• Un G8 qui planche à 8 ou à 13 sur l’actualité n’est pas un obstacle pour Nicolas Sarkozy

    7 juillet 2008 | 0 commentaire(s) | 11 affichage(s)

    Il y a eu d’abord le G6, proposé par la France en 1975 et composé, jusqu’en 1976, des États-Unis, du Japon, de la République fédérale d’Allemagne, du Royaume Uni, de la France et de l’Italie. En 1976, le Canada se joint au nouveau groupe, le G7. Ce n’est qu’en 1998 que le groupe s’élargit en joignant dans ses rangs la Fédération de Russie, pour devenir le G8 actuel. L’Union européenne est présente de facto. La France voudrait maintenant, dix ans plus tard, porter à 13 le nombre de ses membres pour en faire un G13.

    Le G8 se veut un « groupe de discussion » entre les chefs d’État et de Gouvernement des pays les plus industrialisés du monde. Sans personnalité juridique, le groupe du G8 n’est assisté d’aucun secrétariat permanent. Les rencontres sont en général planifiées par des sherpas qui se réunissent à plusieurs reprises avant le Sommet.

    Les chefs d’État et de gouvernement arrivent à Toyako, au sud de l’île montagneuse d’Hokkaido du Japon, pour leur rencontre annuelle, du 7 au 9 juillet.

    Bien évidemment, la lutte contre le réchauffement climatique sera au cœur des discussions. Pour cela, il y aura élargissement de la table de discussion : la Chine, l’Inde et douze autres pays se joindront aux membres du G8 pour une partie des débats. Un conseiller de l’ambassade de Russie à Ottawa, Sergueï Khudyakov, laissait entendre, la semaine dernière, que le Sommet du G8 ne donnera probablement pas lieu à des objectifs renforcés en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Selon ce dernier, le Sommet du G8 n’était pas le lieu indiqué pour l’établissement d’objectifs internationaux. Entre temps, les seize pays présents sur la question climatique que sont la Grande-Bretagne, le Canada, les États-Unis, la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon et la Russie, du G8, en plus de la Chine, de l’Inde, de l’Afrique du Sud, du Brésil, du Mexique, de la Corée du Sud, de l’Indonésie et de l’Australie totalisent 80% des émissions mondiales de dioxyde de carbone (CO2).

    Il y a aussi la crise alimentaire. Il faudra bien en discuter autour de cette table que constitue le G8, au risque d’une perte sérieuse de crédibilité. Angela Merckel s’en est ouverte devant la presse, à son arrivée à Toyako : « La crise alimentaire peut mettre en danger la démocratisation, déstabiliser des États et menacer la sécurité internationale ». Joaquim Von Braun, directeur de l’Institut international de recherche sur les politiques alimentaires basé à Washington, cité par Le Temps, considère que : « le premier challenge est la mobilisation urgente de ressources pour l’agriculture. Le second est l’envoi de signaux forts pour contrer la fébrilité des marchés alimentaires. Or grâce à la présence à Toyako de nombreux chefs d’État et de gouvernement des pays émergents (Brésil, Chine, Inde…), invités au rituel sommet « élargi », les dirigeants du G8 ont une opportunité unique ».

    En marge du « Sommet des riches » de Toyako, il y a le « Sommet des pauvres » à Katibougou (est de Bamako), où plus de mille personnes sont attendues. Sommet qui se veut le contrepoint du sommet du G8 et qui est organisé par des altermondialistes. La présidente de l’organisation malienne de cette rencontre, Mme Barry Aminata Touré, a tracé un parallèle entre les deux événements : « Ici à Katibougou, nous sommes vous le voyez à l’air libre. Ceux du G8 sont enfermés au japon avec des milliers de gardes du corps. C’est parce qu’ils ne sont pas en paix avec leur conscience ». Ce sommet marginal traitera principalement de la situation des femmes et des jeunes sur le continent. « Nous voulons encore une fois démontrer qu’un autre monde est possible. La parole sera donnée aux paysans africains, aux femmes du continent, aux jeunes du continent. Nous n’allons pas laisser notre destin entre les mains des pays riches », a déclaré la présidente.

