• Une ferveur religieuse bien normale

    4 novembre 2008 | 0 commentaire(s) | 82 affichage(s)

    Souvent la Nouvelle-France est associée à une grande ferveur religieuse. L’héroïsme de Marguerite Bourgeois, des Saints Martyrs canadiens ainsi que l’acte de dévotion ultime de Jeanne Leber sont souvent cités. Cette impression est un problème en soi. En regardant de près l’histoire de cette colonie, il est possible de constater des variations dans l’influence de l’Église catholique romaine auprès du pouvoir colonial. En effet, celle-ci aura différents visages : effacé, dominant, subordonné et complice.

    Certes, la présence de l’Église est continue en Nouvelle-France, cependant, nous constatons une variation dans le pouvoir qu’elle dispose auprès de ses paroissiens et face aux institutions françaises. Le problème historiographique réside donc dans une interprétation erronée de l’histoire dont on ne retient souvent que deux épisodes. D’abord, la période 1630-1650 qui a été marquée par une domination de l’Église catholique qui correspond à la période missionnaire et mystique de l’expérience chrétienne en Amérique du Nord. Ensuite, au 19e siècle, longtemps après la chute de la Nouvelle-France, on se remémore l’ultramontanisme et le fulgurant succès de l’Église dans un recrutement religieux sans précédent.

    On pense souvent à tort que la période de domination ecclésiastique qui dure en fait 20 ans est représentative de deux siècles d’histoire. En plus, on fait un lien inopportun avec cette autre période atypique de l’histoire du Québec. À la lumière de ces faits, il ne semble pas que la Nouvelle-France est connue une véritable domination du clergé. Nuance et logique sont nécessaires pour apprécier de manière plus appropriée la présence et l’impact des religieux dans la période coloniale.

    La confusion persiste dans les esprits car l’héroïsme chrétien a été repris par nombre d’auteurs. Ces missionnaires dévoués et investi d’une mission salvatrice se situent dans une période bien précise. En effet, ils sont le résultat du renouveau catholique suivant le Concile de Trente en Europe. Ce phénomène était une réaction à la vague protestante. Cette imposition de la discipline du haut vers le bas a aussi touché la Nouvelle-France. En effet, la colonie a été le territoire privilégié des individus les plus aptes à la tâche de l’évangélisation. Ambitieux et très motivés, ils se lancèrent dans une entreprise difficile et parfois funeste. Cet activisme religieux frappe l’imaginaire mais est limité dans un espace-temps.

    Malgré tout l’image persiste, en effet, 99% de la population était catholique, les autres confessions étant interdite en Nouvelle-France par décret royal. Cependant, il n’y avait pas de domination mais plutôt une persistance du culte catholique romain. Cela s’explique notamment par le fait que la philosophie des Lumières a eu peu d’écho dans la colonie. Ne disposant pas de presse ni de journaux, celle-ci n’est pas perméable aux idéologies philosophiques d’outre-Atlantique. Graduellement, l’Église catholique en Nouvelle-France va se subordonnée aux volontés de la monarchie française. Le gallicanisme se substitue à l’influence de Rome. Nous pouvons noter quelques incidents entre pouvoir militaire et clérical. Le rapport de force change et l’Église devient la subordonnée de l’État.

    Au niveau local, dans l’administration des paroisses, il n’est pas rare de voir des marguillers se disputer avec le curé dans le conseil de fabrique. Aussi, les tenues parfois audacieuses des dames provoquent l’ire des curés, tandis que les hommes fument la pipe nonchalamment sur le parvis en écoutant d’une oreille distraite l’homélie de ceux-ci. La pratique religieuse est une routine sans excès pour la plupart des habitants de la Nouvelle-France. Le manque de prêtre, l’existence de superstitions et les tentatives rigoristes manquées de quelques évêques démontrent bien qu’il n’y a pas eu un niveau de religiosité extrême dans les 200 ans d’histoire. Finalement, même le jansénisme n’est même pas venu déranger la quiétude sereine des habitants de cette colonie vivante et dynamique.

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