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À Nantes, un petit air de Japon

Dès que le printemps renaît, les habitants de la métropole des Pays de Loire reprennent l’habitude de se rendre dans l’île de Versailles. Comme chaque année à cette époque, cet espace vert, isolé du quai de Versailles par un bras de l’Erdre, prend aux beaux jours l’aspect d’un jardin japonais…

C’est de notoriété publique : la ville de Nantes offre à ses visiteurs de multiples pôles d’intérêt. Outre l’incontournable château des Ducs de Bretagne et la superbe cathédrale Saint-Pierre et Saint-Paul, c’est avec un grand plaisir que l’on (re)découvre la ville : on déambule ici dans les rues médiévales, on admire là l’architecture classique des places Royale et Graslin, on se prend ailleurs à rêver de la séduisante Lola dans la rue Crébillon ou les mythiques escaliers du passage Pommeraye. On s’émerveille également des fers forgés et des mascarons qui ornent les hôtels particuliers de l’île Feydeau, on chemine avec plaisir dans la quiétude des allées du Jardin des Plantes, et l’on peut même d’aller boire un verre ou manger un plat du jour au Lieu Unique, au cœur de l’ancienne biscuiterie LU.

En cette fin du mois d’avril, c’est pourtant l’île de Versailles qui concentre l’l’intérêt des Nantais, mais également celui des visiteurs bien informés. L’île est en effet pour quelques semaines au sommet de sa beauté avec l’explosion des couleurs nées de la floraison des nombreux rhododendrons et azalées qui, en complément des camélias, bordent les allées de gravillons ou les rus artificiels qui serpentent entre les massifs et les rocailles. Le spectacle est en régal pour les yeux, entre les blanc, rose, rouge, parme ou violet des arbustes à fleurs et la taille en nuage des érables pourpres ou des pins, mise en valeur par le voisinage des cerisiers et des merisiers, eux aussi en fleurs. Sans oublier les bambous, incontournables dans un jardin japonais. Dans le « pavillon de thé », un jardin sec, patiemment entretenu, complète le dépaysement. Reste le plan d’eau où des nénuphars ne vont pas tarder à prendre le relais pour régaler les visiteurs de leurs chatoyantes couleurs.

L’île de Versailles n’a pas toujours été ce lieu de détente prisé. Au début du 18e siècle, elle n’existait même pas : le site était alors un marécage en bordure de l’Erdre. Après assainissement du marais, c’est l’apport des déblais du canal de Nantes à Brest qui a fait surgir des eaux de la rivière cette île artificielle. Dès la 2e moitié du 18e siècle, des activités artisanales y ont été implantées : chantier naval, tanneries, blanchisseries. Certaines ont perduré jusqu’au milieu du 20e siècle. La vie économique moderne et les nuisances pour le voisinage ayant eu raison des artisans, c’est une île à l’abandon qui, en 1950, a été rachetée par la Ville de Nantes, avec pour objectif d’en faire un lieu de loisirs pour les habitants. On en voit aujourd’hui le résultat, et l’on ne peut manquer de se réjouir de l’initiative des édiles. À noter que l’île de Versailles n’est pas uniquement constituée d’un jardin japonais : on y trouve également la Capitainerie de l’Erdre, un restaurant, une aire de jeux pour les enfants, et, dans un pavillon de bois, un centre d’interprétation de la flore et de la faune de l’Erdre.

Il va de soi que l’île de Versailles n’est pas le seul jardin japonais de France, et ce ne sont pas les Toulousains amoureux du jardin japonais de Compans-Cafarelli qui diront le contraire. La palme du genre n’en revient pas moins, de manière incontestée, au Parc oriental de Maulévrier dans le Maine-et-Loire, de loin le plus spectaculaire, et pas seulement parce qu’il est le plus grand d’Europe avec ses 28 hectares consacrés à cet art si prisé, agrémentés comme il se doit dans un jardin japonais de torii et de ponts courbés. Les passionnés d’art floral peuvent même suivre à Maulévrier des cours d’ikebana. Cerise sur le gâteau, il est possible de visiter le site en nocturne dans une ambiance propre à évoquer chez les plus imaginatifs les nuits de Kyoto.

Outre les jardins japonais, les amateurs de rhododendrons et d’azalées peuvent actuellement admirer de superbes collections au Domaine de Trévarez (Finistère) et au Parc Floral de Paris. Un plaisir sans cesse renouvelé au détour des allées. Dans un monde exposé aux dérives sectaires et violentes, de tels lieux sont, sans nul doute, un bonheur pour la paix de l’esprit.

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A propos de Fergus

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Autodidacte retraité au terme d'une carrière qui m'a vu exercer des métiers très différents allant d'informaticien à responsable de formation, je vis à Dinan (Côtes d'Armor). Depuis toujours, je suis un observateur (et de temps à autre un modeste acteur) de la vie politique et sociale de mon pays. Je n'ai toutefois jamais appartenu à une quelconque chapelle politique ou syndicale, préférant le rôle d'électron libre. Ancien membre d'Amnesty International. Sur le plan sportif, j'ai encadré durant de longues années des jeunes footballeurs en région parisienne. Grand amateur de randonnée pédestre, et occasionnellement de ski (fond et alpin), j'ai également pratiqué le football durant... 32 ans au poste de gardien de but. J'aime la lecture et j'écoute chaque jour au moins une heure de musique, avec une prédilection pour le classique. Peintre amateur occasionnel, j'ai moi-même réalisé mon avatar.

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