9 juillet 2007 |
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Une prédiction : Toc toc sera le succès théâtral de l’été. Sa recette est imparable : une pièce qui fait un tabac à Paris, une adaptation québécoise signée par une étoile montante (Jean-Philippe Pearson, vu dans Québec Montréal et Horloge biologique), la mise en scène d’un brillant hurluberlu (Carl Béchard, à qui l’on doit Le malade imaginaire), et un beau grand théâtre (le Monument National). Pour ne rien laisser au hasard, la distribution aligne des valeurs sûres (Edgar Fruitier, Marcel Lebœuf, Pascale Montpetit, Élisabeth Chouvalidzé), et quelques jeunes talents (Émilie Bibeau, Olivier Morin et Amélie Dallaire). Enfin, quand tous ces éléments sont en place, il reste à lancer une promotion tapageuse et à inviter le gratin du milieu culturel à la première médiatique. C’était lundi, et le Red Light montréalais brillait de tous ses feux.
Le rideau s’ouvre sur la salle d’attente du cabinet du Dr Stern, éminent neuropsychiatre réputé capable de guérir les TOC. C’est précisément cette guérison que viennent chercher les six personnages principaux, chacun d’entre eux portant son TOC – son trouble obsessionnel compulsif – comme un fardeau. Il y a d’abord l’éditeur retraité souffrant d’un syndrome qui lui fait aboyer des grossièretés à tout bout de champ. Puis viennent le chauffeur de taxi qui calcule et collectionne maladivement, la technicienne en laboratoire qui voit des infections partout, la dame mûre qui vérifie sans cesse le contenu de son sac, l’ingénue qui répète tout deux fois, et un jeune homme qui serait parfait s’il surmontait son incapacité à marcher sur les lignes et son obsession de la symétrie.
On l’a compris, les névroses de ce microcosme sont la base de cette comédie vaudevillesque, et malgré ce que prétendent l’auteur et le metteur en scène, on rit de leurs maux, bien que sans méchanceté…
Carl Béchard confiait à Voir : « ce sont des personnages qui nous ressemblent. C’est vous et moi à la puissance dix. À les voir, on se rend compte que c’est une question de degré. Quand c’est au stade de l’habitude, sur le bord de la manie, ça peut toujours aller. Pour que ce soit un TOC, il faut que ça prenne au moins une heure de ta journée et que ça finisse par nuire à tes relations et à ta vie professionnelle. La pièce, de façon légère, nous sensibilise à tout ça ».
C’est à huis clos et en temps réel que se tend le ressort comique, nourri des interactions entre les six patients, et, plus vraisemblablement, entre leurs six syndromes. Comme le note Pascale Montpetit, « ils sont comme des hamsters dans une roue. C’est l’accumulation de tout ça qui devient comique ». D’où cette impression que les pauvres bougres, captifs pendant toute la durée de la pièce, passent leur temps à s’agiter en tous sens.
Si l’un des objectifs de Toc toc est de pousser le spectateur à s’attribuer un (ou plusieurs) des TOC présentés, on pourrait dire que le ton caricatural du texte et la mise en scène voyante nuisent à l’entreprise en cloisonnant les personnages dans les stéréotypes du théâtre de boulevard. Parvenir à livrer un message social tout en exploitant des procédés burlesques était visiblement un pari difficile, et la réaction du public prouve que la dimension comique prend le pas sur le reste. Le niveau de jeu couvre un large terrain, allant du quasi-réalisme à la comédie bouffonne, et si Pascale Montpetit déçoit, le contre-emploi d’Edgar Fruitier provoque visiblement l’hilarité à chaque éructation. Mais, pour la plupart, les personnages sont unidimensionnels, réduits à leur seul syndrome… même l’assistante du docteur, allez comprendre !
Au final, ce qui surprend le plus de la part de Laurent Baffie, c’est qu’en se délectant du chaos, ce provocateur impénitent fait cheminer ses personnages vers le mieux. Pour s’en rendre pleinement compte, il faudra voir la pièce jusqu’au bout… et consulter un médecin si les symptômes persistent !
MILTO : il semble qu’à un certain stade, oui : http://fr.wikipedia.org/wiki/Maladie_de_Gilles_de_la_Tourette
Cela dit, je pense que l’auteur a exploité l’aspect comique de cette affection neurologique tout en prétendant que “c’est mal de rire des autres”…
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