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? moi, on ne me la fait pas?

PIERRE JC ALLARD ?La semaine derni?re, je parlais du retour du r?el. ?La compr?hension revenue, rampante d?abord, puis ?pid?mique m?me au sein des classes dites laborieuses, du message ??? la Magritte? que le symbole d?une chose n?est pas la chose. Que l?argent ne se bouffe pas et qu?il faudrait br?ler BEAUCOUP de billets de banque pour chauffer m?me un tout petit meubl?.

Quand on veut toucher du doigt, on entre dans un nouveau rapport avec l?avoir. On adopte un nouveau point de vue, donc, sur la Bourse et la monnaie, dont on comprend que cette derni?re ne vaut rien d?autre que la confiance ?vanescente qu?on lui accorde.

Un voit un nouveau rapport, aussi, entre l?Autorit? et le Pouvoir, alors qu?on comprend qu?un petit b?ton blanc n?a pas d?autre force que le respect ?vanescent qu?on lui accorde. Or il ne reste que quelques oasis en r?tr?cissement sur la plan?te o? ce respect r?gne encore vraiment.?? Je ne parle pas de l?Ituri ou d?un no man?s land an Irak?; je vous demande de prendre conscience du fait qu?il y a sans doute, ? 30 minutes de chez-vous, des endroits o? vous n?aimeriez pas aller de nuit seul et sans armes.? La r?alit? r?de.

La r?alit? revient quand la confiance s?en va. Celle-ci s’en va quand s?estompe la foi, laquellei est la quintessence du virtuel, puisqu?elle en est la source et aussi l?accomplissement concret quand elle devient un substitut accept? de la r?alit?.

Aujourd’hui, La confiance est partie.

Vous attendez-vous encore vraiment ? ce que la justice soit impartiale et incorruptible?? Croyez-vous encore que les associations diverses, syndicats, partis politiques, groupes de pression qui se disent l? pour vous prot?ger servent d?autres int?r?ts que ceux de la petite ?lite que chacune d’elles engendre, aussi s?rement que vient une moisissure sur une confiture??

Pensez-vous que la gouvernance de l??tat soit elle-m?me autre chose que la plus vorace de ces moisissures, dig?rant ce super pot de miel qu?est la soci?t? ????? La gouvernance en place, mais aussi toutes les alternatives de leadership offertes, comme autant de bact?ries en dormance, impatientes de prolif?rer ? leur tour. Nous sommes dans la soci?t? de l?arnaque.

« ? moi, on ne me la fait pas« ! ? Ah bon…. Vive le r?el. La confiance partie, on fait gourdin de tout bois. On tend vers le r?el, comme ces gens qui vont prendre la nourriture dans les supermarch?s de Barcelone et de Madrid. Comme ceux qui se d?lestent de leurs valeurs mon?taires et investissent dans la terre et la pierre, comme ces ?colos qui font pousser leurs propres tomates? Fort bien, mais au bout de cette tendance vers le r?el il y a un cul-de-sac.

Le profit soci?tal ? tirer de la m?fiance qui prot?ge des arnaques? est une arnaque.? La non-confiance est une cha?ne de Ponzi, o? les pr?curseurs et les premiers investisseurs gagnent, mais dont l?issue ne peut-?tre que de refiler au moment propice la facture aux jocrisses qui n?ont pas compris tout de suite. Car une soci?t?, ce sont des gens qui vivent ensemble, se prot?gent ensemble, produisent ensemble et, en de?? d?un certain seuil de confiance, la soci?t? se d?sagr?ge. Tous s?appauvrissent et tous sont en danger.

Peut-on ?viter que disparaisse toute confiance envers? tout ce qui traditionnellement a inspir?? confiance, religions, partis, appartenances nationales ou de classe et, bien s?r, tous les outils de propagandes favorisant ces appartenances, une structure dont l??ducation formelle est la colonne vert?brale et les m?dias les manifestations embl?matiques ?

Non. ?Cette confiance est morte, car les bisons fut?s de notre soci?t? ont compris qu?il n?y avait l? que des outils pour les manipuler, mani?s par encore plus malins qu?eux.

Les plus astucieux ont cependant compris, aussi, que la confiance est indispensable et ils ne se contentent donc pas de se lib?rer de toute confiance envers ce qui est en place?; ils s?activent ? identifier une autre structure de confiance sur laquelle on pourra b?tir? – qui, en fait, deviendra – une nouvelle soci?t? puisqu’un soci?t? c’est d »abord ses valeurs.?? Un nouveau bananier est ? pousser au pied du vieux qui a fait son temps.

Une nouvelle structure ?de confiance est ? se mettre en place. On n’en voit encore qu’une esquisse, car elle s’appuiera sur une nouvelle moralit?. ?On sait seulement que, par-del? les crit?res bien objectifs, dont elle ?se dotera, ?cette moralit? n??voluera que si elle s?avance hardiment dans le virtuel et qu’au-del? du geste elle impute d?j? la faute ? l?intention. ?La m?fiance, qui aujourd?hui est une n?cessit? quotidienne, mais un obstacle ? notre ?volution – reculera donc ? mesure o? de nouveaux non-dits prendront valeur de r?gles universellement accept?es.