    Les participants aborderont également les questions de l’éducation en Afrique, l’attitude des dirigeants africains, la coopération pour le développement, la dette extérieure. « Nous n’en pouvons plus. Notre coton est bradé. Le paysan africain cultive, mais il n’arrive pas à vivre des fruits de son travail », a déclaré à l’agence France-Presse un paysan malien.

    Au sommet de Gleneagles (Ecosse) en 2005, le G8 avait promis d’augmenter son aide de plus de 25 milliards de dollars, d’ici 2010, pour la porter à 50 milliards de dollars par an, en échange de progrès sur la situation des droits de l’homme ou encore sur la progression du développement démocratique. Le chanteur du groupe U2, Bono, et Bob Geldof, ont déploré une fois de plus l’inertie des pays du G8 et ils ont dénoncé l’attitude des pays les plus riches de la planète qui n’auraient versé que 14 % des 22 milliards de dollars promis au continent africain en 2005. Seul le Japon aurait tenu ses engagements de 2005 à Gleneagles en Écosse.

    Le chanteur Bono disposait d’une oreille attentive, au Canada, grâce à sa relation particulière avec l’ancien premier ministre, Paul Martin. Il réitère sa demande aux Canadiens d’appuyer ses revendications. Il sollicite la France qui prendra la présidence de l’Union européenne en juillet prochain, pour influencer les États membres de l’UE en augmentant son aide. « Si la France augmente son aide au cours des prochaines semaines, alors nous aurons la moitié du G8 derrière nous, sinon tout est perdu », a déclaré Bono. La France a récemment repoussé à 2015 son objectif de porter le montant total de son aide publique au développement (APD) à 0,7% de son Produit intérieur brut (PIB). Bono rappelle à l’Union européenne, à la France, que : « c’est votre crédibilité qui est en jeu. La Chine et l’Inde investissent massivement en Afrique. L’Europe est en train de rater son tour. Au-delà de considérations morales, c’est économiquement stupide ».

    Bob Geldof, organisateur des concerts Live Aid, ne s’est pas gêné pour lancer, lors d’une conférence de presse : « c’est une honte que les pays riches aient échoué si lamentablement. Une honte que les pays chanceux ne donnent qu’une petite fraction de leur richesse ». Rien n’est acquis. « Il y a eu une baisse de l’aide directe à l’Afrique de la part des pays du G8 », constate Auriel Niemack, expert de l’Institut sud-africain de relations internationales. « Lorsque s’y greffent le prix du pétrole et les crises alimentaires, on peut estimer qu’il y aura des sujets vraisemblablement plus importants ».

    D’aucuns soulignent la difficile conciliation, lors de chacun des Sommets du G8, entre les pays membres. Beaucoup de promesses, mais peu de réalisations. Et voilà que la France, plus précisément Nicolas Sarkozy, défend l’idée d’un G13 qui, outre les économies industrialisées, comprendrait aussi la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud. Les invités exceptionnels du G8 pourraient donc devenir permanents. Le G-8 (États-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada et Russie) est censé rassembler les huit démocraties les plus riches et les plus industrialisées du monde, mais ce monde a changé et le club frise l’anachronisme. Les Huit ne représentent plus que 58% de l’économie mondiale, contre 65% en 1997, selon le Fonds monétaire international (FMI). Selon le rapport The World in 2050 : Beyond the BRICs : a broader look at emerging market growth prospects, la Chine pourrait dépasser les États-Unis d’ici 2025 pour devenir la plus grande économie du monde. Elle devrait poursuivre sa croissance pour acquérir d’ici 2050 une taille équivalente à 130 % de celle de l’économie américaine. Il se pourrait aussi que l’économie indienne se développe pour atteindre près de 90 % de la taille de l’économie américaine d’ici 2050. Le Brésil devrait dépasser le Japon d’ici 2050 et occuper la quatrième place tandis que la Russie, le Mexique et l’Indonésie possèdent tous un potentiel de croissance suffisant pour dépasser l’Allemagne ou le Royaume-Uni d’ici le milieu du siècle. Le Vietnam, dont le taux de croissance potentiel frôle les 10 % par an en dollars réels, pourrait connaître la croissance économique la plus impressionnante. Cette croissance rapide pourrait propulser l’économie vietnamienne dont la taille représenterait près de 70 % de celle de l’économie britannique d’ici 2050.

