
"Les États-Unis ne s’intéressent à la démocratie que pour la forme, leur véritable engagement va à l’entreprise privée et au capitalisme. Lorsque les droits des investisseurs sont menacés, la démocratie doit s’effacer ; si ces droits sont sauvegardés, les tueurs et les bourreaux s’en tireront bien."
Royal Institute of international affairs, Londres (Citation tirée de Chomsky, Noam, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, page 26)
Cette phrase du poète québécois Claude Péloquin semble revivre au bon moment dans la mémoire collective. Après l’émission « Tout le monde en parlait » et Claude Dubois dans une reprise de « Tout le monde en parle » où l’on citait ce coup de gueule controversé de Péloquin, il devient impératif et urgent de porter ce cri du cœur d’un pacifiste lucide sur les marches de la place publique, alors que les premiers soldats québécois sont récemment tombés au combat de l’impérialisme américain .
La célèbre phrase, immortalisée au Grand théâtre de Québec par une œuvre de l’artiste québécois d’origine espagnole Jordi Bonet, cherche à dénoncer l’adhésion futile et pavlovienne des populations aux guerres impériales modernes, des conflits généralement provoqués par de grandes puissances impériales pour étendre leur contrôle sur des territoires, États et autres ressources naturelles dont le monde regorge et qui ne leur appartiennent pas.
À l’époque, la brutalité avec laquelle Péloquin avait servi son fiel « contre culturel » aux institutionnalistes occidentaux, causa des remous politiques importants au Québec. D’abord chez Bonet lui-même. Cet immigrant avait quitté son pays, l’Espagne, alors en proie à une dictature franquiste brutale et classique en Europe : liberté de conscience, de parole et de presse réduites au silence ; artistes conformistes, en prison, en exil ou à la morgue ; pluralisme politique inexistant et démocratie sous la barre de congélation ; philosophie holiste étanche.
Avec la mort du soldat Simon Longtin, le Québec participe explicitement au déploiement de l’impérialisme américain en Afghanistan. Les morts nombreux qui seront faits là-bas ne défendront malheureusement pas la démocratie et les droits de l’homme, comme le prétendent le ministère de la défense sur son site Internet, le ministre des affaires étrangères canadiennes et le premier ministre conservateur pro républicain, Stephen Harper.
Le prétexte du 11 septembre 2001
Alors que les « preuves » d’une attaque d’Al-Qaeda sur les États-Unis manquent encore aujourd’hui cruellement de crédibilité (Ridgway, 2005), le Canada s’est embarqué, en novembre 2001, dans le bateau de guerre américain pour défendre « la démocratie ». Dans le cadre de l’entente militaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), un pays signataire a l’obligation de se porter à la défense d’un allié menacé, attaqué ou en danger de l’être.
Donc légalement, le Canada a l’obligation de venir en aide aux Etats-Unis, même si ce pays possède l’armée la plus puissante du monde, laquelle génère un budget équivalent aux budgets de tous les autres pays du monde. Le prétexte est alors trouvé.
Au niveau politique, la propagande canadienne utilise les matrices telles la démocratie, les droits de l’homme, l’égalité hommes-femmes, le droit à l’éducation pour tous, l’émancipation des femmes etc., pour nous faire avaler cette pilule indigeste et fausse. Bien que personne ne puisse être contre la vertu, force est de constater que pour 70% de Québécois qui sont farouchement opposés à cette nouvelle agression occidentale sur le Tiers-monde, le message mensonger ne passe pas la rampe.
Il y a seulement les Christine St-Pierre de ce monde qui croient que les « Coalisés » sont en Afghanistan pour « établir » une démocratie viable et respectueuse des droits de l’homme. Plusieurs centaines d’années de culture politique tribale ne peuvent être remplacées par une « démocratie » patentée par des militaires et le complexe militaro-industriel.
D’ailleurs, la nouvelle est tombée le 17 août dernier sur les ondes de la BBC : le gouvernement central d’Afghanistan, les gouvernements locaux (tribaux) et les ONG (Organisations non gouvernementales) ont dénoncé l’inaction, le manque de fonds et l’absence de volonté occidentale dans la construction d’écoles, d’hôpitaux et d’infrastructures (aqueduc, routes, etc.) dont le pays a cruellement besoin pour espérer s’engager dans une démocratie digne de ce nom.