Avec le consensus sur ces r?gles, reviendra ?la confiance par d?faut n?cessaire ? la civilisation et s?imposera donc ? nouveau au r?el le virtuel n?cessaire ? cette confiance. Dans un monde ostensiblement – voire ostentatoirement – immoral comme celui que nous avons b?ti, toutefois, cela?prendra du temps, car nous repartons pratiquement du niveau z?ro de confiance correspondant ? un niveau z?ro de moralit?.

Il va falloir r?-apprivoiser la confiance, pas ? pas. On y parviendra, car le d?sir est toujours l? d?un espace de confiance se propageant ensuite par contagion? Comme l??tait le couple quand il ?tait pr?sum? indissoluble. ?Le d?sir de recr?er la confiance se manifeste aujourd?hui dans une r?surgence de la volont? d?appartenance. Une appartenance non pas impos?e ?- comme celles de la famille du clan ou de la patrie – mais d?sormais librement consentie.

N?est-ce pas le vrai but du r?seautage?(networking) et de tous ces ??amis?? sur Facebook ou Linked, de cr?er l?illusion d?un espace de confiance?? ?Pratiques, les r?seaux sociaux, car?c?est la comp?tence qui est devenue le seul vrai pouvoir; si vous avez besoin d?un acc?s prioritaire au syst?me de sant?, avoir un ami m?decin vous servira de coupe-file bien mieux qu?un pourboire…

Pratiques, mais quand?on?met en ?vidence les aspects utilitaristes du r?seautage, est-ce ?qu’on ne cache avec pudeur ce que ce ph?nom?ne peut receler de simple d?sir de fraternit? ?

Derri?re l?utilit? des r?seaux, n’y a-t-il pas ?le d?sir transparent de recr?er des liens, dans une soci?t? qui semble avoir ?t? con?ue pour dissoudre tous les liens? ?Il faudrait peut-?tre voir dans ces r?seaux les balbutiements de la m?me tendance humaine qui a conduit ? l?essor de toutes les fraternit?s, de toutes les ma?onneries. Un pr?lude ? la confiance ressuscit?e

Apr?s sa petite vir?e dans le r?el et la m?fiance, il y a fort ? parier que l?humanit? va remettre le cap sur le virtuel pour y chercher une nouvelle moralit? et sans doute une nouvelle foi. ?Ne commettons pas l?erreur de ne pas le pr?voir. ?Elle ne les dessinera pas ses vertus et ses p?ch?s avec le m?me poncif, toutefois.??M?me si les signes sont encore flous, il?faut chercher ? lire ce qui s’?crit sur le mur,

Pierre JC Allard

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9 Commentaire

  1. avatar

    Pierre, si je vous ai bien compris, la confiance est un ingrédient essentiel à toute relation humaine, celle-là même qui rend possible le véritable réseautage des uns avec les autres.?Or, la société et l’ère de civilisation dans laquelle nous vivons ont saboté les bases de cette confiance mise au défi des ambitions, de la compétition, des intérêts qu’encourage la société de consommation fondée sur l’avoir et le pouvoir. Vous nous annoncez que cette humanité est en voie de basculer dans une ère nouvelle où elle retrouvera cette confiance rendant possible l’émergence de véritables communautés de vie ouverte sur le monde. De fait, la personne humaine ne saurait demeurer prisonnière de l’égocentrisme et de l’individualisme. Elle a besoin de retrouver les grands horizons auxquels les philosophes anciens associaient ces transcendantaux que sont le beau, le vrai, le bon, l’être. Sans doute les fondements de ces nouvelles valeurs qui caractériseront cette ère nouvelle de l’humanité.

    Votre réflexion rejoint celle de grands prophètes qui annoncent l’avènement d’un « homme nouveau », d’une « humanité nouvelle ». Une naissance qui ne saurait se faire qu’à travers les douleurs de l’enfantement. C’est bien l’image que projette actuellement l’humanité prise dans son ensemble.

  2. avatar

    Merci pour cet article, Pierre.

    Jeter la lumière sur « l’état de confiance » actuel dans notre société est de souligner la base du malaise actuel.

    D’où vient ce manque de confiance? Vient-il d’autour de nous ou vient-il de l’intérieur de nous?

    Avons-nous confiance en nous-même? Est-il possible d’avoir confiance en quelque chose si nous ne « pratiquons » pas le développement de cette confiance en nous?

    La confiance se développe peut-être par la « maîtrise » individuelle de quelque chose.

    Par exemple:

    Un homme habitué à « maîtriser » un cheval pour labourer ou pour voyager développe-t-il plus de confiance en lui-même qu’un homme qui se laisse conduire par le transport en commun?

