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    • Patrice Potvin
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    Opinion : Une insulte au monde de l’éducation : le palmarès des écoles secondaires

    le 30 octobre 2007 | 2390 visites | 3.76 / 5 | 7 commentaire(s)
    Une insulte au monde de l'éducation : le palmarès des écoles secondaires
    photo : scoop47

    Comme à tous les ans, l’Institut économique de Montréal publie cette semaine dans les pages du magazine l’Actualité son palmarès des écoles secondaires du Québec. Encore une fois il faudra résister à la tentation de le consulter et il faudra encourager un boycott de cette édition. Mais il faut aussi comprendre pourquoi. Deux raisons.

    La première, c’est que ce palmarès ne mesure pas ce qu’il prétend mesurer. Il se présente comme un indicateur de la performance des écoles, comme le « bulletin des écoles ». Mais tel n’est pas le cas. Il constitue plutôt un indicateur de la performance des élèves, puisqu’il base son classement sur leurs résultats. Bien sûr, l’école y est pour quelque chose dans cette performance, mais comme chacun peut comprendre que les résultats d’une course de formule 1 ne donnent pas une indication absolue de la qualité du pilotage mais comprend aussi celle de la voiture (et l’absence d’accident), chacun peut aussi comprendre que les élèves qui partent avec une longueur d’avance sont aussi ceux qui généralement finissent en premier. C’est même, nous dit le professeur Jean-Guy Blais de l’Université de Montréal, le meilleur indicateur de performance pour ce genre de classement. Ce monsieur a en effet publié en 2003 une étude qui révèle ce détail de manière très convaincante. Il faut donc boycotter le palmarès parce qu’il ment. Il ne mesure pas la performance des écoles ; il mesure la performance de leurs mécanismes d’admission. Ainsi, le parent qui « magasine » dans les pages de l’Actualité un « environnement favorable à la réussite » pour son enfant ne magasine rien d’autre en définitive que ses camarades de classe ; ce qui est peut-être, admettons-le, un facteur indirect d’apprentissage ou de non-apprentissage, mais ce parent doit comprendre qu’il ne magasine certainement pas une qualité de services. Évidemment, le magazine n’explique pas cela. Il n’explique pas non plus que l’arrivée récente d’écoles publiques dans les premières places est uniquement le résultat de la mise en place de mécanismes de sélections dans ces écoles qui, par la possibilité de donner une couleur particulière à leurs services à travers des « projets scolaires spéciaux », ont désormais le droit de choisir leurs élèves.

    Mais il faut aussi boycotter le palmarès parce qu’il constitue –consciemment ou non- un mécanisme qui favorise injustement la reproduction de certaines classes « élites ». Il est en effet très facile de comprendre que les écoles qui se retrouvent en tête de liste intéresseront un nombre croissant de parents, qui trop souvent croient que le palmarès ne ment pas et qu’il donne une bonne –bien qu’imparfaite- indication de la qualité de l’encadrement ou de l’enseignement ou de je ne sais quoi. Ces écoles, à moins de se construire des annexes, ne pourront pourtant accueillir davantage d’élèves. De toutes façons, telle n’est pas leur intention. Elles pourront cependant se permettre de réduire encore davantage la taille des trous du filtre qui leur sert de système d’admission. Ainsi, de plus en plus d’élèves qui ont déjà une longueur d’avance dans l’apprentissage se retrouveront dans ces écoles, favorisant à moyen terme leur classement aux palmarès subséquents. Le palmarès devient donc un facteur de cristallisation de la liste telle qu’il la publie, fixant artificiellement les collèges qui sont en tête de liste dans cette position et condamnant les écoles qui sont en queue de liste à y rester, malgré tous les efforts que ces dernières peuvent consentir pour s’en déloger. C’est en cela que le palmarès est élitiste : il est un outil permettant à l’élite de demeurer élite sans garantie de mérite et même ; par l’utilisation du mensonge.

    L’institut économique de Montréal prétend à travers ses représentants que le palmarès présente la vertu de pousser les écoles à améliorer la qualité des services. Il faudrait plutôt dire qu’il les amène à vouloir améliorer leur classement, car en réalité, il ne propose aucune solution crédible. Le message est d’ailleurs drôlement compris par certaines directions d’écoles qui pour « mieux performer » vont aller jusqu’à tricher dans la déclaration des résultats, comme cela s’est produit au collège Charlemagne récemment et comme on peut penser que cela se produit aussi ailleurs. La seule possibilité de voir une école faire des bonds de plus de 25 places (et même parfois de 100 places) suffit amplement à miner complètement la crédibilité du processus de recherche. Mais il existe aussi d’autres formes de tricherie, bien plus subtiles encore, et qui permettent d’améliorer artificiellement le classement, comme par exemple lorsqu’on enseigne ou qu’on évalue essentiellement en fonction de la réussite et non de l’apprentissage (teach the test). Le palmarès, par son classement « échelle unique » développe donc une obsession pour les résultats qui en définitive mine la crédibilité même des données qu’il emploie. Ainsi un palmarès qui prétendrait contribuer à la qualité par la mise en compétition aurait plutôt intérêt à établir plusieurs listes, par exemple un palmarès du nombre d’élèves par classe, un autre pour le nombre d’enseignants dûment qualifiés pour enseigner telle ou telle matière (eh oui, obtenir cela est un réel défi pour les écoles), du nombre de récupérations et de services offerts aux élèves, etc. Il y aurait alors un espoir de voir les écoles, dont la réalité est complexe et ne peut donc s’exprimer convenablement sur un seul axe, encouragées de s’améliorer dans leur intégrale réalité.