L’agression contre l’Afghanistan par l’industrie pétrolière
La vérité se trouve ailleurs. Les Talibans, au pouvoir de 1996 à 2001, ont été installés par les Etats-Unis pour assurer une stabilité dans la région. Les droits de la femme, la démocratie, la modernité, la séparation de l’Église et de l’État n’étaient pas des préoccupations pour eux, seulement une nécessaire stabilité pour ouvrir la voie de pipelines (pétrole et gaz) provenant de l’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan, et le Tadjikistan, des pays situés au Nord de l’Afghanistan).
En février 2001, des négociations ont été entamées avec les Talibans pour permettre la construction de pipelines à travers l’Afghanistan. Jusqu’au mois de août 2001, l’administration Bush poursuivait sa politique d’appui aux Talibans de William Clinton. Devant le refus ce ceux-ci de laisser passer les pipelines de l’Asie centrale vers le Sud et l’Afghanistan, les États-Unis ont retiré leur appui aux Talibans. Et avec les attentats du 11 septembre, le prétexte était trouvé pour légitimer une intervention armée dans ce pays.
Comme le rappelle Patrick Martin dans son article sur la planification de la guerre en Afghanistan avant le 11 septembre, les compagnies pétrolières ont acheté plus de 75% des champs pétrolifères de l’Asie centrale. Parmi les compagnies détentrices de droits d’exploitation dans la région, il y a Unicol, une entreprise américaine dont le président de la branche asiatique se nommait alors Amid Karzaï, l’actuel président de l’Afghanistan. Belle coïncidence !
Pour réduire leur dépendance aux approvisionnements du Proche-Orient, les Etats-Unis tentent de contourner ce problème en cherchant ailleurs les énergies essentielles à leur développement économique depuis la fin de l’Opération « Desert Storm », en 1991. Le magazine Newsweek rapportait qu’un plan officiel, nommé « Operation Steppe Shield », aurait permis le déploiement des militaires américains en Afghanistan calqué sur l’agression de l’Irak. Une invasion qui, rappelons-le, s’est produite lorsque Saddam Hussein chercha à s’approprier les réserves Koweitiennes de pétrole.
Histoire récente d’un empire pilleur
Comme partout dans le monde depuis au moins la fin de la deuxième guerre mondiale, l’Oncle Sam ne se préoccupe absolument pas de démocratie. Seulement dans le discours, question de légitimer une action militaire impérialiste. Que ce soit avec le Chah d’Iran ou Pinochet au Chili, les Yankees n’ont pas eu peur de saccager les bases démocratiques d’un pays pour protéger leurs intérêts économiques. Les Roldos en Équateur, Torrijos au Panama, Mossadegh en Iran ou Allende au Chili ont été assassinés par les Etats-Unis (CIA) et leurs commanditaires locaux pour installer des dictatures stables et amicales pour les investisseurs étrangers (surtout américains), lesquels s’approprient, pillent et détournent les ressources nationales avec l’aide de quelques familles locales fortunées, excluant ainsi les masses pauvres et ignorantes des fruits de leur exploitation. Le Chah en Iran, Pinochet au Chili, Somoza au Nicaragua ainsi que Batista à Cuba sont quelques preuves historiques et très bien documentées de la manipulation des Etats-Unis dans la politique intérieure de tous ces pays.
Pourtant, ces chefs d’États adulés étaient (et sont) les voisins idéologiques de René Lévesque : sociaux-démocrates, favorables à la nationalisation des ressources pour en faire bénéficier le peuple du pays en éducation, santé, économie et infrastructures routières, etc., et démocrates dans l’âme. Leur crime aura été de jouer la carte démocratique et des réformes sociales au détriment des capitalistes américains et de leurs intérêts. Les nombreuses tentatives de coup d’État contre Hugo Chavez par la CIA et leurs alliés locaux depuis 2002 prouvent, une fois de plus, que le pétrole passe avant la démocratie. Le Venezuela fournissant 14% du pétrole aux Etats-Unis, il est impératif que le gouvernement coopère avec l’Oncle Sam.
