Mais ? cette difficult? s’en ajoute une autre devant laquelle le lib?ralisme politique jette, cette fois, l’?ponge : l’Etat lib?ral, neutre sur le plan philosophique n’a pas pour ambition d’abolir la morale, mais de la privatiser, en laisser donc l’exercice aux individus. En ce cas, le fonctionnement d?cent, paisible de la soci?t? suppose la vertu de ses membres, mais comment faire, si ceux-ci, loin d’?tre vertueux, sont des d?mons ?

C’est l? que le lib?ralisme ?conomique, et la « main invisible » d’Adam Smith viennent au secours du lib?ralisme politique et assurent la coh?rence du syst?me.

Ce qu’il y a de magnifique dans cette proposition, c’est que les hommes n’ont plus besoin d’?tre vertueux ? titre personnel. Au contraire ce sont leurs vices, leurs ?go?smes qui, gr?ce ? ce miracle r?alis? par le march? de concurrence, celui o? l’Etat n’intervient pas, assurent la meilleure allocation possible des ressources et le progr?s ?conomique. Mieux, m?me, sous l’effet de la croissance illimit?e, cr?atrice d’emplois et de richesses l’envie et le ressentiment, causes de tous les vices disparaissent : les hommes deviennent progressivement honn?tes, g?n?reux et solidaires. [2] Non seulement ils n’ont pas besoin d’?tre vertueux pour faire fonctionner le march?, mais au final le march? les rend vertueux. La soci?t? peut donc fonctionner sans risquer son autodestruction et l’Etat lib?ral peut ainsi rester dans sa position de neutralit? philosophique !L’?puration ?thique de l’Etat est possible parce que le march? rend les individus vertueux…

Lib?ralisme politique et ?conomique sont donc bien totalement solidaires, indissociables, et la soci?t? lib?rale ne fonctionne correctement qu’en s’appuyant tour ? tour ou simultan?ment sur ces deux piliers.

Les cons?quences de l’unicit? du lib?ralisme.

Cette th?se de JC Mich?a a le m?rite de faire comprendre ce qui semble de prime abord des « incoh?rences » ou des « impasses » de la gauche.

Il me semble, par exemple, qu’elle peut rendre compte de cette typologie particuli?re du « Bobo », ce bourgeois boh?me qui a le cœur ? gauche mais le portefeuille ? droite, et qui est, tout simplement un lib?ral qui a r?alis? dans son comportement personnel (d’une mani?re plus ou moins honteuse et plus ou moins assum?e) la fusion des deux aspects du lib?ralisme !

Je n’ai pas lu le dernier livre de BHL, mais sur la base des interviews qu’il a donn?es, il y a, sur la question sociale pos?e par le capitalisme, rien moins qu’une capitulation d?finitive de sa part, et une renonciation ? tout projet alternatif au nom du « r?alisme ». Et ce n’est pas un hasard.

Le plus perturbant pour l’homme « de gauche » est de comprendre qu’? travers de revendications libertaires ou « humanistes », qu’il croit en opposition avec la droite, en r?alit? il aide le capitalisme lib?ral ? s’?tendre…

J.C.Michea en donne plusieurs exemples, mais l’un d’entre eux a donn? lieu ? un incident lors des questions qui ont suivi sa conf?rence du 9 octobre dernier pour la r?ouverture de l’universit? populaire de Montpellier, ? laquelle j’ai assist?.

Voici l’origine de l’incident : l’auteur donne, dans son livre une indication pr?cieuse sur la mani?re dont la doctrine lib?rale se diffuse au sein des ?lites. Il r?v?le ainsi, que Luc Ferry a impos? en 2003 au jury d’agr?gation en sciences ?conomiques les membres d’une v?ritable secte ultra-lib?rale dite « Soci?t? du Mont Pelerin ». Et l’un d’entre eux, G?rard Bramoull? est l’auteur des lignes suivantes :

« L’immigr? clandestin abaisse les co?ts mon?taires et non mon?taires de la main d’œuvre. Il renforce la comp?titivit? de l’appareil de production et freine le processus de d?localisation des entreprises qui trouvent sur place ce qu’elles sont incit?es ? chercher ? l’ext?rieur. Il facilite les adaptations de l’emploi aux variations conjoncturelles et augmente la souplesse du processus productif ». Il est donc politiquement indispensable de veiller, insiste l’universitaire patronal, ? ce qu’on n’en vienne pas, par x?nophobie, ? faire de l’immigr? clandestin « le bouc ?missaire facile d’un probl?me difficile ».

