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    Une dépolitisation payante pour l’ADQ

    le 12 août 2007 | 305 visites | 3.21 / 5 | 3 commentaire(s)

    La version originale de cet article a été publiée à cet endroit.

    Une dépolitisation payante pour l'ADQ
    photo : dufjp

    On apprenait récemment qu’une enquête sur les résultats des élections du 26 mars dernier, menée par le PQ, démontre que l’ADQ a obtenu une large majorité des circonscriptions de 75% et plus de francophones où les jeunes sont en nombre plus important. Parallèlement, le PQ a mieux performé dans les circonscriptions où il y a davantage de personnes âgées.

    Première critique de cette enquête : on exclue totalement Montréal, où il y a moins de 75% de francophones, mais dont plusieurs comtés comptant beaucoup de jeunes ont voté PQ ou PLQ. Bref, appelons tout de go cette enquête pour ce qu’elle est : une analyse du vote des RÉGIONS (et des banlieues).

    Voilà tout de même un résultat qui plaira à Mario Dumont, lui qui aime se décrire comme un politicien à l’écoute de la génération montante, qui s’oppose aux « vieux partis », lui qui pourtant s’appuie idéologiquement sur des idées très à droite et datant souvent de plus de cinquante ans. En ce sens, il n’est guère différent d’autres politiciens de centre-droit qui ont tous en commun le charisme, le rejet de la social-démocratie et l’appui quasi-indéfectible des milieux d’affaires à leur cause... Mais surtout : l’appui de jeunes qui, malheureusement, ont souvent une culture politique déficiente et une éducation politique empreinte de préjugés.

    En effet, c’est peut-être ça qui est le plus triste dans cette enquête. On voit enfin poindre les résultats d’une dépolitisation de la population à l’oeuvre depuis quelques décennies : plusieurs jeunes en sont rendus à appuyer le parti de Mario Dumont même si c’est le plus souvent contre leur propre intérêt. Ces jeunes, souvent plus pauvres que leurs aînés, ont « décidé » (ou ont été influencés) de voter pour un parti qui est le parti d’une élite et qui propose le désengagement de l’État (qui se fait toujours à l’encontre des plus pauvres). Bref, ces jeunes ont voté contre eux-mêmes.

    Qui faut-il blâmer pour cette dépolitisation ? Je n’hésite pas à blâmer les médias, et ces éditorialistes de pacotilles comme Mario Roy, André Pratte ou Alain Dubuc, tous au service des intérêts financiers de leur patron de chez Power Corporation. Ces gens sont à l’oeuvre depuis des années à blâmer la social-démocratie et à proposer des « solutions » néolibérales dès qu’ils en ont la chance.

    Cependant, je crois qu’il faut aussi blâmer le PQ. En adoptant lui aussi le néolibéralisme (d’abord en 1982, avec la désassurance des soins dentaires, puis plus violemment sous le règne de Bouchard et se son sombre culte du déficit zéro) et en utilisant le vocabulaire de la droite pour faire le combat politique, il s’est condamné à perdre du terrain car il ne pourrait jamais rivaliser avec les vrais partis d’une droite plus franche et assumée que sont le PLQ et l’ADQ. Bref, pour l’expliquer simplement, entre trois partis ayant une argumentation de droite et acceptant le néolibéralisme, les gens ont peut-être préféré voter pour une ADQ qui assume pleinement son idéologie.

    En somme, les médias et le PQ ont été à la source de ces malheurs et de l’incapacité de ce dernier de rejoindre les jeunes francophones des régions. Face à une clientèle moins éduquée (on me blâmera de le dire, mais malheureusement c’est bel et bien la réalité ; ce n’est pas un jugement de ma part mais une constatation) et plus vulnérable à la désinformation de médias corporatistes ayant beaucoup à gagner du désengagement de l’État proposé par l’ADQ, le PQ a manqué à son devoir de se positionner clairement sur l’échiquier politique et d’élaborer un discours simple et précis étant en mesure de rallier ces jeunes à son programme.

    La vraie question, maintenant, est de savoir si le PQ peut reprendre le leadership, réorienter son programme vers la gauche et s’assurer d’être mieux compris de cette population vulnérable au discours de la droite. Car le rôle des aînés dans notre société n’est-il pas d’aider la jeunesse et de l’empêcher de commettre les mêmes erreurs du passé ?

    Malheureusement, avec Pauline Marois à sa tête, c’est loin d’être gagné. Et le nivelage vers le bas de l’ADQ et de ses collèges idéologiques de Power Corporation risque de se poursuivre.

    Publie.ca!
    Mots-clés : québec , A.D.Q. et Politique

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  • 3 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Louis

    Je ne partage pas, mais pas du tout, votre avis à l’effet que : plusieurs jeunes en sont rendus à appuyer le parti de Mario Dumont même si c’est le plus souvent contre leur propre intérêt. Au contraire. Je crois que les jeunes recherchent une identité qui correspond aux nouvelles valeurs de notre société, sans frontières, plus proche des valeurs universelles que régionales. Je ne suis pas ADQuiste. Mais force est de remarquer que la société évolue. Et je comprends mal l’adéquation que vous faites entre le fait que les jeunes portent une attention à l’ADQ et la défense de leurs intérêts.

    Si le Parti québécois avait su trouver un leader de la trempe de Mario Dumont, peut-être serait-il plus loin qu’il ne l’est maintenant, agonisant dans esprit d’archéologue (tourné sur le passé, s’enfonçant davantage et se renouvelant peu).

    Pierre R.

    12 août 2007 | répondre | permalien

    Voilà bien exactement ce que je dénonce : le langage de ceux qui assimilent le néolibéralisme au futur et la social-démocratie au passé. Ceux qui ont adopté l’idéologie néolibérale à un tel point qu’ils croient qu’elle coule de source et que quiconque s’y oppose « agonise dans un esprit d’archéologue ».

    La société évolue ; et elle évolue du mauvais côté. Ces jeunes qui votent Dumont, ils vont déchanter quand les frais de scolarité vont augmenter, quand l’accessibilité aux services publics va diminuer et quand le niveau de vie général des plus pauvres (donc eux !) va diminuer, à l’instar de tous les pays ayant adopté le néolibéralisme.

    12 août 2007 | répondre | permalien

    Merci de votre réponse. Une simple question pour clore nos échanges : si vous aviez à recommander aux jeunes un parti politique ou une option politique, quelle serait-elle ? Quel parti politique au Québec est en mesure d’offrir une option qui s’opposerait au néo-libéralisme que vous dénoncez en toute légitimité, je n’en disconviens pas ?

    Je vous remercie

    Pierre R.

    12 août 2007 | répondre | permalien

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