L’Argentine de Carlos Menem peut nous éclairer sur la nature toxique de l’impérialisme américain. Dans les années 1990, ce président de la droite radicale internationale (néo-libéral et libre-échangiste doctrinaire) a vendu à vil prix les compagnies nationales aériennes, gazières et pétrolières aux étrangers pour une bouchée de pain. Ces entreprises rentables qui étaient au service de la collectivité ont provoqué une déduction de service, une augmentation des prix et une fuite des capitaux à l’étranger.
Non seulement on saccageait (voir Mémoire d’un saccage) des trésors économiques nationaux, mais on retirait une fraction de sa valeur réelle sur le marché étranger. De plus, le FMI (Fonds monétaire international) et la Banque Mondiale (dirigée jusqu’à récemment par le faucon des faucons américains, Paul Wolfowitz, avant qu’il soit obligé de démissionner pour népotisme) ont refilé, avec l’aide du gouvernement Menem, une dette privée au peuple argentin qui se voyait ainsi détrousser par les deux orifices.
Une doctrine darwinienne nommée la « Grande Zone »
Croyant aux vertus de l’économie de marché, au libéralisme darwinien et au capitalisme doctrinaire, les États-Unis cherchent constamment à « conquérir » de nouveaux marchés pour leurs entreprises, question d’accumuler un maximum de richesse entre leurs mains (Kennedy, 1990). Durant la seconde guerre mondiale, l’Oncle Sam, par l’intermédiaire de groupes d’études du secrétariat d’État et du Conseil des relations internationales, arrêta sa stratégie d’après-guerre sur un concept nommé « La grande zone ».
Poursuivant la tradition de la doctrine Monroe de 1823 sur le contrôle américain de l’Amérique Latine, ce pays profita du momentum de la guerre pour élargir sa zone d’influence à l’Europe de l’Ouest, l’Extrême Orient, l’Empire britannique en lambeaux, le Proche et Moyen Orient, le Tiers-monde, etc. En réalité, le plan vise à subordonner la planète entière aux besoins de l’économie américaine. Un mémorandum (Chomsky, page 17) signé en 1949 par le directeur de la planification du secrétariat d’État jusqu’en 1950, George Kennan, stipule que le Tiers-monde doit « remplir sa fonction de majeure en tant que source de matières premières et marché pour les sociétés industrielles américaines et occidentales ».
Le rôle du gouvernement yankee est de supporter cette doctrine économique là où il est nécessaire de le faire : en Irak, Afghanistan, Venezuela, Brésil et autres Viêt-Nam par l’envoi de militaires lorsque les États étrangers refuseront de « coopérer » avec l’exploiteur américain.
Le Canada
Et le rôle du Canada dans tout cela ? Il sert ses intérêts économiques – 80% de nos exportations se font avec nos voisins du Sud dont le sable bitumineux de l’Alberta – et offre une caution morale à l’envahissement des Ricains en Afghanistan. Dans son ouvrage-phare La mondialisation de la pauvreté, le professeur Chossudovsky fait la démonstration de la paupérisation galopante des pays intégrés (de force) aux rouages de la mondialisation américaco-occidentale.
Le rapporteur officiel de l’ONU (Organisation des Nations Unies), Jean Ziegler, arrive à la même conclusion dans deux ouvrages pertinents sur la question (voir référence à la fin du texte) : la mondialisation sauvage de l’économie par les Etats-Unis et leurs alliés occidentaux augmente l’instabilité politique, la pauvreté, la famine, les morts et la souffrance pour au moins un quart de la planète. La domination du monde par l’Occident, qui date de l’ère des découvertes du XVème siècle, atteint présentement son stade suprême. Il ne peut que provoquer un ressac dont les premiers balbutiements se font entendre aujourd’hui au Venezuela, en Equateur, en Argentine, au Chili et au Brésil.
Et pour les soldats québécois qui reviendront dans une bière fédérale, je ne peux que pleurer avec leur famille leur disparition, leur sacrifice inutile sur l’autel de l’impérialisme bourgeois anti-démocratique.
