8 octobre 2008 |
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Le mot qui convient le mieux pour qualifier le nouveau plan des conservateurs est celui utilisé par le quotidien Le Devoir : improvisation. Stephen Harper martèle jusqu’à satiété que notre situation économique ne se compare pas à celle de nos voisins du sud de la frontière. Gilles Duceppe n’avait certainement pas tort en ironisant sur « la main invisible » pour décrire la vision économique des conservateurs.
Ce n’est certainement pas de gaieté de cœur que Stephen Harper s’est vu contraint, sous la pression des chefs de l’opposition, de présenter son programme électoral au 31ième jour de la campagne. « Nous avons agi tôt pour éviter une telle crise. Nous avons d’autres plans, d’autres propositions si on doit aider le système banquier, s’il y a des problèmes (dans le) reste du monde qui nous touchent, mais je pense que nous (sommes) dans une meilleure position que les autres », déclarait Stephen Harper de Toronto.
Devant le Canadian Club et l’Empire Club de Toronto, Stephen Harper a présenté son programme électoral, résumé dans un document de 41 pages, illustré de 22 photos du premier ministre sortant, qui porte le titre de : « Un Canada fort et libre ». À l’exception des mesures déjà annoncées depuis quelques semaines par les conservateurs, le programme électoral conservateur contient deux nouvelles mesures très attendues par les secteurs industriels de pointe, tant du Québec que de l’Ontario : 200 millions $ dans le budget de l’Initiative stratégique pour l’aérospatiale et 200 millions $ dans celui du Fonds d’innovation pour le secteur automobile.
Le secteur manufacturier bénéficiera de l’abolition des droits de douane sur plusieurs pièces de machinerie et d’équipement importées, Une économie évaluée à 345 millions $ par les conservateurs. Ces promesses coûteront, selon ce qu’en disent encore une fois les conservateurs eux-mêmes, 8,7 milliards $ en quatre ans (environ 6,5 milliards $ pour des réductions fiscales et 2,1 milliards $ pour de nouvelles dépenses). « La plate-forme qu’on présente aujourd’hui va coûter moins de trois milliards de dollars par année. [...] Les plates-formes des partis de l’opposition sont écrites dans un monde économique imaginaire, un endroit où l’argent pousse dans les arbres », a déclaré Stephen Harper.
La Bourse de Toronto, ou les bourses du monde, accusent des chutes vertigineuses ? Cela n’inquiète toujours pas Stephen Harper. « Beaucoup de gens paniquent actuellement », déclare-t-il. « La pire chose qu’un premier ministre pourrait faire serait de répondre en montrant de la panique, que (je suis) déconcerté, inquiet ou déphasé avec ce qui se passe. Ce serait extrêmement dangereux non seulement pour notre campagne, mais que ce serait aussi un signal extrêmement dangereux à envoyer aux marchés ».
Que les économistes clament que si l’économie américaine va mal, l’économie canadienne ira relativement mal, tôt ou tard, elle aussi, n’inquiète guère Stephen Harper, qui donne dans le jovialisme à tout crin. Interventionnisme ou laisser-faire ? Que choisira Stephen Harper, le moment venu, au milieu des ondes de chocs venus du Sud ? Harper oublie que quotidiennement se transige entre les deux pays pour 1,5 milliard de dollars américains par jour. Comme le rappelle Bernard Élie, économiste et professeur à l’Université du Québec à Montréal : « Sept établissements contrôlent tout le secteur financier au Canada. Si, d’aventure, il y avait un problème [comme aux États-Unis], ce serait beaucoup plus grave proportionnellement au Canada. Et si l’on se situe dans le contexte d’une libéralisation des mouvements de capitaux sur la planète, c’est plus fragile que ça l’était il y a 30 ans ou 40 ans ».
Vous êtes inquiet pour votre REER ? Stephen Harper est inquiet pour sa campagne. Vous êtes inquiet à l’idée d’une récession ? Stephen Harper est inquiet pour sa campagne. Pire. M. Harper a imploré les nombreux électeurs qui ont vu leurs épargnes fondre comme neige au soleil, au cours des dernières semaines, de ne pas se laisser influencer par leurs « émotions » et de songer aux différentes possibilités qui s’offrent à eux. « Un gouvernement dirigé par un autre chef que lui recréerait au pays les graves problèmes que connaissent les économies les plus mal en point du monde. Cela reviendrait à sauter en bas d’une falaise ». Les Canadiens qui eux, parce qu’ils ont perdu dans ce ras-de-marée financier, sont au bord de la falaise, sont de peu d’importance aux yeux de Stephen Harper.
