
Plusieurs dénoncent la fermeture de la RCTV (Radio Caracas Television), propriété du groupe 1BC, par le gouvernement vénézuelien comme étant un geste antidémocratique, totalitaire ou injuste. On devrait au contraire la garder ouverte et célébrer la diversité de l’opinion vénézuelienne. Dans l’absolu, ce discours se tient.
Cependant, dans le monde concret, la capacité à émettre des ondes dans un pays doit être soumis à des règles strictes, afin non seulement de protéger les gens, mais également le pays lui-même. C’est pour cela que nous avons le CRTC au Canada, et que celui-ci a voulu retirer la licence de la radio-poubelle CHOI de Québec si celle-ci continuait d’utiliser les ondes publiques pour polluer.
De la même façon, le Vénézuela peut-il accepter qu’une télévision se substitue au rôle politique et incite à la déstabilisation du pays ? Doit-elle forcément renouveler la licence de diffusion par voie hertzienne, d’une durée de vingt ans, et qui venait à expiration le 27 mais 2007 ?
Depuis l’élection de Chavez en 1998, un réseau assez fermé de médias privés (dont faisait partie RCTV) s’employaient à occulter la réalité en affirmant que la majorité n’appuyait pas le gouvernement, que seuls les quartiers de pauvres - les zones « rouges » - étaient derrière lui, qu’il vaudrait mieux tourner le dos aux politiques de Chavez. Ces médias, possédés par une élite extrêmement pro-Washington et hostile aux politiques progressistes de Chavez, se sont servis des ondes publiques pour s’opposer aux politiques du gouvernement. Jusque là, ce n’était pas bien grave, même si RCTV (avec Venevision) détenait près de 85% des ressources publicitaires de la presse et contrôlait 80% de la production et de l’élaboration des informations relatives au Venezuela.
Cependant, lors du coup d’État raté de la CIA en 2002, des stations comme RCTV sont littéralement tombées dans l’illégalité. Non seulement RCTV a relayé le message d’un de ces patrons, Ortega, désirant devenir calife à la place du calife, mais elle a lancé des « chasses à l’homme » en publiant une liste de personnalités recherchées. Et le lendemain, alors que les partisans de Chavez marchaient par milliers pour permettre au président démocratiquement élu de prendre le pouvoir, RCTV diffusait des soaps américains, des recettes culinaires et autres insanités, laissant volontairement dans le noir la population vénézuelienne sur le drame en train de se jouer. On interrompait seulement les émission occasionnellement pour laisser parler le général Lucas Rincón, qui annonçait la soi-disant démission du président Chávez. Des centaines de citoyens se sont massés devant les bureaux de la station de télévision, ont lancé des pierres aux journalistes et ont exigé que la télévision diffuse leur message d’appui au président Chavez. Mais encore à ce moment, le réseau refusait de reconnaître l’autorité du président du pays.
Comme le souligne avec justesse Maxime Vivas,
« Un peu partout sur la planète, pour un comportement analogue à celui de RCTV durant le coup d’Etat, la sanction aurait plutôt été une fermeture immédiate et définitive, une saisie des biens, un jugement des dirigeants et/ou proprietaires des médias. »
Le gouvernement devait sévir, et sa seule erreur est d’avoir attendu cinq ans pour le faire. Il aurait fallu fermer RCTV dès le lendemain du coup d’État manqué et juger, condamner ceux qui ont violé la loi et révoquer la licence de la télévision qui a nui à la stabilité du pays et a fait du mensonge et de la propagande sa seule raison d’être.
Car utiliser les ondes publiques et un privilège, et se servir de celles-ci pour calomnier et organiser une campagne de déstabilisation contre un gouvernement élu et légitime, c’est illégal.
Etil sera possible de continuer d’écouter RCTV par satellite. De toute façon, ceux qui partagent l’idéologie de ce réseau en ont parfaitement les moyens...
/BOUCLE_video>Le problème est bien plus vaste que ce qui est traité dans cet article...
Je vis au Venezuela depuis 2 ans bientôt et j’ai vu les canaux d’opposition disparaître les uns après les autres... ce n’est pas tant le contenu ni l’attitude de RCTV que les gens défendent mais plutôt le dernier canal de TV qui leur permettait de s’exprimer. Même pour dire des âneries...
Oui parce que RCTV était une chaîne poubelle qui jouait sur les sentiments les plus vils, qui faisait du sensationnalisme, de la TV-réalité, beaucoup de pub et aucun contenu culturel !
RCTV méritait d’avoir des problèmes pour son contenu à la limite de la descence. Mais en revanche, baillonner le dernier média d’opposition est un coup bas. Il existe d’autres solution comme la création d’une autorité autonome capable de juger le contenu. Pas un organe étatique comme Conatel qui ne fait qu’appliquer les décisions du gouvernement.
La situation est chaque jour un peu plus étrange ici. On vire au communisme tous les jours un peu plus vite... sans pouvoir s’aggriper à rien. RCTV, canal minable par excellence, représantait la pluralité.
On deviendra bientôt la Republica Cubana de Venezuela si ça continue comme ça.

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