Depuis quand une femme demande le divorce à son mari ? Estime-toi chanceuse de ne plus être en Afrique parce que ça se serait passé autrement. C’est la faute du Canada. Qui ne sait pas que c’est un pays des femmes ?
Ces paroles, les femmes immigrées, un bon nombre de celles qui sont originaires d’Afrique noire particulièrement, les ont entendues ne serait-ce qu’une fois dans leur vie. Un moindre écart au rôle que leur confèrent encore les traditions « ancestrales » suffit à leur expédier cet éternel refrain dans la figure pour que chaque chose reprenne sa place. Et je pèse bien les mots ici.
C’est quoi d’abord leur rôle ? Elle doit vous brûler les lèvres, cette question. Le rôle des femmes dans la société traditionnelle. Elles en ont une idée assez vague, malgré l’éducation reçue qui est principalement fondée sur la prise en charge du bonheur familial et la satisfaction des désirs du conjoint. C’est seulement tard, dans la résolution des conflits et dans la prise des décisions, qu’elles saisissent leur mission réelle : NE JAMAIS FRUSTRER L’HOMME. Il n’y a rien là, pourrait-on être porté à penser. Rien de sorcier pour une fille qui ne s’est pas éloignée du pagne de sa mère. La leçon est vite assimilée. Si seulement c’était aussi simple.
La définition du rôle de la femme a jeté les assises des rapports entre les sexes. C’est de là que tout est parti. À une certaine époque. Où ? J’ignore. Quelque part sur cette Terre. La notion du temps et d’espace étant naturellement relative, selon la position de chacun sur la courbe de l’évolution. Évolution, j’ai bien dit. Celle qui n’oublie pas de tenir compte des facteurs temps et espace. Retournons à nos femmes immigrées, voulez-vous ?
Elles ont compris qu’elles doivent à tout prix éviter de frustrer l’homme parce qu’il peut devenir mauvais. Très mauvais même. La violence, elles savent que ça faisait partie du « package » d’être femme. Les hommes le savent aussi. Une chance que connaissance n’est pas expérimentation. Et pourtant, ça l’est pour certains. Ne perdez pas de vue la notion de positionnement sur la courbe de l’évolution.
Ainsi, le travail demeure entier dans certaines communautés culturelles où certaines valeurs du milieu d’accueil sont condamnées. Comme de ne pas faire confiance aux travailleuses sociales, car elles brisent les ménages. De ne pas appeler la police quand ça tourne mal dans le couple. Le jugement et la culpabilisation attendent celles qui osent briser le silence. « C’est quand même le père de tes enfants, celui qui t’a fait venir ici. Une volée de temps en temps n’a jamais tué personne. », « Sais-tu qu’une plainte à la police lui collera au dos un casier judiciaire pour le reste de ses jours ? » Il faut être une vraie maudite pour ne pas entendre raison.
Certaines d’entre elles réussissent quand même à ne plus écouter les tradi-conseillers matrimoniaux et à s’échapper de l’emprise d’un conjoint violent. Signe du temps, je le crois. Elles ne craignent plus d’être indexées et traitées d’ingrates par les membres de la communauté. La peur de décevoir les parents, elles ont appris à la surmonter.
Cette semaine, les voix s’élèvent de partout à travers le monde pour dénoncer toutes les formes de violence infligées à la femme. La tolérance sociale, lâche complice, dispose aussi d’une place au banc des accusés. Qui l’aurait cru ? Tout passe. Même les valeurs patriarcales rétrogrades qui consolident les inégalités des rapports de pouvoir entre les sexes.
La lutte contre la violence conjugale passe par l’intolérance face à la violence TOUT COURT. Gardez l’oeil ouvert autour de vous. La larme muette qui roule sur la joue de la femme immigrée porte une histoire à raconter. Ne la fuyez pas, ne la laissez pas sécher en silence et dans le silence. Donnez-lui la parole…
/BOUCLE_video>Votre chronique porte à réfléchir sur les choses qui nous semblent acquises, ici au Québec. Nous sommes souvent porté à penser que parce que NOUS vivons d’une telle manière, tous vivent pareillement.
Bonjour Catherine-Aimée,
Voyez-vous, on n’a pas besoin d’aller loin pour apprendre. Dans mon cas, c’est l’absence des statistiques de la violence conjugale dans le milieu ethnique qui a suscité ma réflexion.
« Les choses qui nous semblent acquises, ici » que vous évoquez sont la victoire d’une bataille qu’ont livrée les femmes et certains hommes dans une époque pas si loin que ça. Que les femmes en paient encore les frais, au Québec, par respect pour quelque croyance traditionnelle m’horripile. Et quand la tolérance communautaire perpétue l’abus, je laisse le diable m’habiter. Je hurle. L’écriture me fait hurler en silence quand je n’agis pas directement au risque de me faire détester.
Pour que les choses changent dans certains milieux ethniques, la femme doit s’approprier sa personne et habiter l’être unique qu’elle est. Il lui sera ensuite possible de briser le silence.
Elles ont de la chance de vivre dans un pays qui leur reconnaît des droits. Celui de l’intégrité physique en fait partie. Aucune considération - de quelque nature que ce soit - ne devrait en limiter la jouissance. Si vous êtes témoin du contraire, il vous faut dénoncer l’abus. Sinon rien ne changera jamais. Ne nous nourrissons pas d’illusions.
Ben après-midi, Catherine-A.
Solange
Le commentaire ci-après a été envoyé dans ma boîte. Seule la formule de salutation a été ôtée. Je vous laisse le lire et tirer vos propres conclusions. Je vous souhaite de dormir en paix. Ce sera cependant moins facile pour moi, ce bref commentaire me trouble.
"Dans un mariage, nous devons construire sur le pardon et non sur le divorce. Le problème de violence et vis versa, c’est pour les occidentaux et non pour les africains.
Que Dieu te garde et à la prochaine,"

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