Références utiles pour approfondir les thèmes effleurés dans ce texte :
Adbusters, Canadian edition, The death of Canadian journalism, septembre, octobre 2007, numéro 73, volume 15, numéro 5
Bugnon-Mordant, Michel, Les États-Unis, la manipulation planétaire, Éditions Favre, Genève, 2003
Bugnon-Mordant, Michel, L’Amérique totalitaire, Les Etats-Unis et la maîtrise du monde, Éditions Favre, Genève, 2006
Chomsky, Noam, Les dessous de la politique de l’Oncle Sam, éditions Écosociété, EPO et le Temps des cerises, Montréal, 1996
Chossudovsky, Michel, La mondialisation de la pauvreté, Écosociété, Montréal, 1998, traduit dans 11 langues
À consulter, le site Internet de Chossudovsky, professeur d’économie à l’Université d’Ottawa : www.mondialisation.ca
Kennedy, Paul, Naissance et déclin des grandes puissances, Payot, Paris, 1990, 904 pages
Laurent, Éric, La face cachée du 11 septembre, Éditions Plon, 2003, Paris
Long, Jessica, Chavez, Latin cultural Unity and the amassing Proletariat, Information Clearing House, Marxism in the 21 first century, Édition du 20 août 2007, http://www.informationclearinghouse.info/article18220.htm
Martin, Patrick, US planned war on Afghanistan long before September 11, , 20 novembre 2001, http://www.wsws.org/articles/2001/nov2001/afgh-n20.shtml,
Perkins, John, Confessions d’un assassin financier, Éditions Al-terre, Montréal, 2005,
Perkins, John, The secret history of the American empire, economic hit men, jackals, and the truth about global corruption, Éditions Barnes and Noble, 2006
Ridgway, James, The 5 Unanswered Questions About 9/11, What the 9/11 commission report failed to tell us, Éditions A Seven stories Press First edition, New-York, 2005
Solanas, E. Fernando, Mémoire d’un saccage (titre original : Memoria del saqueo), documentaire argentin, 2003, distributeur : Ad Vitam
Ziegler, Jean, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, Paris, Fayard, 2002
Ziegler, Jean, L’empire de la honte, Paris, Fayard, 2005
http://www.army.forces.gc.ca/lf/Francais/6_11.asp, site Internet de la défense nationale canadienne
BBC, site Internet : www.bbc.co.uk/
Quelle alternative pouvons-nous proposer au modèle de pensée unique qui ravage la planète depuis la fin de la guerre froide ?
Une pensée néolibérale, un discours médiatique qui fait l’apologie du discours mensonger de la droite et un message politique qui contredit complètement son action - on parle de démocratie, de justice, de droits humains et d’égalité, alors qu’on applique les thèses du marché dont la violence darwinienne tue de malnutrition entre 25 000 et 40 000 personnes par jour sur cette planète.
Et contrairement aux Alain Dubuc de ce monde, les accords de libre-échange et les délocalisations n’ont pas vraiment eu l’effet escompté : élargir, en intégrant certains pays du tiers-monde au marché international, la richesse et sa distribution.
Le Mexique et la Chine, pour ne nommer qu’eux, ont vu les entreprises transnationales délocaliser hors de ces pays lorsque les demandes salariales de leurs employés ont suivi leurs compétences.
L’État doit reprendre ses droits sur les rois de l’économie sinon la planète se dirige vers un système totalitaire contrôlé par les hommes d’affaires (les premiers pas de ce système sont déjà bien en scelle avec des accords sauvages de libre-échange et un noyautage politique et idéologique des institutions, du discours et des lois).
Amen
Rien à ajouter. Le défi est uniquement de diffuser le message. Il devient lassant de devoir feindre, pour respecter la veulerie des élites en place, que la mondialisation soit autre chose que la deuxiéme phase de l’opération de brigandage qu’a été la colonisation et les migrations actuelles le pendant exact de celles qui ont marqué le passage de la civilisation classique au moyen-âge.
Pierre JC Allard

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