Et J.C. Mich?a d’ajouter :

« On trouvera, ?videmment, dans cette analyse le fondement id?ologique ultime (conscient ou inconscient) de tous les combats actuels de l’Extr?me Gauche lib?rale (du MRAP au tr?s m?diatique « R?seau Education Sans Fronti?res ») pour l?gitimer l’abolition de tous les obstacles ? l’unification juridique-marchande de l’humanit?. »

C’est ?videmment ce dernier commentaire qui a fait bondir cet intervenant, peut-?tre lui-m?me membre de ce R?seau Educations Sans Fronti?res qui milite contre les expulsions des enfants d’immigr?s irr?guliers scolaris?s, et qui a pris ? partie l’auteur, avec une certaine v?h?mence.

Je rapporte ici la r?ponse de J.C. Mich?a, en substance et de m?moire, n’ayant malheureusement pas eu le r?flexe de prendre de notes au cours de la conf?rence :
Selon lui, l’id?e de s’installer en France, pour un travailleur clandestin, dans le seul but de se proposer comme main d’œuvre ? exploiter par le patronat ne constitue pas un projet philosophiquement d?fendable et qu’il s’agit, en outre, d’une sorte de d?sertion vis ? vis de sa collectivit? d’origine, ? qui son courage et sa force de travail vont manquer. Qu’en croyant faire preuve « d’humanisme », de « compassion » ou de « g?n?rosit? » envers les clandestins, en r?alit?, comme le prouve le texte cit? plus haut de G?rard Bramoull?, RESF se fait le complice de l’exploitation par le patronat d’une main d’œuvre sans d?fense et de la constitution d’un v?ritable sous-prol?tariat.

Au passage, J.C. Mich?a critique les r?gles qui encadrent l’asile politique et interdisent, ? ceux qui en b?n?ficient, d’avoir une activit? politique sur le territoire fran?ais. R?gles de neutralit? d’inspiration tr?s « lib?rale », et selon lui absurdes sur le plan philosophique : si l’on admet qu’un individu a souffert d’une dictature puisqu’on lui accorde l’asile politique, la moindre des choses est de lui ouvrir tous les moyens de lutter contre…

L? encore, c’est la multiplication des exemples dans le livre qui donnent un relief particulier ? cette th?se, comme l’in?narrable calcul ?conomique appliqu? au mariage (qui ?mane toujours de cette secte du Mont Pelerin) que je laisse le soin au lecteur de d?couvrir.

L’avenir de l’humanit? et l’alternative de la common decency

Comme le souligne donc l’auteur, la construction du lib?ralisme r?sulte du refus de choisir une d?finition du Bien, au profit d’une soci?t? du moindre mal, ? ?gale distance des fanatismes religieux ou des r?veries utopiques. Mais il montre que cet objectif qui se veut ? la fois plus modeste et plus « r?aliste » est un leurre :

Contrairement ? son discours sur sa « neutralit? » philosophique, le lib?ralisme est en train de fabriquer un homme nouveau, adorateur du Droit et du March?, destructeur de toute civilit?, format? ? assumer la guerre de tous contre tous, et d’abord contre la nature. Avec, au passage, la contradiction dans laquelle il se trouve que, ce faisant, (comme l’a soulign? Castoriadis), il d?truit les types anthropologiques h?rit?s du pass? comme l’ouvrier consciencieux, le fonctionnaire honn?te, le juge incorruptible ou le professeur qui se consacre ? sa vocation sans lesquels, pourtant, le syst?me n’aurait tout simplement pas pu exister ni produire ses r?sultats b?n?fiques ! [3]

J.C. Mich?a signale au passage que tout cela se traduit par une augmentation tr?s perceptible de la souffrance psychique des populations soumises ? ces mutations, des travaux nombreux vont dans ce sens. Mais ce qui est en jeu, ? terme, est bien la disparition de l’humanit? et de la nature, qu’il faut consid?rer non comme sc?narios de films de science-fiction, mais comme des hypoth?ses de travail.

