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    Vers un État policier ?

    le 31 mars 2008 | 217 visites | 3.28 / 5 | 8 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Vers un État policier ?
    photo : Sebastian Bergmann (Flickr)

    Le syndicat des policiers de la Sûreté du Québec, l’Association des policiers provinciaux du Québec (APPQ), va déposer un mémoire devant la commission parlementaire chargée de modifier la Loi sur les policiers et la carte policière de la province (projet de loi C-60). La proposition suggérerait de transférer dans les rangs de la SQ tous les policiers municipaux des villes de moins de 100 000 habitants.

    Le ministère de la Sécurité publique du Québec, selon certaines sources, serait favorable à une telle réforme. On prétend que l’uniformisation et la professionnalisation du métier en seraient bonifiées.

    Mais quel réel avantage en découlerait ? Plusieurs municipalités de moins de 50 000 habitants se plaignent déjà des services de la SQ sur leurs territoires. Cela diminue les coûts associés au maintien de l’ordre public, mais la présence policière est moins visible et, par le fait même, moins efficace.

    Il semble évident qu’advenant cette éventualité, la SQ négligera les rues de quartier afin de se concentrer sur les principaux axes routiers. Aussi, il y a le problème des délais d’intervention, car les QG locaux de la Sûreté du Québec vont desservir des territoires plus vastes.

    Au niveau éthique, la possibilité d’un tel regroupement soulève des questions. On se souvient de l’affaire Montebello, dans laquelle la SQ a été prise les « culottes à terre » avec son infiltration maladroite de la troupe de manifestants pacifiques. Suite à cet incident qui a confirmé les tactiques douteuses de la SQ, on ne devrait même pas songer à étendre le mandat de ce service de police.

    Autre risque à envisager : une perte du contrôle interne des policiers. La présence d’autre corps de police sur le territoire provincial permet un contrepoids assurant la population d’une transparence policière. Si la SQ domine l’ensemble du Québec, il est possible qu’on cherche à camoufler des abus, des bavures ou des tentatives de corruption afin de ne pas entacher le service.

    En somme, ce projet d’unification des forces d’ordre public à l’avantage de la SQ dans une majorité des municipalités du Québec est une mauvaise idée. Les monopoles ne sont pas à encourager, particulièrement en ce domaine. S’il est adopté, on se rapprocherait de plus en plus d’un véritable État policier.

    Mots-clés : québec et Politique

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  • 8 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Bien que l’insatiable appétit expansionniste de la SQ soit critiquable en soit, je n’arrive pas à voir comment une présence policière moins visible et un rallongement des délais d’intervention pourraient représenter des facteurs susceptibles de nous rapprocher de l’établissement d’un État policier au Québec. Au contraire, je serai plutôt porté à dire qu’une police à la fois omniprésente et toujours prête à sévir en un rien de temps est davantage symptomatique d’un État policier.

    Ensuite, le spectre d’un monopole de la SQ au Québec que semble redouter l’auteur ne me semble pas pour être demain la veille, même dans l’éventualité où le gouvernement abonderai dans le même sens que la proposition mise de l’avant dans le mémoire de l’APPQ. Le cas échéant, les services policiers de quatre villes de plus de 100 000 habitants continueraient d’échaper à la mainmise de la SQ, soit Montréal, Laval, Gatineau et Québec.

    De toute façon, ce n’est là qu’un détail en comparaison du profond désaccord que j’ai avec l’affirmation à l’effet que « la présence d’autre corps de police sur le territoire provincial permet un contrepoids assurant la population d’une transparence policière ». Pardon ?! J’ai bien lu « transparence policière » ?!

    Je veux bien croire qu’il existe au Québec une politique ministérielle voulant que toute enquête concernant un incident dans lequel un policier ayant causé une mort d’homme ou des blessures graves chez un citoyen soit transférée à un autre corps policier. Mais que la SQ enquête sur un incident impliquant des agents de la police de Montréal, ou vice-versa, ne garanti en rien une meilleure transparence.

