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    Un budget pour les plus riches : analyse du contenu du budget québécois

    le 25 mai 2007 | 366 visites | 3.52 / 5 | 3 commentaire(s)
    Un budget pour les plus riches : analyse du contenu du budget québécois
    photo : Chance Agrella

    On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Québec. Ceci dit, le dépôt par la ministre Jérôme-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement libéral minoritaire a de quoi inquiéter la classe moyenne et les plus défavorisés, malgré quelques mesures positives.

    On ne peut pas totalement rejeter du revers de la main quelque chose d’aussi complexe que le budget du Québec. Ceci dit, le dépôt par la ministre Jérôme-Forget du budget de l’an 1 du gouvernement libéral minoritaire a de quoi inquiéter la classe moyenne et les plus défavorisés, malgré quelques mesures positives.

    Ainsi, les réductions d’impôts de près de 1 milliard $ se font avec l’argent du déséquilibre fiscal, qui aurait dû financer les programmes sociaux, notamment les soins de santé et l’éducation. À défaut d’être illégale, cette utilisation frauduleuse de l’argent d’Ottawa est certainement immorale et constitue un dangereux précédent, handicapant de manière potentiellement irréversible toute future demande du Québec pour obtenir de l’argent du fédéral pour améliorer ses programmes sociaux.

    Par ailleurs, à qui profitent les réductions d’impôts ? Certainement pas aux plus démunis, qui n’en paient pas, ni même à la classe moyenne, qui reçoit davantage en services que ce qu’elle paie en impôts. En faisant passer la limite inférieure du taux d’imposition de 24% de 59 765$ à 75 000$, le gouvernement fait un gros cadeau à ceux qui sont déjà des privilégiés et se prive de revenus qui auraient pu être utiles pour l’ensemble de la société. On le constate, le Parti Libéral soigne sa base, c’est-à-dire les plus riches parmi la population québécoise.

    De la même façon, la décision d’éliminer la taxe sur le capital contribuera à la détérioration d’une situation déjà intolérable où les entreprises déclarent des profits indécents sans payer leur juste part à l’État du Québec. Cette inéquité profonde empêche le gouvernement de distribuer adéquatement la richesse produite, et quelle solution a trouvé Jérôme-Forget ? Oui, oui, augmenter encore davantage ce déséquilibre en s’assurant de réduire le pouvoir étatique d’imposer à une juste hauteur les profits des entreprises.

    Concernant la hausse des frais de scolarité, c’est déjà un vieux débat : les hausses seront imposées et les étudiants, parmi les plus pauvres de la population, écoperont. Pendant qu’on soulage des multinationales et ceux d’entre nous qui sont les plus riches, on augmente le fardeau des étudiants et on les décourage de continuer leurs études, affaiblissant le niveau global d’éducation du Québec et sa capacité compétitive à long terme.

    Ensuite, la création d’un groupe de travail en santé chargé de faire des recommandations au gouvernement pourrait être une bonne idée. Malheureusement, ce groupe sera dirigé par un néolibéral notoire, Claude Castonguay, et on se demande de toute façon si le gouvernement écoutera ses recommandations, lui qui n’a pas attendu les résultats d’études des experts avant de décider d’augmenter les frais de scolarité.

    Mais une des pires mesures, à mon avis, c’est la décision de vendre trois immeubles de société immobiliaire du Québec pour financer, avec les « gains » réalisés, cette chimère qu’est le Fonds des générations. En langage populaire, on appelle cette mesure « détruire le balcon pour chauffer la maison ». Bref, on se départit à la va-vite de biens publics, appartenant à la collectivité, pour obtenir un bénéfice temporaire et non-récurrent. Cette décision, alliée à la volonté de privatiser cinq services gouvernementaux, est tout à fait irresponsable.

    Ceci dit, et malgré ces points profondément négatifs et rétrogrades, il y a quelques mesures intéressantes, voire nécessaires, notamment un investissement de 30 milliards $ au cours des cinq prochaines années pour rénover les infrastructures, dont les écoles et les hôpitaux. Cependant, considérant la durée de vie moyenne d’un gouvernement minoritaire, il y a fort à parier que cet engagement sera révisé en court de route.

    En somme, ce qui frappe dans ce budget, c’est son inégalité : on donne des bonbons de 1 milliard $ et une élimination de la taxe sur le capital aux plus aisés, mais en même temps on augmente le fardeau des étudiants et on doit se débarasser d’immeubles pour boucler le budget. On appelle cela au mieux de l’incohérence, mais en étant très cynique on peut simplement affirmer que le PLQ satisfait ses appuis du monde financier, de l’IEDM, des médias corporatistes et des plus hauts salariés.

    Quand un budget devient l’occasion de remercier ses appuis et ne satisfait plus au rôle primordial de l’État qui est de chercher à mieux redistribuer la richesse, il devient évident qu’il existe un profond déficit démocratique et qu’il est dans l’intérêt de la majorité de changer le gouvernement au plus vite.

    C’est bien beau le déficit zéro, mais qu’en est-il du déficit social ? Il serait peut-être temps de réaliser qu’on a peut-être simplement transféré le déficit de l’État vers les particuliers…

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  • 3 COMMENTAIRE(S) | Répondre à cet article

    Excellent papier ! Pour ma part, je crois qu’il manque quelque chose de primordial au budget libéral : une vision à long terme. En effet, minoritaire ou pas, le gouvernement actuel ou futur du Québec devra prendre conscience de l’impact de la démographie sur l’économie. On ne pourra bientôt plus nier que la génération du Baby boom est vieillissante et qu’une fois tout ce beau monde à la retraite, le fardeau fiscal de leurs enfants sera énorme. Par les temps qui courent, on entend beaucoup parler des problèmes de notre système de santé. Qu’en sera-t-il dans 5, 10, ou 15 ans si on sait qu’une large bande de la pyramide démoraphique est en train de vieillir ? Peut-on vraiment se permettre de diminuer les impôts ?

    25 mai 2007 | répondre | permalien

    Pour ma part, je ne crois pas que la décision des libéraux soit seulement immorale. Elle est, en plus, stupide. Encore une fois, ils ont cru que les Québécois appuieraient un parti qui allège leur fardeau fiscal. Encore une fois, ils coupent dans le financement des services publics en prétendant qu’ils vont pouvoir en améliorer la qualité. Bref, ils sont les champions de la novlangue. Leur problème, c’est que les Québécois décodent trop facilement la vérité derrière les mots. Pour ma part, je vais donner à un organisme d’aide ce cadeau empoisonné que j’aurais préféré ne pas recevoir. Même si j’ai un très grand respect pour celles et ceux qui se dévouent à aider ceux qui ont besoin du soutien de la société, cela me fâche au plus haut point de devoir financer davantage les organismes d’aide parce qu’il faut pallier au désengagement de l’État. Triste, vraiment triste.

    25 mai 2007 | répondre | permalien

    Très bon article Louis !

    Très étoffé aussi, ce que tu te permets moins, et on comprends pourquoi, sur ton blogue, où la pensée se doit d’être plus condensée.

    6 juin 2007 | répondre | permalien

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