    Plancher à 8 ou à 13, annuellement, pendant trois jours sur les problèmes du jour, comme les problèmes pétroliers, alimentaires et climatiques mondiaux, ne semble pas poser de problème au président Nicolas Sarkozy. Il faudrait que le chef de l’État français se rappelle le fait que le protocole de Kyoto, qui s’achève en 2012, est assez mal parti : les États-Unis s’opposent toujours à une réduction chiffrée de ses émissions de gaz à effet de serre tandis que les Japonais se sont fixé le cap des –60% d’ici à 2050 par rapport à 2005. Et le Canada l’a purement et simplement renié. Nicolas Sarkozy a une réponse toute faite : comment parler de pollution sans la Chine, troisième économie mondiale et plus grosse pollueuse de la planète ? George W.Bush serait favorable à cet élargissement.

    En même temps, Georges W. Bush est celui qui propose de lever les barrières aux cultures génétiquement modifiées. Naomi Klein a démontré dans son livre, « La Stratégie du choc. La Montée d’un capitalisme du désastre », comment des catastrophes sont habilement utilisées pour faire passer mondialement une certaine forme du capitalisme. « En état de choc on peut faire passer des choses qui, en périodes stables, ne seraient jamais acceptées par la population ». Comme l’indiquait l’auteure, dans une entrevue : « Depuis que la crise alimentaire et la crise pétrolière se sont sensiblement aggravées, les multinationales œuvrant dans le créneau alimentaire, notamment les entreprises commercialisant des organismes génétiquement modifiés - OGM -, comme Monsanto, et les grandes compagnies pétrolières affichent sans aucune gêne des profits records astronomiques. Le moteur de ce néolibéralisme est une spéculation hors de tout contrôle, dont le seul but est de faire toujours plus de profits ».

    La Chine, les États-Unis, l’Inde et le Pakistan produisent les deux tiers des volumes mondiaux de coton, qu’il soit conventionnel ou transgénique. Le coton transgénique représentait 13 % de l’ensemble des OGM cultivés sur la planète en 2007. L’Inde, l’Afrique du Sud, l’Australie, l’Argentine, le Mexique et la Colombie en cultivent également. Il faut se rappeler ce cri du cœur du paysan malien : « Nous n’en pouvons plus. Notre coton est bradé. Le paysan africain cultive, mais il n’arrive pas à vivre des fruits de son travail ».

    Au cours du même entretien, Naomi Klein déclarait : « Sur le plan idéologique, il est indéniable que le gouvernement de Stephen Harper et le gouvernement de George Bush ont de grandes affinités. Ce n’est pas un secret que les équipes actuellement au pouvoir à Ottawa et à Washington sont des laudateurs invétérés d’un néolibéralisme échevelé, basé sur une économie de marché hyper-déréglementée, un retour en force des valeurs religieuses dans l’espace public, la privatisation tous azimuts des services publics… ». Tout en soulignant : « Mais ne nous leurrons pas. Une fois que les conservateurs obtiendront une majorité à la Chambre des communes d’Ottawa, ils s’empresseront d’instaurer sans ambages leurs politiques néolibérales ».

    Serait-ce cette voie que privilégie Nicolas Sarkozy en voulant élargir le G8 qui deviendrait un G13 ?

    (Sources : AFP, Associated Press (AP), Cyberpresse, Le Figaro, Le Monde, Libération, Presse canadienne)

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