    La preuve la plus criante de cette absence de transparence tient dans le fait que l’identité des policiers visés par les enquêtes tombant sous la politique ministérielle est souvent cachée au public. En fait, le but même de la politique ministérielle est moins de mettre de l’avant une transparence quelconque que de donner à l’enquête une apparence minimale d’impartialité.

    Pour ma part, je crois qu’il existera un début de « transparence policière » digne de ce nom lorsque des organismes citoyens auront tous les pouvoirs et outils nécessaires pour exercer une surveillance extérieure sur les corps policiers. Mais à voir les gouvernements capituler devant les lobbys policiers, on pourrait attendre encore bien longtemps avant qu’une telle chose ne se concrétise au Québec...

    1er avril 2008 | répondre | permalien

    n. incrementalisme, politique prônant une mise en place de changements de façon échelonnée à long terme.

    Nous glissons peu à peu dans un état policier. N’oubliez pas que notre armée a été intégré à celle des États-Unis et qu’ils ont maintenant le droit de se déployer dans les deux pays en cas "d’urgence" et que nous sommes intégré dans l’Union nord-américaine sous le PSP et que toutes les polices seront unifiées et militarisées.

    Ceci n’est pas une farce, mais bien une sombre réalité et si nous ne faisons rien pour arrêter cette tendance, nous allons nous réveiller très bientôt avec un sérieux problème.

    Ceci n’est PAS une bonne nouvelle, à moins que les gens se réveillent et comprennent ce qui se passe et pass à l’action.

    Merci Jimmy pour cet important article.

    Pour entendre un très excellent reportage de la BBC sur la société sur le sujet :

    The Suspect Society

    The Surveillance Society. The New Authoritarianism. The Age of Paranoid Politics. These are just a few of the ways writers and thinkers describe the age we’re now living in. The signs of anxiety and fear in this post 9-11 era are all around us. School lock-downs are called the new fire-drill. Recently, many schools boards in Canada made rehearsing the lock-down mandatory. The number of security staff in schools is increasing every year. By 2010 for example, there will be more security guards than teachers in American schools. But, the uniforms aren’t just being worn by security staff. More and more American public schools have adopted uniforms for students. Meanwhile the U.S. army is embedding itself in schools - targeting younger and younger students for recruitment. In Canada recruitment comes through video games that inform, entertain and seduce "action-focused males starting at 17 years old".

    Listen to The Suspect Society, Part 1 (runs : 54:00)

    Listen to The Suspect Society, Part 2 (runs : 54:00)

    1er avril 2008 | répondre | permalien

    @Alexandre

    J’accepte ta critique, mais je conserve ma ligne de pensée. Certains semblent d’accord avec mon analyse.

    1er avril 2008 | répondre | permalien

    Je tient préciser que mon commentaire ci-haut ne visait en aucune façon à minimiser le risque de glissement progressif vers un État policier.

    Si l’on m’invitait à me prononcer sur cette épineuse question, je n’éprouverai aucune hésitation à affirmer qu’il existe effectivement une tendance lourde en ce sens.

    Il est clair à mes yeux que nous assistons à une multiplication des mesures de contrôle et de surveillance, alors qu’à l’inverse, les espaces de liberté tendent à se faire toujours plus rares.

    Mais si l’on aspire sincèrement à ce que « les gens se réveillent », encore faut-il avancer des arguments susceptibles d’avoir l’effet d’une sonnette d’alarme.

    Si les citoyens endormis voient qu’il y a de moins en moins de policiers autour d’eux et que les policiers prennent toujours plus de temps à intervenir, je crains que cela ne risque guère de troubler leur sommeil.

    1er avril 2008 | répondre | permalien

    @Alexandre

    Je voulais dire État policier dans le sens de quasi-monopole de la SQ. Ça semblait clair pourtant.

    De plus, pas besoin d’avoir une armée de policiers pour créer un État Policier. L’écoute électronique, la fusion des banques de données personnelles et les caméras extérieures valent des milliers d’agents à elles seules.