Et pour r?pondre ? la phrase c?l?bre de M. Thatcher, il y a une alternative qu’en Orwellien convaincu, J.C. Mich?a va chercher dans la common decency. [4]

C’est sans doute la partie de son livre qui pr?te le plus le flan ? la critique, mais pas la moins enthousiasmante. En deux mots, et pour ne pas d?florer un sujet difficile, l’auteur plaide pour l’existence d’une morale universelle fond?e sur la logique du don, telle qu’elle a ?t? mise en lumi?re par Mauss, que l’on retrouve dans cette morale commune (common decency) de G. Orwell, et qui s’oppose au relativisme culturel caract?ristique du scepticisme philosophique lib?ral.

Ce qui est int?ressant surtout, est de comprendre en quoi il ne s’agit pas d’une nouvelle id?ologie du Bien, une de celles que, ? juste titre, la construction du lib?ralisme voulait ?carter du champ public.

Un livre passionnant, et qui va faire grincer des dents ? droite, comme ? gauche.

Quelques liens :

http://www.lefigaro.fr/litteraire/20060720.FIG000000283_jean_claude_michea_l_incorruptible.html

http://www.lepoint.fr/content/debats/article ?id=199481

http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/09/27/y-t-il-une-vie-apres-le-liberalisme

http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/10/01/lempire-du-moindre-mal

http://www.marianne2.fr/Quand-Jean-Claude-Michea-taquine-la-droite-liberale-et-la-gauche-bien-pensante_a78775.html ?PHPSESSID=fa9c4e2191f954f1ffb85cffbc9fa6d7

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5 Commentaire

  1. avatar

    Excellent article, même si je suis biaisé par une admiration immodérée pour Illich qui m’a donné bien des idées. Je cours acheter le livre de Michea.

    PJCA

  2. avatar

    Léon

    Je partage l’avis de Pierre JC. Selon l’évaluation que vous en faites, voilà une lecture qui devrait se révéler passionnante. Merci de nous l’avoir présenté de si belle façon.

    Pierre R.

  3. avatar

    Débutant sur « Cent papiers », j’ai apparemment mal entré les liens à la fin de l’article. je les remets :

    Mariane Le Nouvel Observateur Le Point Le Figaro

  4. avatar

    Bonjour Léon

    La dialectique pourrait , me semble-t-il , nous sortir de cette impasse . Le diagnostic d’une complicité à reproduire les deux faces d’un même réel est assez consternant . Même les barbares n’auraient rien de neuf à proposer.

    Cordialement

    le Furtif

  5. avatar

    Le Réseau éducation sans frontières ne se fourvoie pas en défendant les
    droits des sans-papiers persécutés, même s’ils sont peut-être par ailleurs
    une armée de réserve ultime du capitalisme le plus sauvage. Il s’agit de
    principes de dignité humaine, qui ne souffrent pas d’exception.
    En revanche, Michéa met le doigt sur une contradiction latente. Il ne manque
    encore à l’antiracisme militant plus qu’une seule lacune logique à combler,
    mais de taille : Réclamer contre les causes (et non plus seulement contre
    les conséquences) des souffrances de l’immigration, c’est-à-dire concevoir
    le programme de résistance internationale de notre époque contre la barbarie
    capitaliste : à partir d’une égalisation mondiale progressive des conditions
    sociales et écologiques, c’est-à-dire imposer par traités, et donc d’abord
    par guerre diplomatique et idéologique (l’OMC le fait bien en sens
    contraire) aux pays esclavagistes comme la Chine et à leurs clients
    profiteurs occidentaux un « smic mondial » aligné par le haut, ainsi qu’un
    smic démocratique.

    Cordialement,
    LD