Les sondages laissent entrevoir la réélection d’un gouvernement conservateur minoritaire avec moins que les 36 pour cent d’appuis récoltés au scrutin de 2006. Et dire qu’en période instable où les économies du monde sont secouées par un tsunami gigantesque, Stephen Harper qualifie le dernier Parlement de « dysfonctionnel », passe outre à sa propre loi sur les élections à date fixe et fait valoir que seule une élection - qui coûtera plus de 300 millions $ aux contribuables - résoudrait le problème. Dans une entrevue accordée à Peter Mansbridge, chef d’antenne à la télévision anglaise de Radio-Canada, Stephen Harper a expliqué que gérer un autre gouvernement minoritaire, cela enverrait le message suivant aux partis d’opposition : ils feraient mieux de ne pas renverser prématurément le gouvernement à moins d’avoir de solides raisons pour le justifier. Pour arriver à cette conclusion, les contribuables verseront 300 millions $.
Il en coûte 300 millions $ pour voir le Parti conservateur renoncer à la portion du projet de loi C-10 qui ouvrait la porte à une censure d’État au cinéma. En contrepartie, Stephen Harper annonce qu’il maintiendra les compressions de 45 millions dans une quinzaine de programmes et qui le financement des arts en général.
Le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Benoit Pelletier, avait, l’an dernier, exhumé une promesse conservatrice d’enchâsser une « Charte du fédéralisme d’ouverture » dans la Constitution canadienne, laquelle comprendrait un encadrement du pouvoir fédéral de dépenser. Il en coûte 300 millions $ pour voir le Parti conservateur ramener, dans sa nouveau programme électoral, cet engagement qu’il n’a pas réalisé pendant son premier mandat. Stephen Harper a admis mardi qu’il s’agissait d’« une position pas encore totalement remplie ». Tout en déclarant que : « L’idée reflète nos principes du fédéralisme, (à savoir) que le fédéral doit gérer ses compétences, que le fédéral doit respecter les compétences exclusives des provinces et que le fédéral et les provinces devraient collaborer dans les dossiers partagés ». Quelle sera la forme que prendra cette Charte ? Nul ne sait. Jean Charest avait répondu, l’an dernier : « Ça peut être une loi, ça peut être une entente administrative ; la forme, c’est à déterminer ».
À Toronto, Stephen Harper est, lui aussi, resté vague sur cette question.
En décembre 2005, Stephen Harper dénonçait les Bloquistes et les Libéraux sur le pouvoir de dépenser : « Les Libéraux ne veulent pas, les Bloquistes ne peuvent pas, seuls les Conservateurs vont le régler. Nous allons encadrer le pouvoir fédéral de dépenser, dont ont tellement abusé les Libéraux fédéraux. Ce pouvoir de dépenser exorbitant a donné naissance à un fédéralisme dominateur, un fédéralisme paternaliste, qui est une menace sérieuse pour l’avenir de notre fédération. Le déséquilibre fiscal n’est pas seulement un problème budgétaire, une question de gros sous. C’est le fonctionnement et l’esprit même de la fédération canadienne qui est en cause […] Un gouvernement conservateur va travailler avec le gouvernement du Québec afin de bâtir un Québec plus fort au sein d’un Canada meilleur ».
Le premier ministre du Québec, Jean Charest, énumérait, dans une lettre adressée au Premier ministre sortant du Canada, les revendications de son gouvernement à l’endroit d’Ottawa., Stephen Harper, l’homme qui avait pris l’engagement de travailler avec le gouvernement du Québec afin de bâtir un Québec plus fort, a répondu de la plus cavalière façon à son homologue québécois : « C’est notre intention, pendant cette campagne électorale, de communiquer avec la population au lieu d’avoir des correspondances avec des premiers ministres provinciaux ». L’une des revendications du Québec était de gérer selon ses propres priorités et critères les sommes allouées par Ottawa au secteur culturel.
Sources : Le Devoir, Presse canadienne, Société Radio-Canada)
Stephen Harper demande de ne pas se fier à nos émotions ! Bien je suis contre ce genre de remarque : parce que les émotions et les sentiments n’ont pas à être enfouis toujours dans notre subconscient.
Parce que lorsque survient des débâcles ou des inondations d’émotions, je vous assure que ce n’est pas drôle du tout.
Les gens en politique, et davantage les hommes, nous donnent souvent l’illusion de ne pas ressentir d’émotions ; je déteste ce genre de comportement de société, qui est inhumain de toute façon.
Il y a des émotions qui se contrôlent et des émotions qui se vivent tout simplement. Plus ça va, et plus on demande aux humains de devenir comme des êtres parfaits, presque comme des robots, tant qu’à y être !
Non, je refuse d’embarquer dans cela. De toute façon, je vais voter non pas pour mon parti favori, aux élections fédérales, mais pour la personne de mon choix. Vous me direz que c’est un comportement de Beaucerons, oui, mais je m’en fiche puisque ce sera mon vote fait librement et même avec un brin d’émotions.
Patricia
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