• Ultralibéralisme ou lobbies efficaces ?

    15 octobre 2007 | 3 commentaire(s) | 5 affichage(s)

    Historiquement, ces théories ont été initiées dans les années 60 par l’école de Chicago et des économistes comme Milton Friedman (1912-2006). [5]].
    Ce qui signifie bien que le pouvoir d’achat n’a pas à être amélioré par une hausse des salaires : ces autres formes de rémunération des salariés sont nettement plus avantageuses pour les employeurs, au détriment des cotisations sociales.

    Causes et effets

    Mais le lecteur peut se dire : tout cela est une théorie économique, quelque chose de scientifique et de sincère, qui peut bénéficier à tous ; vous faites un procès d’intention.

    Il faut bien voir que la quasi-totalité de ces mesures ont pour effet direct et premier d’augmenter les bénéfices des entreprises ; ce ne peut être un hasard. Celles-ci choisissent ensuite l’affectation de ces surplus, entre investissement interne, actionnaires, salariés, éventuellement clients et fournisseurs. Mais elles peuvent parfaitement en distribuer l’intégralité à leurs propriétaires, à qui appartient la décision ; en pratique, la plus grande partie. Seules quelques-unes des diversions citées plus haut profitent directement aux ménages, mais d’autant plus qu’ils sont plus aisés ; quelques mesures ponctuelles pour les plus démunis sont réellement sociales, mais elles sont dans l’ensemble assez peu coûteuses, ce qui est justifié par la nécessité de rigueur.

    Ainsi ce système est-il bien, sous couvert de théorie économique, le cheval de Troie introduisant les mesures désirées par les grandes entreprises dans la politique des gouvernements.

    Certains messages, adressés périodiquement aux chefs d’entreprises par les hommes politiques sous une forme discrète, le confirment clairement : parler de « libérer les énergies », « l’initiative », de favoriser l’épanouissement des « forces vives » et des « talents » est bien manifester le souci d’avantager
    les entreprises, présentées comme les seules entités de progrès, par rapport aux salariés dans la conduite de la politique économique.

    Mais prenons donc le problème à l’envers : imaginons que nous soyons propriétaires d’une entreprise et que nous ayons la possibilité d’influencer la politique du gouvernement, que ferions-nous ?

    Nous savons trouver des clients, fixer nos prix et notre production ; mais maîtriser nos coûts externes est plus difficile. Or, nos bénéfices seront d’autant plus grands que nos charges seront basses : faisons-les baisser. Pour compenser les baisses de recettes de l’Etat ainsi provoquées, faisons privatiser ; de plus, les activités récupérées du secteur public sont très intéressantes et nous les aurons à vil prix. Ensuite, supprimons autant que possible les « freins à l’embauche » (mais surtout au licenciement) que constitue le Code du Travail. Pour feindre l’innocence, appliquons-nous à réprimander périodiquement le gouvernement pour son manque d’attention aux prétendues difficultés des entreprises, et le tour sera joué.

    Tout sera – est ? – pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

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  • 3 commentaires

    • Paul de Montréal

    Excelent article de “vulgarisation” qui meriterait de paraitre dans un magazine économique grand public.

    Imaginez que vous soyez patron d’une entreprise d’armement et vice-president des Etats-Unis ou patron d’une rafinerie petroliere et president des Etats-Unis. Les possibilités offertes sont tout simplement incroyables avec la bénédiction de la masse des citoyens. :D

    Ajoutons que les politiques ont besoin de financement pour leur campagne.

    Sinon trouver le juste équilibre entre les interets des grandes entreprises et des citoyens n’est pas chose facile. Chacun veut tirer la couverture sur soi.

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    • Leon

    Excellent résumé, Philippe, des tenants et aboutissants du libéralisme économique.

    Juste une observation :il me semble que faire remonter les origines de cette doctrine à M.Friedman, n’est pas très pertinent. Il en a donné la version moderne, certes, mais je crois que la compréhension de cet ensemble doctrinal est plus facile si ’on se réfère aux libéraux du XIXe siècle.

    Mais bravo encore.

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   1:25, le Mardi 16 octobre 2007
    • Anonyme

    Philippe

    Je ne peux que recommander la lecture du dernier livre de la canadienne Noami Klein : « The Shock Doctrine. The Rise of Disaster Capitalism ». La notion de la liberté des marchés de Milton Friedman et l’école de Chicago (Chicago Boys) sont durement remis en question : « the mission of the Chicago School was thus one of purification - stripping the market of these interruptions so that the free market could sing ».

    Sur la question de la gestion de l’État, il serait intéressant de comparer la démarche entreprise par le Canada pour juguler son déficit - et les conséquences économiques qu’ont eues les nombreuses compressions budgétaires en regard de cet objectif - et la démarche de la France qui s’est fait tancer récemment par l’Eurogroupe et la Banque centrale européenne (BCE). Dans ce dernier cas, Jean-Claude Trichet, président de la BCE, a décerné à la France le bonnet d’âne du « dépensier No1 de l’Europe ».

    Excellent article qui a le mérite de bien dresser la situation.

    Pierre R.

     Vote: Add rating 0  Subtract rating 0   5:47, le Mardi 16 octobre 2007

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