    Les partisans du palmarès nous disent aussi que ce dernier présente au moins l’intérêt de voir certaines écoles évoluer d’une année à l’autre, s’améliorer ou dépérir. Cela est un leurre, car la liste est relative. La seule indication que nous donne la 56ième position est l’affirmation qu’on suit la 55ième et précède la 57ième. Un bond de cinq rangs vers le haut de la liste peut n’être le résultat d’aucune amélioration de telle école et signifier plutôt le dépérissement de cinq autres. Là encore, l’illusion est cultivée et il est impossible que le palmarès offre un diagnostic de l’état réel de nos écoles et de leur évolution absolue, en fonction de critères objectifs et qui renvoient à des faits. Quand bien même nous aurions les meilleures écoles du monde au Québec, il y aurait toujours un dernier, et quand bien même nous aurions les pires, il y aurait toujours un premier.

    Combien de fois faudra-il encore répéter aux gens qui publient le palmarès et tirent intérêt de cette publication qu’élitisme et excellence ne sont pas synonymes ? Et d’ailleurs, de quoi l’Institut économique de Montréal se mêle-t-il ? Et depuis quand tolère-t-on des confusions aussi flagrantes entre les intérêts de l’éducation et ceux de l’économie ? À mon avis, l’initiative de cet organisme devrait être perçue par le monde de l’éducation dans son entier (public comme privé) comme rien de moins qu’une gifle et devrait obtenir une réponse en conséquence.

    (L’auteur a participé au débat sur le palmarès des écoles secondaire à l’émission Dominique Poirier en direct, le 25 octobre dernier à Radio-Canada)

    Publie.ca!
    Mots-clés : québec et Société

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  • 7 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    • Santo Tringali

    Bravo à Patrice Potvin pour avoir eu le courage de dire que nous sommes myriade à penser mais que nous ne disons pas toujours à haute voix : le palmarès est un torchon, et les promoteurs-qui-se-prétendent-chercheurs sont malhonnêtes. Si on comparait les pommes avec les pommes, on s’apercevrait que nous distansons parfois les écoles privées. J’ai déjà fait une étude privée et personnelle comparant tous les élèves inscrits en maths 436. Pourquoi ce cours ? C’est le seul comparable en ce qui concerne les meilleurs élèves du Québec, privé ou pas. Il y a autant d’écoles publiques qui obtiennent 100% de réussite qu’écoles privées. Il y a autant d’écoles privées qui arrivent bonnes dermnières que d’écoles publiques. Pourquoi ? Parce que j’ai comparé le bons élèves avec les bons élèves. Encore que je n’ai pas pu tenir compte (mers moyens privés étant liomités, mais le MELS pourrait faire mieux...) du facteur slection des élèvesm par les écoles privées. Imaginea un poeut l’écart qye lMon constaterait si i=on pondéreairt les érsultats avec ce facteur. De toutes façons, le privé est bien bon pour inventre des pseud—facteurs de pondération. En attendant que qu’un organisme fasse une étude scintifique sérieuse pour clouer le bec au privé et à son fétiche d’instuitut, mieux vaudrait les ignorer complètement, comme heureusement oj commence ;a la faire...

    Santo Tringali

    30 octobre 2007 | répondre | permalien
    • Santo Tringali

    Santo Tringali

    Que le lecteur prenne bien note que ce commentaire remplace mon précédent qui malheureusement sortait tout droit des touches du clavier et n’avait pas été corrigé. Le texte est parti avant que je sache ce que je faisais... Que la machine est donc bien vite des fois... Mes excuses pour cette mauvaise copie...

    Donc...