    La menace ne vient pas des patrouilleurs, mais des policiers assis derrière leurs ordinateurs. Et si la SQ s’accapare encore plus de pouvoirs, il y a risque de dérapage car personne ne pourra réellement surveiller ses activités.

    3 avril 2008 | répondre | permalien

    Jimmy,

    Je regrette, mais pour moi « État policier » et « quasi monopole de la SQ » ne sont pas nécessairement des synonymes, ni des concepts interchangeables, mais bien des problématiques distinctes.

    Si le gouvernement étend le territoire couvert par la SQ afin de réaliser des économies de fonds de tiroir en coupant dans les services policiers, comme le suggère les critiques émisent par les municipalités de moins de 50 000 habitants, alors je demeure incapable de voir comment les changements réclamés par l’APPQ dans son mémoire représentent un pas en avant vers l’établissement d’un État policier au Québec. Pour moi, un État policier est plutôt celui où l’on ne regarde justement pas à la dépense quand vient le temps d’alouer des fonds publics aux corps policiers.

    Tu soulèves la question de la surveillance de la SQ. Mais qui surveille réellement les activités de la SQ actuellement ? Qui les a vraiment à l’oeil ? Je serais bien curieux de le savoir.

    Ce n’est sûrement pas le ministre de la sécurité publique Jacques Dupuis qui, en plus d’avoir la responsabilité des services policiers et correctionnels québécois, porte les deux chapeaux de ministres de la justice et de procureur général du Québec, ce qui fait de lui un homme politique assez bien coiffé merci. Quant au conseil de surveillance des activités de la SQ créé dans la foulé du rapport de la commission Poitras, il a été aboli par le gouvernement Charest dans l’indifférence générale il y a bientôt trois ans de cela.

    La seule chose dont je suis sûr à 100%, c’est que ce ne sont certainement pas les corps policiers des municipalités de moins de 100 000 habitants que le syndicat des flics provinciaux voudrait que la SQ annexe en son sein !

    Par ailleurs, je serai tout aussi curieux de savoir quel impact pourrait avoir les propositions de l’APPQ sur la prolifération de la vidéosurveillance, des banques de données personnelles et de l’écoute électronique.

    3 avril 2008 | répondre | permalien

    @Alexandre

    "La seule chose dont je suis sûr à 100%, c’est que ce ne sont certainement pas les corps policiers des municipalités de moins de 100 000 habitants que le syndicat des flics provinciaux voudrait que la SQ annexe en son sein !"

    Tout faux. C’est ce syndicat qui dépose le mémoire en question ! L’information était pourtant claire.

    4 avril 2008 | répondre | permalien

    Jimmy

    Rassure-toi, j’avais parfaitement bien compris que le mémoire de l’APPQ prônait l’annexion des corps policiers des municipalités de moins de 100 000 habitants au sein de la SQ. Il y a sans doute un gain financier à faire au niveau des cotisations syndicales, entre autres choses.

    Malheureusement, je crois comprendre que tu pourrais peut-être avoir mal saisi le sens de cette phrase que tu cites ci-haut. Je reconnais que le sens de cette phrase peut facilement être sujet à interprétation erronée SI ON L’ISOLE des deux autres paragraphes qui la précède.

    Alors, question de tuer dans l’oeuf tout quiproquo, je me vois donc obligé de récapituler :

    1) je demande qui surveille la SQ ? 2) Puis, j’y vais en éliminant divers choix de réponses possibles : 2a) c’est sûrement pas le ministre Dupuis, qui ne doit plus savoir où donner de la tête avec tous ses chapeaux ; 2b) ça ne peut certainement pas être le conseil de surveillance puisqu’il n’existe plus ; 2c) et enfin ce ne sont CERTAINEMENT PAS les corps policiers des municipalités de moins de 100 000 habitants que le syndicat des flics provinciaux voudrait que la SQ annexe en son sein.

    4 avril 2008 | répondre | permalien

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