    Je pense qu’encore une fois, nous sommes peut-être, de retour à l’individu au lieu du « système.

  3. avatar

    @ Oscar

    Oui. Je souligne que la tromperie a pris la forme de la rupture programmée du lien entre les choses et leurs symboles. Le vrai péché contre l’esprit, puisqu’une pensée INTELLIGENTE ne peut se developer que si on manipule des symboles en ayant la foi que cette manipulation se reflète dans la réalité.

    On voit bien que la monnaie, symbole de l’avoir, n’en est plus le reflet crédible. On constate que l’autorité a été vidée de la force qu’on lui présumait. Les mots – nous en avons parlé ailleurs récemment – changent de sens pour contourner les divergences, créant l’illusion apaisante d’un consensus qui dans la réalité n’existe pas.

    Les relations politiques et sociales s’établissent donc dans un univers factice qui est le miroir déformant de la réalité, ce qui est l’équivalent d’opérer en laparo sur une image QUI N’EST PAS celle des grandes cavités du patient, comme ces sorciers phiippins qui prétendent vous enlever l’appendice à mains nues, et sans incision…

    Oui, la confiance est un ingrédient essentiel. Il ne s’agit pas, toutefois, d’être plus persuasif dans le mensonge… mais plus respectueux de la vérité. Il faut donc une nouvelle MORALITÉ qui redonne son importance à la franchise, alors que présentement mentir est devenu une vertu.

    il est possible, voire probable, qu’une nouvelle moralité doive s’appuyer sur une nouvelle foi, mais ceci est cependant est un autre sujet.

    PJCA

  4. avatar

    @ L’artiste

    J’étais à répondre à Oscar pendant que ce commentaire entrait et je crois que la réponse vaut: la perte de confiance a été créée de l’extérieur et a été voulue, mais le mal s’est maintenant développé en nous et nous en guérir exigera un changement de paradigme. Une transformation de nos valeurs qui doit naitre en chacun mais s’extérioriser avec énergie.

    PJCA

  5. avatar

    @ tous

    Je viens de lire cet article dans le NYT. Il illustre bien la situation actuelle. Juste UNE de ces arnaques dont les responsables devraient être envoyés aux mines de sel. Bien que la culture américaine suggererait qu’ils soient abattus, une idée que dans ce cas je trouve assez réjouissante.

    http://www.nytimes.com/2012/10/15/business/reverse-mortgages-costing-some-seniors-their-homes.html

    PJCA

  6. avatar

    Bonjour Pierre,

    La confiance, clé de l’épanouissement personnel et par le fait même sociétaire. Parent absent, école mal adapter, société axé sur la performance au travail. Arbeit macht frei. (Le travail rend libre), vous souvenez-vous de la « x » génération perdu, celle qui n’a vécu que dans la précarité, celle que les bons employeurs refusaient l’accès à un emploi à cause du soi-disant manque d’expérience. Alors qu’en réalité c’est tout simplement pour les profits qu’ils agissaient ainsi. Comment parvenir à un certain équilibre lorsque continuellement la situation précaire mine la confiance, à l’aube de notre vie d’adulte ? Qu’ont se le disent cela laisse des traces, quand tu n’a plus foi en la vie et près à tout pour trouver ton épanouissement.

  7. avatar

    Je m’étonne toujours, avec autant de tristesse vu la torpeur qui règne, d’opposer à ce monde fou un monde résolument sain, presque inconscient mais rassurant, fait de gens qui au-delà des rythmes inégaux de la société, des moyens dont ils disposent et des apparences qui jouent en leur défaveur arrivent à faire mentir les constats réalistes, comme une fleur résiliente qui pousse à même un mur de béton.

    S’il y a confiance à avoir, c’est celle-là que je choisis. Celle des gens de l’impossible, des atteints d’humanisme, des sublimes façons de penser et de faire envers et contre tous. Les magiciens du malgré. Les réalistes aux mains d’argile et au coeur de soie qui grugent peu à peu les murs armés de liberté, qui serrent les rangs en cas de besoin. Ils n’ont pas péri car rien n’a d’emprise sur eux. Ils carburent à l’instinct de vie.

    Parfois je me repense, pourtant heureusement je sais, ce que serait la vie sans tout ce tumulte relié à la moindre chose. Il faudrait réapprendre à saluer l’étranger. Il faudrait croire qu’on survit à partager. Il faudrait sourire tôt, de bon matin, sans raison particulière et même chanter sous la douche. Il faudrait surtout toujours se rappeler l’holocauste financier aux multiples visages cruels afin que plus jamais personne n’en soit victime.

  8. avatar

    @ Elyan B

    Encore un de ces commentaires de vous qui à eux seuls justifient qu’ait été écrit l’article auquel ils répondent. Il faudrait bien que vous écriviez plus souvent et que vous soyez l’auteur. Je vous en reparle.

    PJCA