    Bravo à Patrice Potvin pour avoir eu le courage de dire ce que nous sommes des myriades à penser mais que nous ne disons pas toujours à haute voix : le palmarès est un torchon, et les promoteurs-qui-se-prétendent-chercheurs sont malhonnêtes. Si on comparait les pommes avec les pommes, on s’apercevrait que nous distançons parfois les écoles privées. J’ai déjà fait une étude personnelle comparant tous les élèves inscrits en maths 436. Pourquoi ce cours ? C’est le seul comparable en ce qui concerne les meilleurs élèves du Québec dans les résultats du MELS, écoles privées ou pas. C’est le seul cours où nous retrouvons seulement des élèves enrichis. Dans cette étude sommaire, il y avait autant d’écoles publiques qui obtenaient 100% de réussite qu’écoles privées. Il y avait autant d’écoles privées qui arrivaient bonnes dernières que d’écoles publiques. Pourquoi ? Parce que j’ai comparé le bons élèves avec les bons élèves. Encore que je n’ai pas pu tenir compte (mes moyens privés étant limités, mais le MELS pourrait faire mieux...) du facteur sélection des élèves par les écoles privées. Imaginons un peu l’écart que l’on constaterait si on pondérait les résultats avec ce facteur. De toutes façons, le privé est bien bon pour inventer des pseudo facteurs de pondération. En attendant qu’un organisme fasse une étude scientifique sérieuse pour clouer le bec au privé et à son fétiche d’institut, mieux vaudrait les ignorer complètement, comme heureusement on commence à le faire... Mais, c’était trop tentant cette fois-ci de se défouler un peu...

    Santo Tringali Ex prof de sciences, ex CP, ex directeur décole

    30 octobre 2007 | répondre | permalien
    • Denis Dumont

    On pourrait ajouter sur un ton caricatural : L’école privée, c’est comme un hôpital qui n’accepterait que les personnes en bonne santé. Subventionner les écoles privées ? Totalement illogique ! Irait-on accorder une subvention aux personnes utilisant leur véhicule privé alors que le transport en commun subventionné existerait ? Mettons fin aux subventions à l’enseignement privé et finançons mieux notre réseau d’écoles publiques.

    30 octobre 2007 | répondre | permalien

    Tout ce que vous dites est vrai... mais ne change rien à la réalité. Les meilleurs élèves vont vers des écoles qui en deviennent les meilleures écoles et où se regrouperont les meilleurs élèves. Il s’y donnera une meilleure éducation parce que les meilleurs élèves y seront, puisque c’est cet environnement qui est vraiment déterminant, le connu cognitif étant accessible dans les livres, sur Internet, etc... Alors si vous voulez le meilleur pour vos enfants, vous faites quoi ? Bien sûr on pourrait le cacher, mais "les meilleurs" le savent déjà ; le cacher ne ferait que garder l’élite plus fermée. C’est toute l’éducation qu’il faut changer. Pas en cachant ses défauts, en les corrigeant.

    30 octobre 2007 | répondre | permalien
    • ANONYME

    Bonjour Pierre.

    Merci pour votre commentaire.

    L’idée principale, je pense, n’est pas de cacher les résultats, mais d’au contraire favoriser la circulation de la BONNE information qui existe (ou peut exister) à propos des écoles. Des indicateurs valables de la qualité des services sont pourtant faciles à imaginer (service de soutien à l’appentissage, ratio maître/élèves (souvent avantageux pour le public), enseignants dûment qualifiés, etc...)

    Le problème est donc à mon avis un problème de désinformation, pas de présence d’une information...

    31 octobre 2007 | répondre | permalien
    • Fikry Rizk

    Merci monsieur Potvin ! Merci pour votre esprit critique et constructif. Le palmarès des écoles n’est pas représentatif de ce qui se vit dans les écoles. Je connais des milieux scolaires privés où le programme du ministère n’est pas toujours respecté. Je connais des écoles publiques où les élèves graduent et persistent au collège en obtenant des résultats très honorables. Un bon moyen qui améliorerait le vécu des élèves dans les écoles publiques qui sont obligées de répondre aux besoins de tous les élèves : diminuer le nombre d’élèves par classe comme vous l’avez déjà suggéré. Le palmarès des écoles nuit au système scolaire. Heureusement qu’il y a des gens comme vous qui prennent la peine de prendre la parole à ce sujet. Merci ! Fikry Rizk

    31 octobre 2007 | répondre | permalien
    • Charles Gagnon

    Il faut dire que l’institut économique de Montréal (IEDM) n’est pas reconnu pour appuyer ses prises de positions sur des faits ou sur des études dont la méthodologie est sans reproches.

    Par exemple : L’IEDM et le débat sur le salaire minimum, Le Devoir, 08 janvier 2007, Sylvain Sauvé, M. Sc. économiques.

    S’il fallait un autre exemple, je suggère la lecture de cet article de l’IDEM où ils affirment que le réchauffement climatique n’est pas le fruit de l’activité humaine : Propos hérétiques, Le Journal de Montréal, 05 avril 2007, par Nathalie Elgrably.

    1er novembre 2007 | répondre | permalien

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